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lettre. Cola fnit. elle nous entraîna, et nous reprîmes le chemin (le riI(Mel (le Ville.
Les bourgeois, assembir-s par groupes dans les rues et «lans les carrefours, reconnurent la princesse. Ils cri(jrent avec enthousiasme ; .
— Vive rh(''roïne (rOrhîans!
— Mes amis, mes bons amis, lenr dit-elle, il faut sauver Condtî! . , , „.
— Oui! oui !
— Commandez-nous, ajoutèrent les })lus ardents, nous sommes à vos ordres !
Et une foule immense nous accompagna jusqu'à la Grève.
Comme nous montions le grand escalier de l'Hôtel de Ville, nous aperçûmes en haut des degrés le mar('clial de l'ILjpital, gouverneur de Paris et chaud partisan de la cour, avec M. le Fèvre, prév(jt des marchands. Ils saluèrent la princesse, qui entra tout de suite en matière. .'
— Monsieur est malade, dit-elle. Voici une lettre qui vous enjoint de m'obéir. , - ;
Sur un signe du prèv(jl, le greffier de la ville s'approcha et fil n haute voix lecture du message de Gaston -
— Ainsi, vous le voyez, dit Mademoiselle, j'ai plein pouvoir. Qu'on fasse prendre au plus vite les armes dans tous les quartiers de la ville !
— C'est le premier ordre que nous avons donné, répondit rih'ipital avec un léger embarras.
- Fort bien. Maintenant il s'agit d'envoyer à M. le Piince des foices détachées de toutes les colonnes bourgeoises.
— Mademoiselle doit savoir, dit le maréchal, que Ton
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ne dùtaclie i)oint les bourgeois comme les gens de guerre.
— Pas d'observation, je vous prie! Mon père commande à deux mille hommes : ces troupes vont partir sur-le-champ, et l'on fera garder la i)lace Royale par trois escadrons de mousquetaires.
Le gouverneur n'osa pas résister. îl donna des ordres en conséquence.
— Attendez, ce n'est pas tout! ciia Mademoiselle, voyant que ses interlocuteurs se disposaient à la quitter : il faut absolument permettre à notre armée de passer dans la ville.
M. de l'Hôpital pfdit et regarda le prévôt.
— Eh quoi ! reprit la princesse, montrerez-vous de Tiudécision lorsqu'il s'agit du salut de Condé? La ville de Paris lui doit, ce me semble, assez de reconnaissance.
— Oui, je l'avoue, balbutia le prévôt; mais...
— Mais, interrompit Mademoiselle avec fougue, croyez-vous ({ue l'ennemi vous ménage, hommes et monuments? Apprenez qu'il est de votre devoir, avant tout, de conserver au roi la ville la plus grande et la plus belle de son royaume!
L'Hôpital s'inclina profondément devant la princesse.
— J'ai l'honneur de faire observer à Mademoiselle, dit-il, que, si les troupes de la Fronde ne s'étaient point approchées de la ville, celles du roi n'y fussent point venues à leur tour.
— Assez de paroles, monsieur! Le Prince est en péril sous vos murs, on l'attaque dans vos faubourgs... Quelle honte pour vous si Condé meurt! quel remords n'aurez-vous pas de lui avoir refusé assistance!
Quelques-uns des bourgeois qui nous avaient suivis venaient
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de pénétrer dans rinlérieui' de la salle, lis applaudirent aux discours de Mademoiselle.
— Viaiment. dit le gouverneur, il est impossible que nous })renions, sans délibérer, une résolution de cette importance.
— D.'libt'Tcz donc vite, et délibérez bien ! cria la princesse; car, sur mon âme, je fais monter le peuple et je lui ordonne de vous jeter parles fenêtres!
Elle était sublime. ' '
Les veines de son front se gonflaient ; son œil avait un éclat plein de majesté: la petite-fille de Henri lY se révélait tout entière.
Appuyée contre le rebord d'une espèce de tribune qui regarde dans le Saint-Esprit, elle s'aperçut qu'on y disait une messe, et s'agenouilla un instant pour piier.
Bientôt M. de rilôpiln] et le prévôt revinrent avec tous les ordres qu'elle demandait.
Gersay partit an galop pour la porte Saint-Honoré. M. de Hohan, qui se trouvait là, courut lui-même avertir le prince que ses trou[)es pourraient entrer quand bon lui semblerait.
Ces messieurs de l'Hôtel de Ville nous reconduisirent avec force salutations.
Sous la grande porte, une foule de bourgeois et d'artisans rassemblés aperçurent l'Hôpital, et se mirent à pousser des clameurs furibondes.
— A bas le Mazarin ! cria-l-on.
— C'est un traître !
— Ne vous fiez pas à lui !
— Dites un mot, nous le jetons à la Seine !
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Mademoiselle apaisa le tumullecrun geste.
— Vous vous trompez, mes amis : monsieur le maréchal est l'honneur même, et je viens d'en avoir la preuve, dit-elle au peuple. Nous sommes tous de fidèles serviteurs du roi. Vive îe roi !
La foule répéta ce cri. Mademoiselle voulut que le gouverneur rentrât avant que le carrosse partit. Elle craignait que quelque matin ne lui cherchât une méchante querelle.
Un courrier, tout ruisselant, vint nous dire, sur les entrefaites, que Condé ralliait ses troupes derrière le faubourg Saint-Antoine. L"intrépide Mademoiselle donna Tordre à son cocher de se diriger de ce côté pour apprendre des nouvelles plus certaines du combat.
Dans la rue de la Tixeranderie nous eûmes un spectacle •affreux.
Le vieux duc de la Rochefoucauld, conduit par son fils, revenait de la bataille, frappé d'un coup de feu qui l'avait atteint au-dessus de l'œil di'oit. Le sang coulait à flots de sa blessure; le pourpoint blanc de Marsillac en était inondé.
Nous nous approchâmes, saisies d'émotion, et l'on ouvrit une portière.
Mademoiselle serra la main du blessé, lui adressant quelques paroles de compassion, qu'il ne parut pas entendre.
— Hélas ! nous sommes tous perdus ! me dit Marsillac avec désespoir.
— Non ! non 1 cria Mademoiselle, courage! Et le carrosse avança.
A l'entrée delà rue Saint-Antoine, nous apeiçùmes Guitaut