‹ Mémoirs de Ninon de LenclosChapitre 14 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

218 AMOUnS mSTORIOUKS

atrabilaire de la comtesse. Celle-ci répondait à son zèle par des paroles dures, à son empressement par des outrages, à ses prévenances par des rebuffades sans fin.

J'étais indignée.

Madame de Fiesque, présente à cette première entrevue, me dit tout bas :

— Ne valait-il pas mieux laisser au cloître cette orpheline que de l'amener ici dans le seul but de riiumilicr et de la tyranniser sans cesse?

— Quoi ! murmurai-je, elle l'a retirée du couvent pour la réduire à une aussi triste existence?

— Mon Dieu, oui! C'est une fille naturelle de son frère.

— Eh! madame, est-ce une raison pour la vouer au malheur? - . , -• - - : ;

— Non, je suis de votre avis. La comtesse est bien coupable. ' ' - :

Lorsque j'eus terminé ma visite, madame de Fiesque m'accompagna pour retourner chez Mademoiselle. Dans le trajet, elle me dit de l'air le plus simple du monde :

— Je voudrais que cette jeune fille eût un amoureux qui lui assurât le bien-être et la sauvât des griffes de sa tante.

— Oui, certes! m'écriai-je, vous avez parfaitement raison!

— N'est-ce pas? îl est impossible qu'elle reste dans une situation pareille. xMais le moyen de l'en tirer? Souvent j'ai réfléchi sans pouvoir le dôcoiivrir. Clotilde est ici comme une prisonnière, elle ne voit personne. D'ailleurs, les plus grands obstacles viendraient peut-être d'elle-même. Religieuse et sage, il est à croire qu'elle prêtera difficilement l'oreille à des propos d'amour. • ^

MXO.N DK I.ENCLOS t>l!)

— Oh! oh! fis-je en riant, si je me chargeais de la guider !...

— Chargez-vous-en, ma chère.

— Et que dira-t-on?

— Peu vous importe!... Faut-il s'inquiéter de cela? Les circonstances sont votre excuse, et la cruauté de sa tante justifie tout. - :

— Je vous assure que j'ai hâte de me mettre à l'œuvre.

— Ah! mais j'y songe, la comtesse doit partir dans deux jours pour aller voir Frontenac en Touraine, dit madame de Fiesque : c'est une occasion magnifique! Elle ne s'embarrassera point de sa nièce et se gardera bien de l'emmener à Blois.

— Croyez-vous?

— J'en suis persuadée. Comme elle ne reviendra pas avant l'automne, vous aurez le temps de former votre élève.

— Et je vous jure, m'écriai-je avec enthousiasme, que je vais en faire une fille accomplie!

— Une seconde Ninon?

— C'est cela même, vous avez dit le mot, lui répondis-je en souriant.

Le surlendemain matin, madame de Frontenac partit en effet pour Blois. J'obtins sans peine qu'elle me laisserait Clotilde pendant son absence.

On devine quelle fut la joie de la chère petite. Au lieu de la brusquerie de sa tante et des reproches pleins de dureté qu'elle entendait matin et soir, elle trouva chez moi de tendres caresses et une amitié sincère.

J'amenai la conversation sur l'indigne mariage auquel madame de Frontenac voulait la contraindre.

2'20 AMOURS IIISTORIQUES

Clotilde versa alors tant de larmes, son désespoir éclata d'une manière si violente, que je soupçonnai dans ce jeune cœur un amour caché.

Tout d'abord j'avais gagné sa confiance.

L'aveu suivit bientôt les pleurs, et je sus qu'elle aimait le frère d'une de ses amies de couvent.

— Mais, ajouta Clotilde avec un i)rofond soupir, il est noble, il est riche... il ne m'épousera jamais.

— Tant mieux, lui dis-je, tant mieux pour vous, ma chère enfant!

Elle tourna vers moi ses grands yeux tout remplis de surprise.

— Oh! répondit-elle, je suis bien sûre qu'Albert ne me rendrait pas malheureuse!

— C'est aussi mon opinion, Clotilde, et vous avez mal interprété mes paroles. Il se nomme Albert?

— Albert de Perceyal. . ■ .. r. '.

— Mais où avez-vous pu le rencontrer?

— Tous les soirs, il venait à la grille du couvent rendre visite à sa sœur.

— Et à vous, Clotilde? • Ses joues devinrent écarlates.

— Allons, allons, ne rougissez pas, ma chère mignonne ! Il vous aime, cela prouve en faveur de son bon goût; car vous êtes bien jolie.

— Vous trouvez? me demanda-t-elle naïvement.

Je l'embrassai de tout mon cœur. Elle était charmante. Mais le sourire qui avait éclairé son gracieux visage s'effaça bientôt. Les larmes recommencèrent.

— Hélas! dit-elle, sa famille ne consentira jamais à nous unir ! '■•-'> ■- ■--'• :--••■'■ '^ ■■:.■'-■ ■ .-r ■ - — ■■ - --

— Encore?... Voyons, ma belle, consolez-vous et laissons de côté cette absurde question de mariage. Albert vous aime, et vous l'aimez, n'est-ce pas? -

— Oh! oui, répondit-elle, joignant les mains et levant vers moi sa paupière humide.

— Alors, pourquoi vous inquiéter du reste? L'amour est le seul bien de la vie, ma chère Clotilde, le seul, entendez-vous ? Sans l'amour tout est mort, tout est stérile. C'est le plus grand bienfait, c'est la joie la plus vive, c'est la consolation la plus certaine que la Providence puisse nous accorder sur la terre. Beauté, séductions, poésie, nous puisons tout dans l'amour. Mais ce don précieux, nous ne le conservons qu'à la condition d'être libres. Une fois qu'un homme nous tient dans les chaînes du mariage, il ne nous aime plus.

— Oh! c'est impossible! murmura-t-elle.

— Il ne faut pas dire c'est impossible. Le monde est là, Clotilde; vous n'avez qu'à regarder autour de vous, ma pauvre enfant, et vous verrez si j'ai tort! Orphée, dit-on, descendit chercher sa femme aux enfers ; mais tous les veufs de ma connaissance n'iraient pas même en paradis retrouver la leur.

J'apportais à cet entretien dangereux toute la vivacité d'esprit et toute l'éloquence dont j'étais susceptible. La surprise de Clotilde redoublait. Je poursuivis :

— Cela vous paraît étrange, n'est-il pas vrai, mn chère petite, et ce ne sont pas les discours qu'on vous tenait au couvent?

— Je l'avoue, me répondit-elle avec trouble.

'22.2 A MOL" lis lIISTdli lOUi: S

— Oli ! rôdiicalion dos cloîtres ! quelle déraison ! quelle folie ! On commence i)ar tromperies jeunes filles, on leur présente tous les hommes sans exception comme des monstres de perfidie, comme des êtres sans foi, sans probité, sans conscience, uniquement occupés de la perte de notre sexe; puis, quand les conseils do la nature viennent corriger ceux de l'éducation, les jeunes filles sont très-surprises que ces monstres-là ne leur inspirentpoint du tout des sentiments d"horrour. ' '

La nièce de madame de Fioiilenac sourit. Je l'embrassai do nouveau. Décidément, mes doctrines commençaient à lui faire beaucoup d'impression.

— Pour en revenir au i)oint où jen étais loiit à Tlieure, Clotilde, ajoutai-je en caressant sa douce main blanche, qu'elle avait posée dans la mienne, vous devez comprendre que les obstacles soulevés par les familles n'empêchent pas l'amour d'aller droit son chemin. Ilion ne l'arrête; il brise toutes les barrières et surmonte les diflicultés les plus grandes. Je gage qu'Albert de Perceval a trouvé moyen de vous voir jusque chez votre tante?

— Pas encore, dit-elle; mais il m'écrit. ^ '^^•■'

— Yoyez-Yous, Clotilde.

(Ml ! je ne vous cacherai l'ioii ! Toiiez, voilà ses Iclli'es. Elle les lira do son coi'sage et les mit sur mes genoux en rougissant de nouveau. J'en ouvris quelques-unes afin de les parcourir. (îlolildo ino rogaidait, ])alpitante, et cherchait à deviner sur mon visage l'impression que me causait cotte lecture.

— Eh mais, dis-je après une pause assez longue et en déployant de nouvelles missives, il y a là beaucoup de cœur, une

passion sérieuse et des raisonnements très-justes. Ouel âge a-t il, ce jeune homme?

— Vingt ans. '

— Comment donc? il montre, Dieu me pardonne, la logique et la maturité d'esprit d"un homme de trente!... Oui, toutes ses phrases portent; elles ont du cachet. Il s'indigne contre le despotisme de sa famille et vous supplie de lui confier votre bonheur... Que vois je?... Ah ! par exemple, ceci ne rentre plus dans mon système!... Un prêtre de Saint-Sulpice, gagné par lui, vous unira secrètement?... Gardez- vous-en bien, ma chère ! n'acceptez jamais une proposition semblable !

Ses joues se couvrirent de pâleur.

— Vous m'effrayez, murmura-t-elle.

Je lui rendis le paquet de lettres et j'ajoutai :

— L'amour, sachez-le bien, Clotilde, est une flamme qui demande toujours un aliment nouveau : cessez de le lui fournir, elle s'éteint. Or qu'est-ce (|ue le mariage? c'est la disette de toutes les affections, la famine du cœur. Quand on s'aime véritablement, on s'en éloigne comme d'un abîme.

— Ah I mon Dieu! s'écria-t-elle avec angoisse.

— Voilà pourquoi je ne me suis pas mariée, ma chère; voilà pourquoi je ne me marierai jamais !

Son effroi parut se calmer tout à coup. Elle réfléchit une minute et me dit avec candeur : • -■

— C'est peut-être que vous n'avez aimé personne?

— Pardonnez-moi, Clotilde.

— Va celui que vous aimez, vous le refusez pour époux?

— Oui, certes !

— Alors vous devez le rendre bien malheureux !

'224 AMOlinS IIISTORIOI'HS

— Au contraire. Écoutez-moi, chère belle; car vous sortez d'un couvent, voilà ce qu'il y a de terrible. On y élève toujours les jeunes filles au [)oiiil de vue de la lin du monde; c'est pourquoi vous me comprenez un peu de travers. Mais vous êtes trop jolie, trop éveillée, trop spirituelle, pour que je n'efface pas les sottes maximes dont on vous a meublé le cerveau. Le monde, ma bonne Clotilde, est loin de ressembler à la peinture qu'on vous en a faite. Ce n'est point une sorte de casier, où chacun a sa place et accomplit péniblement ce qu'il appelle son devoir. Le monde est comme un grand jardin, stérile d'un côté, rempli de ronces et de plantes amères, et, de l'autre, verdoyant, fleuri, doux au regard et doux au cœur. ' . ..av;:^

Elle rapprocha son siège, plaça de nouveau ses mains entre les miennes etpeucha vers moi sa belle lète attentive.

— Il ne s'agit, mon enfant, que de choisir le côté que Ton préfère. Aimez-vous le mariage, allez du côté triste, dépouillé, monotone : des cailloux plein le chemin, des fondrières à chaque pas, des peines, des tourments, l'esclavage. Préférezvous, au contraire, la liberté du cœur, un Eden enchanté s'offre à vos regards. A vous les trésors de l'amour, les mille enivrements de la volui)lé, les mille caprices de la fantaisie, toutes les joies de la terre sans les douleurs, tous les plaisirs sans la souffrance, tous les droits à la félicité sans aucun des nœuds qui vous enchaînent pour la vie.

— Oh ! comme vous parlez bien ! murmura Clotilde. S'ap[)uyant sur mes genoux et me regardant avec une admi-

ralion naïve, elle ajouta:

— Quelle différence avec les tristes sermons qu'on nous faisait aux Carmélites! . '■■- : • . .,

ÎS'INO.N DK L ENCLOS ^'2U

— Eh ! ma clière, ces gens-là n'entendent rien à la philosophie du bonheur. Ils ne tiennent compte ni de nos passions, ni de nos désirs, ni de nos tendresses. Mais, soyez tranquille, vous êtes entre bonnes mains. Et d'abord, comme vous savez sans doute où répondre à M. de Perceval, vous allez lui écrire que nous irons, dès demain, chaque après-dînée, nous promener au Cours.

— C'est cela! cria-t-eile en se levant toute joyeuse.

— Et vous prendrez avec lui des mesures pour échapper le plus tôt possible aux mauvais procédés de votre tante.

— Mais comment? demanda-t-elle.

— Nous verrons, écrivez toujours.

Le lendemain, nous allâmes cà la promenade, et mes jeunes amoureux se rencontrèrent. Jugez de leurs transports et de leur ivresse!

M. de Perceval était un beau cavalier, qui ne devait pas en être à son premier amour. Cela se voyait à sa mine et à son assurance. Jl avait de l'acquit, de la science du monde, et me connaissait beaucoup de réputation, mieux instruit en cela que Clolilde, qui n'avait jamais entendu parler de moi.

Ma chère élève marchait donc à grands pas dans la route que je lui traçais.

Je continuais d'avoir sa confiance absolue. Si elle ne cédait pas encore à la passion d'Albert, c'est grâce aux obstacles que je faisais naître moi-même, afin de rendre l'attachement du jeune homme plus durable.

Au milieu de notre bonheur, de nos douces promenades et de nos belles amours, survint tout à coup un motif de chagrin terrible.

'2'2G AMOrns IIISTORIOUKS

Madame de Fiesque reçut une lettre, où la tante de Clotilde lui mandait que son retour à Paiis serait avancé de trois semaines.

Que devenir? sa malheureuse nièce était au désespoir.

Lorsqu'elle apprit à son amant ce retour fatal, ils ne parlèrent de rien moins que de s'enfuir l'un et l'autre au bout du monde pour éclia[)per à madame de Fnuitenac.

J'ai bien souvent remercié Dieu de la pensée qui me vint alors.

La famille d'Albert de Perceval était d'une grande noblesse, mais d"une fortune médiocre, et le jeune liomme avait par conséquent peu de finances à sa disposition. Je ne voulais pas exposer ma protégée à tomber avec lui dans la détresse. Au lieu de lés laisser partir ensemble, comme ils éîaient disposés, à le faire, je remis ce départ au jour suivant. Puis je me hâtai de conduire Clotilde rue des Tournelles, car sa tante devait arriver le soir même.

Revenue au Luxembourg, je dis, en riant, à madame de Fiesque :

— La tourterelle a trouvé son tourtereau. Ils se sont envolés !

— Bien sûr? me demanda-t-elle avec un frémissement de joie qui me parut étrange, et (juc j'eus la sottise de prendre pour un témoignage du vif intérêt qu'elle semblait porter à Clotilde.

— Oui, répondis-je, elle a biisé sa chaiiic; elle court les champs avec un amoureux! Si son aimable tante la rattrape, il y auia de la malice. * '

— Justement la comtesse arrive... nous allons rire... Venez! venez! s'écria madame de Fiesque. ;

NINON DE LENCLOS tJ-27

Elle me conduisit à la chambre de Mademoiselle, écarta précipitamment la portière de velours; puis, sa main crispée s'attachant à mon bras, elle me fit entrer avec une sorte de violence, en criant de nouveau :

— Venez! mais venez donc!

Lorsque j'eus franchi le seuil, je reconnus tout d'abord notre voyageuse de Touraine. Elle parlait à la princesse avec une animation extraordinaire et des éclats de voix furieux.

— Ne cherchez plus Clotilde! dit madame de Fiesque, qui me tenait toujours le bras et paraissait craindre que je ne lui échappasse: mademoiselle de Lenclos s'est chargée, pendant votre absence, de lui prêcher un système de morale que l'élève est en train de mettre en pratique.

— Expliquez-vous, dit Mademoiselle : que signifie ce discours?

— Quoi! Votre Altesse ne comprend pas? On avait laissé chez vous, dans ce palais, une jeune fille sage, chrétienne; et l'aimable personne, ici présente, a trouvé moyen d'en faire une dévergondée, une coureuse...

— De Clotilde! cria madame de Frontenac. Où est-elle? le saurai-je enfin?

— Voyons, répondez!... c'est à vous de répondre! me dit son hypocrite compagne, dont les yeux étincelaient de haine, et qui me regardait avec un sourire de démon. Vous préférez vous taire?... Alors je parlerai, moi! je dirai la vérité : vous avez corrompu Clotilde; vous avez flétri l'innocence de cette malheureuse enfant; elle vient de partir avec un séducteur...

— Ma nièce!

'2-28 AMOURS IIISTOIllQUES

— Ah ! miséricorde! est-ce possible? dit Mademoiselle, joignant les mains.

— Oui! oui ! vous pouvez me croire!

Il y eut pendant dix minutes une foule d'exclamations, toutes plus humiliantes pour mon amonr-propre les unes que les autres.

— Eh! bon Dieu, reprit Tabominable comtesse en me toisant jiar-dessus l'épaule et en me désignant du doigt avec le dernier mépris, qu'attendiez-vous autre chose de la Ninon?

— Madame! criai-je, ne me possédant plus d'indignation et de colère. - ■ . .. • .. .in.. ..-!,■

— Je ne vous fais pas l'honneur de vous adresser la parole, taisez-vous! interrompit-elle sans que je pusse m'opposer à ce comble d'audace. La princesse était assez faible pour vous porter de l'affection; j'ai voulu lui faire connaître ce dont vous êtes capable, et je l'ai engagée à vous appeler ici, sûre que vous ne tarderiez pas à y apporter le scandale. Aussi elle vous chasse, entendez-vous? elle vous chasse et vous défend de jamais reparaître en sa présence !

Là-dessus, et sans que Mademoiselle daignât dire un seul mot qui désavouât l'outrage, elles se retirèrent toutes les trois ensemble, me laissant confondue de douleur et de honte.

Je restai sur le fauteuil où j'étais assise, la tête entre mes deux mains, et sanglotant avec amertune.

Au bout d'une minute, madame de Fiesque, revenant seule, enti'ouvrit la porte et me ciia : ..>■>■

— Ou'en pensez-vous? Ai-je conduit habilement les choses? Me suis-je bien vengée?

Je me levai, frémissante.

INI.NON DE LE N Ci. OS '229

— Oh! lui (lis-je, vous êtes une misérable et une infâme!

— Un instant, ié[»on(lit-ello : ne donnez pas, s'il vous plaît, aux autres les noms qui vous appartiennent. Vous ne connaissez pas encore tout votre crime. La jeune personne a qui vous avez conseillé la débauclie et dont vous venez de faire une femme perdue... comme vous... comme la Ninon!... cette jeune personne nest jias la nièce di^ madame de Frontenac.

A ces mots, qu'elle me jetait un à un, pour mieux jouir de mon angoisse, je sentis un frisson me traverser le cœur.

La figure de la comtesse était effrayante. Je n'ai jamais vu joie plus infernale et plus hideuse.

— C'est ta fille, Ninon de Lenclos! cria-t-elle; c'est ta fille, entends-tu ?... Voilà ma vengeance !

Je tombai à deux genoux et comme foudroyée sur le parquet.

Madame de Fiesque avait refermé la porte.

Oue se passa-t-il en moi? Je l'ignore, et je n'arriverais jamais à rendre les sensations qui m'agitèrent à cette révélation fatale.

Tout ce que je puis dire, c'est qu'une voiture me jetait, une heure après cette scène, à la porte de ma maison de la rue des Tournelles.

Je montai rapidement à la chambre où j'avais laissé Clotilde.

M. de Perceval venait d'entrer quelques secondes avant moi. 11 était aux genoux de sa maîtresse, à lui embrasser les mains avec extase, à lui tenir les discours les plus tendres. Je les séparai violemment, et je criai, la tête perdue :

— Que faites-vous là, monsieur? qui vous a donné le droit

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