‹ Mémorial de Sainte-HélèneChapitre 23 sur 51 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

I ml i tique a Sainle-Hélèirr •étoit certainement des plus extraordinaires; ! que nous étions arrivés à un centre commun par des routes bien divergentes. Cependant nous les avions parcourues tous de (tonne foi. Uien ne prouvait donc mieux, disait-il, l'espèce de hasard, l'incertitude et In fatalité qui d’ordinaire, dans le dédale des révolutions, conduisent les en ors droits et honnêtes. Kien ne prouve plus aussi, continuait-il,

I combien l'indulgence et les vues sages sont nécessaires pour recomposer la société après de longs troubles. Ce sont ces dispositions et ces principes qui l'avaient fait, disnit-il, l'homme leplusproprcnuxcirconslanccs de brumaire, et ce sont eux qui le faisaient sans doute encore l'homme | le plus propre aux circonstances actuelles de la France. Il n’avait sur ce ! point ni défiance, ni préjugés, ni liassions ; il avaiteonstammentemployé des hommes de toutes les classes, de tous les partis, sons jamais j . « regarder en arrière d'eux, sans leur demander ce qu'ils avaient fait, ce < qu'ils avaient dit, ce qu'ils avaient pensé, exigeant seulement, disait-il, qn'ils marchassent désormais et de bonne foi vers le but commun : le bien et la gloire de tous ; qu'ils se montrassent vrais et lions Français. Jamais surtout il ne s'était adressé aux chefs pour se gagner les partis; mais, au contraire, il avait attaqué In masse des partis, afin de pouvoir dédaigner leurs chefs. Tel avait été, disait-il, le système constant de sa politique intérieure, et malgré les derniers événements il était loin de s'en repentir; s'il avait à recommencer, il le ferait encore. « C'est sans | « raison surtout, disait-il, qu’on m'a reproché d'avoir employé et des no-

- blés et des émigrés. Imputation banale et tout à fait vulgaire! Le fait est

• que sous moi il n'y avait plus en France que des opinions, des senti-

{ • ments individuels. Ce ne sont pas les nobles et les émigrésqui ont amené

■ la restauration, mais bien plutôt la restauration qui a ressuscité les ! » nobles et les émigrés. Ils n'ont jhis plus particulièrement contribué a

| « notre perte que d’autres : lesvraiscoupablessontlesintrigantsdetoutcs |

i j «les couleurs et de toutes les doctrines. Fouché n’était point un noble; j * Talleyrand n'était pas un émigré; Augercau et Marmont n’étaient ni

1 « l'un ni l'autre. Enfin, voulez-vous une preuve dernière du tort de s'en

« prendre à des classes entières, quand une révolution comme la nôtre I » a labouré au milieu d'elles! comptez-vous ici. Sur quatre, vous vous « trouvez deux nobles, dont l'un même est émigré. I.e bon M. de Stynr, i « malgré son âge, à mon départ, m'a fait offrir de me suivre. Je pour-

* rais multiplier mes citations à l’infini. C’est encore sans raison, con-

« tinuait-il, qu'on m'a reproché d’avoir dédaigné certaines personnes 1

| | « influentes; j'étais trop puissant pour ne pas mépriser impunément les j

« intrigues et l'immoralité reconnue de la plupart d'entre eux Aussi « n'esl-ee rien de tout cela qui m’a renversé, mais seulement des cata- « strophes imprévues, inouïes, des circonstances forcées : cinq cent « mille hommes aux portes de la capitale; une révolution encore toute « fraîche, une crise trop forte pour les tètes françaises, et surtout line « dynastie pas assez nueicnne. Je me serais relevé du pied des Pyrénées « mêmes, si seulement j'eusse été mon petit-lils.

« Et ce que c'est pourtant que la magie du |>assé! Bien certainement « j'étais l'élu des Français, leur nouveau culte était leur ouvrage. Eh « bien! dès que les anciens oui reparu, voyez avec quelle facilité ils sont <• retournés aux idoles!...

« Et comment une autre politique, apres tout, eût-elle pu empêcher i « ce qui m'a perdu? J'ai été trahi par Marmont, que je |>ouvais dire

« mon lils, mon enfant, mon ouvrage; lui auquel je couliais mes des- « fi nées, en l'envoyant à Paris au moment même où il consommait sa •< trahison et ma perte. J'ai été trahi par Murat, que de soldat j'avais » fait roi, qui était l'époux de ma sœur. J'ai été trahi pur lier (hier, véri- » table oison que j'avais fait une espèce d’aigle. J'ai été trahi, dans le Sé- « liai, précisément par ceux du parti national qui me doivent tout. Tout

• cela n'a donc tenu nullement à mon système de politique intérieure, j ! « Sans doute on pourrait m'accuser avec avantage d'avoir employé trop j

j » facilement d'anciens ennemis ou des nobles et des émigrés, si un Mac- « domdd, un Valence' , un Montesquieu m'eussent trahi, mais ils m’ont « été fidèles; que si on m'objectait la bêtise de .Murat et de BerthieT/je i i « répondrais par l'esprit de .Marmont. Je n'ai donc pas a me repentir I " de mon système de politique intérieure*, etc. *

chance de danger dam 1rs bataille*. etc. — Le* l»ullrtin< Iré*- véridiques.

Jrad. fti

l.'Empereur, pendant le dîner, parlait sur les chances de danger des : bâtiments de la Chine, dont un périssait sur trente, d'après les renseignements qu’il avait obtenus des capitaines; eequi l'a mnduituux chances de péril dans les batailles, qu’il a dit être moindres que cela, flagrant lui a été- citée comme une bataille sanglante; il D évaluait pas les tués à plus de trois mille, eequi n'était qu'un cinquantième : nous étions cent

• Parcourant un jour A l.omçwood le» nom» de* sénateurs qui avaient signé la déchéance, l'un dr nous fit observer celui de M. dr Valence . signant comme secrétaire. .Mai* un autre expliqua que cette | signature était fausse , que M. de Valence s’eu riait plaint et avait réclamé. « C'est Irés-vrai. dit PKiii- j

• |M?reur, e ie val* il a été trcs-hieii Valence a été national. •

! Il* ' >1 K VI OKI A I.

: soixante mille, listing imiil clé |.eiit-étre a quatre mille, nous étions

qunriinte mille : c'était un dixième, il est vrai, mais aussi était-elle une des plus funestes : toutes les autres demeuraient inrompnrnidement audessous.

Cela a porté la conversation sur les bulletins. I/Empereur les a dits tres-veridiques. a assuré qu'à l'exception de ee que le voisinage de l'cnnemi forçait de déguiser pour qu'il n’en tirât |>ns des lumières nuisibles lorsqu'ils arrivaient dans ses mains, tout le reste était Irès-exael. A Vienne et dans toute l'Allemagne, on leur rendait plus de justice que chez nous. Si on leur avait fait une mauvaise réputation dans nos armées, si ou disait communément meilleur comme un bulletin, c'étaient les rivalités personnelles, l'esprit de parti qui l'avaient établi ainsi; c'était l'amour-propre blesse de ceux qu'on avait oublié d'y nommer, et qui y avaient on croyaient v avoir des droits, et, |mr-dessus tout encore, notre ridicule défaut national de ne |ias avoir de plus grands ennemis de nos

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Le* Icinps <*tiiit miislmnmcnt mauvais; iinposaible d<* nicllrr lr picil dehors. I,n pluie et l'humidité envahissaient nos appartemenls de carton; la santé de chacun en souffrait. La température est douce ici sans doute, mais le climat y est des plus insalubres. C'est une chose reeonnnedans l’ile qu'on y atteint rarement cinquante ans, presque jamais soixante, yu'on joigne à cela notre isolement du reste de l'univers, les privations physiques, les mauvais procédés moraux, il en résultera q il assit renient les prisons d'Eunqie sont de beaneoiip préférables à la liberté de Sainte-Hélène.

Sur les quatre heures, on m'a amené plusieurs capitaines de la Chine qui devaient être présentés il l'Empereur. Ils ont pu voir la petitesse, l'humidité, le mauvais état de mon réduit. Ils s'informaient comment l'Empereur se trouvait dans sa santé. Elle s'altérait visiblement, leur S disais-je. Jamais nous n'entendions de plaintes de lui. Sa grande âme résistait il tout et contribuait même à le tromper sur son corps; mais nous pouvions le voir dépérir il vue d'oeil. Je les ai conduits quelques instants apres il l'Empereur, qui se promenait dans le jardin. Il m'a semblé précisément beaucoup plus altéré que de coutume. Il les a congédiés au bout d'une demi-Jieure. Il est rentré, et a pris un bain. Avant et après le dîner, il avait l'air ahallii et souffrant. Il a commencé à nous lire les

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