‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 97 sur 232 · LES PRINCES DU SANG ET LES PAIRS · texte numérisé non relu

LES PRINCES DU SANG ET LES PAIRS

montèrent par les marches tout joî^antes des sièges hauts , et passèrent par la lanterne; je m'y suis trouvé deux fois. Cette affectation fit craindre la clôture de la porte de la lanterne même , ce qui auroft rendu toute autre sortie impossible que celle des présidents et des conseillers ; tellement que , depuis cela , les pairs demeurent aâsis lorsque la séance se lève après que les princes du sang sont partis , demeurent découverts conmie les présidents et les conseillers , et les voient tous sortir du par-v quet jusqu'au dernier , sans se lever de leurs places.

Les présidents en passant s'inclinent à eux , et eux aux présidents , mais sans aucune contenance de se soulever: puis quand toute la robe, jusqu'au dernier , est hors du parquet , les pairs se lèvent et en sortent il n'importe plus par ou. Je l*ai toujours vu faire par la lanterne de la cheminée, car la porte du barreau est demeurée alors fermée. On sort ainsi tumultuairement de la lanterne , et on se met après deux à deux en ordre d'ancienneté. Un huissier du parlement les attend au débouché de la séance^ et, son bonnet à la main, marche devant eux, et leur fait faire place jusque par delà la grande salle, à certaine distance de la galerie, où il prend congé d'eux. C'est aussi en cet endroit que les pairs se découvrent et se séparent pour aller trouver chacun son carrosse. Les présidents trouvent deux huissiers au sortir du parquet , qui marchent devant eux et leur font faire place jusque près de la Sainte-Chapelle , frappant de leurs baguettes , en traversant la grande salle , sur les boutiques. Quand il n'y auroit qu'un pair en séance , et sans autre occasion que de ce qu'il Vauroit prise, il seroit également conduit par un huissier, et jusqu'aussi loin. Lorsqu'un pair arrive au parlement pour y être reçu , il trouve un huissier \ la descente de son carrosse qui le conduit à la grand'ehambre , marchant devant lui découvert et faisant faire place. Cela étoit en usage , indépendamment de réception , à l'égard de tous les pairs. Ce devoir a disparu sous prétexte du grand nombre , depuis les quatorze érections de 1663, et que les huissiers n'y pourroient suffire. Les princes du sang en trouvent toujours deux à la descente de leur carrosse, et qui les y reconduisent chaque fois qu'ils vont au parlement. Les présidents , qui y sont les maîtres , et qui ont ces huissiers dans leur main , s'en font précéder seuls et sans être à la tête de la grand'ehambre , allant par le palais.

Je ne sais d'où cela a commencé. Pour le frappement de baguettes, je n'y vois d'origine que la foule , et d'avertir plus fortement de faire place , chose qjui a depuis tourné en distinction par des gens si attentifs à y tourner les moindres choses, et d'en faire naître de toutes espèces, comme on le va voir. lU furent fort peines du peu de succès de la clôture de la porte du barreau joignant la lanterne de la cheminée, et se plaignirent que les pairs demeurassent en séance lorsque les magistrats en sortent, et que c'étoit pour voir passer les présidents sans se lever pour eux. Je reviendrai après à cet article , mais ils ne purent le§ en empêcher par eux-mêmes. Ils n'osèrent aussi en faire une plainte au roi parce qu'ils sentoient la réponse de la porte fermée si nouvellement i ainsi les choses en sont demeurées là jusqu'à aujourd'hui.

Les princes du sang trouvèrent leur distinction dans cette façon de

CESSENT DE SUIVRE LES PRÉSDîENTS A LA SORTIE. 211

sortir seuls de la séance des bas sièges ; et les présidents , pour n*en être pas précédés , ont toujours eu grand soin de se rasseoir après les avoir salués , pour montrer , par cette pause après cette sortie , que la cour est toujours en séance , et que les princes du sang se sont retirés avant qu'elle fût levée. Le premier président Harlay donna de son chef une distinction nouvelle aux princes du sang, quelque temps après- qu'il fut en place , pour leur sortie des hauts sièges , où ils entrent encore aujourd'hui , et sortoient alors , à la tête des pairs : ce fut dç leur ouvrir le petit degré du roi , qui , de son coin , descend à la place du greffier aux grandes audiences , qui. est celle que le chancelier occupe aux lits de justice. Depuis cette invention d'Harlay, lorsque la séance se lève aux hauts sièges , les princes du sang , au lieu de se reployer comme ils faisoient sur les pairs , et comme les pairs font encore , pour sortir le long de leur banc par la lanterne de la cheminée, les princes du sang, dis-je, s'avancent vers le coin du roi, après avoir salué les pairs à leur droite, saluent les présidents vers ce coin, et descendent le petit degré du roi , au bas duquel ils trouvent leurs deux huissiers pour marcher devant eux.

De cette sortie séparée , Harlay a fait naître une indécence que je m'abstiens de qualifier : c'est qu'à l'instant que le dernier des princes du sang en séance a enfilé le degré qui n'est que de cinq marches , conune ,ceux des deux lanternes , et par lequel personne ne doit passer , un huissier escalade aux hauts sièges en montant sur les sièges bas , et en enjambant le dossier vis-à-vis les plus anciens pairs , passe tout de suite devant le premier président qui l'attend pour marcher devant lui, et qui, resté debout avec toute la séance depuis la sortie des princes du sang , ne se met en marche , rebroussant le long de son banc , comme il a été dit ailleurs, que lorsqu'il a cet huissier devant lui. Avant cette sortie des princes du sang par ce petit degré du roi , cet huissier attendoit avec un autre huissier le premier président au débouché de la lanterne de la buvette, où le second huissier l'attend encore, par où le premier président sort de la séance haute , suivi des présidents et des conseillers qui sont sur ce banc. Les conseillers qui sont du côté des pairs attendent que le dernier pair ait débouché la lanterne de la cheminée pour aller joindre leurs confrères parmi la grand'chambre , sans huissier. On est honteux de décrire ces misères et ces petites inventions de distinctions et d'orgueil; mais on décrit par là le caractère qui les fait imaginer et exécuter. On en va expliquer d'autres incessamment , et encore plus ridicules.

Depuis que les princes du sang , et les pairs après eux ont cessé de suivre les présidents à la sortie de la séance des bas sièges , le premier président cessa de faire venir la tournelle à la grand'chambre aux affaires ecclésiastiques et des nobles qui sont criiXMnelles et qui exigent rassemblée des deux chambres , laquelle y venoit auparavant^ La morgue de la dignité de la grand'chambre a cédé à la malice d'exclure les pairs de cette séance de la tournelle , parce que , n'y ayant point deux chemins séparés pour aller de l'une ^l'autre , comme pour sortir simplement de séance , il n'y peut rester que les pairs seuls qui ne veulent pas

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