DE LA CAMPAGNE DIT^IE
J'ai dit' plus haut quelque part dans le recueil, que je donnerais les fragmens de la campagne d'Italie , demeurés en mes mains. Me voilà ' k la fia d'un mois, j'en vais placer quelques chapitres.
A mon retour en France , par la funeste circonstance qui m'a rendu à moi-même , les motifs de garder pour moi seul les fragmens de la x campagne d'Italie , que je possédais du consentement de l'Empereur, n'existant plus , et la privation de mes papiers par le ministère anglais ne me laissant pas l'occasion de rien publier sur Sainte-Hélène, je distribuai quelques-uns de ces. fragmens, ne mettant d'autre condition à leur publicité , que de bien spécifier qu'ils étaient de simples brouillons , de premières dictées qui auront reçu sans doute , par la suite , de grandes altérations.^ Aujourd'hui que la restitution de mes papiers m'a mis à même de publier le Mémorial de Sainte-Hélène, j'ai, eu 2. i5
ta pensée d'y réunir tous ces fragmens de la cainpafie d'Italie , imaginant qu'ils ne seront pas &fts intérêt pour ceux qui aimeront à comparer ce premier jet avec les idées arrêtées : d'autant plus que tenant des dépositaires mêmes du manuscrit de ces campagnes, que la volonté dé l'Empereur a été que le tout fût publié avec luxe , cartes, plans, etc., et dédié à son fils, j'ai tout lteu de croire qu'on sera long-temps encore avant de jouir de cette publication \ J'in-
* Les chapitres de la campagne d'Italie étaient particulièrement ce que je me proposais de supprimer v dans cette réimpression, pensant d'abord que, puisqu'en ce moment on les publiait dans toute leur étendue r mes fragmens isolés 'devenaient dès-lors inutiles. Toutefois, j'ai été conduit à changer de détermination par le sentiment que j'ai éprouvé moi-même en comparant les deux versions; sentiment, ai-je pensé, que beaucoup d'autres pourront partager avec moi. Des pages entières restent littéralement les mêmes, il est vrai; mais, tout-à-coup, des mots se trouvent changés, des épithètes altérées des phrases ou même des paragraphes entiers supprimés , non pour la seule amélioration du style, mais pour la modification évidente du sens. Or, il n'est pas sans un grand intérêt, pour un grand nombre, de pouvoir connaître les motifs Intérieurs qui ont amené ces variantes ; suivre h disposition d'esprit qui à dû les dicter; assister,
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sérerai donc le peu que je possède , sept chapitres sur vingt-deux , soit £ la fin des mois , soit dams le cours même du Journal , quand il viendra à languir.
Voici, pour le présent, lélibremiers de ces fragmens ; Vendémiaire , la OTKille de Monté'notte , e% Partie du Chapitre III sur la topographie d'Italie. *
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pour ainsi dire, au développement de la pensée du ma-, ment, la saisir tout entière dans ses rapports avec les conséquences qu'elle a pour objet de consacre*.
Dans le chapitre actuel, par exemple, les variantes montrent une légère suppression sur Pichegru , quelques x additions lors du choix du général pour la journée de Vendémiaire; mais surtout la suppression entière du monologue, d'ailleurs si remarquable; et pourquoi cette dernière détermination ; car oc monologue avait déjà assez arrêté l'attention du narrateur, "pour avoir reçt» des corrections de sa propre main, ainsi que le démontré la version du Mémorial;, mars en voilà assoa, je pense', pour me justifier d'avoir tout çon^ervéV
TREIZE VENDEMIAIRE.
*" 2V. B. Tous les mots en caractère italique sont des corrections faites au manuscrit original, de la main de Napoléon même. :l
I. Constitution de l'an III. — La chute de la Municipalité du 3 1 mai et du parti de Danton , de Robespierre , amena la chuté des jacobins et la fin du Gouvernement révolutionnaire. Depuis, la Convention fut successivement gouvernée par des factions qui ne surent acquérir aucune prépondérance; ses principes variaient chaque mois. Une épouvantable réaction affligea l'intérieur de la république ;' les domaines cessèrent de se vendre , et le discrédit des assignats croissant chaque jour , les armées se trouvaient sans solde, les réquisitions et le'maximum y avaient seuls maintenu l'abondance; les magasins se vidèrent; le pain même du soldat ne*fut plus assuré. Le recrutement , dont les lois avaient été exécutées avec la plus grande rigueur, sous le Gouvernement révolutionnaire, cessa. Les armées conti-
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nuèrent d'obtenir de grands succès , parce que jamais elles n'avaient été plus nombreuses ; mais les armées éprouvaient des pertes journalières , * il n'y avait plus de moyens pour les réparer.
Le parti de l'étranger, qui s'étayait du prétexte du rétablissement des Bourbons , acquérait chaque jour de nouvelles forces. Les salons étaient ouverts , on y discourait sans cjainte ; les communications étaient devenues plus faciles avec l'extérieur ; laj)erte de la République se tramait publiquei&ent.
La révolution était vieille; elle avait froissé bien des intérêts : une main de fer avait pesé sur les individus. Bien des crimes avaient été commis : ils furent tous relevés avec acharnement , et chaque jour davantage on excita * l'animadversion publique contre tous' ceux qui avaient gouverné , admiifistré , ou participé , d'une manière quelconque, aux succès de la Révolution. *
Pichegru avait "été gagné : c'était le premier général de la République , fils d'un laboureur de Franche-Comté , et frère minime , dans sa jeunesse, au collège deBrienne; il se vendit au
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parti royal , et lui livra le succès des opérations de son armée*
Les prosélytes des ennemis de la République ne furent pas nombreux dans l'armée ; elle ft resta fidèle aux principes de la révolution pour les* quels elle avait versé tant de sang , et remporté tant de victoires.
Tous les partis étaient fatigués de la Convention : elle Tétait d'elle-même. Sa mission avait été l'établissement d'une constitution ; elle vit enfin que le salut de la patrie, le sien propre , exigeaient que , sans délai , elle remplit sa principale mission. Elle adopta , le 2\ juin 1795 , la constitution connue sous le titre de. constitution de l'an III. Le Gouvernement était confié à cinq personnes , sous le nom de Directoire ; la Législature à deux Conseils, dits des Cinq Cents et des Anciens. Cette constitution fut soumise à l'acceptation du peuple, réuni en assemblée pîmaire.
II. Lois additionnelles à la constitution. — L'opinion était généralement répandue, qull fallait attribuer la chute de la constitution de 91 à la loi de la Constituante, qui excluait ses
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membres de la législature. La Convention ne tomba pas dans la même faute ; elle joignit à la constitution deux lois additionnelles, par lesquelles elle prescrivit que les deux tiers de' la législature nouvelle seraient composés des membres de la Convention , et que les assemblées électorales de départemens n'auraient à nommer , pour cette fais , qu'un tiers seulement des deux Conseils. La Convention prescrivit de plus que ces deux lois additionnelles seraient soumises à l'acceptation du peuple , comme parties inséparables de la constitution. </
Le mécontentement fut, dès-lors , général.
Le parti de l'étranger surtout voyait tous ses projets déjoués par ces dispositions. Il s'était flatté que les deux conseils» auraient été entièrement composés d'hiommes neufs et étrangers à la révolution , ou même en partie de ceux qui en avaient été victimes; et dès lors il espérait d'arriver à la contre-révolution par l'influence même de la législature.
Ce parti ne manquait pas de très-bonnes raisons pour* cacher les véritables motifs de son mécontentement ; il alléguait que les droits du
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peuple étaient méconnus , puisque la Convention.» qui n'avait eu de mission que pour établir une constitution, usurpait les pouvoirs d'un corps électoral , en donnant elle-même h ses membres les pouvoirs d'un corps législatif; que la preuve que la Convention savait qu'elle agissait contre l'intention du peuple , c'est qu'elle imposait aux assemblées primaires la condition arbitraire de voter à la fois sur l'ensemble de la constitution et ses lois additionnelles. La Convention ne devait vouloir que ce que voulait le peuple. Pourquoi ne le laissait-t-elle pas voter séparément sur la constitution et les lois additionnelles? C'est qu'elle savait que les lois additionnelles seraient unanimement rejetées. Quant à la constitution, en elle-même , elle était préférable sans doute h ce qui existait, et , sur ce point, tous les partis étaient d'accord. Les uns , il est vrai, eussent vouju un président, au lieu de cinq directeurs,, les autres. auraient désiré un Cpnseil plus populaire ; mais en général on vit cette nouvelle constitution avec plaisir. r Quant au parti de l'étranger, qui était dirigé par des comités secrets , il n'attachait ' aucqpe impor-
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tance à des formes de gouvernement qu'il ne voulait pas maintenir ; il n'étudiait , dans, la constitution, que le moyen d'en profiter, pour opérer la contre-révolution ; et tout ce qui ten* dait à ôter l'autorité des mains de la Convention et des conventionnels lui était agréable:
III. Les lois additionnelles sont rejetées par les sections de Paris. -—Les quarante-huit sections de Paris se réunirent ; ce furent quarante-huit tribunes dans lesquelles accoururent les orateurs les plus virulens : Laharpe, Sérizi, Lacretelle jeune, Vaublanc, Régnault, etc. Il fallait peu de talens pour exciter tous les esprits contre la Convention ; et plusieurs de ces orateurs en montrèrent beaucoup.
La capitale fut ainsi mise en fermentation.
Après te neuf thermidor , on avait organisé la garde nationale. On avait eu en vue d'en éloigner les jacobins; mais on était tombé dans l'excès contraire , et les contre - révolutionnaires s'y trouvaient en assez grand nombre.
Cette garde nationale était de plus de quarante mille hommes , armée et habillée. Elle partagea toute Teiaspération des sectionnaires
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contre la Convention ; et les lois additionnelles furent rejetées dans Paris. Les sections se succédèrent à la barre de la Convention , et y manifestaient hautement leur opinion. La Convention cependant croyait encore que toute cette agitation se calmerait aussitôt que les provinces auraient manifesté leur opinion par l'acceptation de la constitution et des lois additionnelles. Elle croyait pouvoir comparer cette agitation de la capitale à ces commotions si communes à Londres, et dont Rome avait si souvent donné l'exemple au temps des comices. Elle proclama le vingt-trois septembre l'acceptation de la constitution et des lois additionnelles , par la majorité des assemblées primaires ; mais dès le lendemain les sections de Paris nommèrent des députés pour former une assemblée centrale d'électeurs qui se réunirent à l'Odéon.