LES ÉDUCATEURS CANADIENS
La seule mention de l'œuvre de nos fondateurs de collèges et de nombre d’autres maisons d'éducation supérieure dans le Bas-Canada, est un tribut d'éloges plus éloquent que tout ce que.je pourrais dire de plus, pour établir leur mérite et le faire apprécier. C'est pourquoi, je ne reviendrai pas, par rapport à eux, sur ce sujet intéressant qui, d’ailleurs, a été traité assez longuement dans les chapitres précédents, pour satisfaire au devoir et à toute juste réclamation.
Mais, comme il est un grand nombre d'autres «amis de l'éducation qui, par leurs efforts et leurs sacrifices ont contribué à la répandre utilement dans le pays, il serait injuste de ne pas en signaler au moins quelques-uns à la reconnais. sance publique.
Cependant, comme il serait trop long et peut-être impos. sible de mentionner ici tous nos éducateurs vivants, je bornerai ma liste aux défunts qui me sont le plus connus, soit parmi les laïques, soit dans le clergé.
Or, outre les fondateurs de collèges classiques, dans le Bas Canada, les éducateurs pris parmi les laïques dans la liste des défunts qui méritent, à plus d’un titre, une mention honorable dans l’histoire, sont : Jos. Frs. Perreault, le Dr. Frs. Blanchet, Amable Berthelot, le Dr. Jacques Labrie, Louis :Généreux Labadie, Jean Joseph Girouard, Michel Bibaud, l'Hon. B. Joliette.
À l'exception de MM. Bibaud et Labadie, tous ces hommes distingués ont été membres du parlement pour le Bas-Canada.
Parmi les membres du clergé défunts qui sont deséducateurs sans être fondateurs de colléges, on compte, entre beaucoup d’autres, MM. Jacques Pâquin, l'abbé Amable Duchaine, l'abbé Etienne Chartier, J, N. Bélanger, E. Giroux, l'abbé John Holmes, F, X. Mercier, À. Duquet, Jérôme Demers, Paul
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Loup Archambault, Michel Nicholas Dufresne, Benjamin Pelletier et Jean Allain, décédé, ce dernier, curé de Bonaventure, district de Gaspé.
Du nombre total de ces zélés amis de l'éducation, six ont été instituteurs, savoir : MM. Ls. Généreux, Labadie, le Dr. Jacques Labrie, et Michel Bibaud, pay les laïques, et, parmi les membres du clergé, M. l'abbé Benj. Pelletier, l'abbé Duchaine et l'abbé Ghartier, décédé, ce dernier euré de St. Gilles, au diocèse de Québec.
M. François Bonin, élève du collége de Montréal, reiiré, ancien curé de Ste. Scholastique, au diocèse de Montréal, tenait dans cette paroisse, une espèce de collége classique dont il enseignait lui même tous les élèves, divisés en plusieurs classes. Mais en les surveillant toutes à la fois, il avait. recours à l’enseignement mutuel, que les élèves pratiquaient sous sa direction immédiate. Les plus avancés. l'aidaient à enseigner ceux qui létaient moins.
Au préalable, M Bonin avait été professeur au collége de Montréal et directeur de celui de St. Hyacinile. après quoi il fut nommé curé de Ste. Scholastique.
En 1850, il fit construire à ses propres frais une belle maison d'école, à St. André d'Argenteuil Cette bâtisse à deux étages en pierre, sert aussi de chapelle où se réunissent les enfants pour y recevoir l'instruction morale et religieuse.
M. F. Bonin était né à St. Antoiné de la Rivière Chambly, et, après avoir ainsi rendu de grands services à la Religion et à l'Education, il décéda le 5 avril 1870, chez M. Dr, Fortier, à St. Clet, à l'âge de près de 76 ans.
M. Clément Aubry ayant pris dans l’enseignement classique une part considérable, mérite bien, aussi, une mention honorable. C'est un hommage que la reconnaissance doit à sa mémoire.
M. €. Aubry, né en 1993, à St. Laurent, île de Montréal, est décédé le 4 de septembre 1873. Ses parents étaient tous des agriculteurs, établis, les premiers, dans cette paroisse, dès le commencement de la colonisation française.
En entrant dans l’état ecclésiastique, il alla au collége de Nicolet, où il professa avec distinction pendant plusieurs années consécutives, Après environ quatre années, il laissa cette florissante institution pour se consacrer exclusivement à l'exercice du saint ministère, et il le fit toujours avee un zèle et un dévouement admirables, .
M. C. Aubry laisse après lui, dans le sacerdoce, un frère e plusieurs neveux homonymes et autres, qui occupent une haute position dans l'estime du clergé, tels que les Messieurs TFassé, etc.
Le sénérable M: Joseph Aubry, Docteur en Théologie de la faculté de la Sapience à Rome, le Rév. M. Luc Aubry, curé de St, Léon, au diocèse de Trois Rivières étaient ses freres.
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dé la foi se prouve par, entre autres choses, l’asssociation des douze apôtres, qu'il à établie au Séminaire de Ste. Thérèse, (1) Le fonds qu'il a formé par contributions volontaires pour le soutien de cette belle œuvre se monte à plusieurs milliers de louis courant: . 7
Le vénérable M. Joseph Aubry est né à St. Laurent, île de Montréal, le 28 mai 1796, et par unc coïncidence remarquable, il est décédé le jour de l'anniversaire de sa naissance, La démonstration dont il fut l’objet le jour de son inhumation, prouve bien le degré de vénération dont il jouissait.
Le vénérable Jos. F. Perrault, protonotaire à Québec, véritable philantrope, est auteur de nombreux ouvrages élémen taires sur l’histoire du Canada, sur l'agriculinre et sur l’édu‘ cation primaire dont un, en manuscrit, se trouve dans lu, bibliothèque du’ bureau de {l'instruction publique à laquelle je l'ai envoyé comme étant la place où on pourra mieux le conserver et le consulter au besoin. L'auteur me l'avait donné quelques années avant son décès, arrivé à un âge très-avancé. Né à Québec en 1753, il y décéda en 1844. .
M. Perrault fonda des écoles ct des fermes-modèles qu'il faisait fonctionner d'une manière exemplaire. Il savait faire partager à sès amis son goût pour l'éducation et pour l’agriculture, et nous voyons aujourd'huj son petit-fils, Joseph Perrault, occuper avec distinction là place de secrétaire du bureau d'agriculture de la province, apres avoir été élève de l'école d'agriculture de Grignon, à Paris.
Le Dr. Frs. Blanchet, auteur d’une savante dissertation sur la chimie animale hppliquée à la médecine, est ostensiblement l’auteur de l’acte des écoles de fabrique, passé en 1824, pour suppléer au défaut de l'acte d'institution des écoles royales, passé en 1801, qui ne convenait pas aux catholiques, les officiers et les instituteurs de cette institution, nommés par le gouvernement, étant très-généralement protestants. (?)
Amable Berthelot d'Artigny, bibliophile, avocat distingué, né à Québec, en 1777, était un de nos littérateurs les plus appréciés, et un ami zélé de l'éducation. Outre sa savante dissertation sur un canon de bronze trouvé en 1827, à Ghamplain, dans le fleuve St. Laurent, et une autre sur les restes du vaisseau français de mer appelé la Petite Hermine, il est auteur de nombre d'écrits ayant trait à l'histoire et à l’éducation et notamment d'essais d'analyses grammaticales, suivant les principes de l’abhé Girard. Ces essais sont très-recommandables, surtout aux instituteurs qui ne bornent pas leur
(1) Le but de cette association est d'aider à subvenir aux besoins dns jeunes gens qui se destinent au service des missions étrihgères. ( Le Dr, F. Blanchet est décédé à Québec en 1830, à l’âge de 54 ans.
enseignement de la grammaire à la partie purement mécanique.
11 allait lui-mème lenseigner dans les écoles primaires enues dans la ville de Québec. M. Berthelot fut pendant plusieurs années membres du pärlement provincial avant et après l'union des Canadas. # : cé
Le Dr. Jacques Labrie, de St. Eustache, district de Montréal, auteur d’une Histoire du Canada, restée à létat de manuscrit, et d'un essai sur la.constitution britannique’ et sur celle du Bas-Canada, avait établi deux: écoles supérieures en cette paroisse, dont l’une pour les garçons, tenue par M. Paul Rochon, et l’autre pour les filles, tenue par plusieurs personnes du sexe. Il les dirigeait toutes deux, et prenait part à l’enseinement avec autant de zèle et de talent que de succès. (1)
Son école de filles était une véritable école normale, et les examens publics de ces deux écoles étaient regardés Comme autant de fêtes littéraires et scientiffques auxquelles les amis de l'éducation de l'endroit, de tout le voisinage, et surtout de la ville de Montréal se rendaient en foule.
J'ai rencontré, dans le cours de mes visites, en qualité de Surintendant de l'Education, quelques institutrices qui avaient été formées à l'école du Dr. Labrie, et je puis dire qu'elles faisaient preuve de connaissances exacteset approfondies dans les branches‘d'instructior qui étaient de leur ressort, et d’un grand talent dans l’enscignement et dans la tenue de leurs écoles respectives. :
Le Dr. Jacques Labrie, né à Charlesbourg de Québec en 1783, est mort victime de son zèle pour l'éducation populaire, ayant contracté une maladie mortelle causée par des misères et la fatigue extrème qu'il avait eues, en visitant, en octobre de 1831, les écoles du comté qu'il représentait dans le parlement du Bas-Canada.
Son Histoire du Canada, dont M. 4.7. Girouard était le dépositaire, a été malheureusement brûlée dans le sac de St. Benoit, en 1838. (?)
Le Dr. Labrie était, pendant Ia guerre de 1812 avec les Etats-Unis, le médecin du second bataillon de milice incorporé, et il remplissait les devoirs de sa charge toujours avec empressement, habileté et charité.
(1) Du ton qu'on prie S'anaonce un orateur Pour la patrie, Brülant au fond du cœur, ù Ah! C'est Labr'ie, Qui cache son ardeur, Fi QUESNEL.
Le Dr, Labrie établit à Québec, en 1807, un journal, l& Courrier, mais il n’eut pas une longue durée, (2; M. Girouard, né à Québec le 11 novembre 1795, et décédé à Sf, Benoit, le 18 septembre 1855,
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(2) Girou qui la par le Peter anglai remm Ja cho l’établ °8 Ca:
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Jean Joseph Girouard, de St Benoit, était notaire publie et un homme très-distingué dans sa profession. IL étaitun ami zélé de l'éducation, et l’on peut dire qu'il était aussi un homme de génie. Sans avoir jamais étudié l'art de peindre, il tipait facilement, au crayon, des portraits d'uné ressemblance frappante. Il a laissé, après lui, une preuve trèshonorable de sa éharité pour les pauvres et de'son zèle pour l'éducation, en fondant, à Ses propres frais, le Couvent des Sœurs de Charité (Sœurs-Grises,)‘de l'ordre de Hopital-Génhéral, que l'on voit florissant à St. Bénoit, Ces dames v recneillent les pauvres, les orphelins et les infirmes de leur sexe, et font encore l'école aux enfants dés deux sexes.
M. Girouard a été membre du dernier parlément pour le Bas-Ganada, et, comme tel, membre du comité d'éducation où aous avons travaillé ensemble, avec feu Hector Simon Huot, avocat de Québec, à un projet de lof d'éducation qui, après avoir été agréé par l'assemblée législative avec peu de changements, fut rejeté par le conseil législatif (1H. La partie seule qui pourvoyait à Pétablissenient d'écoles normales en ayant été détachas devint loi en 1835. (2)
Michel Bibaud, né en la paroisse de Montréal, s'était livré à l’enscignement dès sa jeunesse, Il était un des élèves les plus remarquables du Collége St. Raphaël, à Montréal. D'un carac{ère positif, réfléchi ct studieux, ses connaissances étaient exactes, étendues et'profondes, et il prenait grand plaisir à les communiquer, suivant les circonstances, à ses nombreux élèves. Plusieurs ont figuré honorablement dans les profes. sions savantes.
M. Bibaud ost auteur d'une Histoire di Canada, fort exacte
(1) Les membres composant ce comité étaient : T. Boutillier, Jos N. CARDINAL. . Alexandre Fraser, V, Guillet, Girouard, Huot, Meilleur et W, Power. Cardinal, Childs, Girouard et Huot sont défunts. Les seuls membres survivants sont: Alexandre Fraser, Valtre Guillet et le Dr. Meilleur.
(2) L'établissement d'écoles normales était ma proposition adoptée par M. Girouard dans le comité d'éducation, et, lorsque le projet de loi d'éducation qui la contenait, avec les dispositions nécessaires dans le détail, fut rejeté par le Conseil Législatif, j'eus une entrevue privée à ce sujet avec l’'Hon. Peter MacGill, un ami de jeune âge qui avait été mon compagnon d'école anglaise à Montréal. Il était alors membre du Conseil Législatif, et, apparemment en souvenir de nôtre ancienne amitié autant que par intérèt pour Ja chose, il me proposa de détacher de ce projet la partie qui avait trait à l'établissement des écoles normales et d'en faire un projet séparé que, dans ra cas il se faisait fort de faire agréer par le Conseil. J’acceptai avec reconnaissance sa proposition, et, l'ayant exposée de suite à mes amis de l'Assemblée Législative, elle fut par eux accarillie avec empressement. Par suite, une conférence eut lieu à ce sujet entre les deux branches de la Législature, et ce nouveau projet leur ayant été soumis séparément, il devint loi sans aucune difficulté. |
Nous nous sommes, Peter McGill et moi, mutuellement félicités dans la suite de cet heureux succès, fait isolé qui prouve l'influcace que peut avoir l'amitié du jeune âge sur les actes de l'homme mür, lors méme qu'ils sont officiels et difficiles, ,