JUILLET, AOUT, SEPTEMBRE, OCTOBRE
De rouvrage de M. O'Meara; procès qui lui est intenté en ce moment par sir Hudson Lowe. — Quelques mâts en défense du Mémorial.
Le résumé habituel ne saurait être long désormais ; trois phrases , à la rigueur , pourraient suffire :
Tourmens au comkle*
Réclusion absolue.
Destruction infaillible.
Le reste de la vie de Napoléon ne sera plus qu'une cruelle et longue agonie.
On a vu qu^ l'arrivée du nouveau Gouverneur avait été pour nous le signal d une sinistre existence. Peu de jours avaient sufifi pour dérouler ses dispositions malfaisantes. Bientôt les tourmens, les outrages dont il se dit l'intermédiaire, ou qu'il créa lui-même , furent au comble : il frappa de terreur les habitans à notre égard; il accumula sur nous les vexations les plus ridi-
cules; il aous défendit d'écrire, sans le lui avoir communiqué , à ceux même auxquels il ne nous interdisait pas de parler librement ; il invita à dîner chez lui le général Bonaparte pour le faire voir à une dame de distinction qui s'y trouvait en passant; il arrêta lui-même un de nos domestiques, etc.
Il produit une dépêche à Taide de laquelle il veut forcer TËmpereur à descendre, disait Napoléon , dans la fange de ses besoins , pour les discuter vîs-à-vis de lui ; il le harcelle pour fournir un argent qu'il n'a pas, et le conduit , à Ibrce de réductions sur le strict nécessaire , à briser et vendre son argenterie, dont lui. Gouverneur, fixe d'autorité le taux et l'acheteur. Il nous taxe ridiculement à une bouteille de vin par tête , l'Empereur Compris !.... « Il marchande notre » existence ; il m'envie l'air que je respire , disait «l'Empereur, » et ce qu'il nous envoie pour notre subsistance se trouve parfois et souvent de telle nature que nous sommes réduits â en emprunter au camp voisin ! ! ! etc.
Il tend un piège à Napoléon , se faisant une joie de l'espoir de lui transmettre, en personne
et avec pompe , une communication qu'il appelle ministérielle , et qui se trouve tellement brutale qu'il refuse d'en laisser copie. Il signifie à TEmpereur les réglemens les plus extravagans ; il resserre capricieusement et ironiquement son enceinte habituelle , lui |>rescrit la trace de ses pas , et va jusqu'à lui vouloir fixer la nature de ses conversations et l'étendue de ses paroles ; il creuse des fossés autour de nous , nous entoure de palissades , élève des redoutes ; il nous oblige, pour pouvoir demeurer auprès de l'Empereur, à signer individuellement que nous nous sou-, mettons à toutes ces choses ; il se sert de nos propres mains pour le dégrader, en nous forçant de le qualifier simplement Bonaparte ^ sous peine de nous arracher immédiatement d'auprès de lui , et de nous déporter sur-le-champ ! etc. L'Empereur, poussé à bout par d'aussi ignobles traitemens et d'aussi gratuites méchancetés, s'en explique sans réserve vis-à-vis de sir Hudson Lowe lui-même. Ses paroles ne ménagent plus rien ; il se délivre pour toujours de son odieuse vue, et prononce qu'il ne le reverra jamais. « Le plus mauvaisjprocédé des ministres
4S8 MÉMOAUL
» anglais n'est pltts désormais de m'ayoir envoyé » ici , lui a-t-il dit ; mais bien de m'avoir placé
» dans vos mains Je me plaignais de TAmiral
» votre prédécesseur; mais du moins il avait un
» cœur! Vous déshonorez votre nation ^ et
» votre nom restera une flétrissure ! Ce Gou-
» vemeur n'a rien d'anglais , nous répétait-il sou- 9 vent, ce n'est <pi'un mauvais sbire de Sicile.. •• » Je me plaignais d'abord qu'on m'eût envoyé ê un geôlier ; mais aujourd'hui )e prononce que » c'est un bourreau.... , etc. , etc. , etc. »
Je consacre ces mots et je pourrais en consacrer bien d'autres, quelque peu bienséans qu'ils puissent être , i\ Parce que je les ai entendus; 2*. Parce que Napoléon les a dits à sir Hudson Lowe lui-même , ou les lui a fait transmettre ; 5**. Enfin, parce qu'ils ont été mérités, tant ce Gouverneur , au grand scandale des Anglais même , qui , sur les lieux , en témoignaient leur profond dégoût, a abusé arbitrairement, oppressivement et brutalement d'un pouvoir qu'il avait à exercer au nom d'une nation si éminemment recommandable par tout le globe ; au nom d'un prince si généralement considéré en Europe ,
DB SàINTB-BÉLÈNÈ. 4Sd
eûfin àti nbm d'un ministère âu sein duquel se trouvaient enieorè <|tfelqftiès gens d'honneur , pei'sohnellefment cbnnxid par leur inodëraiion et leurs belles nianières»
Lés attaques i^ur Napoléon étaient incessantes} ]es tourmens , de tous les instans. II ne se pas* sait pas de jour sans nouvelles blessures'; et alors to put dire que se trouvait coinfme réalisé un des suppliées de la Table.
Àhl si jalnàis, dans cette époque de deuil pour tant de c^uris généreux , lé génie de l'Europe , celui de la vérité , celui dé l'histoire se sont tournés mèfiie involontairement vers Sainte- Hélène sur le grand Napoléon^ sTls l'ont cherché dans fcétle île , dont ils pensaient qu'on eût dû s efforcer du moiïis de faire son Elisée , qu'elle h^aura pas été leur indignation dé l'apercevoir , dans l'auréole de tant d'actes hùmortels , cloué &ur un roc à la façon de Prôméthée et sous les griffes de son Vautour se délectant aussi à le déchiqueter pièce à pièce ! Oh ! quelle infanaie!... Quelle honte éternelle!
Dans cette période , la santé de l'Empereur a Constamment et grandement décliné ; ce corps.