L’HOPITAL GÉNÉRAL DE MONTRÉAL
L’ Hôpital-Général de Montréal fut fondé en 1692 par trois amis, pieux laïques qui s’associèrent ensemble, en 1688, pour faire cette fondation. Leurs noms étaient: Frs. Charron de la Barre, Jean Fredin et Pierre Leber, frère de la recluse. On les désignait généralement par le nom commun de Frères Charrons.
Les trois amis fondèrent une communauté de Frères Hospitaliers destinés à soigner les hommes pauvres et infirmes. Plus tard, ils se chargèrent de former des jeunes gens pour les métiers, et des instituteurs pour l’instruction des garçons dans les paroisses de campagne,
(1) Messire Jacques Guillaume Roque, né à Beaumont, en France, le 25 Janvier 1161, ordonné prêtre le 24 Septembre 1785, arrivé en Canada le 24 Octobre 096, mourut au Séminaire de St. Sulpice de Montréal, le 5 Mai 1840, à l’âge de près 80 ans.
Mgr. Jean Jacques Lartigue, né à Montréal, le 20 Juin 1777, sacré évêque le 21 Janvier 1821, mourut à l’Hôtel-Dieu de Montréal, le 23 Avril 1840, à l’âge de près 63 ans. Ces deux hommes distingués, membres de lamaison de St. Sulpice de Montréal, et dont l’un Français et Vautre Canadien, eurent chacun pour père un médecin.
comme les Sœurs de la Congrégation le faisaient pour l’instruction des filles, et, en 1721, ils comptaient sept écoles dont une à Batiscan, une à Trois-Rivières, line à Boucherville, une à Longueuil et une à la Pointe-aux- Trembles. L’on peut dire que ces deux institutions ont été les premières écoles-normales en Canada. Les Dames Ursulines ont été plus formellement les secondes, et avec beaucoup de succès, sous les auspices d’une loi passée, à cet effet, dans le parlement du B.-Canada, en 1835.
Cependant, les Frères Charrons n’ayant pas obtenu du roi la permission de prononcer des vœux, n’eurent pas tout le succès qu’ils s’étaient proposé (1). C’est pourquoi, après plus de 50 ans d’existence, ils cédèrent, en 1742, leur hospice à Madame veuve d’Youville qui en prit possession pour faire l’établissement que nous voyons aujourd’hui, sous l’habile direction des Dames religieuses dites les Sœurs Grises, à cause de la couleur de leur habillement.
L’œuvre de cet hospice estbeaucoup plus étendue aujourd’hui que n’était l’institution primitive, et il continue d’embrasser l’enseignement, surtout des enfants or-
(1) Les vœux étant une promesse solennelle faite volontairement à Dieu de remplir certaines conditions, sont un acte méritoire auquel sont attachées des grâces spéciales d’état, dans un ordre religieux, en, par les profès, remplissant fidèlement ces conditions, dans l’espoir d’une récompense spirituelle. Les vœux soat donc à la fois un engagement sacré qui lie et retient dans la vie religieuse ceux qui les ont prononcés, et un encouragement puissant qui les anime et les fortifie dans l’accomplissement des devoirs qu’ils se sont librement imposés. En l’absence de ce double motif, il y a moins d’attrait pour la vie religieuse ; moins de sujets l’embrassent, et, privés de ces grâces et de cet encouragement, il y a naturellement moins de zèle et de dévouement dans l’accomplissement de leurs devoirs. C’est pourquoi, sans doute, la communauté des Frères Charrons, ayant été empêchée de prononcer des vœux, et privée des grâces y attachées, n’a pas bien prospéré.
phelins des deux sexes que ces Dames recueillent des mains ingrates qui les déposent. %
Voici un article tout fait dans lequel nous trouvons des renseignements plus détaillés, et où nous voyons que nous devons à*Messire Louis Normant, V. G. et Supérieur de St. Sulpice de Montréal, l’avantage de posséder, en cette ville, cette précieuse fondation.
“ François Charron, ayant obtenu le terrain où est aujourd’hui l’hôpital général catholique, il y bâtit le corps de logis avec l’église, comme on le voit encore occupé par les Sœurs Grises. Soulager les vieillards infirmes et pauvres, avoir soin des insensés et former des maîtres pour instruire les jeunes gens dans les paroisses, à l’instar des Sœurs de la Congrégation, fut le dessein qu’il forma et exécuta. En 1697, il avait bâti la partie ancienne de l’hôpital avec l’église, commencée en 1692, Le Roi, en 1694, accorda des patentes à cet établissement. Mgr. de Saint Vallier, second évêque de Québec, l’approuva, et lui donna un règlement plein de sagesse.
Le pieux fondateur étant mort sur un vaisseau devant la Rochelle, en 1719, laissa, par son testament, les pauvres pour ses héritiers, et son œuvre fut continuée par ceux qu’il avait formés. Mais peu à peu l’esprit de l’état se perdit ; on prit l’esprit du monde, et l’œuvre tomba tout-à-fait.
Marguerite de la Jemmerais, née à Varennes le 15 Octobre 1701, se maria vers ce temps au Sieur Dufrost d’Youville, gentil-homme canadien de Montréal. Après quelques années de mariage, elle resta veuve avec deux enfants qui, devenus prêtres, moururent, l’un curé de St. Ours sur la rivière Chambly, et l’autre curé de Boucherville et Grand Vicaire du diocèse. Cette pieuse veuve se sentit appelée de Dieu à continuer l’œuvre des Frères qu’on nommait Charrons, du nom de leur fondateur. Plusieurs Demoiselles vertueuses entrant dans ses vues se joignirent à elle. Une maison fut en 1728 louée en ville, et elles y commencèrent leur nouvelle communauté.
Enfin, elles se logèrent, au bout de quelques années, dans la maison des Frères Charrons qu’elles achetèrent. En 1742, Mgr. de Pontbriant, sixième évêque de Québec, approuva ce nouvel institut, auquel il donna des règles qu’elles suivent encore, et en 1747, M. Normant, Supérieur du Séminaire de Montréal, dota cette communauté, en donnant le terrain sur
lequel elle était bâtie ; car, par l’extinction des Frères Charrons, le dit terrain était de droit revenu au Séminaire qui Pavait donné. C’est à M* Normant qu’on doit l’existence distincte des Sœurs Grises d’avec l’Hôtel-Dieu de Québec auquel l’Evêque et le Gouverneur voulurent l’unir; M. Normant s’y opposa, et ses raisons triomphèrent.
Cette Communauté, obligée par sa fondation à n’avoir soin que de 12 pauvres infirmes, en a plus du double des deux sexes. Les enfants abandonnés par les auteurs de leurs jours sont recueillis par ces bonnes Religieuses qui en prennent un soin maternel. Elles ont, pour de bonnes raisons, renoncé au soin des insensés depuis quelques années; mais elles ont les orphelins qu’elles élèvent et forment à la vertu et aux travaux de leur sexe. La piété et la régularité règne parmi elles. Elles ont longtemps vécu de leur industrie, et avec beaucoup de peine. Leurs revenus augmentent depuis quelques années, et le3 mettront en état d’être un jour utiles à plus de pauvres infirmes dont le nombre croît tous les jours.
La fondatrice mourut en odeur de sainteté en 1771. On raconte d’elle des choses qui tiennent du miracle . ' .
Sa mémoire est un pèu effacée du souvenir des hommes, mais elle vit et vivra éternellement devant le Dieu qu’elle a aimé et servi, et qu’elle aime et sert encore sur la terre par celles qui ont hérité de son esprit comme de sa communauté. Le Canada, Varennes surtout, doit s’enorgueillir d’avoir donné le jour à cette sainte femme.” (Echo du Pays de 1334.)
Madame d’Youville n’est pas la seule des servantes de Dieu qui soit morte en odeur de sainteté, en Canada. Les pieuses Marguerite Bourgeois et Marie Guyard, d’ailleurs si liées d’amitié par la nature de leurs établissements respectifs, Demoiselle Jeanne Leberetla Sœur Marie Morin nous ont laissé le même exemple d’édification et d’encouragement dans la pratique des bonnes œuvres.
Les Sœurs Grises ont plusieurs établissements en Canada, dont l’un en la cité de l’Outaouais, sous les auspices de Mgr. Guignes, 1er évêque de Bytown, et un à St. Boniface de la Rivière-Rouge, sous les auspices de Mgr.
Taché, canadien. Ces établissements sont florissants, surtout eu égard à leur position. Celui de St. Boniface compte 55 élèves, dont 20 pensionnaires et 35 externes, outre 15 petites, orphelines pauvres que ces bonnes religieuses entretiennent et instruisent en même temps. Outre le mérite d’avoir fait cet établissement, Mgr. Taché a encore celui de le soutenir et d’en . encourager l’opération, par son zèle et son dévouement pleins de charité.
Elles en ont un autre à Buffalo, état de New-York.
Les Sœurs Grises viennent de se charger du soin et de la direction de la Salle d’Asile catholique fondée en cette ville par M. l’abbé V. Rousselot, en 1858, sous les auspices immédiats du Séminaire de St. Sulpice, pour l’instruction des enfants de parents pauvres, surtout de ceux qui sont sujets à s’absenter de leurs demeures respectives- pour travailler au dehors. Plus de 200 enfants fréquentent chaque jour cette admirable institution dont la charité chrétienne a ingénieusement inventé le plan et le mode d’enseignement, pour des enfants en bas âge. Mais, pour avoir une juste idée de la. Salle d’ Asile, il faut la visiter et en voir opérer le système.