‹ Mémoirs de Ninon de LenclosChapitre 2 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

2JÏ 'AMOURS HISTORIQUES

— Et VOUS, dcmanda-t-il au poète, que reconnaissez-vous en dot à raccordée?

— Deux grands yeux noirs magnifiques, répondit Scarron, un très-beau corsage, une belle paire de mains et beaucoup d'e.s{)iit.

Le fait est que Françoise avait tout cela.

Je leur louai une petite maison, et je la garnis de meubles et de linge. Dès ce moment, ils vécurent sans soucis, recevant une société fort honnête, où le mérite de mademoiselle d'Aubigné finit par se faire joui .

Elle me dut, je puis le dire, la fortune qui lui arriva par la suite; mais je ne savais guère alors travailler pour le plus grand roi du monde.

J'attendais avec impatience la visite que m'avait promise la duchesse de Montpensier.

Un soir, elle m'arriva toute radieuse.

— Nous allons passer deux jours ensemble! s'écria-t-elle. Monsieur vient de partir pour Dombes; Madame est allée à Chantilly voir la douairière de Condé. Je suis libre!... Et d'abord nous assisterons aujourd'hui même au grand coucher du roi.

— Mais les dames n'y sont point admises?

— îVe vous inquiétez de rien, nous aurons des costumes d'hommes. Venez!

Elle m'entraîna. •

Sa parure était de la dernière magnificence, et je fus trèsorgueilleuse de voir (prellc m'honorait assez pour se montrer avec moi sans recourii' à l'incognito.

Mademoiselle portait une robe de tafi"etas aurore, bordée

d'un cordonnet d'argent, des pendants d'oreilles en rubis, un riche collier de perles orientales et de gros diamants en bagues et en bracelets. .:..:..■ .::.^?iaiî.A. :^. ./.i .. . . .; ^. .., Son carrosse nous conduisit au Luxembourg, où elle résidait alors, ayant quitté les Tuileries, sa demeure ordinaire, pour être plus à portée de surveiller Monsieur, dont les tergiversations politiques la mettaient au désespoir.

— Avez-vous des nouvelles des princes? lui demandai-je.

— Oui, d'excellentes.

— J'en suis ravie pour cette chère duchesse.

— Vous pouvez lui écrire que, de Vincennes, on les a transférés à Marcoussis, et de Marcoussis au Havre; mais partout, et malgré la surveillance de Debar, leur geôlier, nous communiquons avec eux.

— Ah! de quelle manière?

— D'une manière aussi simple que commode. Parmi les pièces d'argent qui leur sont envoyées pour leurs menus plaisirs, on glisse des écus creux, fabriqués avec un talent admirable. Debar les palpe et les compte sans se douter de la ruse. Par ce moyen, la correspondance entre les prisonniers et nous devient on ne peut plus facile.

— C'est très-ingénieux.

— Quand je songe, reprit Mademoiselle en éclatant de rire, que ce farouche Debar voulait qu'on dît la messe en français à Condé et à ses frères !

— Bon! Et pourquoi cela?

— Parce que, ne sachant pas le latin, lui Debar, le prêtre pouvait parler aux princes sans qu'il y comprît un mot. l\ n'était pas très-sûr, disait-il, que Dominus whiscum ne signifiât

28 AMOURS IIlSTOaiQUES

point : On vous sauvera celte nuit; quant à ces autres mots : Cu7n spmtu tuo, que les princes répétaient à haute et intelligible voix, cela voulait évidemment dire : Nous aurons l'esprit de le tuer.

— Ah! l'imbécile! m'écriai-je.

— Oui, c'est une providence. S'il était moins bête, nous serions fort à la gêne.

J'admirais la vivacité d'entretien de Mademoiselle et la singularité de son caractère.

Ainsi venir me prendre, moi, qu'elle connaissait à peine, pour me conduire au coucher du roi, c'était vraiment un projet fort bizarre. Néanmoins elle avait l'air si digne et si grave, que la plus grande folie du monde eût passé avec elle. •''

Voulant étudier dans tous ses détails cette nature extraordinaire, je me hasardai à dire, après un instant d'hésitation : '

— Mais, princesse, je suis, en vérité, surprise du vif intérêt que vous portez à M. le Prince; car autrefois, si je ne me trompe, vous le détestiez cordialement.

— C'est vrai, me répondit-elle. Je le haïssais parce qu'il ne m'avait pas demandée pour femme au lieu de mademoiselle de Brézé. ,

— La nièce de Richelieu, je crois?

— Précisément. Une petite sotte prétentieuse. Le jour de son mariage, elle avait mis, pour rehausser sa taille, des souliers si hauts, qu'elle tomba droit sur le nez en dansant une couronne. Je ne pardonnais pas au prince ce choix ridicule;

et ceci vous explique les esclandres du Te Dcum et du Luxembourg, r-: '■-■':■ ■>■;■'.'■■-■'■■-'■. :-';^->-. v/^-:v" > .-.-:: '^ :',.

— Mais, à présent, pourquoi lui pardonnez-vous?

— Un ennemi malheureux a droit à des égards. - .. — Vous avez raison. • . ,. , - *

— Et puis j'ai su que son père lui avait forcé la main pour complaire au cardinal. N'importe, ajouta-t-elle en soupirant, il devait résister : je ne serais pas aujourd'hui vieille fille!

— x\ vingt-trois ans, princesse, y songez-vous? Elle poussa un nouveau soupir.

— Hélas! fit-elle, je ne vois plus d'époux à ma convenance, et j'ai grand'peur de ne me marier jamais. Il y a bien le prince de Galles. Sa mère, Dieu merci! me le jette assez à la tête. Mais figurez-vous que l'autre jour, à Saint-Germain, il ne mangea point d'ortolans, et s'empara d'une pièce de bœuf qu'il dévora presque tout entière.

— Comme c'est bien d'un Anglais! dis-je, riant du singulier motif qu'elle avait de ne pas épouser le fils de la reine Henriette.

— N'est-ce pas? — J'aimerais mieux l'empereur, qui a cinquante ans; mais Anne d'Autriche et Mazarin s'y opposent; voilà pourquoi je me tourne contre eux. Du reste, ma rancune envers Condé ne m'a jamais empêchée de rendre justice à ses qualités héroïques. Si jamais il devient veuf, il faudra qu'il m'épouse ou qu'il me fasse épouser le roi.... Je n'en démordrai pas !

Mademoiselle me débita cette tirade de l'air le plus sérieux du monde.

J'étais dans l'ébahissement.

'•so . A.Morns iiTSTni^iQUEs

Nous arrivâmes au Luxembourg.

Vue collatiou magnifique (Hait servie dans les appartements de la i)rincesse.

Elle me fit mettre à table.

— Ah! dit-elle en me passant des confitures et en poursuivant l'entretien du carrosse, le Mazarin aura fort à faire avec moi ! Je me suis souvent moquée de Uiclielieu : si le lion ne m'a pas fait peur, que sera-ce du renard?

— Vous vous êtes mofjuée de Puchelieu, et à quelle occasion? demandai-je.

— C'était encore à propos d'un mariage : toutes mes rancunes viennent de là.

— Mais vous étiez si jeune, alors!

— ■ Aussi n'est-ce pas moi qu'on avait la prétention de marier, c'était mon père. Et avec qui? Devinez. Avec la Combalet. Tous ces cardinaux ont des nièces qu'ils essayent de glisser dans la couche des princes du sang. Irritée de me voir une semblable belle-mère en perspective, je me postais partout sur le passage de Richelieu pour lui chanter les couplets qu'on avait composés contre lui et contre la dame. Dieu sait (|u'il yen avait de |)i(|iiants!

Mademoiselle m'offrit des oranges et frappa sur un timbre.

Deux valets parurent. , ..

— Appelez la Rivière, dit-elle.

Un instant après, enlra un personnage au regard faux et louche. ., . ' ;.

C'était le fameux conseilhir de Gaston, l'inventeur des perruiiues. :.

■'. NINON PK LEiXCLOS TA

Il en portait une énorme, qui avait du moins l'avantage de cacher en partie sa laide figure. % .., • v -u ; ; ,:■(■

— Nos costumes sont-ils prêts, l'abbé? demanda la princesse. ■ ^-l-^-r-.U .■' 1%^ ! [^<^.'-. '"t'i:: \'^:-^k- ■'■■■'■ V^"-^^' ' • ' ■■

— Oui, Mademoiselle, répondit-il en s'inclinant jusqu'à terre. ..:, ^^ .,., ,j^ ^î-vv:-;.;?'ù,.;;.., =>;,'■,"••:■■, > /'v :: :,ç .[ : r ■,. Z"^'

— Faites-les-nous donner, et soyez à mes ordies.

Il se retira. >v/. ^v-;

— Vous venez de voir, me dit Mademoiselle, le plus fourbe et le plus méchant des hommes. { / . > ^ -; v: > ;-^ •

— Cela se lit sur sa mine, princesse. Je l'avais deviné, je

vous le jure. .:^-i- >-^ \.::iii::. c-.î'-; :; ••.■ :. ' - ; .

— Toute notre famille le méprise et l'abhorre, excepté mon père, qui, pour notre malheur, s'est dirigé jusqu'ici par ses conseils. La Rivière lui a fait abandonner jadis le malheureux Cinq-Mars et son ami de Thou. Il ne faut pas chercher la cause de leur mort ailleurs que dans les dépositions de Monsieur au chancelier. C'est une honte! Les larmes m'-en viennent aux yeux quand j'y songe.

— Et pourquoi vous servez-vous de cet homme?

— Parce que je n'ai personne autre sous la main. La curiosité fait passer sur bien des choses. Je meurs d'envie d'assister au grand coucher, et la Rivière nous servira d'introducteur. Monsieur lui bat froid depuis deux jours. Ce qu'il fait est pour me décider à intervenir dans un raccommodement.... Ou 'il y compte! Cette vilaine tête veut se coiffer du chapeau de cardinal. Il n'y a pas de bassesse qu'il ne fasse pour se procurer la pourpre. .oi^^v ./■û-'r'.l : r.' -. -•'■■. ■ ■■i ■ .' •

,-'2 AMOrnS IIISTOIUQUES

Comme clic achevait ces mots, la Uivicrc apporta lui-même deux costumes complets de gentilshommes, et se relira de nouveau sur un geste de la princesse.

— Commandez le carrosse ! lui cria-t-elle. ' . .■> Après son départ, elle reprit : •

— Nous allons nous servir mutuellement de valet de chambre, car il faut un grand secret; je ne veux pas employer mes femmes.

j\le donnant aussitôt l'exemple, elle quitta sa robe et me pria de l'habiller en homme. Elle fut enchantée de voir que le costume m'était familier.

En un instant nous fûmes prêtes.

Xous descendîmes par un escalier dérobé et nous rejoignîmes la Rivière dans un carrosse sans armoiries qui prit sa course vers le Palais-Royal.

— Mais n'est-il pas un peu trop tôt? demandai-je à Mademoiselle; le roi se couche-t-il de si bonne heure?

— Oui, me répondit-elle. Ce n'est encore qu'un enfant, on le traite en enfant. Oh ! si je voyais en lui un homme, je n'aurais pas imaginé cette folie! . :-/ ;

La rélk'xion me fit sourire.

II était près de neuf heures lorsque nous entrâmes au Palais- Royal. La Rivière nous conduisit directement au jeu du roi. Il nous donna pour deux cadets de Picardie qui venaient faire leur cour. , •

Mademoiselle avait une charmante paire de moustaches et une royale jtostiches qui la rendaient méconnaissable. . :..

Uuanl à moi, j'étais mieux déguisée encore. •>.

Je rencontrai dans les antichambres beaucoup de seigneurs de mes amis. Pas un ne me salua, c'était bon signe.

Le Mazarin faisait ce soir-là le tric-trac du jeune roi, qui semblait priser fort peu la condescendance du ministre, et bâillait à se démonter la mâchoire.

Tout à coup neuf heures sonnèrent à la grande horloge.

Le roi jeta brusquement le cornet qu'il tenait à la main.

Il se leva; chacun imita son exemple.

Se dirigeant ensuite vers un coin de la salle oi^i la reine causait avec deux duchesses, il l'embrassa, ne dai^t^na pas au retour saluer Mazarin. et disparut par la t^alerie do droite.

Les courtisans le suivirent; nous nous joignîmes à la foule.

On arriva près de la chambre à coucher, dont les huissiers ouvrirent la porte à deux battants. Le roi, dès qu'il eut franchi le seuil, donna son chapeau, ses gants et son épée au grand maître de la garde-robe.

Nous nous avançâmes pêle-mêle au milieu de la chambre.

-,G - AMOLRS IIISTOIUQUES

J'avoue que je partageais la curiosité de Mademoiselle: je n'étais pas fâchée de voir comment se coucliait un roi.

Quand Louis Dieudonné se fut débarrassé de tout ce qui le gênait pour se mettre à genoux, l'aumônier récita des oraisons à voix Ijasse. Le roi, les yeux baissés et les mains jointes, parut s'unir très-dévotement h cette prière, qui, du reste, ne fut pas longue.

Il se releva, prit le bougeoir de vermeil et le tendit au prince de Guéménée. Celui-ci le reçut avec une inclination profonde.

La plus grande marque d'honneur que le roi puisse faire à l'un des gentilshommes présents est de lui permettre de l'éclairer pendant qu'il se déshabille.

Précédé de l'huissier, qui invitait les assistants à faire place, et du prince, qui tenait le bougeoir, Louis gagna un fauteuil, ôta son cordon bleu, son justaucorps, et s'assit.

Deux valets de chambre s'agenouillèrent, l'un à droite, l'autre à gauche.

Ils lui enlevèrent chacun un bas.

Puis, se retirant, ils furent remplacés par deux pages de la chambre. Ceux-ci, tenant à la main une pantoulle, s'agenouillèrent à leur tour et la glissèrent respectueusement aux pieds de Sa Majesté.

Louis MV ôla lui-même son haut-de-chausses, qu'un troisième valet de chambre enveloppa dans une toilette de taffetas rouge. ■ ■ .-. ■. ,: . .-■ ï -.^f.

— Ah! bonté divine! murmura Mademoiselle, est-ce qu'il va se mettre tout nu? t '.- '^^ '

MNO,\ DE LENCLOS ^7

— Pourquoi non? répondis-je. Ce n'est qu'un enfant... Que risquons-nous? , ,■ .^: >: *.; -;.--. ■ -v : .■

— En effet, nous ne risquons rien. . ., - : ■ ■ - >■ Là-dessus, elle se mit à regarder intrépidement le roi, auquel le grand chambellan présentait la chemise de nuit.

— Voyez un peu, reprit-elle, comme il est chétif et malingre! Il ne sera pas bon à marier avant six ou sept ans : j'en aurai trente, et ce projet manquera comme les autres.

Son éternelle préoccupation de mariage m'amusait beaucoup. Mais je n'osai point rire.

Après la cérémonie de la chemise, le roi passa une magnifique robe de chambre, salua la foule, et un huissier cria :

— Allons, messieurs, passez! - / i . ;'' \'.' Tout était fini. Nous dûmes sortir. ^ -

Si Dieu descend jamais sur terre, je ne sais vraiment quel honneur on pourra lui rendre après toutes les solennités dont on environne les moindres actions des rois. : ;-

Je ne fis pas cette remarque tout haut devant Mademoiselle, qui trouvait ces choses fort simples et qui me semblait émerveillée d'avoir vu se coucher monsieur son cousin.

Elle ne me permit pas de rentrer rue des Tournelies.

Nous retournâmes au Luxembourg, où, pendant quarantehuit heures, nous ne fîmes que manger, rire, danser et nous promener à pied ou à cheval.

, Le surlendemain seulement je revins chez moi.

Parmi les rares courtisans que la politique me laissait alors, j'ai oublié de parler de M. de Gourville, dont j'avais fait la connaissance chez la sœur de Condé.

C'était un des plus chauds partisans de la cause des princes,

3S A.MULliS lllSTDinOUKS

homme d'infiniment d'esprit et de cœur, et, par cela même, d'un caractère aventureux qui devait le jeter plus tard dans une foule d'embarras.

Jl voulut me présenter un original sans copie, appelé le mar- (juis de Sourdis, lequel rafïolait d'une certaine madame Corniiol, plus originale encore.

Un jour que Sourdis était allé la voir, il ne la trouva pas, attendit plus de deux heures, et, ne sachant que devenir, il embrassa la servante en manière de distraction.

Celle-ci garda mémoire de l'absence de sa maîtresse, et bientôt un témoignage irrécusable força la pauvie fille à une révélation complète.

— Eh bien, ma bonne, pourquoi vous désoler? lui dit tiaiiquillement la dame. Cela ne vous est-il pas venu à mon service? Je n'ai donc aucun reproche à vous faire; ne pleurez plus!

Jamais U. le marquis de Sourdis n'allait à sa maison de campagne de Jouy sans emmener tous ses mulets, son chariot, son fourgon, et je ne sais combien d'hommes à clieval.

Madame Cornuel, l'accompagnant un jour, s'écria :

— Jésus! quel beau cortège! Il me semble voir Jacob et ses chameaux!

A la même époque, je reçus chez moi le poêle Sarrasin, fils d'un trésorier de Normandie. Son père lui avait laissé une fortune raisonnable. En pindarisanl, il eut bientôt mangé la succession, et se vit dans la triste nécessité d'épouser la vieille madame du Pile, dévole acariâtre, auprès de laquelle la Xantippe de Socrate était une femme angélique.

Sarrasin fil au sujet de son mariage une pièce de vers inli-

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tulêe : Sans croix ni pile. Mais il eut le tort de la montrer à sa femme, qui lui donna, dit-on, l'une et Uautre. -;r.- h

Par lui, j'étais au courant de toutes les menées du coadjuteur. -,.;^{.,..-.„ {-v:^,....,c-.": i }■'-■:-'■'': :.-i::i ..ri-^\ :■ .i.n.-c, à

Dix-huit mois auparavant, Retz l'avait fait nommer secrétaire de Conti. Brouillé avec les princes, le protecteur ne pardonnait pas au protégé de leur rester fidèle, et l'appelait poëtereau. ^.:.. .:,;^ ..\ , .;^ ..,., . ^- ... , . - .-. ,- -."■.:

Ce brouillon de Retz continuait à nouer intrigue sur intrigue.

Trouvant que la cour ne le récompensait pas dignement de ses services, il se remit à fronder de plus belle. Mazarin perdit complètement la tète.

La Guyenne, gouvernement de M. le Prince, était en feu; Turenne marchait sur Paris avec son armée. La paix de Bordeaux et la victoire de Réthel ne semblèrent donner au ministre un instant de triomphe que pour rendre ensuite sa chute plus honteuse. . - ^. „..;.;.- . .i .

Entouré d"ennemis implacables, et craignant d'être victime d'un meurtre, il se relira à Saint-Germain. . . ■. ].t'.

Ce fut sa perte. l . U

.••Aussitôt le parlement décréta que « sous quinze jours, le cardinal, ses parents et ses domestiques, eussent à vider le royaume, ou que sinon, ledit temps écoulé, il serait permis à chacun de leur courre sus. »

Voyant qu'il n'y avait plus d'espérance du côté de Paris, iMa-

zarin porta ses regards vers le Havre. En fin politique, il se

décidait à aller mettre lui-môme M. le Prince en liberté, dans

l'espoir que son ennemi se montrerait généreux. On dit qu'il

pleura aux genoux de Condé, cl s'humilia jusqu'à lui baiser

la botte.

Mais celui-ci fut inflexible.

il revint à Paris avec Conli et Longueville, pendant que le piteux cardinal prenait la roule des Ardennes, et de là celle de Cologne.

J'admirai ce bon peuple de Paris, qui avait fait des feux de joie en apprenant l'arrestation des princes, et qui en fit également pour leur délivrance. ' ■ -

Mademoiselle m'appela au Luxembourg.

Je la trouvai dans une véritable allégresse. Elle me raconta qu'elle avait vu le prince et qu'ils s'étaient embrassés de grand cœur, tout en se faisant l'aveu réciproque de leurs pensées secrètes pendant les jours de leur haine. ■■:•-> -.'

— Quand vous avez eu la petite vérole, disait Condé, j'étais aux anges, persuadé que vous en deviendriez laide.

— Et moi, répondait Mademoiselle, quand j'ai su que la reine avait l'intention devons arrêter, j'ai fait dire vingt messes pour que vous ne sortiez plus de Vincennes.

— Mais heureusement je vous retrouve plus jolie, ma cousine !

— Je dois vous avouer, mon cousin, que j'en ai commandé quarante ensuite pour demander au ciel de vous rendre libre.

Là-dessus, de nouveaux et plus tendres embrassemenls.

— Condé m'adore, je le vois bien, me dit la princesse; et jugez de mon bonheur! sa femme a un érésipèle qui vient de rentrer : sûrement elle en mourra!

Mais la petite Brézé se rétablit, et Mademoiselle en fut pour ses espérances. " .: y;-:, s - ; .;

Du reste, Condé revenu, le royaume ne s'en trouva pas mieux. : - ; ^

Que dis-je? Il s'en trouva beaucoup plus mal. Les affaires ressemblaient à un écheveau de fil brouillé par la griffe de Satan. Il y avait deux Frondes, la grande et la petite, celle des nobles et celle du peuple.

Le cardinal, du fond de son exil, réussit à les exciter l'une contre l'autre.

Cela lui fut d'autant plus facile, que le prince, chef de la première, n'aimait pas le coadjuteur, chef de la seconde.

Voyant l'orage prêt à éclater sur sa tète, et flairant la Bastille, Retz a recours à la ruse, se confine au fond de son archevêché, semble renoncer à tout, et ne sort plus que pour prêcher, confirmer et dire la messe. Rien n'était plus édifiant.

Nous disions que le diable se faisait ermite.

Condé, débarrassé de son rival, parle en maître à la cour et s'abandonne h tous les funestes conseils de l'ambition.

R ne se gêne pas pour dire à haulc voix que les enfants d'Anne d'Autriche ne sont pas de Louis XRI, et déclare qu'il ne cessera la lutte que le jour où on lui accordera pour son gouvernement de Guyenne les droits régaliens. C'est un royaume qu'il se propose de fonder, un royaume limitrophe de rEs})agne, avec le secours de laquelle il pourra plus tard conquérir la France.

Mazarin écrit de Cologne que si la reine accepte ces conditions il n'y a plus qu'à mener M. le Prince à Reims. Anne d'Autriche, effrayée, refuse tout, et fait appeler le coadjuteur.

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