AFFAIRE DU BONNET
hauts sièges, et par la plus qu'indécence de leur nouvelle manière d'o- • pinion aux procès par écrit.
Il faut revenir maintenant à expliquer ce nouveau dépit causé aux présidents par les pairs, dont je viens de parler, et que j'ai remis ici par les queues qu'il a laissées et qui durent encore. Du temps du premier président Lamoignon , les princes du sang se lassèrent enfin de sortir de séance aux bas sièges à la suite dos présidents, et Lamoignon avoit trop de sens et d'esprit pour ne pas sentir que cette indécence , pour en parler sobrement , ne pourroit se soutenir que tant qu'il plairoit aux princes du sang de la laisser durer. Il comprit en même temps que les pairs, qui ne pouvoient se plaindre de ce qui leur étoit commun avec les princes du sang , ne s*accommoderoient pas d'une marche qui n'auroit plus ce bouclier, tellement que sans querelle et sans bruit M. le Prince, dont ce premier président étoit ami, convint avec lui d'une autre façon de sortir de séance aux bas sièges , tant pour les princes du sang que pour les pairs, où les premiers prirent un avantage fort marqué sur les seconds , qui ne témoignèrent seulement pas le sentir. Voici donc ce qui fut réglé pour les princes du sang entre M. le Prince et le premier président , et qui s*est toujours pratiqué depuis.
La petite audience finie en bas , le premier président ôte son bonnet , demeure assis , et regarde les princes du sang ; aussitôt ils se découvrent , se lèvent, et en même temps les pairs et les présidents en font autant. Les princes du sang se tournent à droite et à gauche en s'inclinant , traversent le parquet et s'en vont. Avant qu'ils soient sortis du parquet, les présidents ont soin de se rasseoir; les pairs en même temps se rassoient. Les uns et les autres demeurent quelques moments de la sorte, puis toute la séance se lève en même temps ; les présidents s'inclinent aux pairs , les pairs à eux sans remuer et découverts ; puis le premier des pairs et le premier président se mettent en marche en traversant le parquet. Le premier pair en coulant par-devant les pairs debout devant leurs places , qui tous le suivent à mesure un à un , tandis que les présidents , suivis des conseillers , débouchent le parquet , les conseillers se retirant le long de leurs bancs , et en sortent ainsi un à un par l'ouverture qui est entre la chaire de l'interprète et le bureau du greffier. En débouchant , ils se couvrent et sortent de la grand'chambre par le parquet des huissiers. Les pairs débouchent la séance ou le parquet par l'ouverture qui est au barreau joignant la lanterne de la cheminée , s'ar-. rêtent quelques pas au delà, l'un après l'autre, pour marcher deux à deux , se couvrent et sortent de la grand'chambre par la grande porte qui donne dans la grande salle. C'est ce qui s'observe encore aujourd'hui pour les princes du sang, et que j'ai vu observer longtemps pour les pairs depuis aux réceptions au parlement.
Cette ouverture du barreau , tout proche la lanterne de la cheminée , aune porte de la hauteur du barreau, c'est-à-dire à hauteur d'appui quand on est debout , et les avocats qui plaident derrière l'ouvrent et entrent dans l'ouverture pour conclure. Fort peu avant que le premier président Harlay se retirât, cette porte se trouva si bien fermée aux pairs sortant de la séance qu'ils ne la purent ouvrir, en sorte qu'ils