RESTRICTIONS DE SIR H. LOWE
Communiquées à Longwood, le 19 octobre 1816 ; mais qu'il avait déjà mises à exécution par différens ordres secrets , depuis le moi^ d'août précédent^ et qu'il ne communiqua jamais aux obiers anglais de service , honteux sans doute de leur contenu.
Texte des restrictïons. « i*. Longwood avec » la route par Hut's-gate , le long de la montagne » jusqu'au poste des Signaux , près à!Alarm^ » Hofise, sera établie comme limite. »
Observation. Le prédécesseur de sir Hudsoû Lowe avait étendu la ligne des limites sur les sommets des montagnes; mais s'étant aperçu, une i|uinzaine de jours après , qu'en déplaçant un peu le poste des soldats, il comprendrait dans les li-mites la maison et le jardin du secrétaire-général Brooke , il se hâta de faire ce changement.
A environ quatre-vingts toises de la route est le jardin de Corbett, où sont huit ou dix chênes qui donnent un peu d'ombrage ; on y trouve une fontaine et quelque fraîcheur*. Par les nouvelles
* Le lieu décrit ici par Napoléon est précisément son tombeau ! ! !
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restrictions , en ne permettant plus que la grande route, on a substitué une„ simple ligne à une surface , et on a exclu des limites la maison du secrétaire , et le jardin Corbett.
m 2^ Des sentinelles marqueront les limites » que personne ne pourra traverser pour appro- » cher de la maison de Longwood , ou de son » jardin, sans la permission du Gouyerneur. »
Observation. D'après les premiers réglemens auxquels était soumis notre établissement dans cette lie , et que le Gouveniement anglais a approuvés , voici comment on venait à Longwood. Le Gouverneur, l'Amiral, le Colonel commandant le régiment et le camp, les deux membres du conseil de la compagnie des Indes, et le secrétaire-général , qui . étaient les principales autorités de Tîle , pouvaient traverser la ligne des sentinelles sans aucune passe ou permission de qui que ce soit. Les habitans devaient avoir une pennission du Gouverneur ; les marins, de leur amiral; les soldats, de leur colonel; et enfin , les habitans , les marins , les officiers , pouvaient tous venir avec une permission du comte Bertrand , lorsque l'Empereur les faisait
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demander. Cel ftrraiigexnent , qui gabsista huit mois^ n'eut aucun inconvénient : par le régle^ ment actuel, qui est en force depuis le mois d'août , mais qui n'a été communiqué que paiL cet article , nous sommes gardés au secret , sans que nous ayons aucun commerce avec les habi** tans : ces derniers , les officiers et les marins répugnent également à l'idée d'avoir à aller demander au Gouverneur la permission de se rendre à Longwood , et dWoir à subir un interrogatoire sur le motif qui les y fait aller, l^es étrangers , soit officiers , soit fonctionnaires , venant des Indes , qui touchaient cette île, c^ qui désiraient voir l'Empereur , se présentaient ordinairement chez le comte Bertrand , qui leur disait le jour et l'heure où ils seraient reçus. Durant leur séjour dans l'île, iis étaient regardés comme citoyens ; et avec des* permissions du comte Bertrand , ils pouvaient , lorsque cela leur plaisait , venir visiter Longwood ; et encore une fois , cet arrangement subsista huit mpis sans qu'il en résultât aucun inconvénient. S'il arrivait quelques étrangers qui attiraient les soupçons du Gouverneur, il pouvait aussitôt défendre leur
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débarquement ou les empêcher de passer le premier poste. Enfin le Gouverneur , par le rapport des sentinelles, savait tous les jours le nom des personnes qui étaient venues à Longwood ; mais lorsque tout cela fut changé dans le mois d'août , le Gouverneur essaya de nous iooposer l'obligation de recevoir les étrangers auxquels il voulait être agréable y de \q% recevoir le jour qu'il lui plairait. C'était le comble de l'outrage ! ! ! L'Empereur fut obligé de déclarer qu'il ne verrait plus personne^ et il termina ainsi toutes ces insultes.
« 3^ La route à la gauche de Hut's-gate qui » retourne par Woodridge à Longwood n'ayant » jamais été fréquentée par le général Bonaparte » depuis l'arrivée du Gouverneur , le poste qui 9 l'observait sera en grande partie retiré. Gepen- » dant , toutes les fois qu'il voudrait aller achevai » dans cette direction, en prévenant l'dficier à » temps, il n'éprouvera aucun obstacle. »
Observation. Dans la première observation
on a prouvé que les limites avaient été réduites
de ce côté ; ici elles sont bien plus réduites
encore. C'est une étrange manière de raisonner
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que de prendre celte déciâibn , sotis le prétexte que k vallée n'a pati 'été fréquentée pendant sik mois. Il est vrai ique depuis plûshrats mt>îs Mapolëon ^ tounnetité par les vexations du cbm» mandant, n'est point sorti. De plus, une partie de la vallée n'est point praticable en temps de pluie ; dans l'autre partie on a formé un camp. Cependant lord Bathùrst dit dans son discours au parlement. « Que cette route n'avait "été défen- • due que lorsqu'on s'aperçut qu^l (le général » Bonaparte ) avait abusé de la confiance qu'on » avait en lui pour essayer de corrompre les ha* » bitans.» Mais ici il est en contradiction avec sir Hudson Lowe. L'offre qtie Ton fait de se prcH mener dans cette vallée lorsqu'on le désirerait est évidemment illusoire ; les détails ordonnés poui" l'exécution la rendent impossible. Cette ofire n'a pu être et n'a pas été accomplie. En perdant cette promenade, il est devenu impossible d'aller dans le jardin de miss Mason, où se trouvent quelques grands arbres qui donnent de l'ombre. De sorte qu'il n'y a plus un point dans les limites où les détenus peuvent se promener, où ils puissent trouver iin peu d'ombre et une
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fontaine. Dans. le reste de l'enceinte on a placé des sentinelles. Sous prétexte de mal entendu dans les ordres ou autrement, toute personne peut être arrêtée , et cela est arrivé plusieurs fois aux o£Eiciers français.
' « 4** S'il (le général Bonaparte ) voulait pro- » longer sa promenade dans quelque autre direc*- » tion , un officier de l'état-major du Gouverneur » ( s'il en est informé à temps ) , sera prêt à Tac- » compagner. Si le temps manquait, l'officier de » service à Longwood le remplacerait. »
» L'officier qui le surveille a ordre de ne point » rapprocher, à moins qu'il ne soit demandé, et » de ne jamais surveiller sa promenade , excepté 9 pour ce que lui commande son service, c*est-à- 9 dire de veiller à tout ce qui pourrait dans ces » promenades s'écarter des règles établies, et de » l'en avertir respectueusement. »
Observation. Ceci est inutile, l'Empereur ne sortir^ pas tant qu'il verra le désir de le soumettre à une inspection directe et publique. En outre, les officiers de l'état-major ont ordre de faire un rapport de tout ce que les Français peuvent avoir dit en conversation avec eux. Ceci
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fournit des occasions à la calomnie. Plusieurs officiers ont refusé de jouer ce rôle honteux , et ont déclaré qu'ils n'étaient point des espions ^ pour répéter les conversations qu'on pouvait avoir avec eux dans Tintimité d'une promenade.
« 5* Les réglemeçs déjà en force pour empêcher » les communications avec qui que ce soit, sans » la permission du Gouverneur, doivent être stric- » tement exécutés. En conséquence, il est requis » du général Bonaparte qu'il s'abstienne d'entrer » dans aucune maison , ou d'engager aucune con* » versation avec les personnes qu'il pourrait ren- » contrer (excepté ce que demande les saluta- » tions et les politesses ordinaires qu'il aurait à » rendre ) , à moins que ce ne soit en présence » d'un officier anglais. »
Observation. Jusqu'ici cet excès d'outrage avait été éludé. L'Empereur ne reconnaît, nt dans le Gouverneur, ni dans ses agens, le droit de lui rien imposer; mais quel est l'objet de cet article ? D'insulter le caractère des détenus et de les avilir! ! ! de chercher à faire naître des querelles avec les sentinelles. L'enceinte est moralement annullée, puisqu'on ne peut parler à per-
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sonne 9 ai entrer danis aucune maison. Ceci est si extraordinaire y qu'on est obligé de croire, ce que plusieurs personnes soupçonnaient déjà, que sir Hudson Lowe est quelquefois sujet à des vertiges.
« & Les personnes qui, ayec le consenteme^lt » du général Bonaparte, peuvent toujours recevoir du .Gouverneur des permissions pour le » visiter , ne peuvent , malgré ces permissions , » communiquer avec aucune autre personne de » sa suite, à moins que ce ne soit spécialement » eiprimé dans ces permissions. »
Obsehvation. Ceci est également inutile, personne n'a été reçu depuis que le commandant actuel a renversé ce qu'avait établi son prédécesseur; cependant il résulte de cette restriction , que si Napoléon devait recevoir un étranger, comme aucun de ses officiers ne pourrait être présent, ni aucun de ses domestiques faire son service, il serait obligé d'ouvrir lui-même les portes; et que, comme il n'entend pas l'Anglais^ si la personne admise ne parlait pas Français, îl s'en suivrait que la conversation demeurerait
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moette, et f entrevue réduite à une pure exhibition.
« 7* Au coucher du soleil , renceiu te du jardkr 9 » autour de Longwood^ sera regardée comme » étant les limites; à cette heure ^ des sentinelles » seront placées à Tentour; mais de manière à » ne pas incommoder le général Bonaparte en B observant sa personne , sll voulait continuer sa )» promenade dans le jardin après cette époque. » Les sentinelles seront portées, pendant la nuit, » à toueber la maison, comme cela se pratiquait » auparavant; et Tadmission sera interdite, jus- » qu'à ce que les sentinelles soient retirées le » lendemain matin, de la maison et du jardin.
Observation. Pendant les grandes chaleurs, le seul moment où Ton puisse se promener est le coucher du soleil. Pour ne point se rencontrer avec les sentinelles, il faudra rentrer dans la maison, quoiqu'il fasse encore plein jour, et pourtant il aura été impossible de sortir tout le temps qu'il aura fait du soleil , cet endroit étant privé d'ombre, d'eau, de verdure ou de fraîcheur. Selon cetto. nouvelle restriction, on ne peut sortir le
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soir; TEmpereur ne peut prendre aucun exercice à cheyal; il est dans une petite maison tout à fait insuffisante , mal construite et malsaine ; il y manque même de Teau; on ne perd aucune occasion de lui £aire éprouver un mauique d'égards. Sa constirtution qu0iqu.é robustie, eu est extrêxofement attaquée^
« S"" Toute lettre pour Longwood sera mise par ». le gouvernement sous une enveloppe cachetée » et envoyée à Tofflaier de service » pour être i délivrée, cachetée ,. à Tofficier de la suite du ». général Bonaparte auquel elle est adressée, » lequel^ par ce moyen, sera assuré que périt sonne, autre que le Gouverneur, n'en connaît A. le contenu.
»^ De k même manière , toute lettre des per- » sonnes de Longwood doit être délivrée à l'of- » ficier de service, mise sous une seconde enve- » loppe cachetée, et adressée au Gouverneur, ce » qui assurera que personne, autre que lui, nVn » connaîtra le contenu.
». Aucune lettre ne doit être écrite ou envoyée, » aucune communioatîou de quelque espèce
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» qu'elle soit ne doit être faite, excepté en la » tnaiftière sus-mentionnée» On ne peut avoir au- » cune correspondance dans l'ile, excepté pour » les communications qui sont indispensables à » faire au ptiunroyeur. Les notes qui les contien- » draient doivent être données ouvertes à l'offi- » cier de garde , qui sera chargé de les faire par- » venir.
» Les restrictions sus -mentionnées ccmimen- » ceront à s'observer le dix du courant* Sainte- » Hélène, 9 octobre 1816. H. Lowx. »
Observation. Ceci ne regarde pas TEmpereur, qui n'écrit, ni ne reçoit ^e lettres; en conséquence on ne demande qu'une explication.
Regarderait-on comme un délit ce que ses officiers pourraient écrire dana des lettres confidentielles à leurs connaissances? ou, lorsque ceux qui doivent lire ces lettres se seront convaincus que leur contenu ne renferme rien de contraire à la sûreté de l'Etat ou à sa politique, oublieraient-ils le contenu de ces lettres, de manièré à ce qu'elles ne soient jamais le sujet de conversations ou d'abus ! ! !
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SU n'ea était ainsi , toute correspondance doit être considérée comme défendue. La saisie commise sur la personne du comte La^ Gases, justifie amplement cette observation.
Le but de cet article, comme Ta prouvé Tiaquisitîon exercée dans toute l'île , est que les papiers-nouvelles n'informent pas l'Europe de la conduite criminelle que l'on suit ici. On se donnera bien de la peine pour obtenir ce résultat. H eût été bien plus simple de se conduire de manière à n'avoir rien à cacher. On alla bien plus loin dans une lettre datée du 1" juillet 1816, adressée au comte Bertrand. On défendit même ' des communications verbales avec les habitans. C'est le délire de la passion et de la haine, ou plutôt une preuve manifeste de folie. Ce règlement est un léger exemple de toutèsTes vexations qui font l'occupation journalière du Gouverneur actuel. Que lord Bathurst dise maintenant que sir H. Lowe n'a fait aucune restriction ; que la correspondance du ministère a été entièrement à l'avantage des personnes détenues ; que le seul objet a été la sûreté de la détention. En proie à un traitement aussi absurde et aussi ignol)le, FEm-
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perem* n'est point sorti depuis plusieurs mois. Tous les gens de Tart peuvent prédire qull succombera à ce genre de vie. C'est une nianière de Tassassiner aussi certaine et plus barbare que le fer et le poison^ {Quelle Imrible prophétie !)