BATAILLE DE MONTENOTTE
Depuis l'arrivée du général en chef, à Nice^ le vingt-huit mars 17969 jusqu'à l'armistice de Cherasque, le vingt* huit avril suivant : espace d'un mois.
I. Plan de campagne poar entrer en Italie en tournant le* Alpes. — Le Roi de Sardaigne, que sa position géographique et militaire a fait appeler le portier des Alpes , avait en 1796 des forteresses à l'issue, de toutes les, gorges qui conduisent en Piémont. Si Ton eût voulu pénétrer en Italie, en forçant les Alpes, il eût fallu s'emparer de ces forteresses 1 or les routes ne permettaient pas le transport de l'artillerie de siège : d'ailleurs les montagnes sont couvertes de neige les trois quarts de l'année ; ce qui ne laisse qu$ très-peu- de temps pour le siège de ces places. On conçut l'idée de tourner toutes les Alpes, et d'entrer en Italie précisément au point où cessent ces hautes montagnes, et où les Apennins commencent. Le Saint- Gothard est le col le plus élevé dqg Alpes. A partir de ce
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col , les autres vont toujours en baissant. Âïnsî le Saint-Gothard est plus haut que le Brenoer ; celui-ci , qu$ les montagnes dé G adore ; les montagnes de Cadore 9 que le col de Tarvis et les montagnes de la Carniole. De l'autre côté, le Saint-Gothard est plus haut que le Simplon ; le Simplon plus haut que le Saint-Bernard ; le Saint- Bernard plus haut que le Mont-Cénis ; le Mont- Cénis plus haut que le col de Tende. Depuis Celui-ci, les Alpes continuent de baisser toujours, et finissent enfin aux montagnes Saint- Jacques, près Savone, où commencent les Apennins. Alors la chaîne de l'Apennin se relève, et va toujours en augmentant par un mouvement inverse ; de sorte que la Bochetta, lés cols voisins , ceux qui séparent la Ligurie des États de Parme , la Toscane , du Modenais , du Bolonais, vont toujours-en s élevant* La vallée de la Madone de Savone , efr les mamelons de Saint- Jacques et de Montenotte sont donc, tout à la fois les points les plus abaissés des Alpes et des Apennins; celui où finissent les uns, et où les autres commencent. ■
Savone , port de mer et place forte , se trou*
Yai t placée pour servir tout à la' fois de magasin et de .point d appui, îte cette viHe à la Madone, le chemin est une chaussée ferrée de trois milles, et de la Madone k la Carcari il y a quatre ou cinq autres milles. Ce dernier intervalle pourrait être .rendu praticable à l'artillerie en peu de jours. .A Carcari Ton trouve des chemins de voiture, qui conduisent dans l'intérieur du Piémont et du Montferrat.
Ce point était le seul par où Ton pût entrer en Italie sans trouver des montagnes ; les élévations du terrain y. sont si peu de chose, qu'on a conçu plus tard, sous l'Empire, le projet d'un canal qui aurait joint l'Adriatique à la Méditerranée, à l'aide du Pô et d'une branche de la Bormida, dont la source part des hauteurs qui avoisinent Savone.
En pénétrant en Italie par les sources de la Bormida , on pouvait se flatter de séparer et de désunir les armées sardes et autrichiennes , puisque de là on menaçait également la Lombardie et le Piémont* On pouvait marcher sur Milan comme sur Turin. Les Piémontais avaient intérêt à couvrir Turin, et les Autrichiens à couvrir Milan.
IL État des deux armées. — L'armée ennemie était commandée par le général Beaulieu , officier distingué , qui avait acquis de la réputation dans les campagnes du Nord. Cette année se trouvait munie de tout ce qui pouvait la rendre redoutable. L'armée française , au contraire , manquait de tout, et son gouvernement ne pouvait rien lui donner. L'armée des alliés se composait d'Autrichiens, de^ardes , de Napolitains a ils se trouvaient déjà triples de l'armée française , et devaient s'accroître encore successivement des forces dû Pape , de Naples , de celks de Modène et de Parme- Cette armée # se divisait en deux grands corps : l'armée active autrichienne , composée de quatre divisions, d'une forte artillerie' et d'une nombreuse cavalerie, accrue d'une division napolitaine, formant un total de soixante mille tommes sous les armes. L'armée active de Sardaigne, composée de trois divisions piémontaises , d une division autrichienne ayant quatre mille chevaux, était commandée par le général autrichien Colli , qui lui-même était aux ordre» du général Beaulieu. Le reste des forces sarde»
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tenait garnison dans les, places , ou défendait les cols opposés à l'armée française des Alpes : elles étaient commandées par le duc d'Àoste, I/arméç française était composée de quatre divisions actives i sous les généraux Masséna ; Àugereau, Laharpe et Serrurier : chacune de ces divisions pouvait, l'une portant l'autre, présenter six à sept mille hommes sous les armes \ La cava* lerie, de trois mille chevaux, était dans le plu§ ipauvais état , quoiqu'elle eût été Jong-tempf sur le Rhône pour se refaire ; mais elle y avait
* On trouve dans le chapitre correspondant à celui-ci, dans les Campagnes d'Italie, qui viennent d'être publiées, l'addition curieuse suivante. « Le total présentait trente mille hommes sous les armes; il est vrai que l'effectif de l'armée se montait, sur les états du ministère, à cent six mille hommes ; mais trente-six mille étaient prisonniers, morts oir^désertés; depuis long-temps on attendait â passer une revue régulière pour les effacer des états de situation; vingt mille étaient dans la huitième division militaire à Toulon , Marseille, Avignon; ils ne pouvaient être employés qu'à la défense de la Provence : sur lesf cinquante mille hommes effectifs, restans sur la rive gau-i che du Var, cinq mille étaient aux hôpitaux; sept mille formaient les dépôts; huit mille étaient employés aux garnisons de Nice, Villa-Franca , Monaco, Saorgio, etc.; restait trente mil}e Jmmnies prêts à entrer en campagne. *
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manqué de subsistance*. L'arsenal d'Antibes et celui de Niée étaient bien pourvus % mais on manquait de moyens de transports : tous les chevaux de trait avaient péri de misère. La pénurie des finances était telle en France, que, malgré tous lés efforts du gouvernement , on ne put donner que deux mille louis en espèces au trésor de Tannée pour l'ouverture de la campagne; il n'y avait donc rien à espérer de la France. Toutes les ressources désormais ne pouvaient s'attendre que de la victoire. Ce n'était que dans les plaines d'Italie que l'on pouvait organiser les transports, atteler l'artillerie, habiller les soldats f wpxiter 1? cavalerie, On cent quérait tout cela, si l'on forçait l'entrée de l'Italie. L'armée française n'avait guère à 1^ vérité qu3 trente jgaillç JUomuae*, et on Ift en pré-, sentait plus de quatre-vingt dix mille. Si ces deux armées eussent eu à lutter dans une bataille générale , jsans doute l'infériorité du nombre de l'armée française , et son infériorité en artillerie et cavalerie, ne lui eussent pas permis de résister ; mais ici on pouvait suppléer au nombre, par la rapidité des môitehes* à l'artil-
lerie , par la nature de* manoeuvres $ au manque de cavalerie, par 4 la nature des positions % et le moral de nos troupes était excellent : tous les soldats avaient fait les autres campagnes dltaSe ou celles des Pyrénées.
ÏIL Napoléon arrive à Nice. — Napoléon arriva & Nice du vingt-six au vingt-neuf mars. Le tableau de l'armée, qui lui fat présenté par Scherer , se trouva pire encore que tout ce qn'il avait pu s'imaginer. Le pain était mal assuré, depuis long-temps il ne se faisait plus de distributions de viande; il ne fallait compter que sur deux cents mhlets pour les transports , et Ton ne devait pas songer à conduire plus de douze pièces de canon : chaque jour la position empirait. II ne fallait pas perdre un instant , l'armée ne pouvait plus vivre où elle était, il fallait avancer ou reculer.
Le général français donna des ordres pour que son armée se mit en mouvement. Il voulait surprendre l'ennemi dès le début dé la campagne, et l'étourdir par des succès éclatans et décisifs.
Le quartier-général n'avait jamais quitté Nice
3epuis le commencement de la guerre : il reçut Tordre de se rendre à Albenga. Depuis longtemps toutes les administrations se regardaient comme à poste fixe ,' et s occupaient bien plus des commodités de la vie que des besoins de Tannée* Le général français passa la revue des troupes et leur dit : « Soldats! vous êtes nus,, » mal nourris; on nous doit beaucoup , on ne . » peut rien nous donner. Votre patience , le * courage que vous montrez au milieu de ces » rochers, sont admirables; mais ils ne vous pror » curent aucune gloire. Je viens vous conduire t dans les plus fertiles plaines du monde. De <* riches provinces, de grandes villes , seront en notre pouvoir, et là, vous aurez richesses.
. » honneurs et gloire. Soldats d'Italie , manque- » riez-vous de courage ! »
Ces discours, un jeune général de vingt-cinq ans, en qui la confiance était déjà grande par les opérations brillantes de Toulon , de Saorgio. . de Savone , dirigées par lui les années précédentes j étaient accueillis par de vives acclamations.
En voulant tourner toutes les Alpes et entrer
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en Italie par le col de Cadibonne , il fallut quetoute l'armée se rassemblât sur son extrême droite : opération dangereuse, si les neige»
n'eussent» pas alors couvert les débouchés des Alpes. Le passage de Tordre défensif à l'ordre offensif, est une des opérations lès plus délicates, Serrurier fut placé à Garezaio, avec sa division, pour observer les camps. que Colli avait sur Ceva. Masséna et Augereau furent placés en réserve It Loano , Finale et jusqu'à Savone. Laharpe marcha pour menacer Gênes; «on avant- . garde , commandée par Gervoni , occupa Voltri. Au même moment le général en chef fit demander au sénat de Gênes Je passage de la Bochetta et les clefs de Gavi , annonçant ainsi qu'il voulait pénétrer en Lombardie et appuyer ses opérations sur la ville de Gênes. La rameur fut extrême à Gênes; les conseils se mirent en permanence.
IV. Bataille de Montenotte y onze avril. — Beaulieu, alarmé , court en toute hâte de Milan au secours de Gênes. Il porte son quartier-général à Novi, partage. son armée en trois corps : la* droite, sous les ordres de Colli, composée d#
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Piémotttaif » eut Mn quartier-général à Ceva; elle fot chargea de la défende de la Staura et du Tenant. JLe Centre * sous les ordres de d'Ârgen-» t*au , marche an* Montenotte > pour couper l'année française en tombant sur sua flanc gauche > et lui intercepter, à Savone, la route de 1? Corniche* De sa personne, BeauKeu avec sa gauche, couvre Gènes et inarche sur VoJtri. Au premier , aspect* ce* dispositions paraissaient hien entendues; mais en étudiant mieux les circonstances 4u pays , on découvre que Beanlieu divisait «es forces, puisque to^ite communie*tion directe était impraticable entre son centre Ot «a gauche , autrement que parnierrière les montagnes; tandis que Farinée française , an contraire, était placée de manière à se réunir em peu d'heures > et tomber en masse sur l'un qu Vautre des corps ennemie; et lun d'eux fortement battu, l'autre était dans l'absolue nécessité de se retirer*
Le général d'Àrgente*u, commandant le centre de l'artnée ennemie , vint camper à- Mon* tenotte-Inféfieur , le neuf avril. Le dix il mar* eha dur Monte-Legino , pour déboucher par le
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Madone, Le colonel Rampon , qui avait été cha^é de la garde des trois redoute* de Monter Legino f ayant eu avk de 1* naftrehe de I'eiir- Demi y poussa une forte reconnaissance à sa rea* contre. Sa reconnaissance fut ramenée dfeptt& midi jusqu'à deux hetfretfj <§uelle reétra dans les redoutes. D'Àrgentéau essayjt de les enlever d'emblée ; il fut repouèsé dans trois attaques consécutive* i il y renonças. Contai* ses troupes étaient fatiguées , il prit position, et remit au Lendemain à tourne* te& redoutes pour lé» faire tomber. Beaulieft , de son côté , débottcha le neuf Air Gênes, Toute la fournée do ôxé, 1*< harpe se trouva engagé arieé «» avanfrgaides en> avant de. YeHri, pour lui disputer tes gorges et le etfntëmr, Mai» le dix an soir, il se rëpfta soi* Savane, et le onze à la peinte d(J jour», il se tre&vait, avec toute sa division y derrière Rato* pon et les redoutes de Monte-Legino, Dam» cette même nuit du dix au on«e, lé général en ckef marcha avec lee ditiskuts Massé»» et Àugeteat y par le col de Cadibonne , et déhotreba derrière Monténtrtte. A. la pointe dû joèr, d'Àfgenteàu, enveloppé de tous côtés, fut attatjué en tète
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par Rampon et Laharpe , en queue et en flanc par le général en chef. La déroute fat complète; tout le Corps de d*Ârgeriteàu fut écrasé, dans le même temps que Beaulieu se présentait à Voltri , où il ne trouvait plus personne. Ce ne fut que* dans la Journée du douze que le général apprit le désastre de Montenotte, et l'entrée des Français dans le Piémont. Il lui fallut alors replier en toute hâte ses troupes sur ellesmêmes , et repasser les mauvais chemins où les dispositions de .son plan l'avaient forcé de se jeter. Il s'ensuivit que, trois jours après, à la bataillé de Millésimo, une partie seule de ses troupes put arriver à temps.
V. Bataille de Mitlésimo , quatorze avril. — Le douze, le quartier-général de l'armée française était ^Carcari ; Tannée battue s'était retirée : les Piémontais sur Millésime, et les Autrichiens sur Dégo.
Ces deux positions étaient liées par une division piémontaise qui devait occuper les hauteurs de Btestro.
À Millésimo, les Piémontais se trouvaient à cheval sur le chemin qui couvre le Piémont ;
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ils furent rejoints par Colli avec tout ce qu'il put tirer de la droite*
À Dégo , les Autrichiens occupaient la position qui défend le chemin d'Àqui, route (Brecte du Milanais ; ils furent successivement rejoints par tout ce que Beaulieu put ramené* de Yollri : ils se trouvaient là en position de recevoir tou& les renforts que pourrait leur fournir la Lom-* bardie. Ainsi les deux grands débouchés, du Piémont et du Milanais, étaient couverts : l'en-* nemi se flattait d'avoir le temps de s'y établir et de s'y retrancher^
Quelque . avantageuse que f nous ait été la bataille de Montenotte, l'ennemi avait trouvé, dans la supériorité du nombre, de quoi réparer ses pertes; mais le surlendemain quatorze, la bataille de Millésimo nous ouvrit les deux routes de Turin et de Milan.
Àugereau, formant la gauche de l'armée française, marcha sur Millésimo; M asséna, «avec le centre, se porta sur Dégo, et Laharpe, commandant la droite, cheminait sur les hauteurs de Cairo. L'ennemi avait appuyé sa droite, en faisant occuper le mamelon de Cosseria qui
domine le* deux bruches de la Bormida; mai* dès le treize, le général Àugeréaa, «|ui n'avait pas donné à la bataille de ftfcmténotte , poussa la drtati^le r«nenri avec tant d'impétatitiité, qu'a Itrf enleva 1er gorges de Millésime) et cerna le mamelon dfc Cosseria. Proverâ, atec son arrièrti-gatde,. forte dé deux mille hommes y fat coupé. Dans rate pôfcitkm aussi désespérée, 3 paya d'audace; ce générai te réfugia dan* ua vient catetel rni&é et s'y barricada. De cette hauteur il royait la droite de l'tnùéë darde que faisait des dispositions pour la bataiHë du lendemain , où il espérait être dégagé. Tottfteé les troupes dé GolK, dort camp de Cetfa, devaient être arrivées dans la nuit. On sentait donc 1 un* portaoce de «emparer^ daas la journée^ du château de Cesseria? mais ce pdster était trèsfort ; on y échoua. Le lendemain les deux aarméen eu tinrent ans mains. Maaaéaa et Labarpe «aliénèrent I>égar après tm combat opfciiâfce. Méttstra et Joubert, les hauteurs de Biestro. To*tea le* attaques de ColK, peu» dégager Cosseria, fureur values^ il fort batta et poursuivi i'épée datts le» «daat : alors Proféra dut
poser les armes. L'ennemi , vivement poursuivi dans les gorges de Spigno, y laissa une partie de soa artillerie, beaucoup de drqpeaux et de prisonnier*. La séparation des deux armées , autrichienne et sarde , fut dès- lors bien marquée, .Beaulieu porta son quartier -général k Àcqui, route du Mitanai** et Colli se porta à Ceva, pour s'opposer à la fonction de Serrurier , et couvrir Turin.
VL Combat de Dégo, quinze Mût. Cependant une dmskm de grenadiers autrichiens, qui avait iSté «Érigée de Voftrî par Sassello, arriva à trois heures du matin à Dégo. La position n'était pluftoceupée que par des avant-gardes. Ces grenadiers enlevèrent donc facilement le village, et l'alarme fut grande au quartier-général français , où Fou avait peine à comprendre comment les ennemis pouvaient être à Dégo,.
lorsque nous avions des avant -postes sur la route d'Acqui. Après deux heures d'un combat très-chaud , Dégo fat repris , et la division en» nemie presqu entièrement prisonnière.
Nous perdîmes dans <ees affaires le générai Bonel à Millésime, et le généralliaiifse à Dégo.