‹ Mémorial de l'éducation du Bas-CanadaChapitre 49 sur 79 · TOU · texte numérisé non relu

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teurs habiles, pleins d’ardeur et d’émulation, y font souvent des lectures et des discussions très intéressantes sur des sujets ayant trait aux beaux arts et aux sciences. Ainsi la peinture, la sculpture, la musique et la poésie ; les mathématiques, la philosophie et l’histoire y sont par eux traités avec un intérêt, un talent et un succès qui feraient l’admiration des savants des vieux pays.

Ces athénées sont encore naissants ; mais les fondateurs et les initiés sauront sans doute attirer de plus en plus, dans leur enceinte, des émules et des émulateurs qui seront eux-mêmes suivis de continuateurs courageux et constants. Comme leurs dévanciers dans la lutte, ils sauront, eux aussi, y attirer d’autres jouteurs et s’engager dans de nouvelles rencontres, afin d’obtenir de nouveaux succès. Ils y feront au moins la lecture de leurs œuvres littéraires à un auditoire nombreux et reconnaissant. Or, cet auditoire se composera toujours de deux classes de personnes ; de celles qui ont besoin de s’instruire, et de celles qui cherchent à se délasser un peu de la gravité officielle et des études silencieuses.

Les combattants et les lecteurs trouveront donc toujours dans la qualité des spectateurs, un motif d’encouragement assez puissant pour les porter à faire tout en leur pouvoir, pour leur être utiles et agréables. Ce sera le moyen de mé-

à cet institut et adresser quelques mots d’encouragement à ses membres, j’envoyai sous l’anonyme, à la Patrie , journal publié à Montréal, l’article que je reproduirai à la suite de ce chapitre, d’abord, parce qu’il n’est pas un hor3-d’œuvre, et ensuite, parce qu’il peut en tout temps s’adresser aux jeunes gens amateurs des arts et des sciences. J’emprnn- Utrai cet article au Panthéon où il a été reproduit. Voir page 351.

riter leur approbation et la continuation

la»» —

j ‘ n , ue lecture paroissial a été organisé le 2 Février 1857, et inauguré solennellement le 16 du même mois, sous des auspices très favorables. Il a été incorporé le 20 Mai 1858, et dès lors les fondateurs prirent la résolution et les moyens d’ériger pour cette nouvelle institution une bâtisse qui pût répondre au besoin.

Mgr. l’Evêque de Montréal, MM. les supérieurs du Séminaire de St. Sulpice, des RR. PF. Oblats, du collège de Ste. Marie à Montréal, et M. le Directeur de cette association sont, de facto , membres de la corporation dans laquelle se trouvent aussi plusieurs laïques très recommandables.

M. l’abbé L. Regourd, membre du Séminaire de St. Sulpice de Montréal, est le directeur du Cabinet de lecture paroissial, et l’on peut dire que, par ses soins assidus et son zèle infatigable, cette belle institution, à laquelle nombre d’autres citoyens des plus respectables et des plus influents ont pris une part active et très utile, grandit rapidement sous les auspices des MM. du Séminaire de St. Sulpice, et fait naître les plus belles espérances. Véritablement, les peines et les sacrifices que ses fondateurs se sont si généreusement imposés, le but important qu’ils se proposent et la noble mission qu’ils se sont donnée pour l’atteindre, indiquent qu’ils ont donné à leur institution un nom trop modeste et d’une signification trop restreinte.

A l’exemple du Séminaire de St. Sulpice de Montréal dont le modèle est à Paris, le Cabinet de lecture est destiné à marcher sur les traces de l’athénée de cette grande capitale du monde lettré, et les progrès signalés que les fondateurs ont déjà fait faire à cette grande et belle œuvre

littéraire et scientifique, les autorisent amplement à lui donner, dès maintenant, un nom plus analogue au rôle important qu’elle est appelée à remplir au milieu de tant d’institutions classiques dont les nombreux élèves, formés déjà dans les arts et dans les sciences, ont besoin, au sortir de leur cours d’étude, d’un lieu commun de discussion, ouvert et accessible à tous, pour s’instruire et mieux se former mutuellement, dans l’art oratoire.

Montréal, la plus populeuse et la plus opulente ville du Canada, où l’esprit d’entreprise n’a pas de frein et le progrès matériel pas de bornes, verra toujours le goût de l’instruction et des lumières s’augmenter avec sa population et sa richesse, et nous avons raison de croire que le besoin d’institutions littéraires de premier ordre se fera proportionnellement sentir. Ce sera la nécessité du temps dont tout le degré sera déterminé par la force des circonstances toujours progressives et pressantes. Or, le Cabinet de lecture de Montréal est indubitablement une institution littéraire de premier ordre dans le genre didactique. Il serait donc juste et convenable d’en changer le nom, et de lui substittuer celui de — Athénée de Montréal. (O

(1) Les Athénées, établis d’abord à Athènes, à Alexandrie et à Rome, étaient des lieux d’assemblée où les poètes déclamaient leurs vers et où les auteurs donnaient lecture de leurs œuvres. Après la ruine de l’empire romain et l’invasion des barbares, il fallait, pour retrouver des athénées, traverser les mers et aller à Constantinople. En cette ville, il y avait partont des athénées. En occident, au contraire, c’était les monastères qui s’emparaient généralement des lettres et des sciences et les cultivaient, dans la retraite, avec patience et succès. Dans leurs mains et sous l’influence de l’Eglise, elles prirent leur essor et brillèrent d’un vif éclat dans l’Italie, l’Espagne l’Allemagne et l’Angleterre. Chaque capitale de l’Italie eut son athénée, et il en fut bieniôt ainsi en France qui emprunta à l’Italie ce genre d’institution littéraire et l’académie des sciences fut fondée à Paris en 1635, par le cardinal de Richelieu.

no

Québec a ses beaux Séminaires et son Université ; Montréal a aussi les siens ni moins beaux, ni moins nombreux, ni moins propères et son Athénée, et le Bas-Canada qui jouit de ces institutions éminemment catholiques et nationales, proclamera toujours ce grand avantage avec bonheur et le sentiment d’un légitime orgueil.

Les instituts sont des établissements, presque tous catholiques, qui ont été faits par contributions volontaires, et qui sont maintenus de la même manière, et, jusqu’à ce jour, avec une aide annuelle donnée par la Législature comme encouragement à chacun d’eux. Cette aide est généralement employée à augmenter les bibliothèques attachées à ces établissements.

Pendant mon administration, les commissaires d’école ont eu la somme de £500 à se partager comme aide pour l’établissement de bibliothèques publiques sous leur contrôle, et j’ai beaucoup regretté de n’avoir pu leur distribuer une plus large somme pour cette fin, parce qu’elles paraissaient très propres à contribuer à répandre l’instruction dans les paroisses, au moins le goût de la lecture.

Sous Charlemagne et François 1er, le3 athénées se multiplièrent en France, et il y en eut jusque dans le palais de ces princes amis des lettres. En Provence et en Normandie, pays de la plupart de nos aïeux, les trouvères se réunissaient dans les athénées, pour y chanter leurs pastorales et y lire leurs romans de la chevalerie. Mais les athénées de Lyon et de Paris, étant plus avantageusement situés et plus fréquentés, on y a vu se donner des combats d’éloquence et des leçons publiques d’une haute portée que le peuple et la noblesse s’empressaient d’aller écouter et applaudir. Et quelle ne fut pas la splendeur de l’athénée de Paris, lorsqu’au commencement du XIXe siècle, l’immortel Cuvier y donnait ses sublimes leçons sur l’histoire naturelle. Ainsi, il est facile de voir* que, à leur début, le3 premiers athénées, bien que très utiles à la promulgation des lettres et des sciences, étaient cependant bien inférieurs au Cabinet de lecture paroissial de Montréal, puisqu’ils comprenaient beaucoup moins de sujets de discussion soumis à la dialectique et à la didactique des habitués.

Les bibliothèques des instituts de campagne, qui sem* blent être opposées aux bibliothèques de paroisse, ne sont pas soumises à un contrôle qui nous donne autant de garantie que celui des commissaires d’école et surtout des fabriques, et, outre que parfois il s’y glisse quelques abus regrettables, ces instituts ne sont guère que des chambres de nouvelles.

Les membres du clergé dirigent généralement les bibliothèques de paroisse, soit qu’elles soient sous le contrôle des commissaires d’école ou non. Il existait des bibliothèques de paroisse établies par le clergé, avant celles établies en vertu de la loi d’éducation, sous le contrôle des commissaires d’école. Mais les bibliothèques de paroisse, établies par le clergé n’étant encore ni assez nombreuses ni assez volumineuses, il était désirable de les augmenter toutes. Or, elles l’ont été par leur union à celles établies sous le contrôle des commissaires d’école, et l’on voit des bibliothèques considérables formées au moyen de cette union. (Voir l’addendum sur ce sujet à la suite de ce chapitre.)

Au nombre des bibliothèques publiques, nous avons encore celle du bureau d’éducation et celle du Parlement provincial, lesquelles, pour être moins répandues, ne sont pas moins importantes et utiles. Celle du bureau d’éducation, plus nouvelle et moins connue, est cependant plus recommandable à cause du'choix des livres que du nombre de volumes qui la composent ,• mais elle augmente et se répand chaque jour davantage, au grand contentement des amateurs.

La bibliothèque du Parlement est encore composée de plus de 40000 volumes, après avoir été deux fois incendiée et

deux fois renouvelée à grands frais, par les soins empressés et l’activité constante de notre aimable compatriote, G. B. Faribault, bibliophile et ancien officier de l’Assemblée Législative.

Il y a encore une bibliothèque qui a rang parmi les plus utiles, et qui est propre à faire beaucoup de bien dans les limites de sa circulation. Je fais allusion à la bibliothèque de l’association des instituteurs à Québec, pour l’augmentation de laquelle la législature a accordé une aide. Elle est considérée comme une espèce de bibliothèque publique dans la sphère qui lui est donnée.

La bibliothèque de la paroisse de la ville de Québec, fondée par son ancien curé, maintenant Monseigneur Baillargeon, comprend plus de 4,000 volumes. La bibliothèque de l’Evêché de Montréal est composée de plus de 4,000 volumes, et celle de l’archévêché de Québec de plus de 5,000.

Les bibliothèques de paroisse comprennent ensemble plus de 100,000 volumes, et les bibliothèques de nos collèges et de nos autres maisons d’éducation supérieure renferment près de 150,000 volumes.

La valeur totale de nos établissements d’éducation est de près de <£400,000, et £15,000 ne paieraient pas, dans leur valeur, nos cabinets de physique, de chimie et d’histoire naturelle.

Le séminaire, le collège de Québec et l’Université Laval seuls sont estimés à £100,000, et le séminaire et le collège de Montréal, et le nouveau séminaire de théologie établie en cette ville, sont estimés à une somme de près de £100,000. Les premiers établissements sont la propriété des MM. du séminaire de Québec et les der-

niers celle des MM. du séminaire de St. Suipice de Montréal.

Ces faits, l’œuvre spontanée d’une population de moins d’un million, donnent une idée des sacrifices et des travaux que le clergé et le peuple du Bas-Canada ont dû s’imposer, pour faire et maintenir tant d’établissements, afin de répandre l’instruction, et prouvent mieux que tout argument combien on les a calomniés, lorsqu’on les a accusés d’être opposés à l’éducation.

Le barreau de chacune de nos villes principales a encore une bibliothèque spéciale très considérable au service de ses membres, et l’école canadienne de médecine à Montréal a aussi la sienne qui augmente rapidement tous les jours.

Que serait-ce donc, si l’on nous permettait de mentionner les nombreuses bibliothèques des particuliers, tant civiles qu’ecclésiastiques, qui ont réuni, à grand frais, des collections riches et variées î

Entre beaucoup d’autres bibliothèques très précieuses, appartenant à des particuliers, nous pouvons mentionner, par exemple, celle de Messire L. Ed. Bois, curé de Maskinongé, et celle de Messire L. S. Malo, curé de Bécancour (1), diocèse de Trois Rivières ; celle de l’hon. Saseuse de Beaujeu, celle de Sir L. H. Lafontaine, de celle de l’hon. D. B. Viger, de Montréal, etc., etc. Il n’est pas

(1) M. Malo, bibliophile et antiquaire, est un élève et condisciple du collège de Montréal.

Lecteur, si pour interrompre un peu la monotonie de vos occupations, vous jugez à propos de faire une petite excursion dans le district de Trois Rivières, ne manquez pas de faire visite à M. l’abbé Bois et à l’ami Malo, afin de faire la connaissance de ces hommes d’érudition et de génie , vous trouverez réunies chez l’un et l’autre les qualités du gentilhomme et les vertus du prêtre, pour vous édifier, et une bibliothèque volumineuse et nombre d’objets de curiosité, pour vous instruire et vous amuser.

rare de voir chez des curés et chez des avocats, des bibliothèques composées de plus de 5,000 volumes bien choisis. MM. les VV. GG. Deschenaux et Demers, et le Juge Swell avaient chacun une bibliothèque privée comprenant chacune plus de 5,000 volumes.

Il est des bibliothèques privées et des collections de manuscrits que le gouvernement ne devrait pas manquer d’acheter et de réunir, après la mort des particuliers, pour en faire une fondation publique qu’il pourrait confier à la garde d’archéologues compétents ; autrement, ces livres et papiers restant isolés, sont ainsi généralement inconnus et comparativement peu utiles à la science.

En ce moment, le gouvernement pourrait s’assurer de la curieuse autant que riche collection de feu le commandeur Jacques Viger. Celle de Messire Bois, l’une des plus considérables possédées par un membre du clergé canadien, pour être moins connue que la première, n’est ni moins variée, ni moins volumineuse, ni moins appréciable. Dans le “ Travail Solitaire ” de Messire Bois, comme dans la u Suberdache ” du commandeur Viger, l’on trouve réunis livres, cahiers inédits, manuscrits, plans de bâtisses, plans de terrains remarquables, portraits, profils, signatures autographes, journaux périodiques, les brochures, les ouvrages de tous les travailleurs canadiens, et encore beaucoup d’objets de curiosité. C’est pour n’avoir pas réuni nos collections privées que nous nous sommes vus obligés de faire copier, à grands frais à l’étranger, des choses que nous aurions pu nous procurer de nos concitoyens.

Tous nos collèges catholiques, à l’exception de ceux de Québec et de Montréal et du collège Ste.-Marie à Montréal, sont des fondations canadiennes, et, à l’exception de

quatre collèges, des prêtres en sont les fondateurs, au moyen de leurs épargnes, et de l’aide sollicitée et obtenue par eux des amis de l’éducation. Encore, dans la fondation de ces quatre derniers, le besoin de la main généreuse du prêtre s’est-il fait sentir au point d’en nécessiter la coopération, pour s’assurer du succès.

Ces faits sont notoires, et parlent plus éloquemment à la louange du clergé du Bas-Canada que tout ce que l’on pourrait dire de plus, pour lui faire honneur, et ce, d’autant plus que dans son dévouement à la cause de l’éducation, il s’est toujours montré plus généreux et plus courageux, pour combattre les obstacles qui s’opposaient souvent à son œuvre bienfaisante.

D’un autre côté, le peuple n’a jamais fait défaut au clergé à l’égard de l’éducation. Le montant considérable des contributions faites par les laïques, pour aider à faire les établissements d’éducation énumérés dans les chapitres précédents, ou à les subventionner, et le grand, nombre d’enfants qui les fréquentent annuellement, sont des faits également notoires qui prouvent, d’une manière également irréfragable, le goût prononcé qu’a le peuple canadien pour l’instruction.

La preuve du goût qu’a le peuple canadien pour l’éducation de ses enfants, se voit encore dans le fait que le plus grand nombre de nos hommes de profession, comme aussi des membres du clergé, et surtout de nos hommes distingués par leurs talents et leur probité, dans le monde comme dans le clergé, en tirent leur origine.

Sur le banc de la justice, à très peu d’exceptions près, les Juges canadiens-français, et, dans l’épiscopat, les évêques catholiques en Canada, sont des enfants du peuple,

et les plus zélés comme les pins habiles défenseurs des droits et privilèges du peuple canadien, sont de ses enfants, formés dans nos institutions classiques, établies et dirigées par des membres du clergé catholique.

Je m’arrête ici, dans ce genre de preuve faite en revendication de l’honneur injustement attaqué du peuple et du clergé canadien, et je m’abstiens, pour éviter de blesser la modestie ou l’amour-propre, de signaler spécialement ceux de nos hommes dont les noms seuls auraient toute la force d’un corollaire, s’il en était besoin pour le succès de ma thèse. Il serait sans doute intéressant de poursuivre plus loin ce genre de preuve ; mais» outre qu’il m’entraînerait dans de grands détails, je ne pourrais rien dire de mieux, en voulant prouver davantage. D’ailleurs, l’histoire est là pour les résumer tous à l’appui de ma conclusion que ni l’astuce ni aucune subtilité ne saurait détruire. Cependant, je crois devoir ajouter le fait suivant, parce qu’il est à la fois honorable et convaincant à un haut degré.

Un fait, entre mille autres également conclusifs, qui prouvent le goût de l’éducation et le concours du clergé et du peuple canadiens dans la pratique des moyens propres à la répandre dans le pays, se trouve encore dans la fondation de la société d’éducation du district de Québec en mai 1821.

Fondé sur un projet de loi passé dans les deux chambres, en la session précédente du parlement du Bas-Canada, mais référé à Sa Majesté, cette société comptait 1 97 citoyens présents à sa première assemblée, qui les considérait alors tous comme membres fondateurs, déclarant en même temps qu’il est urgent de mettre sur pied

une requête qui sera signée par les citoyens de Montréal, Trois-Rivières, comme de Québec, à l’effet d’obtenir la sanction royale de ce projet de loi et de perpétuer la dite société, et qu’un comité composé de 21 membres, soit en conséquence nommé, avec autorisation de payer les frais à encourir pour ces fins. La somme de d£366 fut souscrite à l’instant même pour les atteindre.

Les officiers de la société nommés alors furent :

J. Frs. Perrault, président, protonotaire.

Jérôme Demers, ptre, 1er vice-président.

Joseph Plante, 2me vice-président.

Ls. Lagueux, secrétaire.

John Nelson, trésorier.

Comité.

Valière de St. Réal, avocat.

H. Hudon, prêtre.

Ls. Moquin, avocat.

Jn. Bélanger, M. P. P.

Martin Chinic, marchand.

Augustin Mercier, M. D.

Lefebvre, prêtre.

Ls. Plamondon, avocat.

A. R. Hamel, Ecr.

Signay, prêtre, curé de Québec.

Frs. Quirouette, marchand.

Frs. Romain, Ecr.

Th. Panet, avocat.

Ph. McGuire, Ecr.

Jos. Bouchette, Ecr., arpenteur général

Parmi ces noms, il en est plusieurs qui sont ceux de compatriotes illustres, et dont la mémoire est très chère

au Bas-Canada. Les Perrault, les Plamondon, les Moquin, les Nelson et les Valière, parmi les laïques, et les Deniers, les Hudon, les McGuire et les Signay parmi les ecclésiastiques, sont des hommes dont on ne peut contester ni le talent, ni le mérite, ni la réputation. Quatre de ces laïques ont été des dignitaires de l’Etat, savoir : Philippe Panet, Valière, Nelson et Quirouette. Le premier est décédé Juge de la Cour Supérieur, à Québec, le second» élève et protégé de Mgr. Plessis, est décédé Juge en Chef» à Montréal, et les honorables Nelson et Quirouette sont décédés membres du Conseil Législatif, à Québec. Parmi les cinq membres du clergé ci-dessus nommés, quatre aussi ont été des dignitaires de l’Eglise, savoir : MM. Demers, Hudon et McGuire qui sont décédés Grands-Vicaires, et Mgr. Signay, alors curé de Québec, qui est décédé Archevêque de Québec. Ce grand dignitaire a dépensé au-dessus de ü/5,000 de ses propres fonds pour établir des écoles primaires à Québec, sa ville natale et métropolitaine.

La société d’éducation de Québec, comme la société littéraire et historique y établie depuis 1824, a grandement contribué à répandre l’instruction dans cette ville. Ces deux sociétés sont en pleine opération, et il n’est que juste de signaler spécialement Mgr. Signay comme un de leurs fondateurs, ainsi que l’hon. Juge Duval qui, depuis plus de 15 ans, a été un des principaux soutiens de la société d’éducation.

De tous ceux qui composaient en 1821 la liste des officiers et du comité de la société d’éducation susdite, un seul est survivant : c’est Messire Lefebvre, curé de Ste. Géneviève, en l’Ile de Montréal.

L’année précédente, une autre société avait été organisée entre les membres du clergé, et c’est aux contributions précieuses, parmi eux, que plusieurs missionnaires parlant la langue anglaise, doivent l’instruction qui les a mis à même d’être si utiles à leurs compatriotes, lorsque l’émigration a jeté sur nos plages, jusqu’alors si salubres et si gais, le trop plein pestiféré de l’Irlande et de l’Ecosse.

De son côté, le séminaire de St. Sulpice de Montréal ne manquait jamais de protéger les sujets de ces origines, lorsqu’ils faisaient preuve de talents et de bonnes dispositions. Mgr. Plessis fut à même de continuer l’œuvre des contribuables et d’atteindre ainsi par le ministère, de grand nombre de sujets formés pour le sacerdoce, le but humanitaire qu’ils avaient en vue. Qui ne se rappelle pas encore, à Québec, des travaux évangéliques et du dévouement vraiment apostolique de Messire Hugues Paisley, écossais, élève et condisciple du college de Montréal, et décédé curé de Ste. Catherine de Québec ?

Le peuple canadien aime l’éducation et veut sincèrement en procurer le bienfait à ses entants, mais suivant ses moyens, et suivant ses principes religieux et le sentiment du besoin réel et bien compris, et l’on peut dire en toute vérité que l’instruction de ses enfants est l’objet de sa sollicitude quotidienne la plus vive et la plus constante ; mais il a bien des obstacles à vaincre pour réaliser pleinement cet objet dans la personne de ses enfants.

Il est des causes particulières qui s’opposent à l’éducation populaire dans le Bas-Canada, et les principales sont la rigueur de notre climat et la nature de nos occupations ordinaires qui en découlent, en grande partie, occupation* que le besoin rend très généralement nécessaires. J’ai

fait allusion à ces causes et à ces occupations dans plusieurs de mes rapports sur l’éducation.

Nous vivons clans un pays essentiellement agricole et industriel, et le travail manuel est nécessairement notre tâche principale. Or, nous ne pouvons bien la remplir qu’en nous livrant très généralement à ce travail, depuis l’enfance jusqu’à la caducité. Il ne nous reste donc que très peu de temps pour utiliser les moyens d’instruction qui nous sont donnés, et, cependant, nous le faisons d’une manière honorable.

L’érable (1) et le castor, ces deux beaux emblèmes de notre nationalité temporelle, n’ont été adoptés comme tels qu 'après avoir été étudiés et comparés aux circonstances spéciales dans lesquelles nous nous trouvons, sous l’influence du climat du Canada, climat à la vérité très salubre et très fortifiant, mais qui exige une activité si grande et si constante de la part de tous, pour nous garder de sa rigueur, qu’il ne nous reste aucun loisir disponible.

Nous avons calculé l’effet moral que ces emblèmes doivent avoir sur notre intelligence et sur notre conduite dans la vie active, et nous en rappelons souvent la signification au peuple auquel est dévolu la plus grande partie de notre tâche. Nous ne manquons pas, non plus, de le porter à imiter St. Jean-Baptiste, ce modèle d’abstinence, de tempérance et de zèle pour la gloire de Dieu, que la société canadienne a choisi pour patron national et pour modèle, en s’efforçant de “ rendre le peuple meilleur P C’est ainsi que nous ranimons et soutenons le courage du peuple canadien, et que, à l’aide de la religion, nous fortifions sa moralité et nourrissons son espérance.

(1) Acer saccharinum,

En effet, l’érable, bois dur et durable, particulier au Canada, représente la fermeté de caractère que nous devons avoir, sa belle feuille verte, l’espérance qui doit nous ranimer dans les tribulations et les peines de la vie, son beau sucre la subsistance que nous devons nous procurer par le travail, et le castor l’intelligence et l’industrie qui doivent être, la première sans cesse notre guide, et la seconde notre plus sûre ressource dans le besoin. Car, si le sucre d’érable, cette autre manne providentielle, ne s’obtient que par une grande activité, de même, les autres moyens d’existence ne s’obtiennent, à un degré suffisant en Canada, que par un grand travail manuel, et par une industrie continuelle et bien réglée.

Il ne nous reste donc que peu de temps à donner à l’étude et à la lecture, ces deux moyens indispensables au progrès dans les sciences.

Les besoins matériels demandent tout notre temps et toute notre attention, et nous ne pouvons que forcément les détourner un peu des choses de première nécessité.

Rien de surprenant donc que, chez nous, le travail intellectuel soit une occupation exceptionnelle,1 et que nous ayons si peu de temps à consacrer à notre instruction.

Cependant, toutes proportions gardées, on peut dire que le peuple du Canada est aussi avancé dans les arts et dans les sciences qu’aucun autre peuple du monde. Et, quels n’y auraient pas été nos progrès, si, depuis près d’un siècle, nous n’avions été d’abord, en grande partie, puis absolument privés de l’enseignement des Récollets et des Jésuites î Or, nous n’avons eu aucune part dans les causes qui nous ont privés de l’avantage inappréciable de cet enseignement. C’est pourtant en face de tant de faits réu-

nis et de la privation involontaire de cet avantage qu’on a accusé le peuple canadien d’être opposé à l’éducation, et c’est ainsi que, d’une part, on l’a calomnié ouvertement, pendant que, d’une autre, on a dit, de îa même manière, que le peuple canadien “ est un peuple gentil-homme.’’

Addenda. — Suivant un vieil adage, “ celui qui veut la fin veut les moyens,” et c’est là, en effet, un axiome dont il n’est pas nécessaire de démontrer la vérité ; elle est évidente. Eh bien ! en renversant les termes de la pro-^ position, l’on peut dire, avec autant de vérité et de logique, que celui qui veut les moyens veut îa fin, puisque la fin est la conséquence nécessaire de la mise en pratique des moyens. Or, dans l’article suivant, tiré de la Minerve du 30 Mars 1843, qui l’avait emprunté aux Mélanges Reli gieux, journal qui, publié sous les auspices immédiats de Mgr. l’Evêque de Montréal, était considéré comme l’organe du clergé catholique en Canada, de son vaste diocèse au moins, l’on voit la recommandation de moyens d’instruction d’une pratique facile autant qu’utile et efficace. L’on voit aussi, dans cet article, l’opinion clairement et énergiquement exprimée de ce journal en faveur de l’éducation, primaire au moins, généralement répandue dans le pays. Le besoin et la nécessité de cette éducation y sont proclamés haut, et ce, sans équivoque ni réticence aucune. L’habile rédacteur recommande, comme moyens propres à la répandre dans nos campagnes, l’établissement de bibliothèques publiques et la lecture. Donc il veut que le peuple sache au moins lire au préalable. Donc, en voulant ces moyens puissants et infaillibles d’instruction, il veut aussi la fin, déjà, au reste, en partie atteinte, lorsque le peuple sait au moins lire.

Donc il veut l’instruction du peuple. Elle est évidemment la fin qu’il se propose. Mais lisons, plutôt, cet excellent article où se manifeste tout ensemble la foi, le pa- I triotisme et l’esprit de progrès de l’auteur.

! Article tire de la Minerve du 30 Mars 1843 qui l’avait

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