NOVION, HARLAY, MESMES; QUELS
Ce fut tant de honte pour les ducs , et un honneur si énorme pour les Potier, d'en voir un fait duc et pair parmi les quatorze de 1663, qu'il y avoit lieu de croire que Novion comblé de Tun chercheroit par sa conduite à adoucir Tautre. Ce bourgeois ne pensa pas ainsi. Quoique fort bien avec le duc de Gesvres , il étoit piqué de voir un cadet de sa famille au rang des grands seigneurs et d'être demeuré dans celui de son être, et quoique vivant en amitié avec les Gesvres , et se mettant à tout pour eux , lui et son petit-fils , car son fils est mort jeune et obscur , se sont toujours plu en des respects amers et ironiques pour les Gesvres , et à se dire des bourgeois pour leur faire dépit. Telle fut leur bizarrerie , ou plutôt leur ver rongeur, et la cause intime de leur procédé avec les pairs, dont le petit- fils n'a pu que montrer la même humeur en des occasions momentanées.
Novion, succédant ^ Lamoignon sans avoir pu remplir sa place, ne songea donc qu'à seconder le dépit du parlement en suivant le sien particulier. Il fut peu en cette place sans faire des tracasseries qui ne parurent pas d'abord , qui après se firent sentir , et qui par leur opiniâtre durée sont devenues des usurpations de la dernière indécence. Gomme elles ne furent introduites que peu à peu en tâtonnant , que les pairs ne s'en aperçurent que tard , et que plus tard encore ils s'en plaignirent , je ne puis fixer de date à chacune de ses apparentes ténuités , et je les remets à la fin de cette digression , pour venir au point capital qui l'a forcément engagée.
Ces tracasseries , que je remets à la fin , furent suivies de quelque chose de bien plus sérieux , et qui commença à s'introduire par un air de distraction et par de la variété. Aux audiences , le premier président se lève pour aller prendre les opinions d'un côté , puis de l'autre , par pelotons qui s'assemblent debout autour de lui ; il est découvert du moment qu'il se lève jusqu'à ce qu'il soit retourné à sa place , et assis , pour prononcer couvert. Aux procès de rapport , qu*on appelle autrement par écrit , où on est à huis clos (ou , comme au rapport de ce qui regarde la réception d'un pair, on est censé y être), le premier président, sans bouger de sa place , prend l'avis de toute la séance ayant le bonnet sur sa tête; tous opinent découverts à mesure que le premier président appelle le nom de chacun. Venant aux pairs , il se découvroit en nommant le premier d'eux à opiner, de suite les princes du sang opinoient 9ans être nommés , puis les présidents sans l'être non plus ; se couvroit après , puis prononçoit.
il faut dire en passant que cette différence de ne point appeler leâ princes du sang ni les présidents par leur nom ne peut venir que de la proximité du premier président d'eux , en sorte qu'il n'a besoin que de les regarder l'un après l'autre pour leur faire entendre à qui c'est d'opiner ; au lieu que son éloignement des autres places l'oblige à nommer le nom de chacun , que ses regards éloignés , et nécessairement peu distincts entre quatre ou cinq voisins assis près les uns des autres , seroient confusément reçus , et ne leur laisseroient pas démêler l'ordre de l'opinion. Cet usage, qui ne peut avoir d'autre origine, est devenu une distinction des princes du sang et des présidents à mortier , qui ,