CONTINUATION DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
Observations particulières sur les choses principales qui ont servi de raisons ou de prétextes à l’opposition faite à la loi, et sur les divers systèmes d’éducation proposés.
Pour une raison ou pour une autre, l’opposition qu'on a faite à la loi d’éducation et à mon administration, s’attaquait à quatre choses principales, qui se trouvaient dans la loi où dans mes instructions et mes recommandations, verbales ou écrites, données pour la faire fonctionner utilement, savoir : 10. le système coercitif ou de la contribution forcée ; 20. les écoles dissidentes ou séparées ; 30. l’enseignement moral et religieux dans les écoles ou la liberté d’enseignement; 40. l’enseignement normal séparé pour les catholiques et pour les protestants,
Telles sont les choses principales qui ont donné lieu à opposition faite à la loi d'éducation, et à la polémique qui s’est engagée de part et d’autre à l’appui ou contre cette loi et mon administration, et qui ont servi de raisons ou de prétexte pour proposer des systèmes d’éducation divers et opposés entr’eux comme à la loi d'éducation que j’étais chargé de faire fonctionner, toute coercitive et obligatoire qu’elle était.
Or, le système coercitif était surtout l’épouvantail dont se servaient les chefs de l'opposition, pour répandre
dans nos campagnes une panique sous l’influence mal. heureuse de laquelle ils ont su tenir la partie mobile des habitants crédules et trop confiants à l'égard de tout ce que leur disaieut de faux et d’exagéré ces chefs intéressés à spéculer sur l’ignorance, sur les préjugés et sur les craintes du peuple. |
Ces chefs se présentaient aux habitants comme les défenseurs et protecteurs de leur liberté, de leur moralité et partant de leurs intérêts les plus chers et les plus sa. crés à l’égard de leurs enfants. Ils leur représentaient le système coercitif comme attentatoire à leurs droits et priviléges comme sujets et comme pères de famille, ou plutôt comme une machine à taxer dont on ne voyait que le commencement, et dont l’objet apparent n’était qu’un prétexte pour l’initier dans le pays, afin de le faire servir plus tard à toute autre chose, et que les dispositions de la loi municipale de 1841 en étaient une preuve. Qu’en l’acceptant, les habitants seraient bientôt réduits aux tristes conditions où se sont trouvés les malheureux Irlandais émigrés de leur pays natal, par suite de l’opération d’un système de taxes coercitives qui les a menés à l’état de ruine, de dénument, de misère et de dégradation extrème où ils étaient, lorsque nous les avons vus, en 1832, débarquer pestiférés et mourant sur nos plages à peine assez spacieu# et pourvugpour les y recevoir, et qu’il était de notre devoir de nous opposer avec énergie et constance à l’introduction et à l’opération d’un semblable système dans le Canada. afin d’éviter ses funestes conséquences.
Outre ces observations insidieuses et préjudiciables à éducation et au repos public, et qui gagnaient du terrain et de la force en proportion du nombre et de l’acti-
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vité des chefs de l’opposition, et de la connaissance qu'ils donnaient partout des maux trop réels et déplorables qui avaient affligés la malheureuse Irlande, il n’y a pas de langage dont ils n’aient fait usage pour répandre la terreur chez nos habitants et les exciter à l’insubordination et à la révolte. Aussi, le moins que les habitants aient fait, par suite de l’agitation où les chefs
A de l’opposition les ont conduits dans nombre de paroisses,
ça été de protester contre la loi d’éducation et dire : “ pas de taxe, pas de contribution forcée, pas d’inter- “vention indue dans nos affaires de famille ;” mais jamais on ne les a entendu dire : ‘“ pas d’éducation, pas “ d'écoles.” Bien au contraire, ils ajoutaient dans leur protêt : ‘“ nous voulons faire instruire nos enfants, nous voulons établir et maintenir des écoles pour eux, mais comme du bon vieux temps, nous voulons avoir la liberté de l'enseignement, la liberté de faire comme bon nous semblera pour cette fin, sans subir l’influence d’une
à taxer, ni être mis à contribution pour en
machine à payer les frais de rouage et d’opération.”
C’est ainsi que de nos habitants, préjugés et excités, entendaient la manière de pourvoir à l'instruction de leurs enfants, et qu’ils faisaient connaître leurs dispositions et prétention à cet égard, par leurs protestations spontanées ou faites par l’entremise des chefs de lopposition, et le but et l'effet étaient les mêmes, surtout sous la loi de 1841, parce que, étant liée au conseil municipal qui était de fait le bureau d’éducation pour son district particulier, et ses officiers étant nommés par le gouvernement, elle inspirait bien plus de soupçon et de crainte. D'ailleurs, ce soupçon et cette crainte n’é-
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