RÉPONSE DE VOLTAIRE
« Que votre majesté impériale me pardonne. » Non , vous n'êtes point Vaurore boréale ; vous ji ôtc!s assurément l'astre le plus brillant du Nord, » et il n'y ea a jamais eu d'aussi bienfaisant que » vous. Andromède, Persée et Calisto ne vous va* » lent pas. Tous ceà astres-là sHiraîent laissé Dide- »- POt moiwir de feim. Il a été persécuté dans sa » patrie, et vos biénÊifts viennent l'y chercher. »
Tçu^les soiîverains de ce temps voyaient nos
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parlemens accuser et condsffldner .les ouvrag^^ hardis des philosophes , et cependant ils courtisaient ces mêmes philosophes y qu'ils regardaient comme les dispensateurs de la renommée. Catherine et Frédéric surtout étaient insatiables de célébrité, et, comme les dieux de l'Olympe , ils aimaient à s'enivrer d'encens; c'était pour en obtenir qu'ils le prodiguaient ^ux - mêmes à Voltaire, à Rousseau, à Raynal, à D'Alembert et à Diderot. '
On a beau faire , on vit dans l'atmosphère de son siècle; on est entraîné par son tourbillon; et ceux mêmes qui se sont tant affligés de sa marche, ont été les premiers à l'accélérer.
Toute la noblesse suivait leur exemple ,• et ce n'est qu'après avoir ainsi consolidé les fondations de l'édifice d'un nouvel ordre social , qu'ils ont conçu le projet chimérique de le renverser, oubliant que l'esprit humain, comme le temps, marche toujours en avant et ne recule jamais.
On peut arranger le présent, embellir l'avenir; tout dans la nature peut se modifier, hors le passé, qui ne doit jamais renaître; c'est pour nous le véritable néant, une ombre qui n'a J'ejûstence que dans nos souvenirs.
La crainte très raisonnable que montrait Catherine II pour tout ce qui pouvait l'entraîner dans la route périlleuse des innovations, me rappelle la colère qu'elle m'exprima contre un pau-
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vre médecin de son empire, M. Samoiloff^ qui venait de s'aviser, me dit-elle, de traiter la peste comme la petite vérole, et de rinoculer dans l'espoir de l'affaiblir graduellement : il en avait &it l'essai sur lui-même, et se 1 était donnée plusieurs fois ; il demandait la permission de généraliser cette dangereuse expérience; le bon docteur, au lieu de pension et de brevet d'invention, reçut la semonce que méritait sa charitable folie.
Ce fut le maréchal Romanzoff , gouverneur de la province, qui reçut à ses limites l'impératrice. Ce vieux et célèbre guerrier portait sur ses traits l'empreinte de son caractère : on y voyai^ ce mélange de modestie et de fierté qui annonce toujours le vrai mérite; mais il y perçait aussi une teinte d'amertume et dé mécontentement excités en lui par les préférences et par l'immense crédit accordés au prince Potemkin.
La rivalité de commandement divisait ces deux généraux; c'était une lutte constante entre la gloire et la faveur, et, comme il n'arrive que trop souvent , la faveur tinomphait toujours.
Le maréchal n'obtenait rien pour son gouvernement; ses travaux languissaient; ses troupes n'avaient que de vieux habits; ses officiers sollicitaient en vain de l'avancement : toutes les grâces, tous les encouragemens pleuvaient sur les armées que commandait, sur les provinces que gouvernait le favori premier ministre.
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L'impératrice trompée attribuait à i'inctolence du maréchal le triste état ou elle trouvait ses troupes, ses ouvrages et son administration , tan^ dis qu'elle louait avec enthousiasme la situation florissante des gouvernemens du prince et la rapidité magique de ses créations.
D'ailleurs Catherine était reine et femme : l'ancien favori la louait, la remerciait perpétuellement ; le vieux gagneur de batailles se plaignait toujours : aussi elle attendait le retour de l'un avec impatience et n'écoutsut l'autre qu'avec humeur.
En approchant de Kioff, on éprouve cette sorte de respect qu'inspirent toujours les débris des temps antiques. La situation pittoresque de cette vieille cité ajoutait à cette impression : en la voyant, on se rappelait qu'elle avait été le fragile berceau d'un empire immense, long-temps plongé dans les ténèbres, et qui, depuis un siècle, en est sorti si colossal et si formidable.
Ce fut des murs de Kioff que partirent les premières armées qui ébranlèrent le trône des empereurs. d'Orient ^ et les princes qui enfoncèrent leurs lances dans les portes dorées de la ville de Contantin. Ce fut à Kioff qu'une princesse grecque porta le flambeau de l'Évangile , qui se répandit avec rapidité jusqu'aux contrées glacées du pôle. Ce sera peut-être enfin de Kioff que s'élanceront les armées vengeresses qui chasseront d'Europe les féroces musulmans, et qui |>âr là
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fevoriseront les effoi^s de ^héroïque Gfèce, trop long-temps abandonnée au joug intolérable et à la féroce cruauté de ses oppresseurs^
Le nom de Kioff, suivant M. Tatischeff , vient du mot samqate kivi qui veut dire montagne. Elle est effectivement bâtie sur des hauteurs assez escarpées. Suivant d'autres auteurs , un prince slave , Kii , lui donna son nom. On fait remonter sa fondation à l'an 43o. Tributaire das Kozairs ^ elle secoua leur joug sous le règne d'Oskold et de sou successeur Olég: depuis^ elle resta sous la domination des princes russes.
A la fin du dixième siècle, son territoire fut ravagé par les Petschenegues. Peu d'années après^ un usurpateur s'en empara ; mais il en fut chassé définitivement en ' 037 , par le grand-duc Jaroslaff-Wladimirowitz , qui la déclara capitale de l'empire de Russie.
Cet empire fut , plus long -temps que tous les autres États de l'Europe , en proie à l'a* nai*chie causée par la discorde perpétuelle dei grands. Plusieurs princes se disputèrent la possession de Kioff , la pillèrent, la brûlèrent, la per* dirent et la reprirent tour à tour.
Eu I aSy , le khan des Tartards , Batti , s'empara de cette capitale. Les musulmans en restèrent les maîtres pendant quatre-vingts années. Elle ftit momentanément reprise par les Lithuaniens; mais le khan de Crimée, Mesguireï, la prit, démolit
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ses fortifications, et emmena tous ses habitans en esclavage.
Dans le dix-septième siècle , elle tomba sous le pouvoir des Polonais. Le czar Alexis Michaelowitz l'enleva au roi de Pologne, Casimir; enfin, par le traité de 1686, elle fut rendue définitivement à l'empire de Russie.
Kioff est situé au bord du Dnieper , sur une colline qui s'élève perpendiculièrement , en quelques endroits , à quarante sagènes ou toises audessus du niveau de l'eau ; ce qui lui donne un aspect très imposant lorsqu'on la voit de la rive opposée, et lui conserve une apparence dé son ancienne majesté.
On peut juger de cette antique splendeur par la description qu'en fait un auteur du onzième siècle : elle contenait déjà trois cents églises ; on y tenait trois foires par an , et sa population , dit cet écrivain , nommé Eggard^ était innombrable. Cent ans après , un incendie la dévasta et y détruisit six cents églises.
Elle occupait encore, lorsque je la vis, un vaste terrain , mais qui n'offrait à nos regards qu'un bizarre mélange de ruines majestueuses, de misérables baraques , de quelques vastes couvens, de' plusieurs églises à clochers dorés , et de nombreux palais ou bâtimens en pierre commencés , mais dont la plupart étaient loin d'être achevés.
Le terrain sur lequel Kioff est bâtie , la divise
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ttaturelletment eu trois parties : l'une est composée de la forteresse de Petschersky et de ses Êiubourgs; la seconde contient l'ancienne ville ;'et la troisième, les nouvelles maisons construites dans les fonds qui se trouvent près du Borysthène : on appelle ce dernier quartier Podol ; quelques-uns le nom« ment Kioff inférieure; chacune de ces parties est entourée de remparts. qui communiquent entr eux par des retranchanens.
Petschersky est défendue par de bons ouvrages: pn voit dans cette forteresse im magnifique couvent de moines , fondé en 1 160 ; son antiquité et les restes mortels de plusieurs martyrs conservés dans ses vastes catacombes, l'ont rendue un objet de dévotion : il y vient de nombreux pèlerins.
L'ancienne Kioff est située sur la montagne du côté du nord , et séparée de la forteresse par un profiand fossé. C'est là qu'on voit la cathédrale déd^e à sainte. Sophie , et près de cette église le monastère de Saint-Michel.
Au pied de la montague, sur im.t)errain uni et au bord du fleuve , le quartier de Poddi , ou Kiotf inférieure , est habité par les bourgeois et vivifié par les marchands. Nous y avons remarqué le mo» nastère de Bratski , dans lequel est une école où l'on enseigne le grec , le latin , le français et l'ailaoïand , ainsi que les élémen^ des scienœs.
Les environs de Kioff sont pak^semés de plusieurs ermitages et monastères, dont les ^tuations sont
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agréables et variées; on y distingue eritr'aiitres le monastère de Vouidoubets , dont le nom rappelle une antique tradition. Le prince AVladimîr, disent les vieilles chroniques, ayant reçu le baptême, résolut de détruire les temples païens elles idoles; il ordonna donc de traîner ridolê principale, qui se nommait Pérowi , jusqu'au bord du Dnieper^ et de la jeter dans c^ fleuve.
Le peuple, attaché par son andenhe superstition au culte de cette idole , éclatant en sanglots et suivant en foulesur la rive l'idole, que le courant emportait, lui criait: Pérourt:, Péroun, vouidou* bey^ c'e%t*-k'dire: Péroun^ Péroun^ sofs de Veau*
Or, par l'effet du hasard, Fidole s'arrêta près du rivage , à l'endroit où 1 on bâtit le monastère dont nous parlons ; ce qui depuis rendit toujours ce lieu sacré ponr le peuple crédule ; les moines favorisèrent cette superstition en donnant le nom de Vouidoubets à l'église et' au couvent fondés sur la plage où l'idole Péroun s'était arrêtée.
Lorsque nous leùmes visité cette vieille captale et tous les sites de ses envirofis, l'impératrice voulut savoir quelle impression leur aspect avait pnodtiitesin- M. deCobentzcl, sur M. Fitz-Herbert et sur œoi^ et depuis elle répéta plusieurs fois, en riaht^ que la .diversité de nos réponses pouvait donner une assez juste idée du genre d'esprit des trois nations que nous représentions près d'elle. , « Comment trouvez- vous 'la rille de Kiojtf ? »
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dit-elle auxomte de Cobentzei. « Madame , répli- » qua le comte avea le ton de Fenthousiasine ^ 9 c e&t la fhas belle ^ la plus imposante et la phn » magnifique ville que j'aie vue. m M. FitzrHerbett répondit à la même question : u En vérité , c'est » un triste lieu; on n'y voit que des ruines et des » masures. » Interrogé à mon tour, je lui dis : j> Madame, Kioff nous offre Je souvenir et l'es- » poir d'une gr^de ville. »
On avait construit poiir l'impératrice un palais vaste ^ élégant; il était richement me^ibié. Celte princesse y. reçut les hommages (]u clergé, des autorités, do corps de la noblesse, de celui des marchands , et des étrangers qui s'étaient rendus à Kio£f en grand nombre, attirés par la magnifia cence et la nouveauté du spectacle qui flevàit y frapper leurs regards.
En e£fet, l'œil étonné y voyait à la fois une cour somptueuse, une impératrice conquérante, une riche et belliqueuse noblesse , des princes et des grands fiers et fastueux, des marchands en longues robes, avec de grandes barbes, des officiers de toutes les armes; ces famieux 0>saques du Don richement vêtus à l'asiatique, et dont l'Europe n'a- que trop connu récemment les longues lances, la bravoure et l'indiscipline^ des Tartares , autre* ùÂs dominateurs de la Russie , et maintenant humblement soumis au joug d'une femme et d'une chrétienne; un prince de Géorgie portant
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au pied du trône de Catherine les tributs du Phase et de la Colchide ; plusieurs envoyés de ce» nombreuses tribus de Kirghis, peuple nomade^ guerrier, souvent vaincu , jamais dompté; enfin ces sauvages Kalmoucks ^ véritable image de ces Huns dont jadis la difformité inspirait autant d'effroi à l'Europe que le redoutable glaive de leur féroce monarque Attila.
C'était tout l'Orient accouru pour voir la moderne Sémiramis recevant les hommages de tous les monarques de l'Occident. ' C'étsût comme un théâtre magique où semblaient se mêler et se confondre l'antiquité et les temps modernes y la civilisation et la barbarie , enfin le contraste le plus piquant des moeurs , des figures , des costu-* mes les plus divers et les plus opposés.
L'impératrice, toujours régulière dans ses habitudes > donna , comme partout où elle s'était arrêtée, un magnifique bal aux habitans de Kioff. J'avais espéré pendant ce long voyage que je pourrais vksiter en détail , à la suite de cette princesse , les.établissemens et les sites des différentes contrées que nous traversions. Impatienté d'être déçu dans cette espérance , il m'échappa de dire avec humeur qu'il était bien contrariant de faire tant de chemin pour ne voir jamais qu'une cour, pour n'entendre jamais que des messes grecques, et pour n'assister qu'à des bals.
Catherine le sut et me dit : « On m'assure que
» VOUS me blâmez de traverser mon empire pour » ne donner dans toutes les villes que des audien- » CCS et des fêtes; mais voici mes raisons : je ne » voyage point pour voir les lieux , mais bien pour » voir les hommes; je connais assez, par des plans, » par des descriptions, tout ce matériel qu'une » course rapide ne me laisserait pas le temps » d'examiner. Ce qui m'est nécessaire, c'est de » donner aux peuples le moyen de s'approcher de » moi, d'ouvrir accès à leurs plaintes, et de faire » craindre à ceux qui peuvent abuser de mon » autorité que je ne découvre leurs erreurs, leurs » négligences ou leurs injustices. Voilà le profit • » que je prétends tirer de mes voyages; leur seule x> annonce fait du bien : ma maxime à mciii est » que fœH du maitre engraisse les chenaux» »
Comme nous avions prévu que nous pourrions être forcés de séjourner un ou deux mois à KiofF, nous avions ordonné, Cobentzel , Fitz-Herbert et moi , à nos gens de venir nous y rejoindre pour nous donner la possibilité de représenter convenal>lement, de tenir maison et de recevoir les personnes distinguées du pays, ainsi que les étrangers. Mais nos précautions et nos préparatifs furent inutiles , et nous nous vîmes obligés de renvoyer tout notre monde : l'impératrice avait absolument voulu que pendant tout le cours de ce voyage nous fussions défrayés par elle.
£n arrivant dans une très belle maison qui m'é-^ m. 4
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tait assignée , je la vis remplie de provisions de toute espèce : l'impératrice y avait envoyé maître d'hôtel , valets de chambre , cuisiniers , officiers , valets de pied, cochers, voitures, postillons, une belle argenterie , de superbe linge , plusieurs services de poroelaine , des vins exquis ; de sorte que rien rie manquait pour tenir l'état le plus splendide. Elle avait défendu qu'on nous laissât rien payer. Ainsi , tant que ce grand voyage dura , il ne nous fut permis de faire d'autres dépenses que celles des présens qu'il nous semblait convenable d'offrir aux propriétaires des maisons où on nous logeait , et qui devaient être proportionnés au rang et à la qualité de nos hôtes.
Nous nous conformâmes aux intentions de Catherine ; et , de même que j'avais pendant quelques jours, dans la Pologne, vécu en palatin polonais , je tins à Kioff ma petite cour plénière ccHume un boïard russe ou comme l'un des descendons de Rurik et de Wladimir.
Les jours où timpératrice ne nous invitait pas à sa table, c'est-à-dire a peu près 4deux fois paisemaine ^ nous donnions chez nous de grands diners ; mais , au bout de quelque temps, la contrariété de vivre ainsi séparés nous fit prendre une autre résolution ; noys convînmes de nous réunir tous les trois dans la maison du comte de Gobentzei , qui était vaste et très commode , powr inviter à la fois un grand nombre de convives ; ce qui fut
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beaucoup plus agréable pour nous. L'ennui de faire les honneurs de Kioff à tant d'étrangers nous sembla moins lourd à supporter en commun que séparés. D'après cet arrangement , je ne dînais plus chez moi que lorsque j'étais incommodé, ou quand je voulais recevoir un petit nomi)re d'amis.
Je revis avec un vif plaisir mêlé de reconnaissance le comte Stackelberg, arrivant de Varsovie , et qui se montra charmé de mes succès , dont il pouvait, en vérité, s'attribuer une grande partie- Mais quelle différence je trouvai en lui ! c'était une autre personne : le fier et somptueux vice-roi de Pologne , était devenu en Russie un courtisan presque confondu dans la foule ; il me semblait voir un prince détrôné.
Gepoidant , quoique le prince Pôt^ukin et les autres ministres fossent parvenus à le fgiire traiter froidement par l'impératrice , il se tirait avec assez dç dignité de cette £iusse position. L'habitude de clominer lui avait fait contracter une gravité dans le maintien et une lenteur dans ses récits qui semblaient assez étranges à la cour , mais qui indiquaient suffisamment un homme puissant ^ long-temps accoutumé à inspirer le respect et à commander le silence.
Les Polonais arrivaient ^n foule , plus certainement par crainte que par affection pour la dominatrice du Nord. On voyait briller parmi eux les
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comtes Branitski, Potocki , Mnicheck , le printè Sapiéha, la princesse Lubomirska.
A cette époque , le bruit s'était répandu que dix régimens russes devaient entrer prochainement dans l'Ukraine polonaise ^ ce qui jetait l'alarme en Pologne.
Des étourderies commises assez récemment par plusieurs jeunes Français en Russie , et la crainte de voir leur légèreté contrarier le dessein que j'avais formé de rapprocher la Russie de la France, et de détruire les viieux préjugés enracinés dans l'esprit de l'impératrice contre nous , m'avait déterminé à prier M. de Vergennes et mon père de donner difficilement et avec circonspection à la jeunesse de notre cour la permission de voyager en Russie.
Ils me comprirent ; aussi je ne vis arriver à Rioff que deux Français , tous deux distingués : c'était le chevalier Alexandre de Lameth et le comte Edouard Dillon. M. de La Fayette a^ait aussi annoncé l'intention devenir à la cour de Catherine; mais comme il fut nommé membre de l'assemblée des notables, il ne put exécuter son projet. L'impératrice m'en montra un vif regret : elle avait un grand désir de le connaître ; car alors l'enthousiasme pour l'affranchissement de l'Amérique avait gagné tout le monde , jusqu'aux têtes couronnées.
M. de La Fayette leur paraissait un héros, parce qu'il n'avait combattu pour la cause de la liberté
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que dans un autre hémisphère ; mais dés quMi voulut soutenir la même cause en Europe , tous les souverains le traitèrent en coupable et en rebelle. L'intérêt change rapidement les opinions : lorsque j'étais en Russie, l'Océan séparait encore la divinité nouvelle ( la liberté ) de la vieille divinité ( le pouvoir absolu ), et je me souviens que la décoration, de Cincinnatus , que je portais, et qui aujourd'hui semblerait presqu*un signe de démagogie aux yeux de beaucoup de gens, excitait alors l'envie de tous les jeunes courtisans des rois.
L'impératrice, reçut avec une bienveillante distinction Edouard Dillon, et particulièrement M. Alexandre de Lameth« Soa esprit, comme son ambition, aimait à &ire des conquêtes, surtout celle des personnes qui lui. paraissaient dignes d'être conquises ^ elle n'ignorait pas que tous les hommes distingués par leur nom, par leur mérite, par leurs actions, par leur talent , par leurs écrits, ou par leurs succès dans le monde, sont de fort bons instrumens pour étendre la renommée des souverains qui ont flatté leur amour-propre.
Elle fit cependant une assez plaisante méprise en causant avec M. de Lameth : un jour, comme elle lui parlait de son oncle, M. le maréchal de Broglie, après avoir payé un juste tribut d'éloges aux exploits et à la capacité de cet illustre maréchal, elle lui dit : « En vérité, j'ai toujours vu » avec peine, pour la nation française , qu'un si
» grand capitaine, qui en fait la gloire et Forne- » ment; n'eût aucun enfant qui pût perpétuer » son nom et briller encore dans vos camps. »
« Madame 9 loi répondit Al. de Lameth, ce » regret serait bien honorable pour lui, mais » heureusement il n'est pas fondé. Votre majesté » est mal informée : mon oncle a été aussi heu- » reux en mariage que dans sa carrière militûre; )» car sa famille est très nomln*euse, et il est père » de vingt-deux enfans. »
Je vis à Kioff beaucoup de généraux que j'avais peu connus à Pétersbourg, parce qu'ils étaient habituellement employés, ou résidaient dans leurs terres, loin de la cour. Deux surtout me frappé* rent, l'un par la violence de son caractère, l'autre par des bizarreries et par une originalité qu'il affectait , et dont il se plaisait à masquer des talens et un génie qui ofhisquaient ses rivaux.
Le premier, le général Kamenski, était im homme vif, dur, pétulant et emporté. Un Français, tout effrayé de sa colère et redoutant l'effet de ses menaces, vint chercher un asile dans ma maison ; il me dit a qu'étant entré au service du » général Kamenski, tant qu'il avait été avec lui » à Pétersbourg , il n'avait eu qu'à se louer de la » manière dont il se voyait traité; mais que bieti- » tôt, le générai l'ayant emmené dans une de ses » terres, la scène changea totalement : loin de la » capitale, le Russe moderne disparaît, le Mos-
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» covite se montre tout entier ; il traite ses gens » comme des esclaves, les gronde sans cesse, ne » leur paie point de gages, et ïes accable de » coups pour la moindre faute, ou même souvent 9 sans sujet. »
Excédé d'un joug si tyrannique, le Fr^lnçais se sauva et vint à Kioff, où les émissaires du général le poursuivaient. L*un d'eux , plus humain, le fit avertir que son maître avait juré, s'il pouvait le reprendre, de lui faire subir un châtiment exemplaire.
Indigné de cette conduite, j'allai trouver son persécuteur pour le prévenir que je ne souffrirais pas qu'un Français fôt ainsi opprimé. La scène fut vive; Kamenski me dit « qu'il trouvait fort » étrange que je me mêlasse de ses affaires domes- » tiques, et que je prisse la défense d'un mauvais » sujet, qufil saurait bien châtier malgré moi. »
« Eh bien! général, lui dis-je, j'ai deux titres » pour protéger votre victime ; je suis ministre » et Français. Si vous ne me promettez pas for- » mellement de cesser toute poursuite contre un » homme libre par les lois de mon pays , et que » rien ne vous autorise à traiter en esclave, » comme ministre, je vais sur-le-champ chez » l'impératrice pour me plaindre de votre con- » duîte; et ensuite, comme fnilitaire français , je » vous demanderai raison des insultes faites à l'un » de mes compatriotes, insultes que dès ce mo-
» ment je regarderai comme personnelles, puîs' r> que je l'ai pris sous ma protection. »
Une affaire particulière n'aurait point effrayé le général , mais la crainte du courroux de l'impératrice l'intimida; il me fit la promesse que j'exigeais, et nous nous séparâmes.
Long-temps après , le même général me donna d'inconvenantes preuves de soja souvenir et de son ressentiment : dans la première guerre des Français contre les Russes , guerre que termina glorieusement la paix de Tilsitt, mon fils, le général Philippe de Ségur, après ime charge brillante, ayant poursuivi avec trop d'ardeur l'ennemi qui se retirait, fut entouré, blessé et pris; on l'amena devant le général Kamenski.
Celui-ci, après lui avoir demandé son nom, voulut qu'il lui donnât quelques notions sur la position et les forces de l'armée française. D'après son refus, il le traita avec la rigueur la plus indécente : malgré ses blessures, il voulut le contraindre à faire dans la neige, 6ù l'on s'enfonçait jusqu'aux genoux, près de vingt lieues à pied, sans lui donner le loisir d'être soigné ni pansé. Mais ses propres officiers, indignés de cette dureté, donnèrent à mon fils un kibitki, et peu de jours après il arriva au quartier du général Apraxin, qui le dédommagea par son urbanité, par sa courtoisie, des mauvais traitemens que lui avait fait éprouver le vindicatif Moscovite.
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On m'a conté depuis que ce même Kamenski , dont l'âge ne calmait point les violences, en périt victime , et qu un de ses paysans, dans un accès de désespoir, lui fendit la tête d'un coup de hache.
Le général Souwaroff était bien autrement digne d'exciter la curiosité : par son bouillant courage, par son habileté, par la confiance qu'il inspirait aux soldats, il avait trouvé le moyen, dans une monarchie absolue, où tout se donnait à la Éaveur, 4« s'avancer rapidement, quoiqu'il fut sans fortune, sans appui, et né au sein d'une fa* mille qui n'était pas en crédit.
Il avait emporté chaque grade/à la pointe de l'épée; toutes les fois qu'il y avait quelques périls à courir, quelque ordre difficile à exécuter, quelques succès audacieux à tenter, le nom de Souwaroff était le premier qui vînt à la pensée de ses chefs.
Mais comme, dès les premiers pas de sa glorieuse carrière, il s'était vu l'objet de la jalousie active de plusieurs courtisans et favoris qui auraient été assez puissans pour s'opposer à son avancement, il forma Tétrange dessein de. couvrir son mérite transcendant des formes bizarres de la folie.
Rien n'était plus lumineux que ses plans, plus profond que ses conceptions, plus rapide que son action; niais dans la viç ordinaire et en public, sa contenance, ses gestes, ses paroles, portaient une telle empreinte d'originalité, et même on peut dire d'extravagance , que les ambitieux cessaient
de le craindre , le regardaient comme vtn instrument utile pour agir , pour frapper , mais incapable de leur nuire et de leur disputer la jouissance des honneurs, du crédit et du pouvoir.
Par un singulier rapprochement, ce héros du despotisme emprunta , pour s'élever et pour parvenir à la gloire , le même masque dont le héros de la liberté, Brutus, s'était couvert sous le règne de Tarquin.
Souwaroff, respectueux pour ses chefe, affable pour ses soldats, se montrait avec ses égaux impoli, hautain et sans formes; il étonnait ceux qui ne le connaissaient pas, par la multiplicité et la rapide concision des questions qu il leur adressait, comme s'il avait eu le droit de leur faire subir une sorte d'interrogatoire : c'était sa manière de connaître un homme en un clin d'oeil ; il ne faisait aucun cas de ceux qu'il embarrassait , et concevait une prompte estime pour celui qui lui répondait nettement et sans hésitation.
J'en avais fait l'épreuve à Pétersbourg; mes réponses laconiques lui avaient plu, et pendant son court séjour il était venu souvent dîner chez moi.
Je me souyiens que , lui ayant demandé une fois s'il était vrai qu'à l'armée il ne dormait presque jamais, domptant la nature , même sans nécessité, couchant toujours sur la paille, et ne quittant jamais ni ses bottes ni ses armes : « Oui, » me dil-il , je hais la paresse ; et, dans la crainte
» de m'endormir, j'ai toujours dans ma tente un )) coq très exact à me réveiller fréquemment; » lorsque parfois je veux céder à la mollesse , et >» me reposer commodément, j'ôle un de mes » éperons. »
Lorsqu'il fut nommé maréchal de Tempire, il voulut faire lui-même sa réception en présence de ses soldats, de la manière la plus bizarre: ayant fait placer dans une église, des deux c&tés de la nef et en colonnes, autant de chaises qu'il existait d'officiers généraux plus anciens» que lui, il entre en veste dans le temple , franchit en sautant chaque chaise, comme les écoliers lorsqu'ils sautent l'un pardessus l'autre, et, après avoir ainsi lestement rappelé comment il avait dépassé tous ses rivaux, il se revêt du grand uniforme de maréchal, se couvre des ncnnbreuses décorations qu'on lui avait prodiguées, et invite ensuite gravement les prêtres à terminer cette cérémonie par un Te Deum.
On dit que lorsque l'empereur d'Autriche lui envoya le plus honorable de ses ordres, il se reçut lui-même chevalier, et se décora publiquement, en face d'un grand miroir, avec les cérémonies les plus bizarres.
On sait qu'en Suisse , forcé par les fautes de Korsakoff à reculer devant le général Masséna, il fit creuser une fosse et s'y plaça , criant à ses soldats qu'ils devaiait le fouler aux pieds et le cou*
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vrir de terre, s'il voulaient fuir au lieu de faire^ fiace à rennemi.
Souwaix)ff n'était pas encore parvenu aux .suprêmes honneurs militaires à l'époque où j'étais en Russie. Nous ne pouvions voir en lui qu'un brave soldat y qu'un officier général audacieux à l'armée, mais très bizarre à la cour.
Le premier jour qu'il rencontra M. Alexandre de Lameth , dont le défaut ne fut jamais d'avoir un caractère trop flexible, leur entretien me parut assez original pour être ici rapporté.
« De quel pays êtes-vous ? lui dit brusquement » le général. — Français. — - Quel état ? — Mili- » taire. —-Quel grade P-^— Colonel. — ^Votre nom? — » Alexandre de Lameth. — C'est bon. »
M. de Lameth, un peu piqué de ce bref interrogatoire, l'interpellant à son tour et le regardant fixement, lui dit: ce De. quel pays êtes-vous ?^ — » Russe apparemment. — Quel état ? — Militaire. » — Quel grade ? — Général. — Qiiel nom ? — Sou- » warof£-r-C'est bon. w Alor^ tous deux se prirent à rire , et depuis furent très bien ensemble..
Le prince Potemkin était toujours absent, occupé à faire tous les prépara tife du brillant spectacle qu'il se proposait d'offrir aux regards de sa souveraine , dès qu'elle entrerait dans ses gouvernemens.
Pendant son éloignement » on n'osait point le blâmer ouvertement; l'envie, au lieu de l'attaquer
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^vec force , le minait sourdement de tous côtés , «t à chaque occasion on insinuait à l'impératrice quelques légers murmures, quelques plaintes indirectes contre Tàdministration capricieuse , contre l'orgueil et les injustices du puissant favori. Le maréchal Romanzoff exprimait seul avec !noblesse , et hautement , son opinion ^ ses griefs et son mécontentement.
Bientôt le prince arriva : dès-lors on n'entendit plus que des éloges, on ne vit plus que des hommages rendus avec la plus obséquieuse adulation.
Le prince de Nassau était venu avec lui ; je le Teçus en fidèle frère d'armes. Je le présentai à 4'impératrice , qu'il remercia du don qu'elle lui avait fait d'une terre en Crimée, et de la permission de porter le pavillon russe sur ses bâtimens.
Sa majesté l'invita à la suivre dans son voyage; et, en attendant les ordres de ma cour, je l'autorisai provisoirement à prendre l'uniforme que portaient les propriétaires de terres dans chacun des gouvernemens de Russie.
Enfin le prince de Ligne revint de Vienne : «a présence ranima tout ce qui languissait, dissipa toute ombre d'enfui et rendit la chaleur à tous les plaisirs. De ce moment nous crûmes sentir que les rigueurs d'un 'sombre hiver allaient s'adoucir, et que le joyeux printemps ne tarderait pas à renaître.
L'impératrice , une ou deux fois par semaine , tenait cour plénicre, et donnait alternativement
Ci MEMOIRES
de grands bals et de beaux concerts. Les autres jours sa table n'était que de huit ou dix couverts ; les trois ambassadeurs qui la suivaient y étaient constamment admis, ainsi que le prince de Ligne, et souvent le prince de Nassau.
Nous passions toutes les soirées pr^s d'elle : là elle ne souffrait plus ni gène ni étiquette ; l'impératrice disparaissait, et on «e voyait plus que la femme aimable; on y faisait des contes, on y jouait au billard, on y parlait littérature.
Cette princesse eut la Êintâisie d'apprendre à faire des vers : pendant huit jours je hii fis connaître les règles de la poésie ; mais, dès que nous en fumes à Fapplication, nous reconnûmes elle et moi que jamais temps ne pouvait être plus mal employé , et je crois qu'il était difficile de rencontrer une oreille moins sensible à l'harmonie des vers.
Son cerveau , tout rempli de raison et de politique, ne trouvait point d'images pour enrichir ses pensées; son esprit semblait succomber à la ^ fatigue de la recherche pénible de la mesure et de la rime. Aussi elle convint que ses estais en ce genre ne seraient pas plus heureux que celui du célèbre Mallebranchê, qui après de longs efforts, disait4l, ne put jamais parvenir à foire d'autres vers que ces deux ci :
Il fait le p1u6 beau temps du monde Pour aller à cbeyal sur ia terre ^ sur l'onde.
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Catherine paraissait dépitée de l'inutilité de ses efforts; M. Fitz-Herbert lui dit: m C'est bien y> fait, madame; on ne peut viser à la fois à tous » les genres de gloire , et vous auriez dû tous en » tenir à ces deux beaux vers que vous aviez » composés pour votre chienne et pour votre 1» médecin :
» Ci-gît la duchesse Anderson ,
» Qui mordit monsieur Rogerson. »
Je renonçai donc à cette éducation poétique , en déclarant à mon auguste écolière, qu'il était de toute nécessité qu'elle se résignât désormais à ne faire des lois et des conquêtes qu'en prosp.
Le prince de Ligne ne laissait pas la moindre langueur pénétrer dans notre petit cercle ; il racontait cent histoires plaisantes , et &isait à tous propos des madrigaux , des chansons : usant seul du droit de dire tout ce qui lui passait par la tét€, il mêlait im peu de poUtique aux charades , aux portraits; et, quoiqu'il poussât quelquefois la gaité jusqu'à la folie, il faisait passer de temps en temps, au bruit de ses grelots, quelques utiles et piquantes nooralités. Il était courtisan par habi* tude , flatteur par système , bon par caractère , et philosophe par goût; ses plaisanteries faisaient rire et ne blessaient jamais.
Un jour il mystifia le comte Cobeiitzel et moi d'une manière assez originale. Nous étions depuis
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quelque temps atteints, ainsi que lui, d'une petite fièvre qui nous revenait par accès. Bientôt il nous reproche notre insouciance , notre refus de suivre aucun traitement, exagère notre changement , nous montre une vive inquiétude , et nous assure enfin qu'il est décidé à nous donner l'exemple, à se soigner, et à prendre tous les moyens de se guérir pour avoir la possibilité de continuer le voyage.
Cédant à ses importunités, Cohen tzel, quisouffixait d'un assez vif mal de gorge, se fait faire une copieuse saignée; moi, je prends une ou deux médecines. Peu de jours après , nous retrouvant réunis .chez l'impératrice^ elle dit au prince : i< Vous avez bien bonne mine aujourd'hui; je » vous croyais indisposé ; mon médecin vous a-t-il » vu? — Oh! non, madame, répondit- il; mes » maux ne durent pas long-temps; j'ai une ma- » nière particulière de me traiter : dès que je suis » malade , j'appelle mes deux amis; je fais saigner » Cobentzel et purger Ségur , et je suis guéri. » L'impératrice le félicita svur cette recette , qu'elle était, disait-elle, tentée d'essayer, et elle ne nous épargna pas les railleries sur notre docilité.
Les réunions de Kiotï offraient trois tableaux très divers : chez l'impératrice , on voyait alternativement ou la cour la plus splendide , ou la société la plus resserrée et la plits joyeuse.
Dans la maison où Cobentzel , Fitz-Herbert et
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moi, BOUS nous étions chargés de faire les honneurs de la ville «iix Russes et aux étrangers, on jiurait pu dire que c'était le café de l'Europe; il ne désemplissait p^s : on y trouvait des hommes de toutes les nations; on y entendait les langage^ de tous les pays; on s'y nourrissait des mets, des fruits et des vins de toutes les contrées; on y jouail: à toutes les sortes de jeux ; enfin le temps s'y passait en couversatiops générales ou en entretiens privés de tous les g0nres9 depuis les plus sérieux jus^ qu'aux plus famiUçrs.
D'un autre côté, si Ton montait au vaste mo** nastère de Petschersky pour rendre visite au prince Pptemkin, qui s'y était étabh, il$emblait qu'on y assistât à l'audience d'un vi^ir de Gonstantinople, de Bagdad ou du CalVe. L^ silice et une sorte de crainte y régnaient ,
Soit par upe indolence naturelle,- soit par une hauteur affectée -qu'il croyait utile et politique^ ce puissant et capricieux faVori de Catherine, après avoir parju quelquefois en; grand, uniforme de maréchal, couvert de décorations .^n,diaman$, bardé de broderies /et 4e dent^le^,; coiffé^ boibcl^, pou4ré comme :1e plus aacien de no^ioourliû^ns, se tenait Je plus, babitqellement couvert d!uQ^ pelisse, le cou décoIliBté, les jaml>es: d^mî.nue^, les. pieds danîb4« U»'gfi^ p^^ntoufles, les cb'evi^ii^ plats etipal peign^^; il res^tait :m<>ll?ine(it:étepdu «ur un lai^e divs^n , ie^fttoiuçé d'uile foule :d'ofîiciers