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directions ; les lettres de la poste saisies , et celles i|tii pouvaient donner des renseignements militaires, traduites et analysées ; toutes les mesures étaient prises pour former des magasins de subsistances, |mur rafraîchir la troupe. Mallieureusemenl Stengel avait la vue basse, défaut essentiel dans sa profession , qui lui devint funeste, et contribua à sa mort.
Après la bataille de Moudovi, le général en chef marcha surChernsi|ue; Serrurier se porta sur Kossano, et Augereau sur Allia.
VIII. Prise de Cherasque, SS avril. — Ces trois colonnes entrèrent à la fois le 2‘i avril , dans Cherasque , Kossano et Allia. |.e quartier général de Colli était à Kossano, le jour même que Serrurier l’en délogea. Cherasque, !
• à l'emliouchure de^la Slurn et du Tanaro, était forte, mais mal armée et |Hiint approvisionnée, parce qu'elle n'était pas frontière. Le général français attachait une grande importance à sa possession. Il y trouva du canon, et lit travailler il force à la mettre en étal de défense. L'avantgarde passa la Stura, et se porta au delà de la petite ville de lira.
Cependant la jonction de Serrurier nous avait prrmisdc communiquer avec Nice par Ponte-di-Piavn ; nous en reçûmes des renforts d'artillerie et tout ee que l'on avait pu préparer. Un avait pris dans tous les différents combats lienucoup d'artillerie et de chevaux; on en leva de tous côtés j dans la plaine de Mondovi . Peu de jours après l'entrée à Cherasque, l’armée eut soixante bouches à feu approvisionnées; la cavalerie fit des re- , montes de chevaux. Les soldats, qui avaient été sans distributions durant Ira huit ou dix jours de cette campagne, commencèrent à en recevoir de régulières. Le pillage et le désordre, suite ordinaire de la rapidité des mouvements, cessèrent ; on rétablit la discipline , et chaque jour l'armée changea de face, nu milieu de l'abondance et des ressources qu'offrait ce la-an [wys. Les pertes se réparèrent. La rapidité des mouvements, l'impétuosité des troupes, et surtout l'art de les opposer toujours à l’ennemi, au moins en nombre égal, etsouventen nombre supérieur, joint aux succès I constants qu'on avait obtenus, avaient épargné bien des hommes : d'ailleurs les soldats arrivaient par tous les débouchés, de tous Ira dépôts, de ! tous Ira hôpitaux, nu seul bruit de la victoire et de l'abondance qui régnait dans l'armée. Un trouva en Piémont de tous les vins: ceux du Moni- Kerrat ressemblaient aux vins de Krnnce. La misère avait été telle jusquelù dans l'armée française, qu’ou oserait à peine la décrire. Les officiers, i depuis plusieurs années, ne recevaient ([lie 8 fr. par mois, cl l'état-major était entièrement à pied. Le maréchal nertbiera conservé danssra papiers I un ordre du jour d'Albcnga, qui accordait une gratification de trois louis à chaque général.
IX. Arm it lice de ( heru.ii/ ne , le 2K avril. — L'armée n'était pluséloi- ' gnée que de dix lieues de Turin.
I.n cour de Sardaigne ne savait plus il (|uoi se résoudre ; son armée était j déeouragée et en partie détruite. I.’armée autrichienne, réduite i) plus de I moitié, semblait n’avoir d’autre pensée que de couvrir Milan. Les esprits étaient fort agités dans tout le Piémont, et la cour ne jouissait nullement de la confiance publique. Klle se mit à la discrétion du général français et sollicita un armistice; celui-ci yaceéda. Bien des personnes eussent préféré que l’armée eût marché et se fût emparée de Turin. Mais Turin est \
| une place forte ; si l’on voulait en fermer les portes, ou avait besoin d’un train d’artillerie qu’on n’avait pas pour les faire ouvrir. Le roi avait en- • j eore un grand nombre de forteresses, et, malgré les victoires qu’on venait de remporter, le moindre échec, le plus léger caprice de la fortune pou- | vait tout renverser. Les deux armées ennemies, malgré- leurs nombreux | . revers, étaient encore égales à l’armée française ; elles avaient une artil-
lerie considérable, et surtout u ne cavalerie qui n’avait pas souffert. Dans l’armée française, malgré ses victoires, il y avait de l'étonnement : on demeurait frappé de la grandeur de l’entreprise ; l'on doutait de la possihilité du sucrés, quand on considérait la faiblesse des moyens. Le moindre , I | événement douteux eût donc rencontré beaucoup d'esprits disposés!) l'exaj gération. Des officiers, même des généraux, neconccvaient pasqu’onosàt ! songcrùla conquête de l'Italie avec aussi peu d'artillerie, sans presque de cavalerie, et avec une armée aussi faible, que les maladies et l’éloigne- ! [ ment de la patrie allaient affaiblir chaque jour. On trouve des traces de ' | ces sentiments de l'année dans la proclamation suivante du général en I | chef, qu’il adressa à ses soldats h Chcrusque :
«Soldats! vous avez en quinze jours remporté six victoires, pris i » vingt et un drapeaux , cinquante-cinq piccesde canon, plusieurs places | ! « fortes, cl conquis la partie la plus riche du Piémont. Vous avez fait
» quinze mille prisonniers, tué ou blessé plus de dix mille hommes.
« Vous vous étiez jusqu'ici buttuspour des rochers stériles, illustrés par « votre courage, mais inutiles à la patrie. Vous égalez aujourd’hui par « vos services l’armée* conquérante de la Hollande et du Hhin. Dénués de i
j « tout, vous avez supplée- à tout. Venis avez gagné des batailles sans canon, !
» passé des rivières sans pernts, fait des marches forcées sans souliers,
« bivemaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain . Les phalanges répu- « blicaiue-s, le-s soldats ele la liberté étaient seuls capahle-s de souffrir ce j
« que vous avez souffert! Grâces vous en soient rendues, soldats! la patrie l
« reconnaissante vous devra en partie sa prospérité ; et si, vainqueurs de j
Il F. SAINTE- HÉLÈNE.
» loulou, vous présageûtesl'iminoi'tel le campagne tic 171)3, vos victoires " actuelles en présagent une plus belle encore.
« I-es deux armées qui naguère vous attaquaient avec audace fuient « épouvantées devant vous. Les hommes pervers qui riaient do votre « misère et se réjouissaient, dans leurs pensées, des triomphes de nos ennemis, sont confondus et tremblants. Mais, soldats! il ne faut |ias « vous le dissimuler, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à » faire. Mi Turin ni Milan ne sont à vous! Les cendres des vainqueurs de « Tarquin sont encore foulées par les assassins de Uasseville. Vous étiez,
« dénués de tout au commencement de la campagne; vous êtes aujour-
• d'hui abondamment pourvus. Les magasins pris a vos ennemis sont
* nombreux, l'artillerie de siège et de campagne est arrivée. Soldats! la > pairie a droit d'attendre de vous de grandes choses! Justifierez-vous son " attente? Les plus grands obstacles sont franchis sans doute ; mais vous « avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières ù « passer. En est-il entre nous dont le cuuraye s'amollisse? En est-il j « qui préféreraient retourner sur les sommets de l’Apennin et des Alpes, ! « essuyer patiemment les injures de cette soldatesque esclave? Non, il n'en « est |>as parmi les vainqueurs de Montenolte, de Millésimo, de Dégo, de » Mondovi. Tous brûlent de porter un loin la gloire du |icuplc français.
« Tous veulent humilier ces rois orgueilleux qui osaient méditer de nous - donner des fers. Tous veulent dicter une |>aix glorieuse, et qui indem- <■ nise la patrie des sacrifices immenses qu’elle a faits. Amis, je vous la « promets celte conquête ; mais il est une condition qu'il faut que vous « juriez de remplir, c'est de respecter les peuples que vous délivrez; c’ est de " réprimer les pillages horribles auxquels se portent des scélérats suscités » par vos ennemis. Sans cela vous ne seriez point les libérateurs des peu- 1 » |>les, vous en seriez les fléaux. Vous ne seriez pas l'honneur du peuple " français, il vous désavouerait. Vos victoires, votre courage, vos succès, ] ■ le sang de nos frères morts aux combats, tout serait perdu, même l'Iion-
•• neuret la gloire. Quant à moi et aux généraux qui ont votre confiance, i | •' nous rougirions de commander à unenrméesnns discipline, sans frein,
» qui ne connaîtrait de loi que la force. Mais investi de l'autorité natio- | « nale, fort île la justice et |iar la loi, je saurai faire respecter il ce petit
« nombre d'hommes sans courage, sans cœur, les lois de l'humanité et « de l'honneur qu'ils foulent aux pieds. Je ne souffrirai pas quelles brii « gands souillent vos lauriers, je ferai exécuter à la rigueur le règlement « que j'ai fait mettre à l'ordre. Les pillards seront impitoyablement fu- ~ sillés; déjà plusieurs l'ont été. J'ai eu lieu de remarquer avec plaisir
j ' 5">2 MÉMORIAL
» l'empressement avec lequel les bons soldats dq l’armée se sont portés •• à faire exécuter les ordres.
« Peuples d’Italie! l’armée française vient |H>ur rompre vos chaînes •
" le peuple français est l’ami de tous les peuples ; venez, avec connaître » au-devant d’elle. Vos propriétés, votre religion et vos usages seront respectés. .Nous ferons la guerre en ennemis généreux, et nous n'en ■ voulons qu'aux tyrans qui vous asservissent. »
Les conférences pour la sus|>ension d'armes eurent lieu nu quartier général, chez Salmatoris, alors maître d' hôtel du roi, et qui depuis a été préfet du palais de l'Eni|MTcur. l,e général piémontais Latour, et le eolo- I nel Ijicoste, chargés des |smvoirs du roi.se rendirent à Cherasque. Lr comte de Latour était un vieux soldat , lieutenant général nu service de Sardaigne, Ires-opposé à toutes les nouvelles idées, de peu d'instruction cl d'une capacité médiocre. Le colonel Lacoste, natif de Savoie, était dans
i la force de l’Age; il s'exprimait avec facilité, avait beaucoup d'esprit, et ! se montrait sous des rap|s>rts avantageux. Les conditions furent que le roi i quitterait la coalition, et enverrait un pléni|K>tentiaireà Paris pour y Iraii ter de la paix définitive ; que jusque-là il y aurait armistice; que jusqu'à la paix ou à la rupture des négociations, Leva, Coni , 'fortune, ou à son défaut Alexandrie, seraient remises sur-le-champ il I a rince française avec tou1" l'artillerie et les magasins; qu'elle continuerait d'occuper tout le
terrain i|lii se Iroiivuit (*n ce moment dans sa possession ; i|iie les routes militaires, dans tontes les directions, permettraient la liln-c communication de l'armée avec la France et de In France avec l'armée; que Valence serait immédiatement évacuée par Ips Napolitains, et remise au général français, jusqu'il ce qu'il eut effectué le |mssagr du Pô ; enfin que les milices du pays seraient licenciées , et que les troupes régulières seraient disséminées dans les garnisons, de manière a ne pouvoir donner aucun ombrage ii l'armée française. Désormais les Autrichiens isolés pouvaient être poursuivis jusque dans l'intérieur de la l.ombardie. Toutes les troupes de l'armée des Alpes et du voisinage de Lyon, devenues disponibles , allaient rejoindre. Notre ligue île communication avec Paris serait car- j coureie de moitié; ciilin on avait des points d'appui et de grands dé|Ki(s d’artillerie pour former des éqtii|wges de siège, et pour assiéger Turin même, si le Directoire lie concluait pas la paix.
X. Le rot ou el aide de camp Murat traverse le l’ifmonl, et porte à Pans la nouvelle des victoires de l'armée. — Le général .Murat, premier aide de
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J et lu copie de l'armistice. .Na [«demi avait pris cet officier au 15 vendémiaire; il était alors chef d’escadron au 21* de chasseurs. Il a été marié depuis ii la sieur de l'empereur, est devenu maréchal d’empire, grand amiral, grand-duc de Berg et roi de .Naples. Il a eu une grande |«irt dans toutes les opérations militaires du temps ; il a toujours déployé un grand J courage, et surtout une singulière hardiesse dans les mouvements de la j cavalerie.
La province d’Albn, que les Français traversèrent, était de tout le Piémont le pays le plus op|iosé à l’autorité royale, celui qui contenait le plus de germes révolutionnaires : il y avait déjà éclaté des troubles ; plus lard encore il en éclata de nouveaux. Si, au lieu de négocier, Napoléon eût 1 voulu continuer la guerre avec le roi de Sardaigne, c’est là qu’il eût trouvé le plus de secours et le plus de disposition à l'insurrection. Ainsi, au bout de quinze jours, le premier point du plan de campagne était atteint , les plus grands résultats obtenus : les forteresses piémonlaiscs des Alpes étaient en notre pouvoir; la coalition se trouvait affaiblie d'une puissance j qui avait cinquante mille hommes sur pied , et qui était plus imposante encore par sa position. l.a législature nationale avait décrété cinq foisque l'armée d’Italie avait bienméritédcla patrie, dans les séances des 21 , 22, 24, 25 et 2<> avril.
En conformité aux conditions de l’armistice de Cherasque, le roi de : j Sardaigne envoya à Paris le comte de Bcvel pour traiter de la |mix défi- j nitive. Elle y fut conclue et signée le 15 mai. Par ce traité , la place d'A- ! lexandrie resta à demeure aux armées françaises. Suze, l.nbrunette. Exil, furent démolies. Les Alpes se trouvèrent ouvertes, et le roi demeura à la disposition de la république, n'ayant plus d’autre point fortifié que Turin et le fort de Bord.
Kloptf île Salntr-IMknc par l'Empereur.— Petites ressources «le nie.
Jeudi I" Mener
La philosophie la plus heureuse cl la plus suge est celle qui nous fait I voir parfois le côté le moins défavorable des circonstances les plus fàj chcuses : l'Empereur, dans ce sentiment sans doute, nousdisait aujourd’hui, en se promenant au fond du jardin, qu'après tout, exil pour exil, 1 Sainte-Hélène était peut-être encore la meilleure place. Dans les latitudes | élevées, nous aurions eu beaucoup à souffrir des rigueurs du froid, et nous aurions expiré misérablement sous l'ardeur brûlante de toute autre iledu tropique. « l.e rocher de Sainte-Hélène, continuait-il, était stérile,
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« sauvage sans doute, le climat y était monotone, insalubre; mais la I 1 • température, il fallait en convenir, était douce. »
l.a conversation l'a mené à me demander ce qui eût été* préférable, de l’Amérique ou de l'Angleterre, dans le cas où nous eussions été libres de nos mouvements. Je répondais que , si l’Empereur avait voulu vivre en philosophe, en sage, dans le repos et loin désormais de l'agitation du inonde, il aurait fallu choisir l’Amérique; mais pour peu qu’il eût conservé le sentiment ou l'arrière-pensée des affaires, il eût fallu préférer j l’Angleterre.
F.n attendant, pour se faire une juste idée de l'état de notre exil et de ses ressourees, il nousa été dit, dans la journée, que nous devions met- j ; tre de l’économie dans plusieurs de nos consommations, peut-être même nous attendre à en faire le sacrifice momentané : on nous a dit que le café devenait extrêmement rare, et qu’il pourrait manquer bientôt ; depuis longtemps nous n’avons plus de sucre blanc ; il n’en reste plus aujourd’hui que fort peu et très-mauvais, réservé exclusivement pour l’Empereur; il en est de même de plusieurs autres productions essentielles. Notre ile est un vaisseau qui tient la mer ; il manque bientôt si la traversée se prolonge ou si on le surcharge de bouches outre mesure.
Nous avons suffi pour affamer Sainte-Hélène, d'autant plus que les bâtiments de commerce ne peuvent désormais en approcher : on dirait que ce lieu est devenu pour eux un écueil maudit et redouté, si l'on ne savait que la croisière anglaise donne ses soins à les tenir éloignés. Mais ce qui, dans les privations dont nous sommes menacés, nous a surpris davantage j ; et nous affecterait le plus, c’est le manque de papier à écrire. On nous a dit que, depuis trois mois que nous étions ici, nous avions épuisé les ma- | gasins de la colonie ; ce qui prouveraitqu'ils sont d'ordinaire légèrement fournis, ou bien que nous en faisons une furieuse consommation : notre \ seule réunion à Longxvood en emploierait donc à elle seule six ou huit fois plus que tout le reste de la colonie ensemble, Qu'on joigne à ces détails matériels nos privations physiques et morales; qu’on si* dise que nous ne jouissons pas même des ressources de Elle : on nous y refuse l'herbe et le feuillage, qui se trouvent dans d’autres sites de l'ile.
Notre vie animale est des plus misérables ; soit impossibilité d’être mieux , soit mauvaise administration, toutefois est-il certain qu’à peine ! est-il rien de mangeable ; le vin est des plus mauvais ; on ne saurait em- ' ployer l’huile; je viens de dire que le café, le sucre manquent, et que nous affamons l'ile. On sait bien qu’on peut se passer de tout, qu'on pourrait ne pas mourir à beaucoup moins; mais quand on prétend nous