‹ Mémorial de l'éducation du Bas-Canada [microforme]Chapitre 42 sur 116 · EE · texte numérisé non relu

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COLLÉGEÉ DE L'ASSOMPTION.

Le Collége de l'Assomption est bâti sur le déclin d'une éminence, sur un terrain isolé et agréablement situé, au milieu de quatre belles rues, peu fréquentée, et dont une seule sépare l'établissement d’une "nn e terre toute en culture, comprenant le reste de la presqu'ile du nord-est du village.

Une rue de 80 pieds de large, partant du centre du village, passe immédiatement en arrière du Collége, et, traversant d'outre en outre Iôngitudinalement celte terre, la propriété du collége, elle offre constamment aux élèves de cette institution un lieu de promenade à la fois commode, salubre et agréable. Cette grande et belle rue se termine par une traverse dé péage, et la vue de lu fertile et riante campagne au-dela, est déjà, elle seule, une jouissance considérable pour ceux-qui parcourent la longueur de cette belle rue. (1) P

Par suite des ajoutés considérables que la corporation du collége de lAssomption a faits en 1871 et 1872, à ses anciennes bâtisses, la façade primitive de l'établissement est maintenant changée et se trouve en regard de cette partie de la rive de 80 pieds qui traverse ce village. C’est une grande amélioration à l'intérieur et à l'aspect de la bâtisse.

Le collége de l'Assomption fut fondé en 1832 et ouvert aux élèves en 1833, par Mtiite Frs. Labelle, curé de la paroisse et par MM. les Drs, Cazeneuve et Meilleur, au moyen de leurs coutribuütions volontaires, de celles des habitants de la paroisse au montant de plus de £300, et d’une somme de £300 obtenue de la Législature provinciale par ce dernier, pour cêtté fin. Le montant des contributions recueillies en sus, lors de la pose de la pierre angulaire fut de près de £100, dont £30 donnés par M. Chs. de St. Ours, £30 par M. François Labelle et £12 10s par M. Amable Deschamps, M. P. P. (2)

Nous avons eu la douleur de perdre les deux premiers fondateurs sus-nommés, M. le Dr. Ls. Jos. Chs. Cazeneuve, l'un des plus brillants sujets du collége de Montréal, né à l'Assomption le 10 février 1795, y est décédé subitement le

(1) Cette rue qui traversait déjà une partie du village. a été continuée à travers la: presqu'ile par le Maire du village, et elle porte pour nom, |! prénom de ce citoven distingué, savoir : Damase Dorval, avocat: Au Damase.

(2; La fondation du collége de l’Assomption ayant eu lieu dix ans avant l'inauguration du système actuel de l'instruction publique dans le Bas- Canada, ce n’est pas comme surintendant de l'éducation que le Dr. Meilleur en fit la proposition agréée sans empressement par quelques principaux de la paroisse, et repoussée par d’autres qui ne voulaient tout au plus qu'une ‘ école modèle ” établie sur le plan de celle qu'y avait tenu M. l'abbé Etienne Chartier, quelques années auparavant. (Voir les annales du collége de l’Assomption.)

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29 novembre 1856, à l’âge de près de 61 ans. Plein de foi et de piété, il fut un homme exemplaire et fort estimé dans la paroisse.

Depuis environ 8 ans avant sa mort, le Dr, Cazeneuve avait entièrement cessé d'avoir aucun rapport avec le Gollége de l'Assomption. Le Dr. Meilleur ne résidait plus à l'Assomption depuis plus de 16 ans. Le Dr. Meilleur, âgé de près 80 ans, est le dernier fondateur vivant.

Le Vénérable M. François Labelle, né à la Pointe-Claire, ile de Montréal, le 16 Juillet 1795, ordonné prètre le 22 novembre 1818, est'décédé à Repentigny le ler Mars 1865, à l'âge de 69 ans et huit mois. Nominé à l'importante cure de l'Assomption en 1830, il en partit en 1846 pour prendre celle de Repentigny, où il est décédé, Les infirmités l'avaient forcé d'abandonner depuis quelques années l'exercice du ministère. Son humilité égalait sa générosité, et c’est bien de ce digne et saint prêtre qu'on peut dire: C'était un homme au cœur d'or...

M. François Labelle, ayant son départ de l'Assomption, avait généreusement contribué, non seulement à l'établissement du collége, mais encore à celui du couvent de filles qui était depuis longtemps projeté dans cette paroisse. IL donna pour cette fondation et pour le soutien du collège, ‘ toute la part qu'il pouvait prélever sur les aumônes qu'il faisait à la misère.”

Le couvent fut établi environ dix ans après le collége, et il est sur ün pied qui ne laisse rien à désirer. Cette fondation étant plus du choix de M. Labelle, il y consacra tous ses soins.

M. À. Dorval: successeur de M. Frs. Labelle à la cure de l'Assomption, doué des mèmes qualités, et d’un esprit d’entreprise qui le distingue, continua l'œuvre du couvent avec une générosité et une sollicitude toute paternelle, et son succès est âdmirable. Le couvent de l’Assomption n'a reçu aucune aide du gouvernement pour sa construction, et comparativement, peu pour sa subsistance.

Cependant M. Frs. Labelle n'était pas riche, comme, en lisant ce qui précède, nous pourrions être portés à la croire; mais il était charitable et genéreux, et l’on sait combien de moyens ces deux ingénieuses et nobles qualités savent trouver là où l’égoïsme et l'indifférence ne trouvent rien.

M. Edouar® Labelle, son frère, ancien curé de la paroisse de ans l'Ile Jésus, ayant bien voulu se charger, | longue convalescence qu'il passait chez son

e d'un grave accident, de diriger pendant près

a on qualité de préfet des études, le cours classique fut ; .r moi inclus en reconnaissance de ce service, comme

l'un des fondateurs dans l'acte spécial d’incorporation passé en 18° 1, mais les trois autres étaient seuls les co-fondateurs respousables. (Voir les À nales du Collége de l’Assomption.)

Ce sont eux qui ont abrepris et fait cet établissement que personne ne demand t que beaucoup désapprouvaient Ce

sont eux qui, au m de leurs occupations multipliées et de

difficultés de toutes sortes, en ont dirigé lés travaux ét le fonctionnement pendant 8 ans. Ge soit eux qui ont sacrifié ou engagé leurs biens personnels, qui ont fait l'un et l’autre pour trouver les moyens de faire cette fondation et d'en assurer l'existence, \

Cependant il nst que juste, de dire ici, que c'est le Dr. Meilleur qui, le premier, fit la proposition d'établir un Collège classique à l'Assomption; qui la développa et la fit agréer sur les lieux et dans le parlement provincial dont il était membre, et ce, malgré une forte opposition qu'une manière différente de voir suscitait à l'entreprise. Ge qui faisait dire À M. Frs. Labelle : ‘ Docteur Meilleur, il n'est pas raisonnable que, vous et moi, qui sommes deux étrangers dans cette paroisse, nous entreprenions d'en faire le hien malgré ses premiers citoyens.”

Sans doute que, vu le nombre de colléges ciassiques que nous avions déjà, et dont deux florissants, étaient dans le voisinage et presque à vue d'œil, il était bien permis d’avoir, honnêtement, une opinion opposée à cette proposition que fit le Dr, Meilleur en 1828 : mais il était pénible de voir que, généralement, les opposants avaient pour mobile, des considérations bien différentes; leur esprit de dominauon et de monopole, les portaient fortement à s'opposer à l'instruction des enfants du peuple, et, par conséquent, à ce grand moyen d'éducation dans un district populeux dont l's habitants, encore très généralement peu instruits, étaient les instruments aveugles, et souvent obligés, de ceux qui les exploitaient dans les affaires publiques et dans la politique. .

Or, les deux collègues du Dr. Meilleur n'avarent ni le temps ni la volonté de faire face à cette opposition intempestive, puissante sur les lieux, et influente jusque dans le parlement, dont l'aide sollicitée était nécessaire pour le succès de lentreprise. Le vénérable M. François Labelle, surtout, homme pacifique dont le cœur affectueux ne savait qu'aimer et prier, et ja main charitable donner et bénir, ne pouvait prendre part à la résistance formelle qu'il fallait apporter activement à cette opposition intéressée. D'ailleurs, son ministère de charité el de paix sy opposait. C’est pourquoi le Dr. Meilleur s'en chargea au soutien de sa proposition.

L'entreprise était considérée comme un hors d'œuvre et encourait la réprobation des opposants, intéressés à en empêcher le succès. Déterminés à le fair, ils n'épargnaient aucun moyen dont l'usage leur paraissait conduire à la fin qu'ils se proposaient. fs juuaient volontiers sur Le Dr. Meilleur tout l'odieux de l'entreprise, et saisissaient avec empressement toutes les occasions de l’entraver dans sa marche, et souvent

mème avec violence. De sorte que, si, ayant combattu tous Les combats pour faire triompher sa proposition des obstacles que lui offraient les opposants, Le Dr. Meilleur, eût éprouvé une défaite, tout le ridicule en serait infailliblement tombé sur lui, et, sen il aurait été la victime de l'opposition.

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On consentait tout au plus à l'établissement d'une école de paroisse, et le collége ayant été znis sous le contrôle des commissaires d'école, en vertu de l'acte d’incorporation gé-

néral des colléges, passé en 1836, c'est lors de l'élection des :

commissaires d'école de paroisse que les chefs d'oppositon redoublaient: d'efforts, chaque année pour empêcher les fondateurs du collége, et surtout le Dr. Meilleur, d'être réélus, mais ils le furent néanmoins toujours pos l’époque où le collége fut incorporé par un acte spécial, passé en 1841. Cette loi amendée en 1856, les émäncipa, et les émancipa pour toujours, de l'élection populaire. (11

A part la coopération de MM. François Edouard Labelle, comme nous venons de le voir, le collége de L'Assomption fut pendant le premier cours classique presque entièrement sous la tuition immédiate de maitres laïques. On ne croyait pas au besoin, ni au succès d’une semblable institution à L'Assomption: On la croyait trop proche de Ste. Thérèse et surtout de Montréal, et d'un établissement impossible. Ce n'était là qu'une opinion; mais étant générale elle était une autorité pour l'opposition qu’on apportait à l’entreprise, d'après des considérations bien différentes ; cette opinion était au moins une gène pour M. le curé de L'Assomption.

Cependant, Mgr. Lartigue, d’heureuse mémoire, 1er Evèque de Montréal, étant un ami de l'éducation, consentait, à nous laisser faire l'épreuve de nos moyens d'entreprise et d’exécution, et en attendait avec impatience le résultat. Ce ne fut que lorsqu'un des maîtres et quatre élèves du premier cours se firent connaître à Mgr. l'évèque de Montréal, comme aspi rants à l'état ecclésiastique, que son succésseur, Mgr. Bourget, voulut bien reconnaitre le collége de l'Assomption et lui imprimer le caractère de l'institution classique réguliere que toujours depuis il à porté avec distinction.

Or, c'est à cette époque remarquable de l'existence de cette

(1) COLLÉGE DE L'ASsSOMPTION.—L'hon. procureur-général Cartier propose que le bill pour amender l’acte d'incorporation du collège de L'Assomption soit maintenaut lu pour la seconde fois.

M. Jean B. E. Dorion propose que le bill soit lu pour la seconde fois de ce jour en six mois.

pour: MM. Aikins, Bell, Bellingham, Diggar, Brown, Chalffers, Christie, Church, Conger, Cooke, Darche, Jean B, É. Dorion, Fellowes, Fergusson, Fetrie. Flint, Foley, Fraser, Gamble, Hartman, Holton, Lumsden, MacKenzie, Marchildon, Matheson, Mattice, Merritt, Munro, Niles, Papin, Patrick, Scatcherd, James Smith, Turcotte, Valois et Wright.—36. .

coxTRE: MM. Babv, Brodeur, Proc.-Gén,, Cartier, Cauchon, Cayley, Chapais, Chilsholm, Clarke, Crysley, J. B. Daoust, Desaulniers, Dionne, Dostaler, T. Fournier, Fournier, Gill, Guévremont, Labelle, Laporte, Le Boutillier, Lemieux, Froc.-Gén., Macdonald, Roderick McDonald, Masson, Meagher, Mongenais, J. C Morrisson, Angus Morrissan, O'Farrell, Polette, Pouliot, Price, Robinson, Roblin, Soll.-Gen , Ross, Shaw, Simard, Sell.-Gén., Snith, Sidney Smith, Southwick, Spence Stuart, Thibaudeau et Whitney.—44.

La motion principale est alors adoptée et le bill est lu pour la seconde fois et renvoyé au comité des divers bills privés.

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maison d'éducation, que le vénérable M. François Labelle,

voulut bien s’en constituer le‘bienfaiteur d’une manière toute spéciale et considerable,

M. François Labelle poussa la générosité jusqu'à nourrir, à sa propre table, le premier directeur nommé par Mgr. l'Evèque diocésain, et plusieurs professeurs ecclésiastiques pendant plus de ftois années consécutives, mais sans les héberger, et aida en même temps de ses propres fonds à payer des honoraires convenables à plusieurs professeurs laïques qui continuaient à donner leurs services à la maison, Ils ne furent discontinués que plus tard, lorsque le collége put fournir plusieurs autres sujets également habiles à prendre part à l'enseignement. Puis, un pensionnat ayant été établi au collége pour les maîtres qui étaient alors tous prêtres ou ecclésiastiques, ils pensionnèrent tous, comme ils le font aujourd'hui au collége. Mais, quant aux él ves, ils continuè. rent de pensionner exactement d’après le plan que le Dr. Meilleur à mis en pratique, plan dont le commencement d’exècution portait les gens à rire, surtout les partisans de l’opposition, mais dont l’expérience a induit d’autres institutions d'éducation à l’adopter pour une partie de leurs élèves respectivement. Avant, les prêtres et ecclésiastiques, les maîtres du collége étaient tous laïques, et pensionnaient d’après ce plan, expliqué plus loin. (1)

Le Révd. M. Étienne Normandin fut le premier directeur nommé par Mgr. l'Evèque de Montréal ; il fut nommé en 1839. M. Normandin continua de remplir cette charge jusqu’en 1846 inclusivement, avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge. Il sut mériter ainsi estime et la reconnaissance des fondateurs et des nombreux élèves qu’il a formés pour le sanctuaire et pour la société.

Comme nous l'avons déjà vu, le collége de l'Assomption, bâti en 1832, fut ouvert en 1833, toutefois, en commençant à faire la première classe dans la salle publique ‘es habitants, mise plus tard à la disposition du curé de la paroisse, et ce, dans l'intérêt du collége même, pour mettr” le curé en état de recevoir les prêtres chez lui, les jours :e fêtes de l'institution, lorsque ceux que la reconnaissance et lintérèt qu'ils

sortent à l’'édncation, y affluent, tels que les jours de la distriution des prix aux éleves, etc. }

Dans le début, les élèves du premier cours étaient au nombre de 14 seulement, dont onze terminèrent leurs cours, l'un d'eux ayant abandonné avant la fin, et la mort impitoyable en ayantenlevé deux à l'affection de leurs confrères et de leurs parents.

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(1) M. le Directeur et les ecclésiastiques, en prenant leur pension chez M. F. Labelle, le faisait d'après le plan suivi par les écoliers, Comme ceux-ci, ils residaient constamment dans le collège où ils se pourvoyaient de tout ce dont ils avaient besoin pour celà. Ils ne prenaient que le temps nécessaire pour alier prendre ensemble leur repas au presbytère et s'en revenir de même,

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