PRES
À Lo
découragement à la vue des désastres qui aflligeaient encore le pays en 1838, je n'étais guère en état de me livrer à un travail sérieux et suivi, lorsque jé fus ainsi prié de faire part au gouvernement de mes observations et de mes vues sur le sujet important de l'éducation primaire. Dans tous les cas, je puis dire que mes lettres ont été écrites avec le plus grand désintéressement pérsonnel possible. IL n'était pas alors question de la place de surintendant ni d'aucune autre place Incrative devant être donnée par le gouvernement en vertu d'une loi d'éducation quelconque, et je n’ai jamais vu ni Lord Durham, ni l'Hon. Buller, ni lémoins du monde suggéré de créer la place de surintendant de l'éducation.
Nous nous sommes échangé, l'Hon. Arthur Buller et moi, sept lettres sur le sujet de l'éducation, les miennes proposant les principes que je désirais faire passer en lei, et les siennes quelques petits commentaures sans pourtant faire aucune proposition contraire aux miennèês, Je faisais eñmême temps publier mes lettres sous le pseudonyme C. 2., dans un journal périodique de Québec, afin de permettre à l>pinion publique de se prononcer sur le sujet sans préjugé’ ni prévention, sans autre intérêt que celui de la chose, et je priais l'Hon. Bulier de recueillir l’expressiôn de cette opinion, etd’en faire le profit de la cause. J'étais d'autant plus porté à en agir aimsi, que des propositions contraires aux miennés se'publiaient simultanément sur le même sujet dans les journaux de Montréal. (1)
Il s'agissait surtout dans mes lettres et dans les écrits qui leur étaient opposés, du système de contribution local, dont tout le monde convenait de la nécessité, de la base, de son principe et de son modus operandi. Or, éfi faïsant la part des circonstances difficiles et alarmantes où se trouvait alors le pays, on concevra facilement que comme canadien, comme catholique, et j'ose dire comme patriote, je devais redouter l'intervention etsl’arbitraire du gouvernement.-dans üine affaire aussi délicate et aussi importante que l’est l'éducation de nos enfants. Notre origine, notre foi, notre langue «et notre nationalité sont trop intéressées à cet égard, pour nous permettre d’être un instant indifférents à ce qui peut y avoir trait, surtout y porter atteinte. NU
Des correspondants, dont un datait ses écrits de la Rivière Chambly, et qui écrivait sur ce sujet avec talent et vigueur, proposaient, entre autres choses également inadinissibles, La concentration du pouvoir, c'est-à-dire le patronage de la loi entre les mains du gouvernemenf et le système de contribution coërcitif et obligatoire, basé sur la superficie des propriétés immobilières, et insistaient sur l’ädoption de leurs propositions avec une persistance et une opiniâtreté telles SEA les prenait .pour des raisons convaincantes et irrésistibles.
‘1) Ces lettres ont été reproduites en 1841 dans ‘ l'Aurore des Canadas,” journal périodique publié à Montréal.
On a depuis fait et réitéré cette proposition de concentrer ainsi le pouvoir et le patronage dé la loi d'éducation entre:les mains du gouvernement, surtout dans les années 1848, 1850 et 1854, Mais cette proposition qui ne pourrait convenir tout au plus qu’à un pays dant les habitants, le clergé, la législature et le gouvernement seraient homogènes, n’a rencontré l'a pui que des gens aveugles ou personnellement intéressés.
‘n effet, si le peyple, le clergé et les autres institutions du Canada étaient de mème origine, de mème foi religieuse, parlaient la même langue ; si leurs sentiments étaient uniques et leurs besoins identiques ; si l’intérèt des individus était toujours bien compris dans l'intérèt collectif, et constituait un intérêt commun assuré ct indivisible, où chaque corps civil, et religieux, et chaque membre de la société trouverait une garañtie du libre exercice de ses droits et priviléges au point de vue moral et religieux, politique et matériel, à-la bonne deure ; mais, comme nous ne sommes pas dans ces conditions, que la législature et le gouvernement représentent nécessairement des intérêts divers et répulsifs, des intérêts d'Eglises ophosées, et des intérêts de partis politiques mobiles, qui se. combattent et se déplacent mutuellement, et que, partant, nous n'avons pas cette gärantie ed ne et de permanence nécessaire à la sécurité et à la tranquillité de conscience, la concentration du patronagc et du ppuvoir exclusivement entre les mains du gouvernement, pour le fonctionnement d'un système général. d'instruction publique, ne serait rien moins que dangereuse et alarmante.
Cependant, les pr@positions de nres adversaires gagnaient du terrain, et l’on peut Voir par les dispositions de la loi de 1841, en vertu desquelles tous les ‘officiers du conseil municipal étaient nommés par le gouvernement, que ces propositions avaient en partie été admises par la législature, puisque ce conseil qui était, par la mème autorité, coffistitué Le bureau d'éducation pour le district qu'il était censé représenter, était virtuellement le furNondent, l’'agent.obligé du gouvernement sur les ljeux; mais le peuple comprenant bien la chose, a répudié cette partie de la loi qui a été abrogée depuis. Il aurait pu le faire sans ma demande, puisque je l’ai faite même avant d'avoir été nommé surintendant. puis daps mou premier rapport sur l'éducation, én dâte de Décembre 1842. ;
D'un autre côté, le système de contribution que je proposais, basé sur la.valeur, et non sur la superficie des propriétés imposables, bien qu'également coërcitifet obligatoire, a triomphé de toute opposition. Je pourrais en dire autant de ma proposition de confier le fonctionnement local de la loi autant que possible aux mains du clergé, des parents et des contribuables.
Comme nous l'avons déjà vu, ce n’est pas moi qui ai jamais demandé ou suggéré de créer la place de surintendant de l'éducation, et si, sans la moindre participation de ma part à
la création de cette place, j'ai été le premier à l’occuper, je puis dire que, en en remplissant les devoirs, une de mes plus grandes occupations a êté de ne pas abuser des pouvoirs quelle me donnait, et de ne pas les faire augmenter, à moins que l’intérèt-de l'éducation ne parut k demander impérieusement.‘ d
Ennemi de l'arbitraire et des procédés violents, je n'ai demandé du pouvoir que lorsque, de la part des patents, la résistance à la loi d'éducation, l'indifférence ou l'incapacité à pretfäre part à son fonctionnement local indiquäit le besoin de la contrainte, parce qu'en augun cas, les énfants ne doivent être sacrifiés au caprice, à l'apathie, à l'avarice ou à l'inhabilité des parents. Aïnsi, à mon sens, les parents. ddivent être appelés, comme étant les plus intéressés, à pféendre leur part légitime dans le fonctionnement de la loi d'éducation pour l’instructiôn et le bien de leurs enfants; mais s’Hs sont indifférents ou incapables de le faire“utilement, et surtout, s'ils sont, opposés à la loi qui leur offre l'exercice bien régf de ce AE ri et sont récalcitrañts, il doit y avoir, dans cette même oi, un pouvoir suffisant ét péremptoire, pour fs forcer de concourir, suivant lèur capacité et moyens,à là faire fonctionney utilement. C'est afnsi que, M lof d'éducation étant libérale’ et sagé dans ses principes, j'ai toujours envisagé le droit et les obligations des pgrents à l’'égard’de l'instruction de leurs enfants, et le pouvoir et le"devoir dé la législature à ce même égard. + dé
Ce n’est pas moi, non plus, qni ai pu tirer de la place de surintendant de l'éducation auéun avantäe réel pendant que je l’occupais, soit pour moi-même soit pour ma famille, puisque j'ai eu à soutenir un comBat continuel contre l'opposition qu'on a faite à cette loi, que je n'ai pu jouir d'un moment de repos, et que j'eg suis sorti plus pauvre que je n'êtais avant de l'avoir oceupé. Le seul avantage que j'ai obtenu par suite de ces combats, c’est le succès qui l'a hewreusément couronné.
Aù préalable, j'avais eu l'avantage d’une mention honorable que Lord Durham fait de mes lettreg sur d'éducation dâns le rapport qu'il fit à la hâte avant son départ di Canada pour l'Angleterre, et je puis dire que mes propositions générales ont obtenu un triomphe signalä sur mes adversaires. Ce triple avantage est sans doute «une bien grahde cômpensation, et que je sais apprécier à un haut degré; mais ‘“omme cêtte compensation n’a rien de personnel, rien de substantiel pour moi ou pour ma famille, je sens le besoin de faire observer qu'elle est plus du genre de la victoire que de la récofnpense.
La loi de 1841 était une loi générale pour la province unie, et ne proposäit qu'un seul surintendant pour le Bas et le Haut Canada, conjointement, avec un salaire annuel fixé à £750, Mais Sir Charles Bagot, d'heureuse mémoire, qui avait
succédé à Lor2 Sydenham en qualité de gouverneur général.
de Ja province, avant vu qu'un seul homme ne pouvait rem-
pli ôta tio!
àl de lett act sou nor qu’ dev { anx me) et ] Car éga cati dev sa
plu.
troi aut OF E seu] sa g deu
moi leH suje
le p
mais, catiot Balds année
Eu
plir convenablement, comme surinténdant, les devoirs qui lui étaient dévolus, en se chargeant d'une semblable administration, résolut de nommer un surintendant en trois personnes, à l'instar des greffiers de cour, des protonotaires et des shérifs de Montréal, et dont un serait, dans la commission, pour la FE de la loi, et Les deux autres pdur la besogne et le sérvice actif.
L'hon, Robert Jamieson, alors président du conseil législatif sous l'acte d'union, et vice-chancelier du Haut-Canada, fut nommé surintendant pour la province avec parfaite ententé qu’il ne toucherait, ès-qualité, aucun salaire et n’aürait aucun devoir à remplir, excepté celui de répondre, en parlement, anx questions qui auraient pu y être faites pou le gouvernement au sujet de l'éducation, et le Révd. Robert Murray (1) et moi fûümes nommés surintendants du Haut et du Bas- Canada, respectivement, avec entente Que nous paftagerions égaleme la somme de £760, en attendant des actes d'éducation séparés et indépendants l’un de l’autre. Les projets devaient être faits dans l'intérim, êt sourgis au parlement en sa session alôrs prochaine, car la’ loi dé 1841 n'était guère plus populaire dans le Haut que dans le Bas-Canada. (?)
C'est en vertu de cette commission d'un surintendant en trois personnes, en date du 11 mai 1842, que nous fûmes autorisés à prendre le nom de commission d'éducation ‘ Born OF EDUCATION.” Or, cette commission ne fut convoquée qu'une seule fois, pour convenir de quelques règles générales pour sa gouverne. Îly en avait peu qui étaient convenables aux deux sctions de la prôvince. °
L'Hon.amieson n’a jamais agi ultérieurement ni pris la moindre part dans le fonctionnèëment dé la loi de 1841 pour le Bas-Canada, et je ne lui ai jamais écrit üne seule lettre au sujet de l’éducatjon. i
L'Hon. F. Hincks, inspecteur-général, se chargea de faire le projet de la nouvelle loi d'éducation pour le Haut-Canada, et le fit passer en la session du parlement de 1843, environ un an et demi après notre nomination à la charge de Surintendant. ÿ , ,
L'Hon. A. N. Morin, commissaire du bureau des terres, se chargea de faixe le projet de la nouvelle loi d'éducation pour le Bas-Canada, et cé projet, comme tout ce qui sortait de La
(1) Ges personnages sont: tous trois défunts. Sir Charles Bagot, né le 2. septembre 1781, arrivé en Canada le 10 janvier 1842, mourut à Kingston (Canada) le 18 mai 1843; l'hen. Robert Jafnieson mourut en 1855; et le Rév. Robert Murray, qui avait été nommé professeur de philosophie à l'Université de Toronto, en octobre 1844, mourut en 1858.
(2) Le ministére d'alors était celui qui avaitété nommé par Lord Sydenham, mais, n’ayanr pas obtenu l'appui du parlement, il résigna lors de la convocation des chambres, en l'automne de 1842, et le ministère Lafontaine- Baldwin ayant été formé, le parlement fut prorogé et ne s'assembla qu'une année après, en 1843.
plume de M. Morin, était méthodique et clair, et présentait un ensemble extrèmement élaboré, mais très compliqué, ét peut-être beaucoup trop pour le temps d'alors. Ce travail contenait à peu d'exceptions près, mes vues ct réconimandations que je donnais de temps en temps à M Morin, verbalement, suivant sa demande. Mais, malheureusement, ce projet ne devint pas loi. 1] était arrivé à sa troisième lecture dans l'Assemblée Législative, lorque le ministère Lafontaine- Baldwin ayant résigné, le parlement fut prorogé sans avoir terminé les affaires qui lui avaient été soumises, (1)
Cependant, M. Hincks ayaht pressé la passation de son projet après la résignation du ministère, dont il faisait partie, ce travail deviut loi avant la prorogation du parlement, et le Haut-Canada se trouva ainsi pourvu de suite d’une loi d'éducation convenable qui fut, néanmoins, abrogée .plus tard, pour faire place à Lg loi actuelle pour cette partie de Ja province, tandis que le Bas-Canada resta avec la'loi imparfaite de 1841, que je fis fonctionner d’une mânière irrégulière et exceptionnelle jusqu’au ?9 mai 1845.
Or, cette loi de 1845 était plus défectuetise encore que la loi de 1841 ; de sorte que nous n'avons eu une loi généralement convenable pour Îe Bas-Canada, que le 9 juin 1846, encore a-t-il fallu l’amender plusieurs fois depuis, pour les raisons déjà données plus haut. (2)
a différence de l'époque à laquelle la loi de 1841 fut abrogée quand au Haut-Canada, donne la différence du résultat dé l'opposition qu'elle a rencontrée dans les deux sections de Ia province simultanément. Mais le résultat du fonctionnement de la loi d'éducation dans le Haut-Canâda provenajt aussi de la coopération simultanée qe conseil municipaux et des surintendants locaux, dès le début.
On se rappelle sans doute que, les conseillers municipaux ayant été répudiés par le peuple, je ne pus avoir leur coopération effective pour le fonctionnement régulier de la loi d'éducation, et que les inspecteurs d'école ne m'ayant été donnés que vers la fin de mon admimstration en gualité de snrintendant de l'instruction publique, je n’eus fus Coopération que pour le couronnement de l'œuvre. En effet, le fonctionnement de la loi de 1846, après avoir éprouvé une oppesition opiniâtre, était un fait accompli et apprécié, lorsque ces habiles auxiliaires vinrent, comme pour partager la victoire de mes travaux subséquents, après un combat soutenu pendant dix années consécutives. (3) Ils me furent générale-
ment d’un grand secours pour'obtenir que la loi fomectionnät
mieux lorsque déjà elle fonctlonmait biéu, l'on peu! dire partout.
ee om mn men
(1) Ce nouveau ministère était le second sous l'acte d'union.
(?) Voir dans l’appendice note 504.
(3) La loi fonctionnait bien pendant les dernières années de mon adiministration.
par
LU ed =
Cependant, le ministère des inspecteurs d'école, bien qu'utile et généralement agréable, n'était pas absolument nécessaire pour triompher complètement des difficultés qu'il restait encore à applanir. Mais ces difficultés avaient trait bien plus
à l'administration des deniers pour écoles qu'au fonctionne. ,
ment de l4 loi proprement dit. De sorte, qué leur intervention consistait bien plus à l'examen et règlement de comptes qu’en la mise eu pratique de nouveaux moyens disciplinaires ou fonctionnels. : sl
La loi de 1841 tépendant, en grande partie, pour sou fonctionnement local, de la coopération du conseil municipal, et ce conseil ne pouvant, à cause de son impopularité, agir ni
our l'objet de l'éducation ni pour des fins Fnieipalte dans e ar-Quus la, je conseillai ‘aux commissaires d'école, Les seuls aûxiliaires qui mé restaient aux termes de cette Loi, d'assumer tous les pouvoirs ét de remplir tous les devoirs dévolus.au conseil municipal pour l'objet de l'éducation, de bien remplir, surtout, leurs propres. devoirs, et de me faire rapport des écoles tenues sous leur contrôle. Je leur promis, en mème temps, de faire mes efforts pour obtenir fle suite leurs parts respective de l'allocation pour les aidér à subventionner les maîtres de ces écoles. ;
Les commissaires d'école firent, dans nombre de paroisses, ce que je leur avais conseillé ; je fis de mon côté te que je leur avais promis, et j'obtins la somme de Æ£20 pour chaque école mentionnée dans les rapports que j'avais récus, quelquefois mème dans de simples lettrés de La part d'hommes instruits et amis de l'éducation.
La première somme totale que je demandai ainsi et que j'obtins était de Æ£9290 %s. Od:, et le gouvernement, très satisfait de mon rapport à cet effet, m'accorda en sus et en mème temps la somme de £500 pour me méttre en état d’encourager les gens dont je recevrais des Apports dans la suite pour l'année scolaire 1842-43. Total £9790 s. 6d.
Ce procédé, de la part du gouvernement, était très louable et très encourageant. Aussi, je ne manquai pas dé le faire connaître et de le faire apprécier dans l'occasion, pour porter le$ amis de l'éducation à faire de nouveaux efforts pour établir autant de bonnes écoles que possible, et %a libéralité du gouvernement et mes exhortations n’eurent pas lieu sans effet, Les années suivantes, le nombre d'écoles augmenta beaucoup et la qualité en était généralement bien améliorée.
Dès 1844, le nombre d'écoles élémentaires établies en vertu de la loi de 1841, était 1569, et celui des enfants des deux sexes qui les fréquentaient de 5:,000 pour une population qu'était alors moins de 700,000 âmes d’après le dernier recensement. (Voir le recensement de la province pour cette même année).
Tout se faisait ainsi, nou suivant les formalités prescrites par la loi d'éducation, mais suivant l'esprit de cette loi dont
JU