DUCS NON VÉRIFIÉS
Lorraine et de Savoie, des bâtards de France et la maison de Longueville , de très-grands seigneurs françois et étrangers, et plus que tout cela un prince du sang. Aussi , quant à la dignité des fiefs et de Tapanage , ces duchés sont égalés aux pairies , mais sans office , qui est de plus en la pairie qui donne aux pairs ces grandes fonctions qu'on a touchées , et leu^ a acquis ces grands noms que les rois leur ont donnés : comme l'état de la dignité de duc vérifié est étrangère à la cause de cette digression , on ne la grossira pas des raisons qui montrent que les ducs vérifiés, et que l'usage nomme héréditaires, sont cequ'étoient les hauts barons.
Hais pour ne laisser aucune des trois sortes de ducs connus en France sans quelque explication , puisqu'elle se présente si naturellement ici , j'ajouterai un mot des ducs non vérifiés , que l'usage appelle mal à propos à brevet, puisqu'ils n'ont point de brevet, mais des lettres comme les autres qui ne sont point vérifiées, et qui, par conséquent, n'opèrent rien de réel ni de successif, mais de simples honneurs de cour, sans rang et sans existence dans le royaume. C'est à ceux-là seulement que les officiers de la couronne disputent à raison de leurs offices réels et existants dans l'ÊXai , contre de simples honneurs de similitude , sans fief ni office, sans caractère, rang, ni existence dans le royaume. C'est encore de ceux-là que le cardinal Mazarin disoit insolemment qu'il en feroit tant qu'il seroit honteux de l'être et de ne l'être pas , et néanmoins se le fit lui-même.
On est tombé dans la même erreur sur leur origine , qu'à l'égard des ducs vérifiés, on les a crus de l'invention de la minorité de Louis XIV. A la vérité , pour ceux-ci il seroit peut-être difficile de les trouver plus haut que François I''; aussi ne sont-ils rien dans l'Ëtat, mais Roannez fut duché de la sorte sous ce règne. On vit ensuite de même Dunois pour la maison de Longueville , Albret en faveur d'Henri , roi de Navarre ; Brienne pour Charles de Luxembourg , beau- frère du duc d'Êpernon , et quantité d'autres pour de fort grands seigneurs françois et étrangers ; et de ces ducs non vérifiés il y en a toujours eu jusqu'à présent , et le dttc de Ghevreuse , grand chambellan , dernier fils du duc de Guise tué à Blois , a été longues années duo de cette dernière sorte avant d'être fait duc et pair.
Les officiers de la couronne a'ont aucune part à la cause de cette digression, et ce seroit en abuser que d'en parler ici. Quelque grands que soient leurs offices , des deux premiers surtout , ils n'ont ni l'universalité ni la majesté de l'office de pair de France, et les preuves n'en sont pas difficiles. Leur office de plus n'est qu'à vie , et de fief comme office de la couronne ils n'en ont point , quoiqu'on trouve des foi et hommage quelquefois rendus à nos rois pour ces offices , mais sans nulle mention de fief.
Ainsi les pairs ont le plus grand fief et le plus grand office qu'un roi de France puisse donner , et dont un vassal , même fils de France , enoore