‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 73 sur 232 · AVEC CEUX DE TOUS LES TEMPS · texte numérisé non relu

AVEC CEUX DE TOUS LES TEMPS

libéralité des rois et de leurs grands feudataires , sont devenus gk'ands seigneurs , et quelques-uns grands feudataires eux-mêmes. L'Eglise , à l'ombre de Tignorance et de la stupidité des laïques , s'accrut lors au point de se revêtir de toute la puissance temporelle par Tabus et la frayeur de la spirituelle. On ne peut attribuer à d'autres temps l'origine inconnue de la pairie attachée en titre de duché aux sièges de Reims , Laon et Langres; et de comté à ceux de Beauvais, Châions et Noyon. Voilà donc six pairies ecclésiastiques sans érection , comme les duchés de Bourgogne, Normandie et Guyenne, et les comtés de Toulouse, de Flandre et Champagne; toutes douze en mêmes droits et fonctions quant à la dignité , et , nonobstant la distance , sans mesure de naissance et de puissance entre les six laïques et les six ecclésiastiques, en même rang, distinctions, égalité. Ces six prélats n'étoient pas différents de leurs successeurs jusqu'à nous, et s'ils cédoient le pas aux six laïques , c'étoit à raison d'ancienneté , puisque tout étoit entre eux parfaitement et entièrement égal. Excepté Reims et Beau vais, et encore qu'étoit-ce en comparaison des pairs laïques de Bourgogne , etc. , il n'y a guère, à la dignité près, de plus petits sièges que les quatre autres, et on peut avancer, aucun qui ne vaille Laon et Noyon. Néanmoins, quand les seigneurs eurent rappris à lire et repris leurs sens, et leurs vassaux à leur exemple , ils revendiquèrent les usurpations de l'Eglise, et quoiqu'elle conservât le plus qu'elle put des conquêtes qu'elle avoit faites sur la grossièreté des laïques, elle demeura comme dépouillée, en comparaison de ce qu'elle s' étoit vue en puissance et en autorité. U n'y eut que ces six sièges qui , en perdant les abus ecclésiastiques , se conservèrent dans l'intégrité de leur rang, de leurs fonctions, du pouvoir législatif et constitutif, à la tête des plus grands, des plus puissants et des plus relevés seigneurs du royaume, uniquement par le droit de leur pairie.

Il n'y a pas même eu quelquefois jusqu'à des cérémonies tout à fait ecclésiastiques où leur pairie leur a donné la préférence , comme il arriva à la procession générale de tous les corps faite à Paris en actions de grâces de la délivrance de François P'. L'archevêque de Lyon y étoit avec sa croix devant lui , comme reconnu par Sens dont Paris étoit lors suiïragant. L'évêque de Noyon prétendit le précéder. La préséance lui fut adjugée par arrêt du parlement comme étant pair de France. Il en jouit, et l'archevêque de Lyon céda et assista à la procession.

Dans ces anciens temps où ces anciennes pairies laïques sans érection subsistoiént encore, au moins les plus puissantes, et possédées par les plus grands princes, tels que les ducs de Bourgogne, les rois d'Angleterre , etc. , ces six pairies ecclésiastiques n'étoient pas plus considé* râbles en terres et en revenus qu'aujourd'hui ; et les évêques de ces sièges, dont on a la suite, ne l'étoient pas plus en naissance ni en établissements que le sont ceux d'aujourd'hui , et s'il y a eu quelques cardinaux et quelques autres du sang royal ou de maisons souveraines à Reims et à Laon , cela n'a été que rarement , et bien plus rare ou jamais dans les autres sièges ; et toutefois on voit ces six évêques en tout et partout égaux en rang , en puissance , et autorité législative ett^onstitu-

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