HÉ310RIAL (Sept
• les gens de mauvaise foi. L'ennemi Tarait bien » senti; aussi s'est-il étudié tout d'abord à nV » battre que moi. On ne s'est pas moins récrié sur » d'autres paroles échappées du fond de mon » cœnr : que la France avait plus besoit^de moi que » moi d^elle. On ne vît qu'un excès de vanité 1 dans ce qui était pourtant une vérité profonde : » et vous le voyez; ici, mon cher, je peux me » passer de tous, et s'il ne s'agissait que de souf- » W, mes peines ne sauraient être longues; mon » existence est courte ; mais celle de la France ! î » Et, reprenant son idée première, il dit : « Nos » circonstances étaient extraordinaires et toutes » nouvelles : il ne faut peint aller leur chercher » de parallèle. J'étais, moi, toute la clef d'un » édifice tout neuf et ^ de si légers fondeoiens ! » Sa durée dépendait de chacune de mes batailles ! » Si j'eusse été vaincu à Marengo, vous eussiez » eu dès ce temps-là tout i8i4 ^^ 181 5, moins 9 les prodiges de gloire qui ont suivi et demeu- » rent immortels. Il en eût été de même à Aus- » terlitz , à léna encore , à Ëylau et ailleurs. Le » vulgaire n'a pas manqué d'accuser mon ambi- » tion de toutes ces guerres; maïs étaient- elles
(Sept. 1816) DE SâINTË-IIÉLËNE. i35
* donc de mon choix? n'étaient-elles pas toujours
• dans la nature let la force des choses, toujours » dans cette luttç du passé et de l'ayenir, dans » cette coalition constante et permanente de nos » ennemis qui nous plaçaient dans l'obligation » d'abattre sous peine d'être abattus? etc. »
Pour revenir aux négociations de 161 3, il est «ùr que quand on lit aujourd'hui toutes les pièces do temps, les documens, les manifestes des deux partis, on s'étonne beaucoup, soit qu'on ait plus de isang-^froid à présent, ou qu'on se trouve éclairé par la conduite de ceux qui ont triomphé , on s'étonne beaucoup , disons-nous , ^e ia double erreur qui porta les Allemands à «e soulever avec une telle fureur contre celui cle qui ils prétendaient secouer le joug, et en faveur de ceux qu'ils purent croire devenir leurs i«égénérateurs ! I !
Reprise des hêstiUtés; Bataille de Dresde, yingt-six et vingt- sept août. — « On se présente de nouveau sur le champ de bataille,; les Français avec trois cent mille hommes, dont quarante mille de cavalerie, occupant le cœur de l^Saxe , sur la rive droite de l'Elbe ; et les alliés
i34 MÉMORIAL (Sept. 1816)
ayec cinq cent mille hommes^ dont cent mille de cavalerie , léa menaçant par les trois directions tle Serlin^ la Silésie et k Bohème , sur Dresde. La prodigieuse différence n'affecte pas Napoléon^ t[ui a combiné et prend hardiment l'offensive, U a fortifié la ligne de TElbe, devenue son point d'appuî, et s'abritanf des montagnes de la Bohème, sur son extrême droite , il dirige une de ses masses sur Berlin , contre Bernadotte , qui Commande une armée de Prussit^s et de Suédois; une autre marche sur la Silésie , contre Bluchex, qui a sous ses ordres une réunion de Prussiens et de Russes ; une troisième stationne à Dresde , comme clef de position , pour observer la grande ^rmée autrichienne et russe , en Bohème; enfin «me quatrijème est placée en forme de réserve à Zittau, avec le triple objet i*" de pénétrer en Bohème, si on a des succès contre Blucher; 2^ d^ contenir la grande masse des alliés, en leur faisant craindre de se^ voir attaqués sur leurs derrières , s'ils tentent de déboucher par les rives de TElbe ; 3* enfin, de fournir, au besoin , soit aux attaques contre Blucher, soit à la défense de Dresde, ^ elle se trouve attaquée.
(Sept. 1816) DE SàlNTE-HÉLÈNE. i55
L'Empereur, déjà lancé contre Bluchèr, te menait battant devant lui, quand il se trouve soudainement rappelé pour le défend de Dresde, où. soixante mille Français se trouvaient avok sur les bras cent quatre-vingt mille alliés. Le généralissime , Prince de ScbwarlKemberg,. avait attaqué Dresde mollement le 26, au lieu de brusquer l'affaire. Napoléon arrive avec la'rapi«dite de l'éclair) il a réuni cent mille Français contre les cent quatre-vingt mille alliés. La ba« taille n'est pas un instant doutepse ; et c'est à sa sagacité, à son coup-d'œil qu'on doit tout. L'armée ennemie est abîmée, elle perd quarante mille hommes, et se trouve menacée un instant d'une destruction totale. L'Empereur Alexandre y avait assisté en personne, et Moi'eau y* tomba d'un des premiers boi^ets de la garde impériale , fort peu de temps après avoir parlé avec ce Prince *.
* Cette jQort d0 nUustre Moreau, sous les drapeaux russes, et contre une armée française, a ét^ et demeure la désolation, le supplice de ses plus vrais amis, de ses plus zélés partisaas*
i36 MÉUOUIAL (5e|)t. 181G)
Elle était donc enfin arrivée cette chance heureuse , tant attendue de Napoléon ,' qwi de- ,Tait rétablir ses affaires, procurer la paix et sauver la France î En effet, dès le lendemain même> TAutriche lui expédiait 'déjà un agent avec des paroles amicales. Mais, ô destinées humaines ! tî était là le dernier sourire de la fortune. A -compter de cet instant, par un enchaînement -de fatalités sans exemple. Napoléon ne comptera '''plus que des désastres. Partout où il ne se trouve pà», nous dei^eurons écï*asés ; notre armée de Silésie éprouve une perte de vingt-cinq mille hommes, de la partdeBluchér ; celle qui attaque sur Berlin est battue par le Prince de Suède, qui lui cause les plus grands dommages ; enfin presque tout le corps dp Yandamme, qui après la victoire de Dresde a été envoyé en Bohême sur les derrières de l'ennemi , et devait accomplir sa destruction, abandonné à lui-m^me et à la témérité de son chef, succombe sous le refoulement de l'armée des alliés précipitant leur fuite. Ce fatal désastre et le salut des Autrichiens j sont amenés par une indisposition subite de Napoléon, qu'on croit un moment empoisonne. |
(Sept. 1816). DE SAINTE-HÉLÈNE. iSy
Sa présenM ne hâte plus Tardeur des différeos corgs <{M poursuivent; rindécision , la mollisse s'en mêlent*» Yandamme est anéanti, et tout le fruit de la magnifique victoirO de Dresde e»t perdu!
.^rès de tels ^checs coup sur coup répétés, le prestige est détruit, le' moral des Français est attaqué , celui des alliés s'en rehausse, la yaleiir n«naiérique reprend ses droits, et tout marche Ters une catastrophe. Napoléon , au désespoir, fait de i^ins effort», il court vers chaque point menacé, et se trouve aussitôt rappelé ailleurs par quelque nouveau désastre. Partout où il apparaît, les alliés reculent devant lui; mais ils avajacent avec succès sitôt qu'il tourne le dos. Cependant toutes les massel^ ennemies gagnent constamment du terrain , elles se trouvent toutes liées entre elles désormais, et forment un demicercle' qui se resserre saps** cesse autour des Français acculés sur l'Elbe, menaçant de les déborder. D'un autre côté , nos derrières dégarnis sont inondés de coureurs , de partisans. Le royaume de Westphalie est en pleine însurrec- 6. .. , 9
iS8 UÉMOAIAL (Sept. 181IS)
tion , nos convois demefirent iaterceptés ; il n'est plus de communication libre avec la France.
C*est dans^^ette situation qne ies négociateurs de Prague ap{:rortent à TËropereiir lei^ré&uTtjats de leurs nouvelles conférences. Après de iK>m* breuses restitutions exigées de Iq; et de ses alliés, on avait fait deux lots : d'un côté toute Tinfluence et toutes les acquisitions de la France en Italie ; de l'autre, toute l'influence et toutes les acqui-» sitions de la France en Allemagne. On laissait à Napoléon à en choisir un; mais il devait abairdonner l'autre aux alliés, pour en disposer à leur gré , sans nulle intervention de sa pài^t. Amis ou éiïnetriis , pas un ne doute que Napoléon ne saî* sîsse avec avidité de telles propositions ; « car, lui • disaient les siens, si vous choisissez l'Italie^ » vous restefe aux portes de Vienne, et les alliés » se battront bientôt entre eux, pour les dé- » pouilles de l'Allemagne. Si au contraire vous » préférez d'abandonner l'Italie , vous vous atta- » chez l'Autriche , dont elle sera le partage -, et » demeurez au cœur de l'Allemagne, Ûdns tous » les cas , vous ne tarderez pas à reparaître ea
(Sept, i^t^) DE SÂINTËAHÉJ.ÈNE. iSg
» médiateur ou en maître. » Napoléoù n'en jugea point aiijisi , et refusa , persistant dans ses idées arrêtées. • . • >
Certes, se disait-il, de telles propositions en elles-mêmes, et dans le cours iMturel des choses, sont des plus acceptables ; mais où est la garantie de leur siq^érité? Il voyaft très-bien que les alliés ne cherchaient qu'à le faire donner dans le piège. Ils av^ent adopté désormais de n avoir plus ni foi , ni loi. Ils ne se croyaient plus tenus à aucun droit des gens, ^ à auçnnç moralité vis-à-vis de nous. Au rebours de ^ses conseillers , il disait : » Si j'abandonne l'Allemagne, l'Autriche corn- » battra avec plus d'ardeur^ jusqu'à ce qu'elle «.obtienne l'Italie. Si je lui cède.celle-cL, elle s'em- » pressera, pour se la garantH*, à me chasser » de l'Allemagne. Ainsi une première concession i obtenue^ ne serait, dans leurs jnains, qu'un » moyen de s'en faire accorder ou d'en saisir de » nouvelles. La première pièce de^ l'édifice dé- » placée entraînerait l'écroulement de tout le D reste ; je serais poussé de concessions en con- » cessions jusqu'au château des Tuileries , d'où » les Français, indignés de ma faiblesse, et m'ac^
i4o 4" • MÉ190RTAL (Sept* 18*6)
» cusant de leurs désastre^ , me^ dbasseraieftjt i^ans » doute, et peut-être avec justîce, pour être tout » aussitôt eux-mêmes la proie de 1 étranger. *
Ne croirait-on pas lire la. prédiction littérale des événeipens <{ui suiTÎr^t,ri(i$ldieu3e déclaclÀration de Francfort ^ les jprdpostllfQA de Châ-* tillon, etc., elc?
. A II râlait cent fois mioux périr sous la rio- % lence de la victoire, contÎBuaût TEmpfreur; n car les défaites même laissent aprèfi elles le f«»- 1^ pect de radversitë,'quHnd eUes s^associeiât à 9 une magnanime constanoe. Je préférai-donê de 9 combattre ; si fêtais vaincu , il nou$ restait tou« i» jourd les vrais intérêts politiques de la. plupart 9 de nos ennemid. Si j^étais Vainqueur, je pou-^ ^ vais tout sauver, et j'avais encore des chatK^es ; 9 j'étais loin de croire tout désespéré. »
MoMemeni intentionné $ur Berlin. — C'est dans cet élat de choses que te roi de Bavière > ce chef de la connfédés^ation du Rl&in, écrivit à TËmpereur , l'assurant confidentiellement qu'il tiendrait encore sl^ semaines dans son alUandô : « et i c'était assez, disait Napoléon, pour cjue très- > probablement il n'eôt plus eu à nous quitter. »
(Sept. i8iÇf> im SÏÎNTE-ipÔÇÈNE. i^t
]Et il se décida 4 commencer dès Hbstant un grand mouYedient qu'il méditait depvjjk<loQgT ten^s, et qi|i jîioatre bien toutes les Ressources de son g#nie , et la itempd de son &me. Pressé sur l'Elbe, dont ^^^%i|de masse des coalisés bovde dé}à h ri^ droite , ^ ^ peu près tourné $nr ses derrières, ifa çonçtl , prépai^éJ'audacieusQ idée de changer de portion avec Tenaerni; plp^ce pour place i d§ perc€!r sa lign^ , d'aller &e former 6ttr ses derrières-, çt d^le contraindre de passer k sofi tour entièremetitP^sui^ la rive gmichje. jSi , dans cttte ^to^tîon, iMeiir abaindonne toutes sef» çocAmanfeatioiis a^ec 1« Fraqi^, i| se donne pour noiilleii«x-4errières 'précîftéiQent îë terjritoife de Tenn^emi, <tes pai|rl§ non ei^cOM dévastés qui peuvent fe nourrir, Seriin; le Brandebourg, le Me^ l^lemboorg) il retrpqve tomtes ses places , leurs inmiens^ gaf'mson$,«donti-éparpîllage et la perte
s^oni uae si grande faut« .«près le Revers , et eus-
seiaJt apjiaru comme dejs^ f e<HSwrc^s du génie e^ cas de triomphe. Il Vft^^ayoir djpvftnt lui un nouvel avebir, dé n9i|V%Ues cbpibinaisons, rétbnnement,^Jla.stupeur des'.eimemis> }&uralaut^^ le brillaiiX de son andacç et tput«s se;)^ espc/<moés!;
i43 MÉMORIAL ^ (Sepf. 1816)
Batatltes de Leipsick. ( Seize j dix-huit^ dixneuf octobre. ) — Tout semble sourire d'abord à l'Empereur ; maïs presque aussitôt une lettre du roi de Wurtembei^ lui donne arîs que l'armée bavaroise , enlevée par des intrigues et l'esprit du moment , s'est jointe à I armée autrichienne qu'elle avait à combattre , qu'elle marche sur le Rhin pour le couper de la France, et qu'il va Se trouver lui-même dans Tobligation de se plier à ceé circonstances. Ce nouveau contretemps force Napoléon de tout interrompre pour revenir en arrière et songer à la retraite. Une telle complication de faux mouvemens , sert les alliée, qui nous pressent et nous entourent ; une grande bataille devient inèritable. Napoléon sç masse dans les plaines de Leipsict ^ son armée ' est forte de cent cinquante-sept mille combattans et de six cents pièces d'artillerie ; mais les alliés lui en présentent mille, et trois cent cinquante mille bayouncttes. On se bat avec fureur un premier jour;*les Français demeurent vainqueurs; et la victoire eût .été décisive, si l'un des corps laisses à ï)resde fût venu prendre part à la bataille , ainsi que l'avait espéré l'Empereur.
(Sept. i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 143
Le général Merfeld , fait priâoamer , est renvoyé sur parole , ayejc l'annonce que l'Empereur accepte enfiob de renoncer à rAUemagne^mai^^ les coalisés, enflés de l'arrivée sur le terrain d'un inchmense renfort, recommencent une seconde journée , et ils sont si nombreux , que quand leurs troupes se trouiiient fatiguées, elles, sont régulièrement relevées^ comme à la parade,, par des corps tout frais. Les fatalités Ies.plus;iaouies se joignent encore à l'inégalité du nombre; la trahison la plus infâme éclate à l'improviste au milieu de nous : les Saxons , nos alliés, dans nos propres caogs, se retournent, tirent sur nous et nous foudroyënt d^ leur artillerie,. Toutefois , tel est le sang froid du générât français , son énergie, son habileté , le courage d^ nos soldats, qu'ils, remédient à tou^ et que le champile ba^ taille nous demem-e encore, j. . . .
Ces deux terribles journées , que l'histoire , appellera des journées de géans , avaient; Gi>ûté à l'ennemi cent cinquante mille hommes de ses meilleures troupes, dont cinquante mille tués sur le champ de bataille. Il n'y avait nulle parité avec nos pertes, qui me s'élevaient pas à cin-
i44 MÉMORIAL (Sept t^t6)
qaantè mille. Llmtaiense différence «de forces a^it donc considérablement décru , et une troi*eième bataille se présentait arec <|e& chanees beaucoup pUis f&voraMes.;'maîs nous nô«s tsrou» yions à bout de mlinitions , nos parcs n'offiraient plus que seize mille coups ; nous ^ avions tiré deux :cent vingt mille dans les deux batailles. Il fallut de nécessité ordonner la retraite; elle se çomqienç^ à la nuitj^r Leipsick. Au jour les alliés nous assaillent ; ils pénètrent' avec nous
^ dans la ville , on s'y bat dans les ruçs> notre arrière-garde s'y défendait vaillamtteni et sascs gfandes pertes , quaii4^ par.u«jie fatalité ^i^est pérante , on fait sauter, k oontre temps et par mîd entendu j Wvseul pont de rjisjer par lequel s'effectue notre retraite. Alors tout ce qui reste sur Ja. «ye de' Leipsick i^t perdu, et ce qui se •trouve su* Tautre rive se dirige en. toute hâte et
. en désordre SJir"M^enee. A Hanau, il faut passer sur le ventre de cinquanjte mille Bavarqi$ | de tristes débris seuls rentrent m Frtnce ; et , |ibur comble d'iofortune, la ^^^ontagio». les y accompagne. ; ^,
Teîlô est celte trop «fatale campagne*, noire
(Sept. iSié) ht SiVlMTE-HÉLÈNE. i4$
detiifeip éÊori natioiial , le véjcjp^^e tomb^Ml de notre gigâilte»que puissance ^ 'x>Ù'*quaU:e< fois ^ contre toute r]Biirope et en dépit de toutes les chance» acQ«mutées , le génie, d'un âçfidixomme . fut "BuV je point de rétablir notre asc^'dait , «t . de le cimenter par la-'paîx t après h» istetoîreif de LutiEèii^l>de Ba\it»efi ^ après celle de^esde^ loTS du dernier mour^mei^t »vét Bèrlins Wfin dans les plaî«es 4e Leipsick«
Il nfécliana^qù^ par ime eéixqblicatioil de^fa-^ talités ^<fe pei^dies dbmt*{*Jbistoiir« ne fournil* posnt d'exemple^ J'inseri« ici t^ellei qui ma>toMk- '* bent^sous la main à^ la simple levure. " ' ^
*• ' lATALITl^S. " .^
fA). incommodité ^bite de Napalébn» • ffi).: Bébordement soudain de la Bober.
(CJ. Lettre confidentielle do^oi de Bavière* (D)* Ordres non pa!rvetuis*«uscxn<psdeD]:esd%. (t^. Manqué inopportun Ab «niltiîtibns dl^ taires^ après tes deiui')<MiméesiôhÉ LçipaicL (F). Explosion du pont de TBlster.
■ PERFIDIliS«
(6). Madiinations, mauvaise foi de TAjjtridie, première et nérilable cause de nos désastres*
i40 MÉiMORIAL (Sept. 1816)
(H). Violation de Farmîstice 4e PJeisswils, relativement & nos places bloquées.
• (î)/ Défection du gouvernement Bavarois.
(K) • Trahison des Saxons, dans nos rangs, etc. ^ (L). Capitulation de Dresde violée, etc. , etc.
Voici quelques lignes de développement.
(A). Après la victoire de Dresde, quelqu'un complimentait Napoléon sur un si grand succès. Ce n'est rien, observa-t-il, tout rayCti'nânt de satisfaction; Vaadamme est sur leurs derrièi*es, et c'est-là que vont être les grands résultats; et rfimjp^reur marchait de sa personne pour aider et accomplir cette opération décisive , quand .malheureusement il fut pris, après son repas, d'un.vomissement subit tellement violent, qu'on le crut empoisonné, et qu'il fallut le ramener dans Dresde. Dès-lors il y eut lacune dans les opérations. On en connaît les funestes conséquences. Quelle petite cause, et quels immenses résultats ! Ce que sont pourtant les choses d'ici bas !
(B). Une crue subite de la Bober en Silésîe, ftlt lapricipale cause des- désastres dti maréchal Alacdonald. Le débordement surprit ses corps
(Sept 1816) DE SAlNTE-flÉIÈNE. t^y
en pleine opération , empêcha leurs cpminunications et causa les peisïes malheureuses qu'on a vues plus haut.
(C). Le roi dé Bavière écrivit confidentiellement à Napoléon, vers la fin de septembre, qu'il tiendrait encore six semaines ou deux mois datis* son alliance ; que j«sque là il se refuserait opiniâtrement à tous lés avantages fjoi lui étaient* offerts. L'Empereur, dani^ la situation critique où il se trouvait, qui, sans cette circonstanée, ' eût pu se déterminer peut-être à entendre lui-., même aux propositions qu'oainîfaisait^ n'hésita plus, et entreprit immédiatement le' beau mouvement qu'il avait médité ^r Berlin , peu-, sant que les six semaines hii suffiraient pour changer la fece des affaires et raffermir ses allié»;* malheureusement des intrigues militaires furent plus fortes que la volonté* du roi de Bavière, et .Napoléon, forcé d'interrompre son mouvement, est obligé de combattre à Leipsick avec désavantage : on a vu quelles en furent les suites.
(D). Napoléon en se préparant pour les combats de Leipsick, avait compté sur une diver-^ sien des corps d*annëe qu'il avait laissés damS,
i4S MfillOiUAL (Sept. 1816)
Dresde , J^ur coqpë^ation eàt r^ndu la victoire décidvQ*, et pou^l èhanget la ftice 4ea affaires;
. malheufeuseiltetit les elrnemis étai^at si aombreiix; nof|bMiemeurioM tellement eemés, que tes èfrdi^es 4% fËmpereur n'atti%mreDt fwxt
-4)resde.
(F). Âprè^ les deux terribî«s» joUraées de Lçîp- *aick, notre netf'ai te s'opéraïl au-delà de i'Etster 4ffr im seul 'peob- V^ ot&iier {)9nxÊmi k sa gardie ,
-vavjît ordjr^.de le iaire sauter. quaaad l'eivieaii se présef4^aij;i^ bi suite* de nc^jtre . arrioire-gf rde. Malheurèusemenl; oÀ dit i fort •à^et ol&eieï que TEmpereur le deiuande. Il y Court , et un caporid de. sapeurs, &m premiefi aspect de quelques fureurs russes , met ^ssitèi le feu àiâ Biine, et fait sjLuter lé pont, vbiiaut aitii;&à la perdîtioii t^ut ce qui demeorait encore au^delà.^ foute notre 'ï^i^re-glif de ^ lei^ teigngeg, prèade deux cents piàces^l artillerie et trente mille prisoaniers , traSnars , blessés ou yialadé^
Aial^ture du buUetin. qui contenait cette
i^coni^tlknce il n'y eût qu'un cri parmi la mal-
yeilljiHçe à ^Parîs : il renfe^isaiait un znenson^^^
^sait-op ; c était TËaipèreui? lut-même fWi avail
(Sepl. 1816) Dî: SAINTE-HÉLÈNE. 149.
ordonné l'explosion^ pour sauver sâ personne auK dépens du reste' de 1 armée. Vainement ob** }ectait-on la version de lofficier ^h! l en confir* mant le fait , s'en justifiait ; on impliquait que c'était nÉk nouveau mensopge , ôtl bien une corn- '^ plaisance et un feu joué dé la part de FoÇicier* Tel était le langage du teooDps *. , '
(G), L'on a vu plu$ haut les déceptions dg TAu triche*; sa dupincité, sa mauvaise foi/ les
• Lors de mon voyage k Londres en 1814? H n'était iiruit que dés événemens réo«ns, et |r l^taiUe de Leipsick y JQ^ît xXTk grand rôle. On racontait qu'au momeiit de sa défaite, Napoléon avait tellement perda Pespii^ qu*il s'était égaré dans la ville, et que perdu llans une rue écartée, sUr la muraille de laquelle, bien qu'à ohé-* val, il s'étaH appuyé dans un moment de défaillance, il avait demandé à une bonne vieille son cbemin et un Verre d'eam-de-vîel L'explosion du pc^^t n'était pas oubliée , et^elle était racontée précisément Qpmme à Pari^ €es détails et bien d'autres encore remplissaient Uifi salons et couraient les rues, étaient racontés sérieqsement par les personnes les mieux élevées comme par celles du dernier volgaire ; les gravures en étaient exposée» à toutes les boutiques. On y voyait la rue de Leipsick, le point précis de l'événement, etc. , et le torrent de ces absurdités était tel, qu'il ne restait d^autre ressource au boa eens, que de haueeer les épauîtei et de soufirin
iSe * MÉMORIAL (S€pt. 1816)
nombreuses contradictions entre ses actes et ses paroles ; c'est qu'oubliant la générosité dont elle avait été FcAjet après Léoben , Austerlitz et Wagram, elle s'acquittait ^ seloii les maximes de la politique , et en saisissait avidement l'occasion de répwrer ses pertes à tout prix.
On a vu qu'elle nous a perdus en nous fafisant consentir à l'armistice de Pleisswitz ; et sa conduite était d'autant plus odieuse , qu'elle, ^t^^ii^ déjà décidée à nous faire la guerre, et qu'à pe.u de jours de là son cabinet , bien qut toujours notre gmi, notre allié, et s'offrant pour tiédiateur, prenait des engagemens contre nous. On sait.à présent son accession aux conventions de Rechembach , vers le milieu de juin , et sa participation aux conférences de Trachenberg, au -commencement de juillet. La nécessité d'une certaine pudeur fit tenir ces choses secrètes un moi» encore après le commencement des hostilités. On ne les présenta d'abord à François que comme des mesures éventuelles et précautionnelles ; et ce ne fut qu'en lui peignant Napoléon comme un fléau, et en lui attribuant les retards de l'ouverture du congrès qu'on reçu»-
(Sept iBi«) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^ vSt
laît sôî-méiiie> cpi'on vînt à bout <îe le faire ' apposer sa signature, {Montvérant^ tom. V^,. .. pag, 562.) ^1 .
Telle fut la conduite de rAutriehe , et Napoléoq^, pourtant, ne cessa d'entrenir larrière espérance de la yqkv revenir à lui , non qu'il pût compter sur aucuns procédés > mais, parce qu'il ht supposait Bssetf clairvoyante sur ses véritables iûtéfêts. Ce sentiment ne Ta abandonné qu'en signant soo abdication ^
(H), Les forteresses occupées par les troupes françaises V comprises <fans Tés parties occupéeér^ par les armées OQVobijiées,, devaient avoir unev
— !■ ' ... I. .. p « LV ^- " ' '«' ■ , mm ' ■>"
* Il y avait.quelque cho^e de si juate dans cette pensée, qu'il ne demeure nullement protivé que le détrôûement de l'Empereur n'ait pas été plutôt escamoté à ï' Autriche, (Jue consenti j)ar elle. Par une de ces latalit^s jsi<remafquables qui se sont attachées aux derniers f>as de ]N«ûpqléon, un de ses succès momentanés sépara les Autrichiens des Russes, et l'ordre de marcher sur Paris, ainsi que la fameuse déclaration qui proscrivit Napoléon ^ sa famille, émanèrent d'Alexandre seul. Quand François se présenta, il n'eut plus que l'obligation d'adopter des mesures déjà accomplies. Mais bien des eirconstances ont porté à croire que ce fut avec tine grande répugnance et Un extrême dépit. ^
t5» «ÉUttORlAV (Sept. 1816)
lieue de rayon au^mi^ d^ imMt ^Boeinte , et être ravitaillées toi^ les cinq jours j, cet article ne fut .pas exécute d^ bonne foi.
' Qutttid;i'armistioe fut prolongée , les cenmissaire& français demandèrent que d^s ofiiciers de leur armée fusent envoy4#^ux cognmandaus des forteresses; pmtt le général eti ^«itrusse.sy refusa, et les eircoiistances ét^eatj^wenues telles qu'on fut ol^ii^ d'eaL4passeP'ptr ià. (MorUvéran, 4Qme.VI,|ftg»270.) . » i. . .
. (I). Une partie dn plan de campagne arrêté
^^fBT Napoléon, avait été- que rarmée^bayaïoise stationné^ sur le Dautibi^^^igîi^iit d/e concert arec l'arnuée d'Italie stationnée en lUij^rie^'^iiiue ïemu
^efforts réunis se ptMrteràlent sur Vienne. On sent ick quel poids eussent été dentelles mesures sur les de#Upées de la oampagne.> Mais le chef de Tanfiée- bavarois^ sous un piréfexjfce ou qn aiiire, et au vrai parce qu'il était d'intelligence avec
^ l'ennemi ^^demeura constamment inactif; paralys^, le Viêe - Roi , sur lequel se pï^rtèrent les principales forge^ autrichiennes. On a ^u plus haut que la défection ouverte de cette armée , parvenue h l'Empereur au plus fort de la crise,
(Sept. iSi6) DK SAINTE-HÉLÈNE. i53
devint une des grandes causes de notre destruction.
(K). Mais de tout ce que nous vepons de parcourir^ rien n égale encore le scandale et l'igno^ minie de la trahison des Saxons, qui, nos frères de péril et de fortune, dans nos rangs mêmes se retournent su]>itement contre nous pour nous égorger. Quelque étendu qu'ait été le dommage qu'ils nous ont causé, leur honte demeure encore plus grande quç tout le mal qu'ils nous ont fait
La conduite de Napoléon en cet instant., 4e lui qu'on se plaidait è icette époque à dépeindre comme l'homme de la déception et de la mauvaise foi par excellence, demeure une belle leçon dq magnaoimité et de yéritable grandeur.
Il ayait adjoint un corps de Saxons à sa garde impériale ; il les 'range autour de leur souverain, qu'il laisse à Leipsick*, et qu'il relève de
* Le vénérable, le fidèle, le bon roi de Saxe avait suivi Napoléon son allié, et s'était fixé à son quèrtîçrgénéral. Les coalisés, en entrant dans Leipsick, se saisi rejit de sa personne, et prétendirent disposer de ses Étals. On connaît ses malheurs : ils intéressèrent vivement tous les cœurs généreux en Europe.