ARRIVÉE DES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
En 1837, les Frères des Ecoles Chrétiennes arrivèrent à Montréal au nombre de quatre, dont les noms sont : Frère Aidant, Directeur de l’établissement, et Frères Adelbertus, Euverte et Rombault. Ils prirent possession du bel établissement qu’ils occupent en cette ville, grâce à la générosité et au zèle des Messieurs du Séminaire de St. Sulpice de Montréal pour l’instruction de la jeunesse.
L’ordre des Frères des Ecoles Chrétiennes a été fondé en France en 1679, par le vénérable Jean-Baptiste de la Salle, chanoine de Reims et Docteur en théologie.
L’enseignement simultané est pratiqué dans les hautes classes des écoles tenues par ces Frères, et, dans les basses classes, ils suivent l’enseignement mutuel que Lancaster a exploité. Cependant, réunissant ces deux méthodes, leur enseignement est souvent mixte.
Cet ordre religieux, si utile et si apprécié dans tous les pays où il a des établissements, surtout en France où il a un essor universel, a remplacé à Montréal les écoles primaires que les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice y faisaient tenir avant leur arrivée, et ne rencontrant rien qui s’opposât à leur œuvre, ils ont parfaitement bien répondu au besoin. Ils étaient déjà venus en Canada en 1737, pour faire un établissement à Montréal, mais l’établissement des Frères Charron sur lequel ils comptaient pour cette lin, leur ayant été refusé, il : retournèrent en France.
Les Frères des Ecoles Chrétiennes tiennent, principalement aux frais du Séminaire de St. Sulpice de Montréal, un noviciat considérable en cette ville où ils forment des sujets pour tout le Canada. Ils tiennent à Montréal une école principale sur un grand plan, et plusieurs écoles succursales, et sont déjà très répandus en Canada, même aux Etats-Unis et dans l’Ouest britannique. Us ont un établissement à St. Boniface de la Rivière Rouge, fréquenté par plus de 60 élèves, sous les auspices de Mgr. Taché, deuxième évêque de cette lointaine mission établie en 1818, par MM. Provancher et J. G. Dumoulin. M. Provancher, élève du Collège de Nicolet et Canadien, comme son zélé compagnon et comme son digne successeur, en fut le premier évêque. (1) M. Dumoulin, revenu en Canada, est décédé curé de Yamachiche, dans le diocèse de Trois-Rivières.
(1) La stature extraordinaire et les travaux apostoliques de ce zélé missionnaire, nous autorisent à dire qu’il était à la fois un homme grand et un grand homme. Les sauvages qui le révéraient redoutaient, cependant, la tâche de le transporter d’un lieu à un autre dans leurs frêles canots d’écorce.
Le nombre des élèves des Frères des Ecoles Chrétiennes est considérable, surtout à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières, et leur ordre se multipliant beaucoup, le nombre de leurs établissements et de leurs élèves se multiplient d’une manière proportionnelle. Outre les novices, le nombre des enfants qui fréquentent les écoles tenues par ces Frères en la ville de Montréal, aux frais du Séminaire de St. Sulpice, se monte à 2800. A Québec, il est de 1806 ; à Trois-Rivières de 262 ; à l’Islet, St. Thomas, la Pointe-Lévi, Yamachiche, Ste. Marie de la Beauce, Sorel et Beauharnois, 1166.
Les établissements des Frères des Ecoles Chrétiennes dans les possessions Britanniques de l’Amérique du Nord comptent aujourd’hui 1 17 Frères, 6555 élèves et 44 novices, et, aux Etats-Unis, leurs établissements, au nombre de 16, comptent 180 Frères et 7500 élèves. Total des Frères en Amérique 297, et des élèves actuels 14055.
L’ORDONNANCE CONFIRMANT LES MESSIEURS DU SÉMINAIRE DE ST. SULPICE DE MONT¬ RÉAL DANS LA POSSESSION DE LEURS BIENS.
En 1839, pendant la suspension, par suite des troubles, de l’acte impérial de 1791, le conseil spécial qui remplaçait provisoirement la législature du Bas-Canacla, passa une ordonnance favorable à l’éducation, mais seulement en la ville de Montréal et dans les quelques paroisses comprises dans les seigneuries des Messieurs du Séminaire de St. Sulpice de Montréal ; c’est l’ordon-
nance 3 et 4> V. ch. 30, qui les autorise à commuer les terres sises dans ces seigneuries qu’ils tiennent de la compagnie des Cents et du roi de France, et les confirme dans la possession d’icelles et des revenus qui en proviennent, à la condition d’employer ces revenus à des œuvres pies, et à répandre l’instruction.
Certes, l’accomplissement de cette double condition est bien facile pour les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice, et bien agréable, puisqu’il était coutumier et constant avant cette ordonnance ; preuve, la magnifique église de Notre-Dame de cette ville, à la construction de laquelle ils ont contribué au-dessus de £60,000 ; preuve, le collège de Montréal et le séminaire des étudiants en théologie ; preuve, le collège et le noviciat des Frères des Ecoles Chrétiennes ; preuves, tous les autres établissements d’éducation érigés à leurs frais, et dans lesquels les Frères et les Dames de la Congrégation tiennent de nombreuses écoles succursales en cette ville ; preuves, les belles églises de St. Jacques, de St. Patrice, de Ste. Anne, en cette ville, et de Notre- Dame de Toutes Grâces dans le voisinage immédiat.
Or, ces établissements, dont quatre pour le culte et les autres pour l’instruction, existaient en partie avant cette ordonnance, et le Séminaire faisait tenir, en outre, plusieurs écoles élémentaires dont deux dans une bâtisse en pierre sise sur un terrain vis-à-vis du Séminaire, et sur lequel on jette en ce moment les fondations d’un cabinet de lecture public, où les jeunes gens instruits se réuniront dans la suite, pour y discuter des sujets ayant trait à l’histoire, aux arts et aux sciences, sous les auspices immédiats des Messieurs du Séminaire de St. Sulpice de Montréal.
Les seigneuries que possèdent les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice de Montréal avaient, jusqu’en 1839, été l’objet de la convoitise du gouvernement d’Angleterre qui voulait s’en emparer, comme il a fait des biens des Récollets et des anciens Jésuites, consacrés à l’éducation, et le sujet de savantes discussions dans lesquelles Messire Jean Henri Roux, V. G. et supérieur du Séminaire, avait pris une part très active et très utile ; mais les choses en étaient restées là, chaque parti ayant ses prétentions exclusives à la possession de ces biens, jusqu’en 1839.
Il est clair, cependant, que, indépendamment des titres incontestables en vertu desquels les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice tenaient ces biens, le gouvernement d’Angleterre ne se les ayant pas spécialement réservés lors de la cession du Canada en vertu du traité de 1763, comme il l’a fait des biens des Récollets et des Jésuites, il ne pouvait légitimement prétendre à leur possession, contraire à toute espèce de droit.
Les biens des Messieurs du Séminaire de St. Sulpice leur ayant été donnés en 1663, par la compagnie de Montréal, dite des Cents, dont ils étaient membres, et le roi de France ayant continué cette donation en 1677, en vertu de lettres d’amortissement, en faveur de la religion et de l’éducation, il semble qu’en vue d’actes aussi formels et d’un but aussi louable que celui que les parties se proposaient de part et d’autre, ces biens devaient être regardés comme sacrés. C’est sans doute pourquoi il n’en est fait aucune réserve dans le traité de 1763. C’est sans doute pour cette dernière raison au moins, que le général Haldiman reçut en 1778, l’hommage
que M. de Montgolfier, supérieur, et les autres membres du Séminaire de St. Sulpice de Montréal, firent de leur seigneurie de l’Ile de Montréal au roi d’Angleterre. C’était là reconnaître, par le fait, leur droit à la possession de cette belle seigneurie pour les fins susdites, et jamais après la réception solennelle de cet hommage formel, on aurait dû mettre en question ce droit incontestable.
D’ailleurs, le Séminaire de St. Sulpice de Montréal, qui relève de celui de Paris, s’en étant séparé par consentement mutuel dès l’année 1764?, ses membres devenaient, par ce fait autant que par devoir, de véritables sujets anglais, loyaux et dévoués. Au reste, nous trouvons la preuve de leurs sentiments à cet égard dans les paroles éloquentes de Messire Roux, et dans les chaleureuses exhortations de Messire Lesaulnier, adressées aux Canadiens, lors de la guerre de 1812 avec les Américains.
Nous devons à Messire J. V. Quiblier, V. G. et successeur de Messire Roux dans la supériorité du Séminaire de St. Sulpice de Montréal, la possession maintenant incontestable des biens de cette maison en vertu de l’ordonnance de 1839, passée par le conseil spécial à cet effet.
Outre les vertus de son état, Messire Quiblier avait des qualités sociales peu ordinaires, et il en a heureusement fait usage avec zèle et habileté, pour obtenir cette loi. Il a rendu, par ce seul fait, un service immense à la religion et à l’éducation ; un service qui mérite que nous bénissions à jamais sa mémoire. C’est sous son habile administration que les belles tours de l’église de Notre-
Dame ont été parachevées, que la magnifique église de St. Patrice de cette ville a été bâtie en 1843, et que les Frères des Ecoles Chrétiennes ont été établis, d’abord en la ville de Montréal, puis en celle de Québec. Mais, en cela, comme en tant d’autres œuvres publiques qui lui font honneur, il fut puissamment aidé de la coopération intelligente et active de Messire Jos. Comte, membre et procureur du Séminaire de Montréal, sa ville natale.
Les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice de Montréal consacrent annuellement au-dessus de huit mille louis (£8000) à l’éducation dans la ville et paroisse de Montréal. Ce fait si honorable prouve combien notre reconnaissance envers cette maison doit être vive et durable. Cette maison est une véritable providence pour les catholiques de Montréal.
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MÉMORIAL DE L’ÉDUCATION