A3I0URS IIISTOP.IQUI'S
à clic'val. soutenu j).ir diuix liomiiies. Son visage étnil livide. Il avait une balle dans le corps '.
— Mourras-tu? lui cria Mademoiselle.
Il fit signe de la lêle que non.
Nous passâmes. Rohan, (pii avait fait diligence, accourut nous dire qu'il venait de [)arlcr à M. le Prince.
Condé n'était pas blessé: il esi)éiait repousser Turenne.
Dès ce moment, il nous fut impossible d'avancer. La foule des hommes hors de combat ne faisait que s'accroître autour de nous ; on les rapportait sur des chevaux, des échelles, des planches ou des civières. La rue était encombrée de morts.
— Vous voyez? nous dit Ilohan. De part et d'autre la bataille est meurtrière. Ne restez pas ici; cherchez refuge quelque part et faites choix d'une maison où je puisse vous retrouver, car je retourne près du prince.
— Nous serons chez moi, lui criai-je, rue des Tournelles ; on entre par le boulevard!
Mademoiselle approuva d'un signe. Elle ordonna de mettre dans le carrosse Guitaut, (pii, douze ou quinze pas plus loin, venait de perdre connaissance.
On arriva chez moi.
Je donnai Tordre à mes gens de laisser les portes ouvertes, surtout celle du boulevard, et de recueillir les blessés qui passeraient.
Mademoiselle n'avait rien pris encore. Elle se sentait faible. Je lui fis servir une collation,
' Guitaut, ayant rU't à son tour dépossrdc de la charge de capitaine dos gardes d'Anne d'AutricIic, s'était jeté dans le parti do la Fronde.
(Note de l'Éditeup..)
Vingt minutes après, Condé nous arriva dans un état affreux, le visage couvert de poussière, les vêtements en désordre, le collet et la chemise tachés de sang. Il tenait à la main son épée nue, ayant perdu le fourreau au milieu de la mêlée.
Sa cousine se jeta dans ses bras. Ils fondirent en larmes.
— Quelle journée ! quelle journée! s'écria le prince. J'ai perdu tous mes amis: Nemours, la Rochefoucauld. Cdinchamp, Soubise, Noailles, sont blessés à mort!
Je l'assurai que le vieux duc en reviendrait.
Quant h M. deNemours, on venait de nous dire qu'il n'avait qu'une légère blessure à la main.
Condé pria la fille de Gaston de ne pas quitter jusqu'à nouvel ordre mon domicile, alin qu'il pût s'adresser à elle au besoin.
— Je vous en conjure, lui dit la princesse, faites entrer votre armée, si l'ennemi est trop supérieur en nombre.
— Non! non! cria-t-il. Voulez-vons que je flétrisse ma gloire? Il ne sera pas dit que j'aurai fait retraite en plein midi devant lesMazarins! '
Jl s'en retourna du côté de la bataille. - ' *
A peine fut-il sorti, qu'on nous apporta le marquis de la Rochegaillard, atteint d'vin coup d'arquebuse à la tête. Je fis appeler trois chirurgiens du voisinage, et je dis à Perrote de leur donner tout mon linge pour panser nos pauvres blessés. . ,
Des courriers nous arrivaient à chaque minute.
M. le Prince avait réussi à faire entrer les bagages de l'armée, et priait xMademoiselle de veiller à ce qu'ils fussent placés en bon lieu. Elle les mit sous la garde de l'un des trois
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escadrons de mousquetaires qu'elle avait envoyés sur la place Royale. Elle ordonna que le second se rangeât en bataille le long du boulevard Saint-Antoine, et le troisième vis-à-vis de l'Arsenal.
Arrivèrent le comte de Bétbune et le président Viole. Bétbune apportait une lettre de Louviers, gouverneur de la Bastille, qui se mettait aux ordres de la princesse.
— Bien, dit-elle, j'y vais !
Son désir était que je restasse. J'insistai pour la suivre,, craignant qu'elle n'allât se jeter au milieu du péril.
Je commandai à Perrote de prendre tout le vin que j'avais dans ma cave et de le porter de la paît de Mademoiselle aux soldats de Condé, qui se barricadaient alors dans le faubourg Saint-Antoine.
Ils étaient cinq mille en tout. L'armée de Turenne comptait plus de douze mille hommes.
Sur la prière de Mademoiselle, le président Viole courut au Luxembourg, afin de décider Gaston à se montrer. Béthune se chargea de nous avertir si le prince envoyait quelque message, et notre carrosse, escorté de trente mousquetaires, se présent.! devant la Bastille.
On baissa le pont-levis.
Le gouverneur accourut à notre rencontre, porta respectueusement la main de Mademoiselle à ses lèvres, et nous con^duisit au sommet des tours, d'où nous pûmes apercevoir la bataille.
C'était horrible. De tous côtés le canon grondait ainsi que la mousquelade. Le nombre des blessés et des morls devenait immense. Quand lèvent emportait la fumée. de la poudre, nous
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apercevions M. le Prince qui se battait comme un lion et repoussait héroïquement les efforts des soldats de Turenne. La grande barricade tenait tout le carrefour de Picpus à Vincennes.
Je fis la réflexion que ma pauvre maison de campagne devait être criblée de boulets; mais c'était un bien petit malheur à coté de tous ceux qui frappaient la ville.
Mademoiselle demanda une lunette d'approche, afin d'examiner les mouvements de l'armée ennemie, qui occupait le fond de Bagnolet. Elle s'aperçut que les généraux faisaient le partage de leur cavalerie pour venir couper l'armée de M. le Prince entre le faubourg et le fossé.
Aussitôt elle envoya un mousquetaire à toute bride donner avis de ce mouvement à Condé. Puis, se retournant vers le gouverneur :
— Monsieur de Louviers, dit-elle, vous avez mis à ma disposition la Bastille avec tous ses moyens de défense?
— Oui, princesse ; je vous assure de nouveau de la sincérité de mon dévouement.
— C'est bien. Ordonnez, je vous prie, aux canonniers d'être à leur poste et d'allumer la mèche.
Louviers transmit l'ordre sur-le-champ.
Mademoiselle continua de regarder au travers de sa lunette d'approche. Quoique le prince eût été averti de la manœuvre de Turenne, il ne put y remédier assez tôt. La grande barricade céda.
Voyant la défaite imminente et le désordre qui commençait à se mettre parmi les soldats de Condé, la fille de Gaston se redressa pâle, mais résolue.
Ses longs cheveux llotlaientauvent. Une auréole crhéroïsme parut entourer son front, et son œil lança des flammes.
— Ils n'entreront pas, dit-elle, je ne veux pas qu'ils entrent!
Se retournant ensuite vers les canonniers, elle leur cria :
— Pointez vos pièces !
Tous obéirent au plus vite.
■ — Feu ! dit Mademoiselle.
Une effroyable volée de canons partit de la Baslille et foudrova l'armée du l'oi.
Feu! (lit Mademnifcl
n.IK PAR r.tSTAVE IIAVARIi.
iMiii MK I'a:: mmon i;ai;(».
A ce secours inatlendii, M. le Prince, qui désespérait de rallier les fuyards, revint à la charge avec cent mousquetaires. Il ialaya la barricade. . ~- -,
L'armée de Turenne fit retraite, à partir de ce moment. On vit les carrosses de la cour quitter les hauteurs de Charonne, d'où Anne d'Autriche, le jeune roi et Mazarin regardaient le combat. Moins d'une demi-heure après, tout avait disparu. Condé se trouva maître du champ de bataille.
Nous descendîmes.
La fille de Gaston s'arrêta sur la porte do la Bastille pour voir défiler les troupes. Chaque régiment la saluait au passage, et les officiers agitaient leurs chapeaux à plumes, en criant :
TG AMOURS UISÏORIIJUES
— Vive Mademoiselle !
— Vive notre libératrice !
— Vive riiéroïne d'Orléans et de la Bastille !
C'était un enthousiasme admirable. Elle pleurait de joie. Quand le Prince arriva, elle s'évanouit d'émotion.
Lorsqu'elle fut rendue à l'usage de ses sens, elle vit Monsieur, qui s'était enfin hâté d'accourir, juste au moment où la bataille finissait.
— Je vous en prie, murmura-t-elle tout bas à l'oreille de Condé, ne lui faites point de reproches !
— Dieu m'en garde, répondit le prince : il a droit à ma reconnaissance.
— Oh ! ne raillez pas, mon cousin !
. — Je parle dans toute la sincérité de mon cœur. Vous êtes sa fille: c'est le plus grand mérite qu'il puisse avoir à mes yeux.
, Après ce compliment, d'une délicatesse charmante, Condé offrit le bras à Mademoiselle pour la reconduire au Luxembourg, car elle avait grand besoin de repos.
Je regagnai ma maison. De malheureux blessés y demandaient des secours; ma présence était nécessaire au milieu de cette affluence de monde.
Outre ceux qui s'y trouvaient lorsque j'avais suivi la princesse à la Bastille, je vis à mon retour le comte de Fiesque et l'abbé d'Effiat.
L'épée d'un Mazarin avait transpercé le premier de part en part, en attaquant le poumon gauche.
Quant à l'abbé, il venait de se conduire aux côtés de M. le Prince en vrai mousquetaire plutôt qu'en homme d'Eglise.
11 me dit qu'étant d'abord accouru pour porter aux blessés les secours de la religion, la fumée de la poudre lui avait fait monter le délire au cerveau, et qu'il s'était battu au lieu de confesser les mourants. Cette distraction héroïque lui valait un coup de feu à la jambe, (jui le mettait en piteux état. • -
Je commençais à me fatiguer de la politique et des batailles.
Bien que je sois douée d'une nature assez courageuse, j'avoue que Mademoiselle m'avait entraînée beaucoup plus loin que je ne fusse allée de moi-même. Elle prenait h toutes ces choses un intérêt très-vif, au lieu que je ne me voyais guère personnellement que celui de conserver son amitié.
Mais l'âme des grands est sujette à de singulières variations. L'engouement de la princesse pour moi passa plus vite encore qu'il n'était venu.
Elle accompagna, le lendemain, celle de nos maréchales de camp dont le mari se trouvait mon luMe.
L'état de de Fiesque ne permettait pas le transport, et sa femme fut obligée de le laisser chez moi, bien qu'elle parût en éprouver une vive contrariété.
Ce n'était pourtant guère le cas de se montrer jalouse.
Madame la comtesse de Fiesque, personne acaricâtre, grondeuse, toujours mécontente d'elle-même et des autres, avait perdu depuis longtemps l'affection de son mari. Mademoiselle elle-même la détestait.
Sans nul doute cette absurde femme possédait un secret quelconque de la princesse : il le fallait pour que celle-ci passât sur le nombre prodigieux de ses défauts et ne la renvoyât pas du Luxembourg.
78 AMOURS IITSTOniQUKS
Cette visite fut la dernière que je reçus de la fille de Gaston. L'orage politique l'emporta loin de moi.
Paris, fatigué de la guerre, se refusait à supporter de nouveaux malheurs. On fit de côté et d'autre quelques sacrifices. Mazarin s'en alla dans les Ardennes, d'où il continua secrètement à administrer le royaume, et Anne d'Autriche put rentrer à Paris avec le roi qui venait d'atteindre sa majorité.
La chose la plus amusante fut de voir ce démon de Retz se donner tout le mérite de la paix et se coiffer du chapeau do cardinal.
Condé se réfugia en Espagne.
Mademoiselle, exilée de Paris, courut pendant cinq ou six ans la province, hahitant tantôt Saint-Fargeau, tantôt Blois, tantôt sa souveraineté de Bombes et tantôt Chambord. En apprenant que c'était elle qui avait fait tirer sur l'armée du roi le canon de la Bastille, iMazarin s'écria :
— Bon ! la voilà qui vient de tuer son mari !
Le fait est que, depuis lors, il ne fut plus question du mariage de la princesse avec Louis XIV.
Gaston, comme toujours, acheta sa grâce par des lâchetés.
Décidément la Fronde expirait. Mazarin ne tarda pas à revenir en triomphe. Son pouvoir fut plus étendu que jamais, et la première victime de son retour fut ce pauvre coadjuteur, (ju'on envoya réfléchira Yincennes aux dangers de l'intrigue. Il réussit à s'évader et vagabonda dix-huit mois en Espagne, à Rome et à Bruxelles.
Pour rentrer en France, il se vit obligé de donner sa démission d'archevêque.
On lui accorda comme dédommagement l'abbaye de Saint-
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Denis, où il s'occu[);i siTieuseineiiL à se convertir, payant ses dettes et se livrant à rexeicice cle toutes les vertus.
A l'heure où j'écris, Retz est en train de finir ses jours ;"i Saint-Mihiel, en Lorraine. Il y riklige, assure-t-on, ses Mémolrn. qui devront être curieux, s'il a le courage d'une confession franche. . -x ■ ... ; ;;. " ■; -■'.•' ■ ; ..:.;'
Fiesque et l'abbé d'Effiat passèrent chez moi tout le temps nécessaire à la guérison de leurs blessures. La comtesse avait suivi Mademoiselle, ce qui mettait son époux fort à l'aise.
L'abbé lui-même s'éprit d'une belle passion pour moi.
J'avais, en vérité, fort à affaire entre ces deux malades. Ils ne voulurent me quitter que radicalement guéris et me laissèrent m\ singulier souvenir de leur convalescence.
Comme je me trouvais, au bout de neuf mois, dans mon lit, encore souffrante de mes couches, ils eurent sous mes yeux la querelle la plus bizarre du monde, prétendant l'un et l'autre aux honneurs de la paternité. Mon embarras était grand pour les mettre d'accord. - ' - - " -
Près de moi, dans son berceau, dormait une charmante petite fille, que j'espérais bien élever moi-même.
Ils assurèrent que cela était impossible. : ■
A les entendre, une telle éducation me mettrait à la gêne et me donnerait une sorte de vieillesse anticipée dont je ne tarderais pas à avoir du regret. Bref, ils réussirent à me convaincre que je devais leur laisser à l'un ou à l'autre le soin de cet enfant. ; . . , ; , .
Mais qui sera le père?
Afin de s'accorder, ils allèrent prendre un cornet, remettant au hasard le soin de résoudre la question, et déclarant que
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celui qui perdrait céderait en même lemps la })lace à son rival, car, an biuil du compte, celte passion en partie double n'était plus sii[)portable.
Ils tii'èrent au sort sur le pied de mon lit.
Fiesquc gagna.
Le jour mèm(\ il Ht emporter la pauvre petite, me jurant de l'élever et de la doter d'une façon convenable. Je préférais la voir entre ses mains qu'entre celles de d'Eflial. L'abbé n'était point ricbe et n'aurait pu faire de ma lille qu'une religieuse, assez triste destinée que je n'ambitionnais ni pour moi ni pour les autres. "
Quant au comte, sa joie d'avoir été favorisé par le liasard me parut si vive, que cela me donna pour lui un attachement sérieux. ^- .- . ■ -". .>■ "'
J'avais eu déjà ce tort plusieurs fois dans le cours de mon existence, et je devais m'en repentir de nouveau.
Fiesquc se refroidit de plus en plus chaque jour. Mon orgueil en était profondément humilié. Je voyais l'instant oii il allait rompre.
Aussitôt j'eus recours à la ruse.
Feignant un désespoir extrême, je coupai mes cheveux, qui étaient repoussés fort longs et fort beaux, mais qui menaçaient de tomber une seconde fois, et je les lui envoyai par mon domestique. Le sacrifice le loucha. Il revint à mes genoux plus tendre et plus empressé que jamais.
Alors j'eus hâte d'accomplir moi-même la rupture, et je lui déclarai qu'il devait se résigner à ne plus être que mon ami.
C'était la formule d'usage.
MiVON DE LE.NCLOS 81
De cette façon, la cliose me pai'ut iiiliniment i)liis convenable.
Le comte eut beau prier, supplier, verser des larmes; je fus inflexible, et je me tirai de ce pas difficile pour mon amourpropre avec tous les honneurs de la guerre.
Quelque temps après, mes cheveux grandissant, au lieu de recommencer à porter perruque, il me [»rit fantaisie de les arranger en boucles autour de ma tête, et l'on me trouva si bien avec cette coifl'ure, que la [ilupart de mes amies se firent tondre tout exprès pour se coifl"er à la Ninon.
Je reçus à cette époque une lettre terrible de madame de Fiesque.
a Malheur à vous ! m'écrivait-elle; je suis instruite de vos intrigues, et je me vengerai ! »
Cette menace ne m'inquiéta guère. Somme toute, je ne lui avais pas enlevé l'affection de son mari.
Craignant néanmoins, après cela, délaisser ma tiile entre les mains du comte, je l'envoyai prier de me la rendre; mais il venait de partir pour rejoindre Condé en Espagne.
Dans l'impossibilité de savoir à qui réclamer mon enfant, je fus obligée de laisser là cette affaire, et les étourdissements de ma folle existence contribuèrent ensuite à l'effacer de mon souvenir.
J'en ai été plus tard cruellement punie.
La paix me ramenait un grand nombre d'adorateurs. Tous mes Oiseaux de^ Tournelles se remirent à voltiger autour de moi. Quelques intrus essayèrent de se glisser dans cette troupe brillante, entre autres un certain Ilenaud, ami de Doisrobert, et aussi mal élevé que lui.