AFFAIRE DU BONNET
en cela comme en d'autres qu'on remarquera à mesure , se sont égalée à eux.
Novion commença par mettre négligemment son bonnet sur le bureau , tantôt au commencement j tantôt au milieu , quelquefois vers la fin de l'appel des noms des conseillers, et il évita toujours de Tôter au moment qu'il^nommoit le premier ^ opiner des pairs. De là, il poussa plus loin Taffectation de son inadvertance , y demeura couvert en nommant les premiers des pairs à opiner , puis se découvroit comme ayant oublié de le faire , et achevoit d'appeler le nom des autres. Les pairs furent quelque temps assez simples pour n'y pas prendre garde. Leurs réceptions étoient rares. Après s'en être aperçus cela s'oublioit j usqu'à la première qui produisoit la même surprise , et toujours avec la même incurie. Ce prélude auroifr néanmoins dû les réveiller, d'autant plus qu'ils ne pouvoient penser que les présidents , ni la compagnie même fussent revenus du dépit de l'arrêt de 1664 sur là préopinion, et qu'ils avoient eu depuis une autre occasion de pique dont j'expliquerai le fait après celui-ci.
A la fin , l'évêque-comte de Châlons , si connu longtemps depuis sous le nom de cardinal de Noailles , archevêque de Paris , fut reçu au parlement en 1681 , et ce fut à sa réception que Novion, levant le masque, demeura couvert en appelant tous les noms des pairs , et ne se découvrit que lorsqu'il en fut aux princes du sang. Le duc d'Uzès perdit patience, enfonça son chapeau et opina couvert avec un air de menace. Les ducs éclatèrent et se plaignirent au roi.
Le roi a , tant qu'il a pu , abaissé et diminué le rang des ducs en tout ce qui lui a été possible ; il n'étoit pas fâché des querelles de cette nature , et il aimoit à les faire durer en ne les jugeant point, pour tenir les parties en division, et plus'dans sa dépendance. Il prit prétexte que le duc d'Uzès s'étoit fait justice lui-même, et aux pairs aveciui, et ne voulut point s'en mêler. Il ne devoit pas être difficile de le mettre au pied du mur en tout respect î en le suppliant de décider, et il n'étoit pas possible qu'il le fît en faveur d'une indécence si poussée , et en même temps si nouvelle; ou, s'il persistoit à ne s'en point mêler, lui demander conséquemment la neutralité de part et d'autre, et n'opiner plus aux procès par écrit que couverts.
J'aurois peine à comprendre qu'on en fût demeuré là, et que les pairs eussent retourné opiner découverts , le premier président restant couvert depuis cette époque, si je n'avois vu de mes yeux de quoi rendre, tout croyable des pairs avec le parlement pour ne parler que de ce dont il s'agit ici, et du parlement avec eux en tout genre d'entreprise .
Je me contenterai de cette triste remarque et de dire que cette affaire , dont la contestation dure encore au même état , et si connue sous le nom de l'affaire du bonnet , est celle dont M. du Maine s'est servi avec tant de noire profondeur et de fortune , qui donne lieu à cette digression. Avant de la finir , il faut achever de voir les autres gentillesses des présidents du parlement, qui ne purent être contents d'avoir égalé les pairs
'^c les conseillers par le changement de la réception des pairs aux