‹ Mémorial de l'éducation du Bas-Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 90 sur 107 · HUR RICARD · texte numérisé non relu

HUR RICARD

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L'existence de ce projet étant venue à la connaissance ds membres du parlement, piusieurs d’entr’eux deman-

Lérent qu’il fût souinis à la Législature, mais le ministère

want dit qu’il n’était pas disposé à le faire, il y eut à ce wjet un débat animé dans lequel le ministère allégua nur raison de son refus à se rendre à cette demande, que # projet pouvait n’être pas d'accord avec les vues du muvernement, et que, dans ce cas, le ministère et le surtendant de l'instruction publique pourraient se trouver mopposition l’un à l’autre devant le parlement, ce qui, n effet, aurait eu lieu, suivant toute apparence ; le miitère ne dit pas en quoi, mais celui qui était son organe ice moment, relativement à l’éducation, le savait. Les kefs de parti ayant de part et d’autre épuisé leur argu- #ntation, le ministère, appuyé de l'influence de deux embres qui étaient sur le point d’en faire partie, l’emmta à une faible majorité, et mon projet fut ainsi reten à titre de correspondance privée.

Le fait est que, de part et d’autre, il y avait des gens et ls membres du parlement qui continuaient de demankr un système d’instruction publique nouveau et entièment différent de celui qui était en opération, et que le ien n’en était pas un, et ne différait guère du système tel, puisque mon projet le résumait très fidèlement.

Jai demandé nombre de fois à voir le plan du systè- » nouveau qu’on voulait substituer alors au système ac- #, afin de pouvoir le comparer avec mon projet, mais ivain, On n'avait rien de prêt, rien d’arrèté, appamment au moins. Le plan de ce système nouveau est tore à faire, le système lui-même “peut être encore à

itre, mais mon projet, qui a au moins vu le jour, qui a

une existence formelle et utilitaire, est à l’état de manus. crit et de document historique.

On trouvera mon projet de loi d’éducation à la suite de ces observations, et il prouvera au moins que je n’étais ni indifférent, ni oisif ni retardataire à l’égard des mo. yens d'instruction publique, et que mes vues et mon tra. vail étaient au niveau des besoins réels d’alors.

Or, les besoins réels, comme le contentement et le bon: heur des peuples, sont choses relatives et muables, sui. vant les temps et les circonstances concomitantes. Le devoir, c’est de suivre et étudier ces besoins, et l’art, c’est de savoir trouver les moyeus légitimes de les satisfaire ni trop tôt, ni trap tard, ni, peut-être, trop pleinement, de peur d’induire les gens en erreur, et de les porter à l’abus, I] faut recueillir et appliquer ces moyens graduellement, et avec mesure et précaution, comme on fait de la nour. riture au convalescent qui relève d’une maladie grave et longue ; autrement, dans l’un et l’autre cas, on risquerait de faire plus de mal que de bien ; dans l’un et l’autre cas, il faut une sévère prudence.

Cependant, j'ai la grande satisfaction de voir que tour tes mes propositions, au sujet de l’instruction publique, ont triomphé de l’opposition qu’on leur a faite, ainsi que des utopies des innovateurs, puisque la loi d’alors, dent je voulais conserver tous principes fondamentaux, est encore la loi d’aujourd'hui ; puisqu’elle fonctionne géné. ralement encore d’après les instructions que j'ai données sous ses auspices, pour la gouverne des personnes appelées à prendre part à son fonctionnement local ; puisque les quelques ajoutés qui ont été faits depuis, à cette loi, sont, à bien peu de choses près, ceux-là-mêmes que depuis

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plusieurs années déjà, je demandais avec instance d'y faire, tels que: écoles-normales, journal d’édrcation; conseil d'instruction publique, augmentation de lallocation, etc., etc.

Ces ajoutés étaient, pour la plupart, incorporés dans mon projet qui résumait tous les principes de la loi avec les amendements qu’elle avait déjà subis au moyen de deux lois, et auxquelles deux autres lois d’amendements ont été ajoutées depuis. De sorte que, aujourd’hui, nous n’avons pas moins de cinq lois d’éducation en vpération, au lieu de la seule et unique loi que mon projet adopté aurait donné au pays.

Mon projet, néanmoins, contient quelques dispositions importantes q'i se se trouvent pas dans ces deux dernières lois, et ': : ut est un ensemble systématique et clair qui est uispos de manière à ne nécessiter aucune déviation sérieuse de la voie frayée par la loi de 1846. Ce projet est fait de manière que, devenu loi sans avoir subi aucun changement, mes instructions données pour faire fonctionner la loi de 1846, telle qu'amendée, et tous les jugements des cours de justice, et toutes les décisions |'arbitrales qui avaient été données sous ses aupices, pouvaient servir de règles et de précédents pour faire fonctionner la loi nouvelle. C’était là mon plan et les moyens que je me proposais pour atteindre le but de la loi,

Outre l’enseignement moral et religieux que j'ai recommandé de donner daus les écoles primaires, j’ai recommandé d'enseigner aussi, dans nos maisons d’é6ducation supérieure et dans nos écoles-modèles, la langue anglaise avec soin et exactitude, aux enfants qui les fréquentent, surtout aux garçons qui se des

tinent aux affaires. Mais cette dernière recommandation a été attaquée comme la première, et avant la première, sinon aussi souvent et aussi réitérativement, au moins avec aussi peu de convenance et de bonnes raisons données en opposition. Pas une seule raison n’a été donnée qui pût militer sérieusement contre ma recommandation, et tous les gens sensés ont compris qu’il est important de la mettre en pratique.

En effet, situés comme nous le sommes, dans cette partie de l’Amérique du Nord, au milieu d’hommes politiques et d’hommes d'affaire dont la majorité parle presqu'exclusivement l’anglais, et avec lesquels nous avons journellement des relations de toutes espèces, il est impossible de ne pas convenir que la connaissance grammaticale et raisonnée de cette langue ne soit d’une grande utilité, sinon nécessaire au succès dans nos affaires. Cette utilité, ce besoin ont été sentis dès le commencement du régime anglais, puisque des 1792 la langue anglaise était enseignée grammaticalement dans les colléges de Québec et Montréal.

Ta langue française étant la nôtre, et constituant une partie importante de notre nationalité, elle doit sans doute être la langue de nos foyers domestiques, la langue de nos salons, la langue de notre littérature ; mais l’anglais étant devenu généralement la langue des affaires et des routes, dans presque toutes les parties de l’Amérique du Nord, la connaissance de ses principes, élémentaires au moins, devrait contribuer à compléter le cours d’instruction pratiqué que l’on donne aux jeunes gens dans nos premières maisons d'éducation. Nous devons accepter, étudier et utiliser ce moyen de succès comme une

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| les moyens d’y subvenir convenablement, et que les ins-

tituteurs des écoles modèles se sont hâtés de suivre leur exemple et mes instructions à cet égard, comme aussi à l'égard de l’enseignement de l’art épistolaire aux plus capables de leurs élèves. Ils ont compris que l’enseignement de l’art épistolaire constitue une autre partie importante de l’éducation pratique dont le complément ne peut être parfait sans cela, c’est au moins ainsi que j'ai considéré la chose, et je puis dire qu’à l’aide de nos instituteurs habiles et bien disposés, l’enseignement systématique de l’art épistolaire a pris l’initiative dans nos écoles.

On sait d'ailleurs que J'ai contribué autrement à introduire l’anglais et l’art épistolaire dans nos écoles, et à en faciliter l’enseignement. Ma grammaire anglaise écrite en français et mon petit traité sur l’art épistolaire sont là vour le prouver ; mais je sens le besoin de dire en méme temps que j’en ai donné les éditions publiées aux libraires qui ont voulu se charger d’en faire faire l’impression et la vente à leur profit.

Les opposants ont donc eu tort de s’attaquer à cette partie de mon administration, au moins dans l’opinion publique, et l’enseignement de l’anglais et de l’art épistolaire non-seulement a lieu dans nos écoles supérieures et dans nos colléges, msis encore y est suivi avec zèle et succès. J'ai remarqué avec une grande satisfaction que, dès le debut, les RR. PP. Jésuites ont introduit ce double enseignement dans leur collége à Montréal. Certes,

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cette pratique de la part d'hommes aussi érudits, aussi expérimentés, aussi habiles et zélés à former la jeunesse suivant les besoins réels et relatifs, est un fait qui témoigne d’une manière très flatteuse en faveur de ma recommandation. C’est plus ; c’est une autorité que personne ne peut essayer à récuser sans s’exposer au ridicule.

Cependant, il ne serait pas recommandable d'introduire l’anglais indistinctivement dans toutes nos écoles primaires, Ce serait un abus qu’il faudrait se hâter de réprimer, s’il y avait lieu ; car, outre que les enfants qui les fréquentent ne sont pas généralement assez avancés pour entreprendre simultanément l’étude de l’anglais, les instituteurs ne peuvent, pour la plupart, enseigner systématiquement cette langue, parce qu'ils n'ont généralement ni le temps ni la capacité requise pour le faire avec succès. S'ils entreprenaient de le faire dans nos écoles purement élémentaires, ce ne serait pas, ordinairement, sans nuire à l’étude de la langue française qui doit n’être pas négligée pour cela. Notre langue avant tout, parce qu’elle est l’idiome de notre origine, le symbole de notre foi, le medium de nos plus nobles affections, et l’un des éléments de notre nationalité.

Il est encore une autre recommandation que j'ai faite dès le début de mon administration, qu’on a attaquée dans le temps, et qu’on repousse encore aujourd’hui par une pratique opposée ; c’est de s’abstenir dans nos écoles, autant que possible, de l’usage des livres venant de l'étranger. Voir, à ce sujet, mon rapport de Décembre 1842,

T'elle était et telle serait encore ma recommandation franche et sincère à ce sujet, si javais mission de la faire. Les livres dont je recommandais spécialement

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l'usage dans nos écoles, étaient tous d’origine canadienne, ou avaient au moins été réimprimés en Canada, après avoir subi les changements que nos propres besoins et l’esprit de nos propres institutions avaient indiqués à des personnes aptes et habiles à les faire d’une manière convenable.

En effet, toutes autres choses étant égales, notre intérêt bien entendu demande que nous tâchions de nous suffire à nous-mêmes en fait de livres d’école comme en toutes autres choses indispensables.

Le besoin des livres d’école étant continuel et grand, le débit l’est de même, et leur grande consommation, si elle se faisait à même nos propres livres, serait d’un profit immense à l’industrie canadienne. Elle stimulerait en outre l’ambition de nos hommes lettrés et de nos industriels, et serait dans notre littérature un sujet d’occupation, et dans notre commerce un objet de compétition très honorables et très louables.

Car, si nous bornions, autant que possible, le choix de [nos livres d'école à ceux que le pays peut nous fournir, nous contribuerions, par le fait, à encourager davantage l'étude des connaissances usuelles, le talent d’en faire des traités pratiques convenables, le goût de les enseigner et l’aptitude de le faire avec succès ; nous contribuerions | encore à encourager plusieurs branches d'industrie honnètes et profitables qui aident à alimenter le commerce et les familles, telles que la papéterie, l'impression, la reliure, la vente, etc., toutes plus ou moins engagées dans la reproduction et la diffusion de ces livres.

Si l’usage de nos propres livres devenait un système, il servirait encore à introduire, dans le pays, le colporta-

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ge de livres qui a certainement aussi son bon côté, puis, la librairie prendrait un nouvel essor. Nous aurions sans doute, commo dans les vieux pays, des /ibraires-édileurs auxquels les auteurs pourraient vendre leurs manuscrits, et jouir ainsi de suite du prix de leurs travaux.

Certes, si nous réfléchissons sérieusement, nous conviendrons aisément que ce ne sont pas là des choses de petite considération dans notre intérêt littéraire et industriel, surtout dans un temps où nous faisons tant de sacrifices pour répandre l'instruction, et tant d’efforts pour encourager nos manufactures et notre industrie domestique, afin de les rendre prospères et attrayantes, et empêcher ainsi le découragement et l’émigration de nos jeunes compatriotes.

Or, la composition et l’impression de nos livres d’école seraient de véritables manufactures, et leur débit une véritable branche de commerce, lesquelles, soutenues et encouragées convenablement parmi nous, donneraient de Pemploi, de lalimentation et du bonheur à un grand nombre de familles désœuvrées et découragées, dont nous voyons tous les jours des membres souffrants demander de l’ouvrage où du pain !.... |

C’est là une des tristes conditions que le manque de travail et le défaut d'encouragement font à une grande partie de nos jeunes gens dont les uns encombrent inutilement nos professions libérales, et les autres émigrent chaque année, par milliers aux Etats-Unis, dans l’espérance d’y trouver au moins le nécessaire à la vie. C’est dans ce dernier espoir qu’ils vont, chagrins et humiliés, offrir à l’étranger l’application de leur intelligence naturelle et la vigueur proverbiale de leurs bras. Ils deman-

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dent ici, de l’ouvrage ou du pain, et ils n’obtiennent ni Pun ni l’autre! Aux Etats, ils demandent seulement de l'ouvrage, et ils trouvent heureusement l’un et l’autre! Là, avec de la bonne volonté et du courage, leur subsistance est assurée; ici, avec un degré surhumain de ces vertus, ils n’ont souvent guère d'autre perspective qu’un besoin extrême des choses nécessaires à la vie, sans pouvoir espérer avec confiance, de trouver les moyens de les satisfaire convenablement.

Hier encore, 17 Septembre 1858, j'avais la douleur de voir.un jeune homme fort intelligent, et plein de santé et de bon vouloir, appartenant à la presse, qui me demandait de l’emploi dans une autre carrière, afin de pounir gagner sa nourriture au moins, et celle de vieux parents devenus infirmes et caducs !...

Eh ! bien, ce jeune homme bien disposé, honnête et capable, que le manque d’ouvrage a porté le maître à congédier, que tous les autres ateliers d’imprimeurs ont vu depuis s'offrir en vain à leur service, est sans doute sur le point d’émigrer, s’il ne l’a pas fait déjà, à l’exemple de tant d’autres de nos compatriotes pleins de sève et de courage qui l’ont dévancé aux Etats-Unis, où ils émigrent tous les jours en grand nombre.

Le nombre des Canadiens qui ont émigré aux Etats- Unis depuis 1819 jusqu’à 1854 inclusivement, se monte à près de 100,000, nombre tout à la fois humiliant et désolant pour nous......

Ma proposition obtient une force additionnelle considérable lorsque l’on réfléchit que, dans le cours de cette année, plusieurs jeunes gens de la presse sont venus me demander de l’emploi, ainsi que nombre d’autres encore

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