‹ Mémorial de l'éducation du Bas-CanadaChapitre 76 sur 79 · EXTRAIT DE LA MINERVE DU 18 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA MINERVE DU 18 SEPTEMBRE

Nous voyons avec beaucoup de plaisir que les instituteurs se sont organisés en deux associations distinctes, dont l’une pour le district de Québec et l’autre pour celui de Montréal. Nous voyons aussi que ces deux associations, dont les travaux promettent déjà tant d’avantages pour le corps enseignant et pour la société en général, se sont placés sous le patronage de M. le Dr. Meilleur dont il est si important de seconder en ce moment les efforts nour l’avancement de l’éducation. Ces

circonstances sont très certainement d’un excellent augure pour l’avenir du pays, si les nombreux amis de cette belle cause et les membres du parlement savent en tirer bon parti, en accordant toute leur influence et tous les moyens de succès possible aux uns et à l’autre. Nous sommes encore au début des organisations nécessaires pour bien atteindre le but que la législature du pays a eu en vue, en le dotant d’un nouvel acte d’éducation, et celle des instituteurs en associations n’est pas la moins importante. Partout le besoin d’écoles supérieures se fait sentir, et partout l’on sent aussi le besoin d’instituteurs convenables pour en prendre la direction. Or,

personne ne peut révoquer en doute que les associations des instituteurs ne contribuent beaucoup à former un bon nombre d’entre eux pour cette espèce d’écoles, surtout s’ils obtiennent des bureaux d’examinateurs, et s’ils prennent les moyens de s’entendre toujours à ce sujet avec M. le surintendant de l’éducation. On sait combien il a à cœur de faire des instituteurs un corps d’hommes instruits et véritablement utiles, et d’établir dans cüaque paroisse une école supérieure ou école-modèle. 11 a depuis longtemps recommandé l’établissement de bureaux d’examinateurs pour les instituteurs, et il a le premier proposé, en parlement, l’adoption de moyens législatifs pour letablissemont d’écoles modèles et pour en doter, d’une manière convenable, les instituteurs. Dans la session de 1835, il avait réussi à faire eutrer dans le projet d'une loi d’éducation élémentaire des dispositions libérales à cet effet. Malheureusement ce projet de loi fut rejeté par le conseil législatif et avec ce projet fut perdue cette belle mesure dont les résultats seraient déjà si heureux pour le pays, si dès lors olle fût devenue loi d’une manière permanente. Depuis cette époque M. le Dr. Meilleur n’a cessé de revenir à la proposition d’établir des écoles-modèles, et nous avons l’avantage de posséder maintenant une loi qui pourvoit aux moyens d’en établir une dans chaque paroisse. Aussi, voyons-nous avec quel empressement et avec quel intérêt notre surintendant attire l’attention particulière du public sur cette partie importante de la nouvelle loi d’éducation dans la circulaire qu’il a émanée à ce sujet ; et aujourd’hui nous apprenons, avec une bien vive satisfaction, que ses recommandations sont déjà dans beaucoup de paroisses mises en pratique avec le môme empressement et avec la même espérance de succès.

Il est de notoriété publique que depuis longtemps M. le Dr. Meilleur, s’occupe attentivement de rétablissement d’écoles-modèles, ses lettres sur l’éducation, écrites et publiées en 1838, ses rapports sur l’éducation depuis 1842, ses circulaires adressées aux commissaires

d’école avant la passation, de la loi d’éducation actuelle, et celle dont il a accompagné cette loi même, lors de sa promulgation, en contiennent des preuves irrécusables ; mais on ne sait pas combien il a fait d’efforts inconnus au public pour obtenir les moyens législatifs nécessaires à cette fin.. La lettre dont suit une copie vient puissamment à l’appui de notre avancé à ce sujet. Cette lettre écrite à un membre du parlement ail commencement delà dernière session, fut par lui communiquée à plusieurs membres qui surent bien en apprécier toute la portée. Cette lettre contient, en effet la mention de plusieurs sujets qui sont bien dignes de la considération des amis du pays, et le grand désir qu’a M. le surintendant de répandre également dans toutes les classes de la société, des jeunes gens bien formés qui pourront, par leurs connaissances, par leurs talents et par leur industrie, y poi ter les lumières, la prospérité et le bonheur, sera sans doute apprécié par nos lecteurs. Nous croyons, donc ne pouvoir mieux faire que de recommander à leur considération le contenu de la lettre en question ; la voici :

( Bureau de l’Education, Montréal .

Monsieur . — J’ai lu avec intérêt la requête de Mcssire *** et de plusieurs autres personnes de la paroisse

de . demandant au parlement une aide pour

achever de bâtir une maison d 'éducation, où l’on se propose de faire enseigner “ les langues française et anglaise et toutes les branches d’une éducation finie,” et j’ai l’honneur de vous dire, qu’à la vue d’une aussi louable entreprise, je fais des vœux pour le succès qu’elle mérite, et désire sincèrement que la législature accorde aux signataires de la dite requête leur juste demande.

Le besoin de maisons d’éducation semblables à celle qui est maintenant en voie de construction, dans la paroisse de . , se fait grandement sentir dans

toutes les localités populeuses du pays, et il serait à désirer qu’on y fit partout pour cet objet les sacrifices que font pour l’atteindre les habitants de .

Depuis nombre d’années déjà, j’ai recommandé l’établissement d’écoles supérieures, ou modèles, et je me ferai toujours un devoir de le faire et d’y contribuer, autant qu’il sera en mon pouvoir, parce que je suis persuade que, sans l’opération effective d’une semblable école dans chaque paroisse et township, où les enfants déjà formés dans les autres écoles pourront venir compléter un cours d’études pratiques, tous les efforts, tous les sacrifices réunis, tant du parlement, du gouvernement, du clergé que du peuple, n’auront que peu de résultat pour procurer aux enfants avides de s’instruire le bienfait de l’éducation.

En effet, si pour cet objet tant important, nous bornons nos démarches et nos soins à l’établissement d’écoles d’un caractère purement élémentaire, nous ne pourrons former, au moyen de ces écoles, que peu d’hommes capables pour la vie active, parce que rarement ils en sortiront assez instruits pour vaquer avantageusement aux affaires de tous genres, auxquelles ils seront appelés à prendre part, soit comme pères de famille* soit comme hommes publics ; et, relativement au bien matériel de la société, il est inutile de compter beaucoup sur ceux de nos jeunes gens qui reçoivent, dans nos collèges, une éducation classique, pour donner à tous les genres d’industrie cette impulsion, cette activité et cette garantie de succès dont il est besoin, parce qu’ils ne peuvent avoir lieu qu’à la faveur d’une éducation pratique, dirigée vers leurs occupations et leur perfectionnement progressif. Presque jamais, au sortir de nos collèges, ceux de nos jeunes gens qui ont eu l’avantage d’y recevoir une éducation classique, tournent leurs regards vers l’agriculture ou vers les arts mécaniques, qui ne sont cependant pas indignes de l’attention, de l’envie même des hommes instruits, parce qu’ils peuvent leur donner un nouvel essor, les utiliser davantage, et en retirer des profits immenses pour le bien commun des individus et de la société, en les exerçant à la lueur du flambeau vivifiant de la science.

Le peu de cas, le peu d’estime que l’on fait dans notre

pays des genres d’occupations qui demandent surtout l’assistance du travail manuel, est cause que, malheureusement, l’agriculture est encore presque vierge d’hommes instruits, et que les arts mécaniques et les métiers en comptent un si petit nombre qui soient en état d’en relever le mérite, et d’en utiliser les produits et l’influence dans toutes les classes de la société ; tandis que les professions libérales débordent de sujets, souvent as-^ez médiocres, parce que les jeunes gens qui ont reçu un peu d’éducation s’y portent en foule, sans s’inquiéter assez des connaissances et des qualifications nécessaires, pour pouvoir les exercer avec honneur pour eux, et avec avantage pour la société. C’est là une grande erreur, et une erreur dont les graves . conséquences se font depuis longtemps vivement sentir dans notre pays.

Tl est donc très important de donner à notre jeunesse l’espèce d’éducation qui est la plus adaptée à nos besoins, et plus en rapport avec les genres d’occupations qui s’exercent en dehors des professions savantes ; de diriger vers eux son attention, et de la porter à les envisager comme autant de sources fécondes de prospérité et de bonheur, individuel et général.

Puis, il est un autre état aussi utile qu’honorafele, dont le pays a besoin, et dont a besoin une partie de nos jeunes gens instruits ; c’est l’enseignement auquel il faudrait tâcher de former ceux d’entr’eux qui ont des dispositions pour cet état, et les portera s’y consacrer incontinent. Il doit y avoir une vocation pour l’enseignement comme pour tout autre état que l’on regarde comme nécessaire au bien être de la société, et si, par des mesures législatives, libérales et protectrices, on peut l’asseoir sur des basses solides et permanentes, offrant aux occupants des moyens d’existence honnêtes et suffisants, et ce dégré d’appréciation, de respect et de considération dont il devrait être entouré, nous verrons bientôt nombre de jeunes gens, de bonne éducation et de bonne famille, se montrer fidèles à ses inspirations. Les instituteurs des

écoles-modèles devraient être de ce nombre, et avoir en même temps mission de former des maîtres , pour l’enseignement des écoles d’un caractère plus élémentaire.

Que de choses on pourrait dire relativement aux différens sujets mentionnés plus haut, si le temps et les circonstances permettaient de faire voir combien ils se rapprochent ensemble ; ils tendent tous et se concentrent vers un même but, le bien commun des individus et de la société toute entière. C’est là le point culminant connu de tous, pour l’obtention duquel nous devrions diriger simultanément toute notre attention, tous nos moyens et toute notre influence. J’ai déjà traité de ces sujets, dans le cadre étroit d’un rapport sur l’éducation au gouverneur-général pour 1842, et j’y suggère que les instituteurs des écoles-modèles aient une prime pour chacun de leurs élèves qu’ils formeraient maître .

C’est donc principalement au moyen des écoles-modèles que notre intéressante jeunesse puisera, comme à une source pure de bonheur, les principes des vertus et des sciences dont la pratique formera des hommes éclairés, habituellement moraux, et habiles dans tous les genros d’affaires. Car le genre d’instruction que l’on donnerait aux enfants, dans nos écoles-modèles, serait en tout adapté à leur aptitude, à leur degré d’avancement, et surtout à nos mœurs et à nos besoins, et l’on verrait bientôt le peuple de notre jeune pays rivaliser avec ceux de la vieille Europe. C’est là ma conviction, c’est là aussi mon espérance.

Ainsi, monsieur, si l’occasion s’en présente, je suis très disposé à recommander à la considération bienveillante de la législature, non-seulement la requête de

monsieur le curé et des habitants de . . en

faveur de la maison qui est en voie de construction pour y établir une école -modèle, mais encore, ce serait pour moi un véritable boolieur de pouvoir faire, pour cet objet, une recommandation qui s’étendrait à toutes les

localités populeuses du pays, si leurs habitants faisaient respectivement, pour l’atteindre, les mêmes sacrifices et les mêmes efforts.

C’est avec ces sentiments que j’ai l’honneur d’être, monsieur,

Votre, etc. . . .

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