EXTRAIT DE LA MINERVE DU 3 JUIN
Les Ecoles. — Les circonstances ne nous ont pas permis de parler plus tôt d’une circulaire émanée du bureau de l’éducation pour cette partie de la province, et nous le fesons aujourd’hui, quoique tard, parce que nous sentons toute l’importance qu’il y a d’attirer l’attention des intéressés sur ce document, qui est un abrégé des devoirs des commissaires des écoles et des instituteurs.
Comme il le dit dans la circulaire même, M. le surintendant de leducation s’est cru obligé d’adresser cette circulaire aux commissaires d’école parce que la loi qui pourvoit à l’établissement et au soutien des écoles, publiée en 184<1, n’est pas assez répandue et surtout assez connue de la plupart des commissaires, corps qui est particulièrement appelé à la mettre en opération. Le surintendant y a joint au précis des devoirs des commissaires un grand nombre de suggestions et d’avis dont nous n’avons pas moins admiré la sagesse que l’importance. Parmi ces suggestions est celle de l’établissement d’une école-modèle, ou supérieure par chaque paroisse et township un peu populeux au lieu le plus central, suggestion qui nous semble d’une telle importance que nous sommes surpris que la loi n’ait pas pourvu à l’établissement de semblables écoles. En effet, comme par défaut des qualifications suffisantes chez un très grand nombre d’instituteurs, il est impossible d’avoir dans chaque arrondissement d’école des maîtres possédant les connaissances requises pour donner aux enfants une éducation pratique suffisante, les écoles-modèles dans chaque village recevraient les enfants qui annonceraient le plus de dispositions ou auxquels les parents voudraient donner une éducation plus complète. Ces écoles supérieures ellesmêmes seraient des pépinières qui alimenteraient nos séminaires et nos collèges.
Le surintendant annonce dans ce pamphlet qu’il y a actuellement à la disposition du gouvernement, pour aider à la bâtisse de maisons d’école publiques, une somme d’environ trente-quatre mille louis. Il dit quelles sont les localités qui ont droit à une part de ces deniers et quelles conditions on devra remplir pour les toucher.
Plusieurs journalistes de la province ont reproduit cette circulaire dans leurs colonnes avec les tableaux qui l’accompagnent, et nous désirerions en faire autant, si l’abondance des matières nous le permettait. Nous pensons d’ailleurs que, au moyen de la publication qu’en ont faite les journaux dont nous venons de parler, et du
grand nombre de copies qui ont dû en être envoyées du bureau de l’éducation, le zèle des amis des lumières par tout le pays a dû recevoir une nouvelle et puissante impulsion, et nous nous contentons d’exprimer le souhait que ce beau zèle ne se rallentisse jamais au milieu de nous. Nous en sommes à une époque où un pays dans lequel l’éducation n’est pas généralement répandue, est à peine rangé parmi les pays civilisés. Partout on sent qu’un homme sans éducation est, toutes choses égales d’ailleurs, l’inférieur de l’homme instruit, et que la même différence existe surtout entre les pays où n’a pas brillé le flambeau de la science et ceux que l’éducation éclaire. Le Canada, nous le savons, ne sera pas le seul où cette vérité ne sera pas sentie 5 nous en avons pour garant la tentative récente de quelques amis désespérés des ténèbres dans un district voisin de notre ancienne capitale, dont le singulier appel aux préjugés même de l’ignorance n’a pu trouver d’écho.
Malgré l’imperfection de la loi de 1841 et le défaut de coopération de la part des municipalités, grâce au zèle du surintendant, des commissaires d’école et autres amis de l’éducation, on nous dit qu’il n’y avait pas moins de douze à treize cents écoles dans le Bas-Canada en 1843 qui ont eu part à l’octroi de la Législature, et que ces écoles ont été fréquentées par plus de trente mille enfans. On pense que le nombre d’écoles et des enfans les fréquautant est beaucoup plus considérable cette année.