EMPRUNTE AUX “ MELANGES RELIGIEUX,” JOURNAL
publie a Montreal.
Depuis longtemps on sent le besoin de bibliothèques paroissiales où toutes les classes, tous les sexes et tous les âges puissent aller chercher des distractions, de l’instruction, de l’édification. Les tems où l’ignorance était en quelque sorte permise, où, du moins, il y avait peu d’inconvéniens à ignorer, sont loin de nous : d’autant plus loin que nous vivons vite à présent, que les lumières, les sciences, l’industrie se propagent avec une rapidité et une université jusqu’alors inconnues, et qu’il y a autant de distance entre nous et la génération qui nous a précédés qu’il y en avait entre nos aïeux et les hommes de deux ou trois siècles antérieurs. Il n’est plus possible de nos jours de se contenter de la simplicité antique ; de cette vie modeste et paisible que coulaient nos pères, à l’abri de leur toît champêtre, entre leurs travaux et leurs jours de fêtes, entre l’oubli de la veille et l’insouciance du lendemain. Beaux jours que ceux-là, âge d’or véritable, qui rappelait aux yeux étonnés le charme des temps bibliqùes et des mœurs patriarchales : où l’on voyait le père de famille, nouveau Jacob, au milieu de ses enfans et de ses serviteurs, vénéré comme un roi, chéri, imité comme un saint ; où l’on contemplait le doux spectacle d’une mère priant à côté de sa fille devant une image de Notre-Dame, redisant à sa famille les leçons du pasteur ; où les entretiens roulaient sur les travaux des champs, sur les saintes vérités de la religion, sur les voyages aux pays lointains, récits répétés dans les longues veillées, transmis de génération en génération, pieuses légendes apportées par les aïeux du beau pays de France, et qui empruntaient un nouveau charme de cette successive et fidèle tradition; où l’ambition de chacun se bornait à posséder le vivre et le couvert, au superflu d’une place à la table et au foyer pour l’ami de la famille, pour le voyageur, pour le pauvre mendiant. Alors on ne connaissait pas ces besoins du luxe et de la richesse, les privations et la misère qui en sont les tristes fruits, les spéculations ruineuses,
les procès, les soucis, les troubles, les fourberies, tous les vices et tous les malheurs qui sont venus s’abattre depuis sur notre chère patrie. Oui, c’étaient de beaux jours que les jours d’autrefois ; mais ils sont passés et passés sans retour. Cependant tout n’est pas perdu : Dieu nous a donné d’autres biens pour nous consoler de la perte des autres, et le désespoir est loin de nous. Nous n’avons pas cette vie calme, ce bonheur tranquille, ce repos séculaire de nos aïeux ; la vie que Dieu nous a faite est une vie laborieuse et toute de combats ; il nous faut gagner le pain qui nous nourrit et conquérir nos titres au repos. Cette part est assez belle, assez glorieuse pour chasser le regret. Mais cette part est faite à tous, et chacun de nous dans ce siècle doit devenir soldat pour combattre ses combats. Personne ne saurait sans danger demeurer oisif et stationaire dans un tems d’activité et de progrès qui entraîne hommes et choses dans sa course précipitée ; les retardataires seraient infailliblement perdus. Que notre époque soit ou non louable ou désastreuse, que sa tendance ait ou non des conditions de succès, que cette activité dévorante soit chose bonne ou mauvaise ; peu importe, voilà ce qui est ; on ne peut remplacer le présent par le passé, et il faut être de son siècle, marcher avec son siècle, si l’on n’en veut être l’enfant perdu et abandonné. Or, à aucune époque de notre histoire l’instruction ne fut plus populaire et plus indispensable. L’ignorance est un déshonneur et presqu’un crime aux yeux delà civilisation actuelle: les progrès de l’éducation chez quelques peuples, chez certaines classes de la société ont imposé aux autres, non plus la convenance, mais le devoir, mais la nécessité de les suivre dans la voie des connaissances et de l’instruction. L’intérêt social des peuples, l’intérêt propre de chacun le commande ; cette vérité est maintenant reconnue et incontestée. Nous avons besoin de connaître et d’étudier, notre religion, nos lois, nos droits civils et politiques, notre histoire, notre langue, les événemens, les faits, les découvertes, les inventions et les progrès de l’industrie, les améliorations et les réformes dans l’exploitation des terres, dans les modes d’agriculture, etc., etc., parce que, dans tout cela notre bien-être moral et matériel, notre existence comme peuple et comme citoyens, notre vie toute entière est souverainement intéressée- Et la lecture, une lecture sage et bien dirigée peut seule nous initier à ces connaissances devenues plus que jamais une nécessité pour nous. D’ailleurs, quel emploi pius utile et plus honorable pouvons-nous faire de nos loisirs que celui de l’étude et de la lecture ? N’est-ce pas en même
temps le plus noble et le plus attrayant de tous les amusemens que celui qui orne l’esprit et enrichit le cœur en même tems qu’il délasse des soins et de l’accablement des affaires et des travaux de chaque jour ? Ainsi, propager l’instruction et l’amour de la lecture jusque dans nos campagnes les plus reculées ; favoriser les plus utiles et les plus légitimes penchans de l’homme ; donner à tous nos concitoyens des moyens faciles et économiques de s’instruire, d’étudier les richesses et les ressources qui sont à leur disposition, et leur ménager en même tems des plaisirs et des distractions : voilà le but, que nous nous proposons, et voici le moyen de l’atteindre heureusement.
Ce moyen est celui d’une bibliothèque paroissiale. Il en existe déjà dans plusieurs localités, et notamment à l’Assomption, à St. Roch de l’Achigan, aux Cèdres, où, grâce au zèle de MM. les Curés, cette utile entreprise a rencontré un encouragement et un succès mérités. La bibliothèque de l’Assomption renferme déjà cinq à six cents volumes du meilleur choix. Ouvrages religieux, scientifiques, littéraires, industriels, historiques, etc., que chaque abonné peut se procurer pour la somme annuelle la plus minime, 30 sous ; et cette bibliothèque compte trois à quatre cents abonnés. Voici donc ce qui pourrait être fait dans la plupart des paroisses. Cette mesure une fois proposée et ses avantages démontrés dans une assemblée de paroisse, on demanderait une souscription volontaire, comme mise de fonds, afin de pouvoir former les commencemens de la bibliothèque. Naturellement les fondateurs de l’œuvre deviendraient par ce lait les premiers abonnés, etc .