LE PARLEMENT SE MÊLE DES AFFAIRES D*ÉTAT
en un tournemain , et y fit aller aussitôt tout ce peu quMl y avoit de pairs et d*offîciers de la couronne avec la reine, laquelle fut à l'instant, du consentement de tous, déclarée régente et revêtue seule du pouvoir souverain.
De là le parlement voulut profiter des troubles qui survinrent pour se mêler du gouvernement , et c'est l'époque de leur chimère de se dire les tuteurs des rois. Leurs tentatives ne réussirent à leur fournir aucun acte sur lequel ils puissent rien fonder à cet égard, mais à faire voir qu'il n*a pas tenu à eux , et qu'ils ont augmenté ces troubles.
Louis XIII , en quantité d'occasions , leur a bien su dire : « qu'ils ne sont qu'une simple cour de justice pour juger les procès des particuliers, et leur rendre la justice en son nom , sans droit aucun par delà leur juridiction contentieuse ; » et cela en plein parlement y séant, et d'autres fois à leurs députés ; et pendant son règne a bien su les contenir dans ces bornes.
Sa mort également héroïque , chrétienne et sainte, qui pour la France combla trop tôt $a vaillance , ses exploits , sa justice , et le prodige de tant de vertus dans un prince si expressément mai élevé , et né sur le trône , donna un second titre de fait au parlement pour les régences. Ce prince, qui n'avoit pas lieu de compter sur le bon gouvernement de la reine son épouse , encore moins sur une sage administration de Monsieur , son frère, voulut les balancer l'un par l'autre; et tous les deux par l'autorité qu'il voulut donner à M. le Prince , et au conseil de régence qu'il nomma. Se défiant avec raison de la puissance et de l'effet de la volonté des plus grands , des plus sages et des plus justes rois , tel qu'il étoit , après leur mort, il essaya d'y suppléer en persuadant l'équité et la prudence de ses dispositions. Il assembla donc dans sa chambre son sang, lei pairs , les officiers de la couronne , les grands officiers de sa maison , ses ministres , et les principaux d'entre les conseillers d'Ëtat et des membres du parlement , et en leur présence fit faire la lecture de son testament par un des secrétaires d'État. Tous le louèrent, l'approuvèrent, l'admirèrent ; mais la forme de le passer en sanction y manqua , comme elle avoit manqué à celui de Charles Y qui l'avoit ajoutée au règlement de l'âge de la majorité des rois. Aussi celui-là , si répugnant à la première inspection des choses , si contraire à l'intérêt des régents et des plus puissants de l'Ëtat, est-il demeuré loi constante jusqu'à cette heure, et les deux testaments si sages, si prévoyants, si justes, l'un du même Charles V, l'autre de Louis XIII, n'ont eu aucune exécution.
La reine, dont l'ambition fut excitée par ceux dont l'intérêt étoit qu'elle fût pleinement maîtresse pour être eux-mêmes les maîtres sous son nom , [se laissa persuader] d'imiter Marie de Médicis d'autant plus aisément que le parlement étoit informé des dispositions du roi pour la régence, puisqu'il en avoit donné lecture à ses principaux membres; que s'agissant de dépouiller Monsieur, M. le Prince, et ceux qui étoient nommés du conseil de régence , pour se revêtir seule de leur autorité , elle ne le pouvoit espérer qu'en flattant le parlement, dont les membres étoient bien plus indépendants de tout intérêt avec ces princes fit ces ministres que les grands de l'État , et par un accablement de nombre en