‹ Mémoirs et correspondance de Mallet du PanChapitre 29 sur 42 · IK · texte numérisé non relu

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3t0 MEMOIRES ET œRRESPOimANGE.

monde. L^ avantage de la forôe physique est pour eux, nul doute. »

La veille du jour où Mallet écrivait ces lignes , le 18 fructidor, le Directoire, malgré l'opposition de Carnot , prévenait Pichegru par un coup d'État , en faisant investir le corps législatif par Augereau , que lui avait envoyé Bonaparte, et arrêter Pichegru, Carnot , Barthélémy, et cinquante-trois députés des deux conseils. Le témoignage de Mallet sur les projets attribués à ces députés , est à recueillir ; il s'en explique à plusieurs reprises dans ses lettres à son ami Sainte-Aldegonde,

LETTRE DE MALLET DU PAN AU œMTE DE SAINTE-ALDEGONDE.

17 septembre 1797.

(( .... Vous croirez aisément quel poids ajoutent à toutes mes tribulations ces derniers événements de Paris. Avais-je tort de vous mettre en garde contre les illusions? !Nous voilà rejetés dans une mer sans fond. L'avenir n'est plus soumis à aucune conjecture. Que ne feront pas des usurpateurs parvenus impunément, sans choc, sans secousse, à exécuter un pareil attentat? Il retombera un jour sur leurs têtes , mais quand ? Vous voyez la vérité de ce que je vous mandais de la mesquinerie de ce corps législatif. Si vous en sortez la plupart des proscrits et une douiaine d^autres, tout le reste ne sont pas à figurer que comme une rangée d'oignons. Leur imbécillité , le trigaudage constitutionnel de Thibaudeau, Émery, Yaublanc, ont perdu les gens de bien, résolus à emporter le Luxembourg de vive force , au

milieu d'août, et à qui Ton fît par prudence ajourner ce projet.

« Montgaillard m'a raconté dix fois dans les mêmes termes sa conversation avec d'Antraigues. J'ai eu deux mois en dépôt les papiers de cette négociation , où le sens de M. le prince de Condé joue un si beau rôle. Ne révoquez pas en doute un seul mot de cette relation , non plus que de la déclaration de Duverne de Presle : tout cela est exact. Que dites-vous d'un roi détrôné qui choisit de pareils estaBers pour ses agents de confiance ? Que dites-vous de ce d'Antraigues qui, ayant à traverser, pour se sauver, une armée française, laisse ce joli entretien dans son portefeuille ? Ou il mérite les petitesmaisons s'il a été capable d'une pareille imprudence , ou il mérite la corde s'il a livré ce secret pour se tirer d'affaire. Et ce Montgaillard ^ qui va narrer à tout venant une semblable négociation , qui d'Italie correspondait avec le Directoire familièrement , qui est rentré , qui vit à Paris ou auprès , qui n'était ni recherché ni inquiété? Quant à Duverne, observez qu'il a vécu quatre ans aux dépens des Anglais , traînant avec lui une fille qu'il disait sa femme , logé à Berne et y tenant table ouverte pendant un an , et qui vient déclarer que les Anglais le payaient pour abîmer la France et la monarchie. Tant d'horreur, d'impudence et de vileté détachent l'âme de tout intérêt. »

' Un ami commun à qui Montgaillard avait confié ses papiers , en retira toutes les lettres de Mallet du Pan et les lui envoya à Berne , ce qui lui évita le désagrément de voir publier une correspondance où il avait témoigné à ce malhonnête homme plus de confiance quUl n'en méritait.

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