‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 66 sur 232 · PRINCE ÉLECTORAL DE SAXE VOIT LE ROI · texte numérisé non relu

PRINCE ÉLECTORAL DE SAXE VOIT LE ROI

ce que, la force à la main , ils y parrienneût par Favouglonent du gou* vernement à quelque prix que ce soit et par toutes sortes de voies. Il y auroit , du reste , de quoi s'étendre sur une matière si curieuse et si étrangement intéressante ; il doit suffire ici de TaToir efQeurée assez pour en constater le dessein , le projet , et le travail constant et assidu pour arriver à cette abominable fin.

Goesbriant , qui passoit pour fort riche , appuyé du crédit de Desma-^ rets son beau>père , maria son fils à une des filles du marquis de Châtilr Ion , éblouis , Tun de l'alliance , l'autre des biens , et de se défaire pour rien d'une de ses filles , dont il avoit quantité , et point de fils.

Le prince électoral de Saxe vit le roi à son lever , qui lui fit beaucoup d'honnêtetés. Bergheyk prit ensuite congé du roi , qui lui donna forcé louanges , jusqu'à lui dire qu'il plaignoit le roi son petit-fils de ne Pavoir plus à la tâte de ses finances. Il se retira en Flandre , l'été dans une terre , l'hiver à Yalenciennes , et conserva des amis et beaucoup de réputation et de considération.

L'électeur de Bavière tira des faisans dans le petit parc de Versailles, vit après le roi seul dans son cabinet, joua ches Mme la Duchesse^ soupa chez d'Antin et retourna à Saint-Cloud. Il n'y avoit que le roi qui tirât dans ce petit parc , et fort rarement feu Monseigneur pendant sa vie.

Albergottî revint de Florence et de quelques autres petites court d'Italie , oili on crut qu'il avoit été chargé de quelque commission dti roi. Il nomma en même temps Rottembourg pour être son envoyé prèd du roi de Prusse, et divers autres pour Ratisbonne et les cours d'Allemagne.

Bissy, évêque de Meaux, nommé par le roi au cardinalat, eut l'abbaye de Saint-Germain des Prés , et le gratis entier comme si déjà il avoit été cardinal. Ce morceau avoit toujours été pour des cardinaux ou des princes. Cette fortune d'un si mince sujet étoit bien due à la constitution.

Les deux ducs et pairs qu'elle venoit de faire furent reçus au parle-t ment le mardi 18 décembre. On a vu ailleurs que c'est le roi qui a fixé le premier leur âge à vingt-cinq ans pour y entrer , et ce qui a causé cette nouveauté. Le duc de Melun qui ne les avoit pas , et qui craignit qu'on en fît d'autres qui les auroient , et de tomber avec eux dans le caà de M. de La Rochefoucauld avec moi , obtint la permission d'être reçu avant cet âge , et d'opiner cette fois , mais à condition de n'aller plus au parlement qu'il n'eût vingt-cinq ans. IL fut donc reçu avec le prince de Rohan, qui donna moins un grand repas qu'une fête dans sa superbâ maison. Ainsi finit cette année, dont je n'ai pa^cru devoir interrompre le cours par le commencement d'une affaire qui continua dans l'année où nous allons entrer , et qui eut d'étranges suiteis.

Sceaux étoit plus que jamais le théâtre des folies de la duchesse dit Maine; de la honte, de l'embarras, de la ruine de son mari, par l'immensité de ses dépenses, et le spectacle de la cour et de la ville qui y abondoit et s'en moquoit. Elle y jouoit elle-même 4thàl%e avec des comédiens et des comédiennes, et d'autres pièces, plusieurs fois la se^

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maine. JMuits bUBches < en loterie, jeux, fêtes, illuminatione, feuic

d'artifices , en un mot fêtes et fantaisies de toutes les sortes et de lous les jours. Elle nageoit dans la joie de sa nouvelle grandeur, elle en redoubloit ses foLies et le duc du Maine , qui trembloit toujours devant elle , et qui craignoit de plus que la moindre contradiction achevât entièrement de lui tourner la tête, souffroit tout cela, jusqu'à en faire piteusement les honneurs, autant que eela se ponvoit accorder a?ee son assiduité auprès du roi dans ses particuliers, sans s'en trop détourner.

Quelque grande que fût sa joie , à quelque grandeur et la moins imaginable qu^il fût arrivé , il n'en étoit pas plus tranquille. Semblable à ces tyrans qui ont usurpé par leurs crimes le souverain pouvoir , et qui craignent comme autant d'ennemis conjurés pour leur perte tous leurs concitoyens quMls ont asservis , il se considéroit assis sous cette épée que Denys , tyran de Syracuse , fit suspendre par un cheveu au-dessus de sa table , sur la tête d'un homme qu'il y fit asseoir parce qu'il le croyoit heureux, auquelil voulu*t faire sentir par là ce qui se passoit sans cesse en lui-même. M. du Maine , qui exprimoit si volontiers les choses les plus sérieuses en plaisanteries , disoit franchement à ses familiers qu'il étoit comme un pou entre deux ongles (des princes du sang et des pairs), ■dont il ne pouvoit manquer d'être écrasé , sMl n'y prenoit bien garde. Cette réflexion troubloit l'excès de son contentement, et celui des grandeurs et de la puissance où tant de machines l'avoient élevé. Il craignoit les princes du sang dès qu'ils seroient en âge de sentir l'infamie et le danger de la plaie qu'il avoit porté dans le plus auguste de leur nais^ sance , et le plus distinctif de tous les autres hommes ; il craignoit le parlement qui , jusqu'à ses yeux , n'a voit pu dissimuler l'indignation du vlolement qu'il avoit fait de toutes les lois les plus saintes et les plus inviolables, sans se pouvoir rassurer par le dévouement sans mesure du premier président , trop décrié par son ignorance , trop déshonoré par sa vie et ses mœurs , pour oser espérer de tenir sa compagnie par lui. Enfin il craignoit jusqu'aux ducs , tant la tyrannie et l'injustice sont timides.

Sa frayeur lui fît donc concevoir le' dessein de brouiller si bien ses ennemis, de les armer si ardemment les uns contre les autres, qu'ils le perdissent de vue, et qu'il leur échappât dans le cours de leur longue et violente lutte , qui leur ôteroit tout moyen de réunion contre lui , qui étoit la chose qui lui sembloit la plus redoutable. Pour entendre comment il parvint à ce grand but , il £aut expliquer certaines choses entre les pairs et le parlement. On se contentera du nécessaire , ce Ueu n'étant pas celui de traiter cette matière à fond , mais ce nécessaire ne peut être aussi oourt qu'on le désireroil ici.

Il faut d'abord voir ce qu'est la dignité de pair de France , si elle n'est pas la même aujourd'hui qu'elle a été dans ces puissants souverains, ou presque tels , dont les duchés et les comtés-pairies ont été en divers temps réunis à la couronne , et ce qu'est le parlement de Paris et les autres

4 . Yoy. sur les nuits blanches de Sceaux l. lll, p 470, noie*

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