LE PARLEMENT SE MÊLE DES AFFAIRES D'ÉTAT
pairs n'ayoit point de lieu , qu'elle étoit partout oii il plaisoit au roi d'assembler les pairs, et comme il est vrai. Le parlement de Paris demeura sans action comme sans réponse , et n'a osé renouveler depuis sa prétention , lorsqu'il a plu au roi de juger des pairs , etc. , dans leur cabinet avec les pairs , en quelque part que c'ait été , avec ceux qu'ils y ont voulu appeler avec eux. Cela est arrivé plusieurs fois.
Le jugement du duc de La Valette rendu dans le cabinet de Louis XIII , à Saint-Germain en Laye , après la levée du siège de Fontarabie , en est un des derniers exemples. Le premier président y fut appelé avec quelque peu de membres du parlement ; et comme la séance étoit autour de la table du conseil , les pairs en occupèrent les premières places aux deux côtés , les officiers de la couronne ensuite , et le premier président après eux , sans aucune difficulté.
La régence de Marie de Médicis est le premier exemple que le parlement puisse alléguer d'être entré dans les matières d'Ëtat et de gouvernemelit , si on excepte celle des différends avec Rome , où la politique des rois a toujours voulu mettre le parlement entre eyx et cette cour, et lui faire faire ce qu'ils ne vouloient pas paroître faire eux-mêmes. L'enregistrement des traités de paix n'est rien, puisque le parlement ne fut jamais consulté pour les négocier et les conclure. C'est, ut notum sit^ comme des édita, déclarations, ordonnances, lettres patentes, et pour qu'il règle leurs jugements dessus entré particuliers , si quelqu'un se plaint de contraventions et de pillage contre d'autres particuliers. Le refus que François V lui fit faire d'enregistrer le traité de Madrid ne fut qu'un acte d'obéissance conforme au cri général de la nation , et son enregistrement , quand il l'auroit fait , n'en eût pas servi davantage à Charles-Quint. C'est donc à l'jépoque de la mort funeste d'Henri IV qu'il faut fixer la première connoissance que le parlement a prise des affaires d'£tat et du gouvernement.
Cet exécrable événement , du détail duquel toutes les histoires et les Mémoires de ces temps-là soulageront ceux-ci , remplit toute la cour d'horreur , et d'effroi toute la ville. Le prince de Condé étoit hors du royaume et premier prince du sang; Monsieur*, plus jeune que le roi mineur , et nul autre fils de France ; les autres princes du sang , et il n'y en avoit que deux, le prince de Conti et le comte de Soîssons, à craindre pour la reine par plus d'une circonstance; peu de grands à Paris, tellement que le duc d'Êpernon, comptant de jouer un grand rôle si la reine lui avoit l'obligation de toute son autorité, ne pensa qu'à la lui procurer de la manière la plus publique et la plus solennelle , et à lui assurer le plus de gens qu'il pourroit , en les associant en un acte que leur intérêt les engageroit après à soutenir , sans songer dans cet instant subit aux conséquences.
Il se servit donc sur-le-champ de l'autorité de son office de colonel général de l'infanterie, fit assembler le parlement quoiqu'il fût fête, investit le palais en dehors , et la grand'chambre , en remplissant la graixde «aile de milice, tout cela sur-le-champ, et, comme on dit,
4 . U s'agit ici de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII-