‹ Mémorial de Sainte-HélèneChapitre 32 sur 51 · MÉMO IU AL · texte numérisé non relu

MÉMO IU AL

sur les abominables traitements dont il est l'objet, sur la haine ulroce 1

qui les commande, la brutalité qui les exécute. Et après quelques in- !

stu nts de silence et de méditation, il lui est échappé ce qu'il me dit sou- ] vent : « Mon cher, ils me tueront ici! c’est certain! » Quelle horrible j | prophétie!...

Vuklmli 17.

J’ai été tort malade toute lu nuit; l'Empereur a déjeuné dans le jardin, il ni| a fait appeler ; il était lui-mèrae triste et abattu ; il ne se portail pas bien du tout. Après le déjeuner, nous nous sommes promenés longtemps autour delà maison; il ne disait mot. I.a chaleur l'a forcé | i de rentrer vers une heure. Il regrettait vivement de n'avoir point J d'ombrage.

Vers quatre heures, il a envoyé savoir si je continuais d'ètre souffrant; il revenait de la promenade en calèche, où je n’avais pu le suivre.

J’ai été le joindre au jardin, où il était demeuré avec le grand maréchal. Il continuait d'ètre triste, indifférent, distrait; il a fait raconter a , Bertrand son séjour à Constantinople en 1790, son voyage à Athènes et son retour au travers de l'Albanie. Il était beaucoup question de Sélim llf, de ses améliorations, du baron deTott, etc., etc. Tout cela était fort curieux : malheureusement je ne trouve dans mon manuscrit que i de simples Indications que ma mémoire ne saurait m'aider à développer aujourd'hui.

Matluiiic la mtrérlialc Lefèvre. — Trait» caractéristiques-

8a u. cl, |».

L'Empereur a continué d’ètre souffrant. Au retour d’une promenade en calèche, il s'est mis au bain ; il in’a fait appeler. Il y est devenu gai; nous avons causé avec In plus grande liberté jusqu'à huit heures et I l demie. Il a voulu dîner dans son cabinet, et m’a gardé. Le lieu, le tète-à-tète, l’élégance du service, la propreté de la table, me donnaient, disais-je, l'idée d'une petite bonne fortune; il en a ri. Il m'u beaucoup questionné et m'a fait revenir sur Londres, mon émigration, nos princes, l’évèque d’Arras (de Consié), etc., etc. Il revenait lui-même sur les princ.i|>ales époques de son consulat; il en donnait des détails et des anecdotes bien curieuses ; de là nous sommes passés à l'ancienne cour, ii la nouvelle, etc. Beaucoup de ces choses ne seraient que des répétitions : je crois les avoir déjà mentionnées ailleurs. D'autres qui ne sont qu'indiquées dans mon manuscrit demeureront pour jamais perdues.

Voici seulement ce que je transcris comme nouveau. Il m'est arrivé

d’égayer l'Empereur par les anecdotes et les coq-à-l'âne prêtés gratuitement, sans nul doute, à madame la maréchale Lefèvre, qui pendant longtemps a joui du privilège de faire les gorges chaudes de nos salons et même des Tuileries. « Je m’en étais étonné, disais-je, tout comme «"un autre, jusqu'à ce qu’un jour je me liuterdis à jamais, en appre- : • liant un trait d'elle qui prouvait l'élévation de ses sentiments aillant « que la bonté de son rouir.

« Madame Lefèvre, femme d’un soldat aux gardes, et par conséquent « d'un état à l'avenant, courait elle-même gaiement, et volontiers, au- « devant de ses souvenirs, et même de ses ocrupotions manuelles de « cette époque. Elle et son mari se trouvaient dans ces temps avoir j « donné des soins domestiques à leur capitaine ( le marquis de Valady),

« parrain de leur enfant, et fameux dans la défection des gardes fran- j « cuises, non moins fumeux encore duns son fanatisme de république | « et de liberté, qui ne le privait pourtant pus de certains sentiments ‘ « généreux ; car, membre de la Convention, il a péri pour s'être opposé « à l'exécution de Louis XVI, qualiliant hautement cet acte de véritable « meurtre, ajoutant de la meilleure foi du monde que ce prinee était « déjà assez malheureux d'avoir été roi, pour qu'on songeât à lui inlli- « ger d'autre châtiment.

« Lu veuve de ce député, au retour de son émigration, reçut tout « aussitôt les offres et les soins les plus touchants du ménage Lefèvre,

« parvenu alors à un haut degré de splendeur et decrédit.

« Or, un jour, madame Lefèvre accourut chez elle : « Mais savez-vous,

« lui dit-elle, que vous n'ètes pus bons, et que vous avez bien peu de « cœur entre vous autres gens comme il faut ? Nous, tout bêlement sol- « dais, nous en agissons mieux. On vient de nous apprendre qu'un de « nos anciens officiera, et le camarade de votre mari, vient d'arriver « de son émigration, et qu’on le laisse ici mourir de faim; ce serait

« grande honte! Nous craindrions, nous autres, de l'offenser, si

« nous venions à son secours; mais vous, c’est autre chose: vous ne « pouvez que lui faire plaisir. Portez-lui donc cela de votre part. » Et « elle lui jeta un rouleau de cent louis, ou mille écus. Sire, depuis ce « temps, disais-je, je n'ai plus envie de me moquer de madame Lefèvre ;

« je n'ai plus senti pour elle qu'une vénération profonde ; je m’empres- « sais de lui donner la main aux Tuileries, et je me trouvais fier de la « promener dans vos salons, en dépit de tous les quolibets que j'en- « tendais bourdonner autour de moi. »

Nous avons parcouru alors un grand nombre de rapports de bien-

MÉMORIAI.

veillauccs rtcnw par les nouveaux parvenus en faveur îles anciens ruinés , et cité' beaucoup de traits à l'avenant ; entre autres la galan- J terie, bien recbereliéc peut-être, de celui 'qui, de simple soldat, arrivé | au grade de maréchal on de haut général, je ne me souviens plus, se ; procura un jour la satisfaction, dans sa splendeur nouvelle, de réunir en diner de famille son aneien colonel et quatre ou cinq officiers du réj ciment, qu'il reçut avec son ancien habit de soldat, n'employant constamment vis-à-vis d'eux que les mêmes qualifications dont il s'était servi autrefois.

» Fit voilà pourtant, disait l'Empereur, la vraie maniéré d'éteindre la « fureur des temps, car de pareils procédés doivent nécessairement « créer de grands échanges de bienveillances réciproques entre les partis « opposés, el il est à croire que dans les derniers temps les obligés au- ■ ronl obligé à leur tour, ne fut-ce que pour demeurer quilles. »

Ce mot de quitus me rappelle un trait eaiactéristiquede l'Empereur, qui doit trouver ici sa place.

l'n général, dans son département, s'était rendu coupable d'excès, qui, portés devant les tribunaux, devaient lui coûter l'honneur, peutêtre la vie. Or, ce général avait rendu les plus grands services à .Napoléon dans la journée de brumaire. Il mande le général , et, après lui avoir reproché ses infamies : » Toutefois, lui dit-il, vous m'avez obligé ,

« je ne l'ai point oublié. Je vnis peut-être outre-passer les lois, et mon- « quer à mes devoirs : je vous faisgrftce. Monsieur, allez-vous-en ; mais « sachez qu'à compter d’aujourd’hui, nous sommes quittes. Désormais ;

» tenez-vous bien, j'aurai les veux sur vous. »

l.c gotiYcrmurdc Java — Coiiverailluit familier»1 «le l'Empereur sur «a famille.

Dun«cI« 19.

I Sur les trois heures, 1’Kmpcreur a reçu le gouverneur de Java (Uaf- , fies) et ses officiers dans le jardin. Il a fait ensuite un tour en calèche.

; En rentrant sur les six heures, je l'ai suivi dans son cabinet ; il a

fait appeler le grand maréchal et sa femme, el s'est mis à causer fa- ! milièremcnt jusqu’à dîner, parcourant mille objets de sa famille et de son plus petit intérieur au temps de sa puissance. Il s'est arrêté surtout sur l'impératrice Joséphine. Ils avaient fait ensemble, disait-il, un ! ménage tout à fait bourgeois, c’est-à-dire fort tendre et très-uni, n'ayant eu longtemps qu'une même chambre et qu'un thème lit. •Circonstance * très-morale, disait l'Empereur, quiinilue singulièrement sur un mé-

DK SAINTE-HÉLÈNE. 573

« liage, assure le crédit de l:i femme, In dépendance du mari, main- « tient l'intimité et les bonnes mœurs. On ne se perd point de vue, .

» en quelque sorte, continuait-il, qunnd on passe In nuit ensemble;

« autrement, on devient bientôt étrangers. Aussi, tant que dura eetle - habitude, aucune de mes pensées, aucune action n'échappaient à Jo- » séphine ; elle suivait, saisissait, devinait tout ; ce qui parlois n'était ! i « pus suns quelque gène |iour moi et pour les affaires. L'n moment ’ « d'humeur y mit lin lors du camp de Boulogne. » Certaines circonstances politiques arrivées de Vienne, la nouvelle de la coalition qui éclata en 1805, avaient occupé le Premier Consul tout le jour, et prolongèrent son travail fort avant dans la nuit. Revenant se coucher fort mal disposé, on lui lit une véritable scène de ce retard. La jalousie en était la cause ou le prétexte. Il se fâcha à son tour, s'évada, et ne voulut plus entendre à reprendre son assujettissement. Toute la crainte de l'Empereur, disait-il, avait été que Marie-Louise n'en eût exigé un pareil; car enfin il l'eût bien fallu. C’est le véritable apanage, le vrai droit d'une femme, ajoutait-il.

« Un Bis de Joséphine m'eût été nécessaire, et m'eût rendu heu- ! « reux, continuait l'Empereur, non-seulement comme résultat poli- ! « tique, mais encore comme douceur domestique.

» Comme résultat politique, je serais encore sur le trône, car les « Français s'y seraient attachés comme au roi de Rome, et je n’aurais | » pas mis le pied sur l'almne couvert de Ileurs qui m'a perdu. Et qu'on

j « inédite après sur la sagesse des combinaisons humaines! Qu'on ose • prononcer avant la lin sur ce qui est heureux ou malheureux ici-bas!

« Comme douceur domestique, ce gage eût fait tenir Joséphine tran- » quille, et eût mis lin à une jalousie qui ne me laissait pas de repos; et « cette jalousie se raltacbuit bien plus il la politique qu'au sentiment.

! » Joséphine prévoyait l’avenir, et s'effrayait de sa stérilité. Elle sentait ' » bien qu'un mariage n’est complet et réel qu’avec des enfants; or elle » s'était mariée ne pouvant plus en donner. A mesure que sa fortune « s'éleva, ses inquiétudes s’accrurent ; elle employa tous les secours de » la médecine ; elle feignit souvent d'en avoir obtenu du succès. Qunnd « elle dut enfin renoncer à tout espoir, elle mit souvent son mari sur I « la voie d'une grande supercherie politique; elle finit même par oser lu | « lui proposer directement.

« Joséphine avait à l'excès le goût du luxe, le désordre, l'abandon de j « la dépense, naturels aux créoles. Il était impossible de jamais fixer ses « comptes; elle devait toujours : aurisi c'était constamment de grandes i

querelles quand le momenl de payer ses déliés arrivait. On l'a vue

souvent alors envoyer chez ses marchands leur dire de n'en déclarer « que la moitié. Il u'cst pas jusqu'à l’ile d'Elbe où des mémoires de i- Josépliine ne soient venus foudre sur moi de toutes les parties de « l'Italie. »

Quelqu'un qui avait connu l'inipératnce Joséphine à la Martinique, a répété à l'Empereur beaucoup de particularités de sa jeunesse et de sa \ famille. Il est très-vrai qu'on lui avait prédit plusieurs fois, dans son enfance, qu’cllc porterait une couronne. Et une autre circonstance non i moins remarquable ni moins bizarre serait que la sainte ani|>oule, qui servait à sacrer nos rois, eût été brisée, ainsi que quelques-uns l'ont prétendu, précisément par son premier mari, le Réitérai Beauharnnis, qui, dans un momentde défaveur populaire, aurait espéré, parcet acte, | se remettre en crédit.

On a dit, on a écrit mille bruits absurdes sur le mariage de iNapoléon et de Joséphine. On trouvera dans les campagnes d’Italie In véritable et première cause de leur connaissance et de leur union. C'est |>ar Eugène, encore enfant, qu'elle se lit. Après vendémiaire, il alla demander l'épée de son père au général en chef de l’armée de l’intérieur (le général Bonaparte ') ; l'aide de camp Lemarrois introduisit ce jeune enfant, qui, en revoyant l'épée de son père, se mit à pleurer. Le général en chef fut touché de ce sentiment, et le combla de caresses. Sur Je récit qu’Eugène 1 lit à sa mère de l'accueil qu'il avuit reçu du jeune général, elle accourut ; lui faire visiteetle remercier. « Onsait, disait l'Empereur, qu’elle croyait « aux pressentiments, aux sorciers ; on lui avait prédit dans son enfance « qu’elle ferait une grande fortune , qu’elle serait souveraine. Ou | j « commit d’uilleurs toute sa linesse ; aussi me répétait-elle souvent • depuis qu’aux premiers récits d’Eugène le cœur lui avait battu, et « qu elle avait entrevu dès cet instant une lueur de su destinée, t'aerom- « plissement des prédictions; etc., etc.

« Une autre nuance caractéristique de Joséphine, disait l'Empereur, j j « était sa constante dénégation. Dans quelque moment que ce fût, quel- j « que question que je lui fisse, son premier mouvement était la négative,

« sa première parole non ; et ce non, disait l’Empereur, n’était pas préci- « sèment un mensonge, c’était une précaution, une simple défensive ; et « c’est ce qui nous distingue éminemment, disait-il à madame Bertrand, n de vous autres, mesdames, ce quilles! au fond entre nous que diffé- » rcuce de sexe et d’éducation : vous ninuv., et l’on vous apprend à dire « non ; nous , nu contraire, nous nous faisons gloire de le dire, même

ni: s a i n t K- h k u; n r..

■ quiiud relu n’est pus. De lu. Unité lu clef fie nos conduites respectives i « si différentes. Nous ne sommes vrniment pus cl nous ne saurions être j * de même espèce dans lu vie.

« Lors de lu terreur, Joséphine étant eu prison, son mari mort sur « l' échafaud, Euijène, son (ils, avait été mis chez un menuisier, et y fut « littéralement en apprentissage et en service. Hurleuse ne fut guère » mieux, elle fut mise, si je ne me trompe, chez une ouvrière en linge.»

Ce fut Fouché qui le premier toucha la corde fatale du divorce; il alla, sans mission, conseiller à Joséphine de dissoudre son mariage, pour le liien fie la France, lui disait-il. Le moment |K>urtant n'était |>us encore arrivé pour Napoléon. Cette démarche causa beaucoup île chagrin et de trouble dans le ménage; elle irrita fort l’Empereur; et s’il ne chassa pas alors F'ouché, à la vive sollicitation de Joséphine, c'est qu'au fait il avait déjà secrètement arrêté ce divorce en lui-même, et qu’il ne voulut pas. par ce châtiment, donner un contre-coup à l’opinion.

Toutefois il doit à la justice de dire que, dès qu’il le voulut, Joséphine I obéit. Ce fut pour elle une peine mortelle; mais elle se soumit et de bonne j foi, sans vouloir mettre à prolit des tracasseries inutiles qu’elle eût pu essayer de faire valoir. Et ici c'est peut-être le lieu de dire que je tiensde ' la bouche du prince primat des détails curieux sur le mariage et le divorce. Madame de Reauharnais fut mariée au général Bonaparte par un j prêtre insermenté, mais qui avait négligé, par pur accident, l'autorisation ohligéeducuré de la paroisse. Ce defaut de formalité, ou tout autre, ficcupa fort depuis le cardinal Feseh, et, soit scrupule ou autrement, il fit si bien qu’il vint ii boni, nu moment du couronnement,' île persuader ; aux fieux époux de se laisser marier par lui, à huis clos, en tant que de besoin. Lors du divorce, lu séparation civile lut prononcée par le Sénat, tjuant à la séparation religieuse, on ne voulait pas s’adresser au pape, et on n’en eut pas besoin. Le cardinal F’esch ayant refait le mariage sans témoins, l’oflieialité de Paris l’annula pour ce défaut, et déclara qu'il n'y avait pas eu de mariage. A ce jugement l’impératrice Joséphine lit appeler le cardinal Feseh à la Mnlmuison, et lui demanda s'il oserait attester et signer par écrit qu elle avait été mariée, et bien mariée. « Sans « doute, répondit le cardinal Feseh, je le soutiendrai partout, et je vais « vous en signer le témoignage. » Ce qu'il lit en effet.

« Mais, disais -je alors au prince primai, que! jugement a donc

» porté l'officialité de Paris? — Celui de la vérité, répondit le prince. — « Mais que veut dire alors la déclaration du cardinal Feseh ? Serait-elle « donc fausse? — Pas dans son opinion, disait-il, parce qu’il a adopte

M I, M U II I A I

» Ire doctrines ultramontaines, par lesquelles les cardinaux prétendent avoir lr droit de marier sans témoins, rc qui n'ret pas reconnu en ■ France, cl frappe de nullité. «

Toutefois il semble que l’impératrice Joséphine ne demanda cet écrit que pour sa propre satisfaction, et n'en lit pas autrement usage.

Kllc si- conduisit avec beaucoup de grâce et d'adresse ; elle désira que le vice-roi fut mis à la tète de cette affaire, et lit elle-même, à cet égard, des offres de service à la maison d'Autriche.

Joséphine, ajoutait Napoléon, eût vu volontiers Marie-Louise : elle en parlait souvent et avec beaucoup d'intérêt, ainsi que du roi de Itome ■ quant à Marie-Louise, elle traitait à merveille Lugene et Hurleuse ; mais elle montrait une grande répugnance pour Joséphine, et surtout une vive jalousie. « Je voulus la mener un jour a la Malmaison, disait l’Empereur ;

« mais, sur cette proposition, elle se mit à foudre en larmes. Kllc ne » m'empêchait pus d'y aller, medisait-elle, se contentant de ne vouloir pas » le savoir. Toutefois, dès qu’elle eu suspectait l'intention , il n'est pas « de ruse qu'elle n’employât pour me gêner là-dessus. Elle ne me quil- •• tait plus ; et comme ces visites semblaient lui faire beaucoup de peine,

- je me fis violence, et n'allai presque jamais à la Malmaison. (Juand il « m’arrivait d'y aller, c'étaient alors d’autres larmes de ce côté, c’étaient « dre tracasseries de toute espèce. Joséphine avait toujours devant les « yeux et dans ses intentions l'exemple de la femme de Henri IV, qui,

« disait-elle, avait vécu à Paris après son divorce, venait à la cour, avait " assisté au sacre. Elle, Joséphine, était bien mieux située encore, pré- j « tendait-elle ; elle avait ses propres enfants, et ne pouvait plus en avoir « d'autres, etc. »

Joséphine avait une connaissance accomplie de toutes les nuances du j caractère de l'Empereur et un tact admirable pour la mettre en pra- !

| tique. « Jamais il ne lui est arrivé, par exemple, disait l'Empereur, de j

" rien demander pour Eugène, d'avoir jamais même remercié pour i > ce que je faisais pour lui ; d'avoir même montré plus de soins ou de » complaisance le jour des grandes faveurs, tant elle avait à cœur de » se montrer |iersuadéc et de me convaincre que tout cela n’était pis ■■ son affaire ù elle, muis bien lu mienne à moi, qui pouvais et devais v » rechercher des avantages. Nul doute qu'elle n'ait eu plus d'une fois » la pensée que j'en viendrais un jour à l'adopter pour successeur. » L’Empereur se disait convaincu qu'il avait été ce qu'elle aimait le mieux, et ajoutait en riant qu'il ne doutait |nis qu'elle n'rùt quitté un rendez-vous d’amour pour venir auprès de lui. Elle n’rùt pas manqué j

mi voyage, quelque |H>iiibl<* qu'il (Vit, |hiui* Unit an momie. .Ni fatigue, ni privations ne pouvaient la rebuter; elle employait l'importunité. In ruse même, pour le suivre. « Moulais-je en voiture au milieu de la nuit pour la course In plus lointaine, à ma grande surprise j’y trouvais |

■■ Joséphine tout établie, bien qu’elle n'cùt pas dû ètredu voyage. — Mais il vous est impossible de venir : je vais trop loin; vous auriez trop

* à souffrir. — Pas le moindrement, ré|tondait Joséphine. — Kl puis, il » faut que je parte à l'instant. — Aussi me voilà toute prèle. — Mais il

vous faut un grand attirail. — Aucun, disait-elle, tout est préparé.

« — Kl la plupart du temps il fallait bien que je cédasse.

" lin somme, concluait riÂni|iereur, Joséphine avait donné le Itonheur « à son mari, et s’était constamment montrée son amie lapins tendre,

» professant à tout moment et en toute occasion la soumission, le dé- " vouement, la complaisance la plus absolue. Aussi lui ai-je toujours i » conservé les plus tendres souvenirs et la plus vive reconnaissance.

» Joséphine, disait encore l'Kmpercur, niellait ces dispositions et ces '

'■ qualités (la soumission, le dévouement, la complaisance uni rang des | vertus et de l'adresse politique dans son sexe, et elle blâmait fort cl « grondait souvent sur ce point sa fille llnrlenxe et sa parente Slrphanir,

- qui vivaient mal avec leurs maris, montrant descaprices el affrétant « de rindé|H'ndanec.

» Imiu*, disait l'Kmpercur à ce sujet, était un enfant gèle par la Icr-

* tare de Jean-Jacques. Il n'avait pu être bien avec sa femme que tros- « |hmi de mois. Beaucoup d'exigences de sa |mrt, de l'étourderie de la » part d’Ilorlense, voilà les torts réciproques. Toutefois ils s'aimaient « en s'é|Hiusant, ils s’élaienl voulus l'un et l'autre; ce mariage, au sur-

« plus, avait été le résulta! des efforts de Joséphine, qui y trouvait son | compte. J'aurais voulu nu contraire, moi, m'étendre dans d’autres

- familles, et j'avais un moment jeté les yeux sur une nièce de M. de » Tallcyrand, devenue depuis madame Juste de Noailles. »

On avait fait courir les bruits les plus ridicules sur les rnp|>or(s de lui j Na|ioleon avec Hortense; on avait voulu que son aillé fiit de lui. Mais j de pareilles liaisons n’étaient, disait-il. ni dans ses idées ni dans ses | ■meurs; et pour peu qu’on connût celles des Tuileries, on sent bien, remarquait-il,qu’il eut pu s’adresser à beaucoup d’autres avant d'en être réduit à un choix aussi |>cu naturel, aussi révoltant. « Louis savait bien apprécier la nature de ces bruits, disait IT’.nipercur; mais son amour- « propre, sa bizarrerie n'en étaient pas moins choqués, et il les mettait

* souvent en avant comme prétexte.

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