‹ Mémorial de Sainte-Hélène (volume 5)Chapitre 12 sur 21 · Ô MEMORIAL · texte numérisé non relu

Ô MEMORIAL

Ces deux officiers étaient de la bravoure la plus brillante; ils venaient tous les deux de l'armée des Pyrénées -Orientales, et il était à remarquer que les officiers qui arrivaient de cette armée montraient une impétuosité et un courage des plus distingués. C'est dans le village deDégo, que Napoléon distingua, pour la première fois, un chef de bataillon qu'il fit colonel; c'était Lannes qui, depuis, fut maréchal de l'Empire, duc de Montébello , et déploya les plus grands talens. On le verra constamment dans la suite prendre la plus grande part à tous les événemens militaires»

Le général français dirigea alors#es opérations sur Colli et le Roi de Sardaigne, et se contenta de tenir les Autrichiens en échec.

Laharpe fut placé en observation près de Dégo, pour garantir nos derrières et tenir en respect Beaulieu , qui , très-affaibli , ne s'occupait plus qu'à rallier et réorganiser les débris de son armée» La division Laharpe , obligée „ de demeurer plusieurs jours dans -cette position, s'y trouva vivement tourmentée par le défaut de subsistances, vu le manque de transports, et

1 épuisement du pays où avaient séjourné tant de troupes ; ce qui donna lieu à quelques désordres!

Serrurier, irffruit à Garessio des batailles de Montenotte et de Millésimo, se mit en mouvement, s'empara de la hauteur de Saint- Jean, et entra dans Céva le même jour qu'Àugereau arrivait sur les hauteurs de Montezemoto. Le dix-sept, après quelques légères affaires, ColK évacua le camp retranché de Céva, les hauteurs de Montezemoto, et se retira derrière la Cursaglia. Le même jour le général en chef porta son quartier -général à Céva. L'ennemi y avait laissé toute son artillerie qu'il n'avait pas eu le temps d'emmener , et s'était contenté de laisser garnison dans le château.

Ce fut un spectacle, sublime que l'arrivée de l'armée sur les hauteurs de Montezemoto; de là se découvraient les immenses et fertiles plaines du: Piémont Le Pô, le Tanaro et une foule d'autres rivières serpentaient au loin; une ceiny ture blanche de neige et de glace, d'une prodigieuse élévation , cernait à l'horizon ce riche -bassin de la terre promise. Ces gigantesques

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barrière* , qui paraissent les limites d'un autre monde , que la nature s'était plu à rendre si fonqidables, auxquelles Fart n'avait rien épargné, venaient de tomber comme par enchantement.

» Anoibal a forcé les Alpes f dit le général fxaU- » çais en fixant ses regards sur ces montagnes; 'nous, nous les aurons tournées. » Phrase heureuse qui exprimait en deux mots la pensée et le résultat de la campagne.

L'année passa le Tanaro. Pour la première fois 9 nous nous trouvions absolument en plaine, et la cavalerie put alors nous être de quelque secours. Le général Stengel, qui la commandait, passa la.CursagHa à Lezëgno, et battit la plaine. Le quartier-général fut porté au château de Lezegno, sur la droite de la Cursaglia, près de l'endroit où elle se jette dans le Tanam».

VU. Combat de Saint-Miche^ Bataille de Mmdovij vingt et vingt-deux avril. — Le général Serrurier réunit ses forces à Saiat-Micjbel Le vingt, il passa le pont de Saint-Michel en même-temps que M asséna passait le Tanaro , pour attaquer les Piémontais. Mais Colli , jugeant le danger de sa position , abandonna le confluent des deux

rivièrrts, qiarch^ lui-même pour prendre position à Mondovi. U se trouva* p^r u»e efrco&stance fortuite, avec ses forces, précisément devant Saint-Michel, comme le général. Serrurier débouchait du pont II fit halte* lui opposa de# forces supérieures et le força de M replier, Serrurier se fut pourtant maintenu dans Saint? Michel , si un de ses régimens d'infanterie lé*> gère ne se fût livré au pillage. Le général français déboucha, le vingt-deux, par le pont de Torre, et se porta sur Mondovi ColU y avait déjà élevé quelques redoutes, et s y est trouvé en position; sa droite à Notre-Dame de Yieo, et son centre à la Bicoque* Dans la journée même, , Serrurier enleva la redoute de la Bicoque , et dé* eida de la bataille, qui a pris le nom de Mon* dovi. Cette ville et tous ses magasins tombèrent au pouvoir du vainqueur.

Le général Stengel, qui s'était trop éloigné en plaine avec un millier de chevaux, fuii^tta-r que par les Piémontais, doubles en force, I) fit toutes les dispositions qu'on devait attendre d'un général consommé, et opérait s? retraite sur ses renforts, lorsque, dans une charge, il

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tomba blessé à mort d'un coup de pointe. Le général Murât, à la tête de la cavalerie, repoussa les Piémontais, et les poursuivit à son tour pendant quelques heures. Le général Stengel, Alsacien , était un excellent officier de hussards : il avait servi sous Dumouriez aux campagnes du Nord, était adroit, intelligent, alerte; il réunissait les qualités de la jeunesse à celles de l'âge avancé; c'était un vrai général d avantpostes. Deux ou trois jours avant sa mort, il était entré le premier dans Lezegno. Le général français y arriva quelques heures après, et, quelque chose dont il eût besoin, tout était prêt. Les défilés, les gués avaient été reconnus; .des guides étaient assurés; le curé, le maître de poste avaient été interrogés; des intelligences étaient déjà liées avec les habitans; des espions étaient envoyés dans plusieurs directions; les lettres de la poste saisies, et celles qui pouvaient donner . des renseignemens militaires , traduiteset analysées ; toutes les mesures étaient prises pour former des magasins de subsistances, pour rafraîchir la troupe. Malheureusement Stengel avait la vue basse, défaut essen-

tiel dans sa profession , qui lui devint funeste * et contribua à sa mort

Après la bataille de Monde vi, le général en chef marcha sur Cherasque ; Serrurier se portq sur Fossano, et Augereau $ur Àlba.

VIII. Prise de Cherasque* vingt-cinq avriL-*^ Ces trois colonnes entrèrent à ltf fois, le vingtcinq avril, dans Cherasque , Fossano et Alba. Le quartier-général de Golli était à Fossano,. le jour même que Serrurier l'en délogea. Cherasque % k l'embouchure de la Stura et du Tanaro, était forte , mais mal armée et point approvisionnée , pçffce qu'elle n'était pas frontière. Le général français attachait une grande importance à sa possession, Il y trouva du canon, et fit travailler à force à la mettre eu état de défense. L'avant -garde passa la Stura, et se porta au-i delà de la petite ville de Bra.

Cependant la jonction de Serrurier nous avait permis de communiquer avec Nice, par Ponte-»

di-Nava ; nous en reçûmes des renforts d artillerie , et tout ce que l'on avait pu préparer. On avait pris, daas tous les différens combats, beau* coup d'artillerie et de chevaux; on en leva de a. 18

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tous côtés dans la plaine de Mondovi. Peu de jours après l'entrée à Cherasque, Tannée eut soixante bouches à feu approvisionnées ; la cavalerie fit des remontes de chevaux. Les soldats/ qui avaient été sans distributions durant les huit ou dix jours de cette campagne , commencèrent à en recevoir de régulières» Le pillage et le dé* sonore , suite ordinaire de la rapidité des mouvemens, "cessèrent; on rétablit la discipline, et chaque jour l'armée changea de face, au milieu de l'abondance et des ressourcés qu'offraient ce beau pays. Les pertes se réparèrent. La rapidité des mou vemens, l'impétuosité des troupes, et surtout l'art de les opposer toujours à l'ennemi l \^u moins en nombre égal, et souvent en nombre supérieur > joint aux succès constans qu'on avait obtenus, avaient épargné bien des hommes; d'ailleurs les soldats arrivaient par tous les dé^ bouchés, de tous les dépôts, de tous lés hôpitaux, au seul bruit de la victoire et de l'abondance qui régnait dans l'armée. On trouva en Piémont de tous les vins : ceux du Mont-Eerrat ressemblaient aux vins de Franoe. La misère avait été telle , jusque là, dans l'armée française;

qu'on oserait à peine la décrire. Lés officiers, depuis plusieurs années, ne recevaient que huit francs par mois, et l'état-major, était entièrement à pied. Le. maréchal Betthier; a .conservé dans ses papiers un; ordre' dà::J0qrd'Albenga, qui accordait. une gratification, de trois louis à chaque général. / ' ! •:.:.> ••':• "•' ' ' »

. IX. jirmisiice:dt Chtcatque* le vingt-huit avril.; —îL'pruïée:; h/était plus éloignée que de dix lieues ;d£ .ïiirm. j r» : ' j • > La Cour : dé; Sardaigne ne savait plus à quoi se, résoudre ; son année était découragée *t en partie; détruite. L'armée autrichienne, réduite; à plus de moitié, semblait n'avoir d'autre pensée* que de. couvrir Milan. Les esprits étaient fort agités dans tout le Piémont, et la Cour ne jouissait nullement de la confiance publique. Elle se mit à la discrétion du général français , et solli-, cita un armistice ; celui-ci y accéda. Bien. des* personnes eussent préféré que l'armée eût marché et se fût emparée de Turin. Mais Turin est une place forte; si l'on voulait en • fermer les portes , on avait besoin d'un, train d'artillerie qu'on n'avait pas pour les faire ouvrir. Le Roi

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