‹ Mémorial de l'éducation du Bas-Canada [microforme]Chapitre 24 sur 116 · VISITE DE LORD -MONK AU COLLÉGE DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

VISITE DE LORD -MONK AU COLLÉGE DE MONTRÉAL

“ Les directeurs du Séminaire de Montréal ont eu l'honneur de recevoir, le 16 avril dernier, la visite de Son Excellenee le Gouverneur Général, Lord Monk avait bien voulu prendre l'initiative de cette visite pour exprimer, par sa présence et par où pt chan D à greg qu'il fait des services rendus par cette puissante Institution, la plus ancienne de Montréal, et qui a pris une si large part dans les progrès de tout genre qui ont marqué l'histoire de notre pays.

Son Excellence est arrivé au Grand-Séminaire, à la montagne, vers deux heures et demie. Elle était accompagnée de M. Godiy, Sécré. taire du Gouverneur ; Lieut, Col. Monk, A. D. C., Secrétaire Militaire ; Lieut.-Col. Irvine, A. D. C. Prov.; Capt. Pemberton, A. D. C, Parmi les autres personnes présentes on remarquait encore Son Excellence le Commandant des Forces, Fe de u Lieut.-Col. Earle, du Capt. DeMontmorency et de Miss Michel ; Major-Général Lindsay, A. D. C.; Hon. M. Cartier, Mme et Dlles Cartier; Hon. J. Rose, Mme ‘et Milles Rose ; Hon. T, D. McGee ; Mes Irvine, M. et Mme Bridges, Mme et Miles Cuvillier, Mile Symes, Dr. Schmidt, ete, eto, .

Les illustres visiteurs furent reçus par M. Bayle, supérieur de la maison de St.-Sulpice én Canada. Îls furent de suite conduits dans la grände salle de réception, précédés de 14 musique du Coflége, remar-

uable par le nombre autant que par le talent des exécutants, et qui aisait entendre les airs nationaux. Tous les élèves du grand et du petit Séminaire étaient réunis dans la salle, Après les présentations à Son Excellence, dés adresses lui furent présentées en quatre langues différentes par les élèves : en gréc, par M. Dubuc, en latin, par M. Fnd. Doherty, en français, par M. Jannelle, en anglais par M. Carroll. Nous reproduisons l'adresse française :

‘ Excellence,

{ C’est une ancienne et précieuse tradition du Colsge de Montréal que les Gouverneurs du Canada ont maintes fois donné à cette maison

e glorieux témoignages du haut intérêt qua portent à sa prospérité. On se rappelle et l’on se raconte encore les visites dont l'ont honore Lord Durham, Lord Seaton et Lord Metcalfe,

‘“Jaloux de marcher sur les traces de vos illustres pHtosspirs, chaque année, Excellence, vous visitez quelques-uns des établissements d'éducation de cette Province, et vous y laissez de nobles eb de puissants encouragements, Nous sommes heureux de participer. mel à À; vois à cette haute faveur qui renouvelle toutes cellés qui ont pr ,

‘Désormais, le nouveau Collége n'aura rien à envier à la gloire du premier, et ce jour, Excellence, miarauerà dans nos annales et comptera parmi les plus beaux dans nos souvenirs dé jeñnesse, L Ré

Son Excellence répondit :

“ Monsieur le Supérieur, Messieurs,

4 Je suis fâché de ne pas pouvoir répondre, surtout à un moment d'avis, au discours que vous venez de faire et dans les mêmes langues. Malheureusement, je ne parle que l’anglais et le français, et encore est-ce imparfaitement. Cependant je dois vous exprimer beaucoup de remercîiments pour la magnifique réception qui m'est faite ici aujourd’hui ; je vous remercie également pour les souhaits que vous adressez à ma famille et à moi. Je suis heureux de voir, dans cet important établissement d'éducation, qu’il règne de pareils sentiments de loyauté et d'attachement à Notre Gracieuse Souveraine.et aux institutions sous lesquelles nous avons le bonheur de. vivre; je suis certain et les derniers événementsæn ont donné une nouvelle preuve, que ces sentiments sont partagés par toute la population de cette Province, sans distinction de race, d'origine, de, nationalité ou de croyance., (Applaudissements). Encore une fois, Messieurs, je vous offre mes remerciments pour votre bienveillance. Applaudissements protongés).

M. le Supérieur adressa ensuite les paroles suivantes à Son Excellence : -

? ‘ Excellence,

# Permettez moi, avant de “ uitter cétte salle, de vous faire observer que nous avons ici deux cer «s jeunes gens qui se livrent à l’étude des sciences naturelles, et environ quatre-vingts qui se livrent aux sciences ecclésiastiques. Tous sont traités de la même manière, sans distinction de pays ou de nationalité, Nous avons des élèves du Bas et du Haut- Canada, des autres Provinces Anglaises et des Etats. Unis; mais pour nous la politique nous est complétement étrangère. Seulement nous tâächons d’inculquéer à nos élèves des principes de fidélité à leur pays. Aux Américains, nous disons ; soyez bons républicains, mais chez vous. Aux sujets de Notre Souveraine la Reine Victoria, nous recommandons de lui être fidèles et loyaux. Nous leur répétons que la fidélité à leur pays est non-seulement un devoir d'honneur, mais encore un devoir de conscience. C’est dans ces principes que nous élevons les jeunes gens dont l'éducation nous est confiée, et nous espérons que vous les verrez toujours fidèles à persévérer dans cette ligne de conduite,”

Après le discours de Son Excellence, le chœur chanta le God save the Queen ; et, à safsortie de la salle, il fit entendre un magnifique Vivat ! Chants plein de solennité et de grandeur, et redits, nous en sommes certains, avec sincérité.

Avant de visiter la chapelle, Lord Monk et sa suite prirent part à une très agréable collation.

La chapelle du Collége attira l'admiration, et les éloges furent en grand nombre adressés aux révérends Directeurs de la maison, pour le got qui avait Pire à la construction et à la décoration de l'endroit consacré à la prière et au culte de Dieu.

Son Excellence conversa longuement avec M. le Supérieur et les Prètres qui l’accompagnaient, et témoigne beaucoup d'intérêt pour la maison de St.-Sulpice, et il exprima à plusieurs reprises sa haute appréciation de ses services et de sa mission.

Avant son départ, dans un discours français plein de concision, mais aussi très-expressif, Lord Monk annonça aux élèves qu'il avait du Supérieur la permission de leur promettre un congé, un grand congé.’

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Pas n’est besoin de dire que cette nouvelle fut reçue avec une grande joie.

L'hon. M. Cartier demanda alors à Son Excellence 18 permi-sion,

qui lui fut immédiatement accordée, d'adresser quelques mots aux élèves du Séminaire. Voici ses paroles :

( Messieurs,

‘ Quarante ans après mon départ de cette maison, j'éprouve une grande joie à pouvoir retrouver ici mon ancien professeur, actuellement Supérieur de cette maison, et vous mes condisciples dans le présonty quoique je vous aie précédé d’un bon nombre d'années. Peut être, messieurs, avez vous parfois, non ps envié mn position, parce qu'un élève du Séminaire de Montréal n'a jamais éprouvé de pareils sentiments, mais peut-être avez vous placé bien haut dans votre esprit la position que j'occupe aujourd’hui. Eh bien, messieurs, cette position, ce n’est pas à mon mérite, ce n’est pas à res capacités que je la dois, c'est à ce Révérend Monsieur, (Applaudissements.) Quand j'étais jeune comme vous, passablement indomptable, c'est lui qui m'a discipliné, qui m'a donné l'instruction. Aussi suis-je bien aise de le rencontrer aujourd’hui, lui, Supérieur de la grande maison de St. Sulpice, et moi, aviseur du représentant de Sa Majesté en Canada."

Après quelques remerciements adressés par M. le Supérieur, Son Excellence et sa suite montèrent en voiture et quittèrent le Séminaire. Mais lo souvenir de cette visite est resté protondément empreint dans l'esprit des élèves; il ne s’effacera pas de longtemps. .

Après le départ de Son Excellence, l'hon. M. McGee, qui était resté à converser avec quelques-uns des Directeurs de la maison, se rendit à l'invitation qui lui avait été faite d'adresser quelques’ paroles aux élèves, toujours avides d'éloquence et amateurs du talent. Voici quelques-unes de ses paroles :

“ Mossieurs, !

‘Les Révérends Prètres Directeurs de cette maison me pressent de vous adresser quelques mots. C'est toujours un grand plaisir pour moi que de parler aux élèves du vénérable Séminaire de Montréal. Mais j'ai toujours refusé de prendre la parole quand Son Excellence le Gouverneur Général était présent; j'ai cru que devant lui, les étoiles de deuxième grandeur devaient s’éclipser, Je vous félicite, MM. du bonheur que vous avez d'être les clients, si je puis m’exprimer ainsi, de cette grande maison qui a été comme la pépinière de la civilisation dans toute l'Amérique, depuis le temps où cette grande ville chrétienne du Nouveau Monde portait le plus beau nom qui ait été jamais peutêtre donné, le nom de Ville Marie, Pour nous, Messieurs, |pauvres émigrès irlandais, nous avons pour la maison de St, Sulpice une dette de reconnaissance que nous ne pourrons jamais “ten mais si, pour nous, cette reconnaissance commence au milieu de la vie pour durer jusqu’à la mort, pour vous elle commence dès votre tendre jeunesse; elle n’en doit être que plus grande. Je suis certain que vous n'oublierai jamais les enseignements que vous recevez ici, ni les exemples dont vous êtes témoins. Je me réjouis de voir que Son Excellence le Gouverneur Général ait eu occasion de voir d'après quels principes était un grand établissement d'éducation œtholique dans le Canada.”

M. McGee termina en remerciant Messieurs les Directeurs et les élèves pour le plaisir qu'il avait éprouvé dans cetta visite.

— Minerve, 1862,

Célébration de la cinquantième année de prètrise de Messiro Jacques Guillaume Roque, docteur en théologie dé {à faculté dé Salatnäanaqte, vicaire général, atiéien diréétéur du collége de Montréal, éte., 80e.

Jeudi, le 24 septembre 1895, eut lieu dans la vaste église paroissiale de Montréal, la plus belle cérémonie dont cette ville eût jarnais été témoin. Suivantles avis ue longtemps publiés dans les journaux publics, le vénérable Messiré Roque, vicäite-général, et pendant ?2?'ans directent du collége dé Montréal, télébrait sa cinquantième année de prtriée. B6s notnbrèux élèves, environ 300, se réunirent à fvuf heures du matin aux bureau% de la Fabriqué, et de là partirent, ayant en tête Ja musique (bande) du 32e régiment, pour aller prendre le clergé du séminaire de SL Sulpice. nee

Le vénérable M. Roque, revêtu dé magnifiques ornements, marchäit assisté de deux prêtres, puis Mer. Lartigue, mitre ef tète, la crosse À la main, el assisté de {rois prètres, était précédé du reste du clergé composé de plus dé cent prêtres révètus du surplis. Jamais Auparavant la ville de Montréal n'avait vu un clergé aussi nombreux réuni pour aucune cérémonie quelconque. ‘ ,

M. l'évêque ‘: assistant-paré," la grande messe fut célébrée, avec toute la pompe possible, p4r M. Roque dont l'émotion grande était bien visible à la foulée présente. Lorsque. ce vénérable prêtre, à cheveux parfaitement blancs, ét Courlk sous le poids des années, vint se jeter aux genoux de l'évêque, pour renouveler les vœux de sa prêtrise, tout le 1 inde était attendri jusqu'aux larmes.

Messire Joseph Aubry, membre du séininaire de Québec, prononça uu nan ani discours, parfaitement approprié à la circonstance, et qui fit sur son auditoire distingué une profonde impression. On estimait à 8.000 les personnes présentés à cette imposante cérémonie dont le moti était de satisfairé au séntimient d'üne réspectueuse et vive gratitude. ;

Le pain bénit, présenté par les élèves de M. Roque, était d'unè hauteur prodigieuse et tres bien exécuté: une chârpente en bois avait été faite exprès ponr le recevoir et l'exposér dans toute sa beauté aux yeuX des assistants. Il était entouré de six colonnes et surmonté d'üné Couronne ithpériale ; à chaque éolonne peñdait un ruban porté par un élève de M. Roque, et chaque porteur était choisi de manière à représenter l'une dés professions, savoir : ;

Avôcat.-Toussaint Pelletier.

Me teciñ.—Dr. C. À. Lusignän.

Nobaire.—P. LuYin.

Arpenteur.—André Truteau.

Commerçant.—J. À. Donigani.

Ouvrier-=L. Pasthal Conte. (1)

(13 Tous décédés depuis.

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11 y avait eu outre, six bannières placées autour du pain bénit qui portaient des insériptions relatives aux différentes professions, représentées par les porteurs de rubans.

Le pain bénit, ainsi décoré et accompagné, fut présenté par Benj. Rollin, avocat, le plus âgé des élèves de M. Roque.

Pendant que la foule était encore sous l'influence du pres tige de tant de munificences à la fois siguificatives et édifiantes, on fit une productive collecte dont le montant fut employé, plus tard, à des œuvres pies. C'est ainsi que, sous les auspices salutaires de la Religion, les joies innocentes du peuple sont converties en actes de charité et de bienfaisance substantielle.

Après la messe, eut lieu le chant solennel du Te Deum, avec tout le transport que ce cantique sacré provoque dans des cœurs honnètes mus par la reconnaissance.

Enlevés par la sublimité de ce cantique d'action de grâces que l'Eglise entonne à la suite d'évènements heureux, ceux qu y prennent part, pleins d'une sainte allégresse, sont autant

Ambroise et d'Augustin qui s'adressent à Dieu pour le remercier d'une insigne faveur reçue, et l’on peut dire que celle qu'eurent les élèves de M. Roque, de pouvoir se réunir, pour fêter avec lui sa cinquantième, étant üne des plus grandes de leur vie, ils prirent simultanément part à ce chant des saints avec une spontanéité et un enthousiasme qu'il seçait impossible de décrire.

Voilà pour ce qui se passa à l'intérieur de l'église ; mais au dehors, la paësie n'étant pas indifférente au sentiment qui animait la fête, voulut y contribuer aussi, en “jetant son bouquet de fleurs, composé pour la circonstance, par Pierre Laviolette, sujet marquant parmi les élèves les plus distingués de M. Roque.

Après le Te Deum, les élèves reconduisireht M. Roque au Séminaire de St. Sulpice où M. Toussaint Pelletier fit une harangue, au nom des élèves, et lui présenta les six banniëres que portaient les membres des professions. M. Roque parut très affecté de ces marques de respect et d’attachement de la part de ses élèves; mais ils remplissaient avec bonheur un devoir dont j'aurais été extremement heureux de partager avet eux l'accomplissement, Des circonstances impérieuses m'empéchérent de le faire, et toujaurs j'ai regrétté, depuis, d'avoir été privé de cette douce consolation. Aujourd'hui au moins, je suis heureux de pouvoir rombler un peu cette lacune dans ma vie, contrariée par tant de causes diverses. Je puis le faire au moyen de cette imparfaite note dont uu aini à eu la bonté de me procurer les matériaux à ma demande pour cette tin. :

Le poëte du jour, nombre de prètres et Mgr. Lartigue ont suivi depuis, et quelques uns de près, le vénérable et regretté M. Roque au tombeau. it)

(t) Mgr. Jean Jacques Lartigue, né à Montréal, le 20 de juin 1777, ordonné prètre à St, Dénis de la Rivière Chambly en 1800, admis dans la compagris

Si l'on peut dire que les hommes ayant toutes les qualités précieuses qui caractérisaient M. Roque, ne -se rencontrent que rarement eb qu'à de longs intervatles dans la vie, l'on peut dire, aussi, que des: fêtes comme celle que lui ont faites es nombreux élèves, ont lieu aussi rarement, et je suis heureux de pouvoir constater qu'elle était, de leur part, spontanée, et aussi séntimentale etrespectueuse que bien coordonnée. Personne, avant ou depuis M. Roque, n'a laissé après lui des souvenirs plus honorables de sa Carrière administrative.

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