‹ Mémorial de Sainte-HélèneChapitre 40 sur 51 · HEM0R1AI · texte numérisé non relu

HEM0R1AI

« épuisée sur moi en mon absence ; je la défie bien il présent de rien « produire de neuf ou de piquant contre moi. a

Guerre et Maison (]'K*|»agnc. — Fenlinanri à Yalcacry. — Faulc* clam l'affaire ü'Kspagnt. — Uistoriijue de cei Évènements, etc.— belle lettre de Napoléon à Murat.

L'Empereur a été malade toute la nuit ; il était encore souffrant tout le jour; il a pris un bain de pieds , et ne s'esl pas trouvé en humeur de sortir ; il a dîné seul dans son intérieur, et m’a fuit venir vers le soir.

L’Empereur s’est remis en causant; le sujet a été constamment la guerre d'Espagne : j'en ai déjà mentionné quelque chose plus liant, où l’on a vu que l’Empereur s'y condamne entièrement. Je cherche à répéter le moins jiossiblc, aussi je vais ici inscrire seulement ce qui m'a paru neuf.

« Le vieux roi et la reine, disait l’Empereur, étaient, au moment de « l'événement, l'objet de la haine et du mépris des sujets. Le prince « des Asturies conspira contre eux, les fit abdiquer et devint aussitôt « l’amour, l'espoir de la nation. Toutefois celte nation étuit mûre (mur « de grands changements, et les sollicitait avec force ; j’y étais très- « populaire ; c’est dans cette situation des esprits que tous ccs person- « nages furent réunis à Bayonne; le vieux roi me demandant vengeance « contre son fils, le jeune prince sollicitant ma protection contre son « père et me demandant une femme. Je résolus de profiter de cette « occasion unique ]H>ur me délivrer de cette branche des Bourbons, « continuer dans ma propre dynastie le système de famille de Louis XVI, « et enchaîner l’Espagne aux destinées de la France. Ferdinand fut « envoyé a Yaleneey; le vieux roi à Compiègne, à Marseille, où il voulut ; « et mon frère Joseph fut régner dans Madrid avec une constitution « libérale adoptée par une junte de la nation espagnole qui était venue « la recevoir à Bayonne.

« Il me parait, continuait-il, que l'Europe et même la France n'ont « jamais eu une idée juste de la situation de Ferdinand à Yaleneey. On « se méprend étrangement dans le monde sur le traitement qu'il a « éprouvé, et plus encore |ieut-étre sur ses dis|>ositions personnelles * relatives à sa situation. Le fait est qu'il était à peine gardé à Yaleneey, « et qu’il n'eùt pas voulu s’en échapper» S'il se trama quelques intrigues « pour favoriser son évasion, il fut le premier à les dénoncer. Un Irlan- > dais (baron de Colli) pénétra jusqu'à sa personne au nom de George III, » lui offrant de l'enlever; mais, loin d'y accéder, Ferdinand toutaussi- « lût eu donna connaissance à l'autorité.

« Il ne cessait Je me demander une femme de ma main. II m’écrivait <• spontanément pour me complimenter toutes les fois qu'il m’arrivait « quelque chose d'heureux. Il avait donné des proclamations nuxEspa- « gnols pour qu'ils se soumissent ; il avait reconnu Joseph ; choses qu'on « eût pu regarder comme forcées peut-être; mais il lui demandait sou « grand cordon : il m’offrait don Carlos, son frère, pour commander « les régiments espagnols qui allaient en Itussie, choses auxquelles il » n'était nullement obligé. F.iilin il me sollicitait vivement de le laisser

■ venir à ma cour à Paris, et si je ne me suis pas prêté il un spectacle « qui eût frappé l'Europe, et lui eût prouvé par là. tout l'affermissement « de ma puissance, c’est que la gravité des circonstances qui m’appelaient « au dehors, et mes fréquentes absences de la capitale ne m'en ont pas « laissé l'occasion. »

Vers un commencement d'année, ù un lever tle l'Empereur, je me trouvais le voisin du chambellan, comte d'Arberg, faisant le service à Yalencey près des princes d'Espagne. Arrivé à lui, l'Empereur demanda comment se conduisaient ces princes, s'ils étaient sages; et puis il ajouta :

■ Nous m’avez apporté une bien jolie lettre : entre nous, c'est vous qui

• lu leur aurez faite? >• D'Arberg l'assura qu'il ignorait même l'objet de son contenu. « Eh bien! dit l'Empereur, elle est charmante; un lils n'é- « crirait pus autrement à son |>ère. »

692 M É MO Kl A I.

» Quand les ciivonsfunecs devinrent difficiles |x>ur nous eu Fispague,

» disait l'Empereur, je proposai 'plus d’une fois à Ferdinand de s’en ; « retourner, d'aller régner sur son peuple, lui disant que nous nous fe- « rions franchement lu guerre, que le sort des armes en déciderait. — j ■ Mon, répondit le prince, qui semble avoir été bien conseillé, et ne « varia jamais de ce système ; des troubles politiques agitent mon pays,

« je ne manquerais pas de compliquer les affaires, je pourrais en deve- « nirla victime et porter ma tête sur l'échafaud : je reste; si vous vou- | « lez m'accorder la protection et l’appui de vos armes, je pars, et je vous

« serai un allié lidèlc.

ii Plus lard, lors de nos désastres, et vers la lin de I S I ô, je me rendis h à cette proposition, et le mariage de Ferdinand fut arrêté avec In fille j « aînée de Joseph ; mais alors les circonstances n'étaient plus les mêmes, !

« et Ferdinand demanda d'ajourner le mariage. — Vous ne pouvez plus I « m’accorder l'appui de vos armes, disait-il, je ne dois pointme donner !

« en ma femme un titre d’exclusion aux yeux de mes peuples. Et il par- « tit dans des intentions de bonne foi, à ce qu’il semble, continuait l’Em- » pereur, car il est demeuré fidèle aux principes de son départ jusqu'aux j » événements de Fontainebleau. «

Il est hors de doute que, si les affaires de 1814 eussent tourné diffé- ! [ j reniaient, il n'eùt accompli, disait l'Empereur, son mariageavec la fille ainée de Joseph.

. l.'Empereur, en revenant sur ces événements, disait que les résultats lui donnaient irrévocablement tort, mais qu’indépendaininenl de ce tort ! j du destin, il se reprochait aussi des fautes graves dans l’exécution. Une des plus grandes était d'avoir mis de l'importance à détrôner la dynastie des Hou riions, et à maintenir comme base de ce système, pour souverain nouveau, précisément celui qui, par sesqualités et son caractère, devait nécessairement le faire manquer.

Lors de la réunion à Bayonne, l’ancien précepteur de Ferdinand, son principal conseil (Escoiquiz), apercevant tout aussitôt les grands projets de l'Empereur, et défendant la cause de son maître, lui disait :

• n Vous voulez vous créer un travail d'Hercule lorsque vous u'avez sous ■' la main qu'un jeu d’enfant. Vous voulez vous délivrer des Bourbons « d'Espagne : pourquoi les craindriez-vous? Ils sont nuis, ils ne sont » plus Français. Vous connaissez la force des vôtres ; ils sont des aigles, ,

« comparés aux nôtres. Vous n'avez aucunement files craindre : ils sonl « tout à fait étrangers à votre nation et à vos m cours. Vous avez ici j « madame de Montmorency et de vos dames nouvelles ; ils ne connais- i

« sent pas plus les unes que les autres, elles sont sans différence à leurs « yeux, etc., etc. » Malheureusement l'Empereur en décida autrement.

Je me suis permis de lui dire que des Espagnols m'avaient assuré que si l'orgueil national avuit été épargné, que si la junte espagnole se fut tenue à Madrid au lieu de Bayonne, ou bien encore qu'on eut renvoyé Charles IV et gardé Ferdinand, la révolution eût été populaire, et les affaires auraient pris une autre tournure. L'Empereur n’en doutait |>as, et convenait que celle entreprise avait été mal embarquée, que beaucoup de circonstances eussent pu être mieux conduites. « Toutefois,

> disait-il, Charles IV était usé pour les Espagnols : il eut fallu user de ■ même Ferdinand; le plan le plus digne de moi, le plus sûr pour mes « projets, eût été une espèce de médiation à la manière de celle de la “'Suisse. J'aurais dû donner une constitution libérale à la nation espa- « gnôle, et charger Ferdinand de la mettre en pratique. S'il l'exécutait « de bonne foi, l'Espagne prospérait et se mettait en harmonie avec nos * mœurs nouvelles ; le grand but était obtenu, la l'ranec acquérait une « alliée intime, une addition de puissance vraiment redoutable. Si Fer*

« dinand, au contraire, manquait à ses nouveaux engagements, les Es- « pugnols eux-mômes n’eussent pas manqué de le renvoyer, et seraient » venus me solliciter de leur donner un muitre. Quoi qu'il en soit, ter- « minait l'Empereur, cette malheureuse guerre d'Espagne a été une véri- « table plaie, lu cause première des malheurs de la France. Apri’s mes « conférences d'Erfurt avec Alexandre, disait-il, l'Angleterre devait être » contrainte à la paix par la force des armes ou pur celle de la raison.

» Elle se trouvait perdue, déconsidérée sur le continent ; son affaire de «Copenhague avait révolté tous les esprits; et moi je brillais en ce « moment de tous les avantages contraires, quand cette malheureuse « affaire d’Espagne est venue subitement tourner l'opinion contre moi « et réhabiliter l’Angleterre. Elle a pu dès lors continuer la guerre ;

« les débouchés de l'Amérique méridionale lui ont été ouverts; elle « s’est fait une armée dans la péninsule, et de là elle est devenue l'agent « victorieux, le nœud redoutable de toutes les intrigues qui ont pu se « former sur le continent, etc.: c'est ce qui m'a perdu !

« On m'assaillit alors de reproches que je 11e méritais pqs : l'histoire « me lavera. On m'accusa dans cette affaire de perfidie, d'embûches et « de mauvaise foi, et il u'y avait rien de tout cela. Jamais, quoi qu’on « en ait dit, je 11e manquai de foi ni ne violai de parole, pas plus contre « l'Espagne que contre aucune autre puissance.

« On s?râ certain un jour que dans les grandes affaires d'Espagne je

« fus complètement étranger à toutes les intrigues intérieures de sa cour, I

• que je ne manquai de parole ni à Charles IV ni à Ferdinand VII ; que I « je ne rompis aucun engagement vis-à-vis du père ni du fils; que je

« n'employai jHiint de mensonge |iour les attirer tous deux ù Baronne,

« mais qu'ils y accoururent ii l'envi l’un de l'autre. Quund je les vis ù « mes pieds, que je pus juger par moi-mème de toute leur incapacité, I «Je pris en pitié le sort d'un grand peuple, je saisis aux cheveux l'occasion « unique que me présentait la fortune pour régénérer l'Espagne,

« l'enlever à l'Angleterre et l'unir intimement à notre système. Dans

• ma pensée, c'était poser une des hases fondamentales du repos et de

« la sécurité de l'Europe. Mais loiu d'y employer d'ignobles, de faibles ] « détours, comme on l'a répandu, si j'ai péché, c’est nu contraire par « une audacieuse franchise, par un excès d'énergie. Bayonne ne fut pas « un guet-apens, mais un immense, un éclatant coup d'État. Quelque « peu d'hypocrisie m'eût sauvé, ou bien encore si j'uvuis voulu seulement «abandonner le prince de la Paix ù la fureur du peuple; mais l'idée » m'en parut horrible; il m'eût semblé recueillir le prix du sang; et « puis il est vrai de dire encore que Mural m'a beaucoup gâté tout cela....

« Quoi qu'il en soit, je dédaignais les voies tortueuses et communes;

« je me trouvais si puissant ! J'osai frapper de trop haut. Je vou-

i « lus agir comme la Providence qui remédie aux maux des mortels par « des moyens ù son gré, parfois violents, et sans s'inquiéter d'aucun «jugement.

«Toutefois, j'embarquai fort mal toute celte affaire, je le confesse;

' ■ l'immoralité dut se montrer par trop patente, l'injustice |>ar trop « cynique, et le tout demeure fort vilain, puisque j'ai succombé; car | « l'attentat ne se présente plus dès lors que dans su hideuse nudité et

« privé de tout le grandiose, des nombreux bienfaits qui remplissaient ! « mon intention. La posléri lé l’eut préconisé pourtant si j’avais réussi,

| « et avec raison peut-être, il cause de ses grands et heureux résultats :

« tel est le sort et le jugement dans les choses d’ici-bas ! ! !... Mais, je le ! « répète, il n'y eut ni manque de foi, ni perfidie, ni mensonge; bien « plus, il n'y avait nulle occasion pour cela. » Kl ici l'Empereur u repris dans son entier et dans son principe tout l'bisloriqnc de l'affaire d'Espagne, répétant beaucoup de choses déjà dites plus haut.

« Deux partis, disait l'Empereur, divisaient lu cour et la famille ré-

• giiante : l'un était celui du monarque, aveuglément gouverné par son « favori, le prince de lu Paix, lequel s'était fait le véritable roi. L'autre

• était celui de l'héritier présomptif, conduit par son précepteur, Eseoi-

quiz, qui aspirait à gouverner. Ces deux partis recherchaient cgole- « ment mon appui et me faisaient beau jeu ; nul doute que je 11e fusse « résolu d'en tirer tout l'avantage possible.

« Le favori, pour se maintenir dans son poste, aussi bien que pour se « mettre à l'abri de la vengeanec du fils (la mort du père arrivant), « m’offrait, au nom de Charles IV, de faire de concert la conquête du » Portugal, se réservant pour lui la souveraineté des Algarveseomme « asile. . «

« D'un autre côté, le prince des Asturies m'écrivait clandestinement. « à l'insu de son père, pour inc demander une femme de ma main, et « implorer ma protection.

« Je conclus avec le premier, et laissai le second sans réponse. Mes « troupes étaient déjà admises dans la péninsule quand le fils profita « d'une émeute pour faire abdiquer son père et régner à sa place.

« On m'a imputé bêtement d’avoir pris part à toutes ces intrigues; « mais j'y étais d'autunt plus étranger, que la dernière circonstance sur- « tout dérangeait tous mes projets arrêtés avec le père, et par suite « desquels mes troupes se trouvaient déjà an sein de l'Espagne. Les deux « partis sentirent bien dès lorsque je pouvais et devais être leur arbitre. « Le roi détrôné s'adressa donc à moi pour obtenir vengeance, et le fils « y eut recours pour être reconnu. Tous deux s'empressèrent devenir « plaider devant moi, également poussés par leurs conseillers rcspec- « tifs, ceux-là mêmes qui les gouvernaient tout à fait, et qui ne voyaient « plus d'autres moyens pour assurer leur propre tète que de se jeter « dans mes bras.

« Le prince de la Paix, ayant failli être massacré, persuada facilement « ce voyage à Charles IV et à la reine, qui s'étaient eux-mêmes vus en « danger de périr par la multitude.

« De son côté, le précepteur Escoiquiz, le véritable auteur de tous les « maux de l’Espagne, alarmé de voir Charles IV protester contre son « abdication, ne voyant que l'échafaud si son pupille ne triomphait pas, « fut fort ardent à déterminer le jeune roi. Ce chanoine, d'ailleurs très- « confiant dans ses moyens, ne désespérait pas d'influencer de vive voix « sur mes déterminations, et de m'amener ainsi à reconnaître Ferdi- « nand, m'offrant, pour son propre compte, de gouverner, disait-il, tout « à fait à ma dévotion, aussi bien que pourrait le faire le prince de la « Paix, au nom de Charles IV. Et il faut convenir, disait l’Empereur, « que si j’eusse écouté plusieurs de ses raisons et suivi quelques-unes de « scs idées, je m’en serais beaucoup mieux trouvé.

« Quand je les lins tous réunis à Bayonne, ma politique se trouva « posséder liien ntl delà de ce qu'elle eût jamais osé prétendre ; il en a « été ainsi de plus d'un autre événement de ma vie dont on a fait lion- « neur à nia politique, et qui n'appartenait qu'au hasard : je n'avais pas , « combiné, mais je prolitais. Ici j’avais le nœud gordien devant moi, je ] « le coupai ; j’offris à Charles IV et à la reine de me céder la couronne « d'Espagne et de vivre paisiblement en France; ils s'y prêtèrent, je « pourrais dire presque volontiers, tant ils étaient ulcérés contre leur « (ils, et tant eux et leur favori ne recherchaient autre chose désormais i « que le repos et In sûreté. Le prince des Asturies n’y résista pas extra- J « ordinairement; mais il ne fut employé contre lui ni violence ni me- i « nace; et si la peur le décida, ce que je crois bien, cela ne dut regarder « que lui.

« Voilà, mon cher, en bien peu de mots, tout l'historique de l'affaire « d'Espagne : quoi qu'on en dise ou qu'on écrive, on en arrivera lit; et « vous voyez, qu'il ne saurait y avoir occasion |>our moi à détour, men- » songes, manque de paroles ou violations d'engagements. Pour m’en » rendre coupable, il eût donc fallu vouloir me salir gratuitement; or « jamais je n'ai montré ee penchant.

« I)u reste, dès que j'eus prononcé, la tourbe des intrigants qui four- '■ mille dans toutes les cours, ceux-là mêmes qui avaient été les plus « actifs à provoquer les malheurs, cherchèrent aussitôt à faire leur « offnire auprès de Joseph, comme ils l'avaient faite auprès de Cliar- « les IV et de Ferdinand VII ; niais, soigneusement attentifs à la marche « des événements, ils ont tourné plus tard à mesure que les circon- | a stances devenaient difficiles et que nos désastres approchaient; si bien i » que ce sont encore eux qui se trouvent gouverner aujourd'hui Fer- i «dinand; et, chose effroyable! pour mieux s'asseoir, ils n'ont pas « hésité à rejeter l'odieux et le crime des malheurs éprouvés sur la j « masse des niai », qu'ils ont proscrits et qu'ils tiennent dans le ban- ! « nissement, de ces gens naturellement honnêtes qui, dans le principe,

« blâmèrent fort le voyage de Ferdinand, dont plusieurs même s'y « opposèrent, puis prêtèrent serment à Joseph, qui leur sembla identifié « pour lors au bonheur et nu repos de leur patrie, et lui demeurèrent a fidèles jusqu'à ee que In grande catastrophe vint le faire descendre du « trône.

a 11 serait difficile d'accumuler plus d’effronterie et de turpitude que ! * n'en ontmonlré tous ees intrigants, principaux acteurs de cette grande j " scène; ce qui, pour le dire en passant, atténue la dégradation dont de •

» pareilles vilenies ont chargé In France aux veux de l'Europe. On voit « qu'elles ne lui sont |mis exclusives; les intrigants, les ambitieux, les

• avides, se trouvent partout, sont les mêmes partout, les individus

• seuls sont coupables; les nations ne sauraient être responsables, leur

• setd tort <*sl de se trouver pour le moment en évidence : malheur a ■« celle qui occupe la scène! »

iV. H. Aujourd'hui l'aflairc d'Espagne demeure |>arfuitemrntconnue, «l’Ace aux écrits des principaux acteurs, le chanoine Escoiquiz, le ministre Ccvnllos et autres, et surtout l'honnête et res|*rluhlc M. I.lol’enle, qui, sous la signature ana«ranimatique de Nellerto. a publie lt*s mémoires du temps, appuyés du recueil de toutes les pièces officielles. I.es contradictions adverses des deux premiers, leurs disputes entre eux, les réclamations et les dénégations des contein|Kirains, ont réduit leurs écrits a leur juste valeur, tout en les dé|Hiuillunl de tout ce qu'il v avait d'erroné, de faux ou même de falsilié il en résulte qu'aux yeux de tout homme impartial et froid, ils concourent tous, même involontairement. a continuer les assertions justificatives émises plus haut par Napoléon ; non qu'ils ne reproduisent cette différence qu’on doit inévitablement attendre de la diversité de parti et d'intérêts, mais seulement parce qn'il est vrai de dire qu'aucun n'etablit avec fondement une occasion positive, qu'il ne présente aucune pièce officielle qui puisse la constater, tandis que toutes celles qui existent attestent et consacrent le contraire.

Ce qu'on peut observer encore dans l'histoire, aujourd'hui bien authentique, de ees affaires, c'est que l'Angleterre elle-même s'y est trou* vée tout à fait étrangère, du moins dans le principe, ce qui était loin de la pensée île >1111011*011, qui accusa dans lis (eni|is les Anglais d'être la première cause de toutes les intrigues, et qui les en accusait encore à ; Sainte-Hélène, tant il était habitué à les trouver au fond de tout ce qui ' se tramait contre lui.

Au surplus, voici sur cette affaire d'Espagne une lettre de rEm|H*reur qui y jette plus de jour que ne sauraient le faire des volumes. Elle i*st admirable; les événements qui ont suivi lu rendent un chef-d'œuvre. Elle fait voir la rapidité, le coup d'ieil d’aigle avec lequel Napoléon jugeait immédiatement les choses et les personnes.

Malheureusement elle montre aussi combien l'exécution des subalternes, la plupart du temps, détruisait ou gâtait les plus belles, les plus hautes conceptions, et sous ce rapport encore, cette lettre demeure bien précieuse pour l'histoire. Sa date la rend prophétique.

fi!)8 MÉMORIAL

29 n**« IKO#

« Monsieur le grand-duc de Berg, je crains que vous ne me trompiez » sur la situation de l'Espagne, cl que vous ne vous trompiez vous-même. « L'affaire du 20 mars a singulièrement compliqué les événements. Je " reste dans une grande perplexité.

« iVe croyez pas que vous attaquiez une nation désarmée, et que vous « n'ayez que des troupes à montrer pour soumettre l'Espagne. I a révolu* <• lion du 20 mars prouve qu’il y a de l'énergie chez les (-Espagnols. Vous » avez alfaire à un peuple neuf : il a tout le courage et il aura tout l'en- « thousiasme que l'on rencontre chez les hommes que n'ont point usés « les passions |K>liliqucs.

« I .‘aristocratie et le clergé sont les maîtres de l'Espagne. S'ils crai- « gnenl pour leurs privilèges et pour leur existence, ils feront contre » nous des levées en masse qui pourront éterniser la guerre. J'ai des « partisans ; si je me présente en conquérant, je n’en aurai plus.

» I.e prince de la Puix est délesté, parce qu’on l'accuse d’uvoir livré « l'Kspagnc à la France. Voilà le grief qui a servi l'usurpation de Ferdi- « nand. Le parti populaire est le plus faible.

« Le prince des Asturies n’a aucune des qualités qui sont nécessaires « au chef d'une nation; cela n'empèchera pas que, pour nous l'opposer, « on (“il lasse un héros. Je ne veux pas qu'on use de violence envers les " iiersonnages de cette famille : il n'est jamais utile de se rendre odieux i et d'enflammer les huincs. L’Espagne a plus de cent mille hommes «sous les armes, c'est plus qu’il ne faut pour soutenir avec avantage « une guerre intérieure. Divisés sur plusieurs points, ils peuvent ser- « virde noyau au soulèvement total de la monarchie.

« Je vous présente l'ensemble des obstacles qui sont inévitables; il en ; « est d’antres que vous sentirez. L’Angleterre ne laissera pas échapper

« cette occasion de multiplier nos embarras. Elle expédie journellement « des avisos aux forces qu'elle tient sur les eûtes du Portugal et dans « la Méditerranée : elle fait des enrôlements de Siciliens et de Portugais.

» La famille royale n’ayant point quitté l'Espagne pour aller s'établir « aux Indes, il n'y a qu'une révolution qui puisse changer l’état de ce « pays. C'est peut-être celui de l'Europe qui y est le moins préparé. Les « gens qui voient les vices monstrueux de ce gouvernement et l'anarchie - qui a pris la place de l'autorité légale font le plus petit nombre: le » plus grand nombre profite de ees vices et de cette anarchie.

« Dans l’intérêt de mon empire, je puis faire beaucoup de bien à l'Es- « pagne. Quels sont les meilleurs moyens à prendre?

DE 8AINTE-UÉI.ÉNE. 69!) |

« Irai-je à Madrid ? Exercerai-je l'acte d'un grand protectorat, eu pro- I « nolisant entre le père et le lils? Il me semble difficile de faire replier j « Charles IV ; son gouvernement et son favori sont tellement dépopu-

• Incisés, qu’ils ne se soutiendraient pas trois mois.

» Ferdinand est l'ennemi de la France, c'est |K»ur cela qu'on l'a fait | * roi. I.e placer sur le trône sera servir les fuetions qui, depuis vingl-

« cinq ans, veulent l'anéantissement de la France, line alliance de famille serait un faillie lien. La rein' Elisabeth fl d’autres princesses « françaises ont péri misérablement lorsque l'on a pu les immoler impu-

- Dénient a d'atroces vengea nees. Je pense qu'il ne (nul rien précipiter,

| " qu'il convient de prendre conseil des événements qui vont suivre... Il

• faudra fortifier les corps d'armée qui se tiendront sur les frontières » du Portugal, et attendre...

« Je n'approuvepes le parti qu'a pris Votre Altesse Impériale de s ein- ;

• parer aussi précipitamment de Madrid. Il fallait tenir l’armée à dix j » lieues de la capitale. Vous n'aviez |ws l'assurance que le |ieuple et la | « magistrature allaient reconnaître Ferdinand sms contestation. I.e j » prince de la Paix doit avoir dans les emplois publies des partisans ; il

! « y a d'ailleurs un attachement d’habitude nu vieux roi qui pouvait pro-

» duire des résultats. Votre entrée à Madrid, en inquiétant les Espagnols*

■■a puissamment servi Ferdinand. J'ai donné ordre a Savarv d'aller " nupri-s du nouveau roi voir ce qui se passe. Il se concertera avec Votre « Altesse Impériale. J'aviserai ultérieurement au parti qui sera il prrn- '• d re ; en attendant, voici ce que je juge convenable de vous prescrire :

" Vous ne m’engagerez il une entrevue en Espagne avec Ferdinand " que si vous jugez la situation des choses telle que je doive le reçoit*

" naître comme roi d'Kspagne. Vous userez de bons procédés envers le « roi, la reine et le prince Godoy. Vous exigerez pour eux et vous leur | « rendrez les mêmes honneurs qu’autrefois. Vous ferez en sorte que " les Fspagnols ne puissent pas soupçonner le parti que je prendrai. Cela ne vous sera pas difficile : je n'en sais rien moi-même.

“ Vous ferez entendre à la noblesse et au clergé que si ta France doit j « intervenir dans les affaires d'Fspagne, leurs privilèges et leurs immu- j » nités seront respectés. Vous leur direz que l'Km|iereur désire le

- perfectionnement des institutions politiques de l'Kspagne. pour la « mettre en rapport avec l'étal de civilisation de l'Europe, pour la <• soustraire au régime des favoris... Vous direz aux magistrats et aux » bourgeois des v illes, aux gens éclairés, que l’Espagne a besoin de re- « créer la machine de son gouvernement, et qu'il lui faut des lois qui

« garantissant les citoyens de l'arbitraire et des usurpations de la féodalité, des institutions qui raniment l'industrie, l'agriculture et les arts.

1 « Vous leur peindrez l’état de tranquillité et d'aisance dont jouit lu

! « France, malgré les guerres ou elle s’est toujours engagée ; la splendeur |

» de la religion, qui doit son établissement au concordat que j'ai signé

- avec le pa|ie. Vous leur démontrerez les avantages qu'ils peuvent tirer

• d’une régénération politique : l'ordre et la paix dans l'intérieur,

« la considération et lu puissance dans l'extérieur. Tel doit être l'esprit « de vos discours et de mis écrits. Ne brusquez aucune démarche ; je « puis attendre a Rayonne, je puis passer les Pyrénées, et, me fortifiant « Vers le Portugal, aller conduire la guerre de ce côté.

« Je songerai à vos intérêts |>arliculiers, n'y songez pas vous-même

« Le Portugal restera il ma disposition. Qu'aucun projet personnel ne « vous occupe et ne dirige votre conduite : cela me nuirait, et vous « nuirait encore plus qu’à moi.

« Vous allez trop vite dans vos instructions du li ; la marche que

• vous prescrivez au général Dupont est trop rapide, à cause de l'événe- |

! » ment du 19 murs. Il y a des changements à faire; vous donnerez de

« nouvelles dispositions, vous recevrez des instructions de mon ministre | » des affaires étrangères.

• J'ordonne que la discipline soit maintenue de la maniéré la plus i' sévère: point de grâce pour les plus petites fautes. L’on aura pour > l'habitant les plus grands égards. L'on respectera principalement les ■ églises et les couvents.

• L'armée évitera toute rencontre, soit avec des corps de l'armée es-

* pagnole, soit avec des détachements : il ne faut pas que, d’aucun côté,

, « il soit hrôlé une amorce.

« Laissez Solano dépasser Badajoi, faites-le observer; donnez vous- » même l'indication des marches de mon armée, pour la tenir toujours

* à une distance de plusicui’s lieues des corps espagnols. Si la guerre

• s'allumait, tout serait perdu.

• C'est à la politique et aux négociations qu’il appartient de décider

- des destinées de l'Espagne. Je vous recommande d'éviter des cxpiica- « lions avec Solano, comme avec les autres généraux et les gouverneurs

* espagnols.

« Vous m'enverrez deux estafettes par jour. En cas d'événements ]

• majeurs, vous m'expédierez des oflieiers d'ordonnance. Vous me ren-

* verre* sur-le-champ le chambellan qui vous porte reltedépéche ; vous 1 I >■ lui remettrez un rapport détaillé.

» Sur ce, je prie Dieu. Monsieur le grand-duc de Berg, qu’il vous ait, etc.

■■ Signé NaPOI.Éon. »

Samedi 15,

Le temps était magnilique; nous avons fait notre tour en ealèelie, , durant lequel nous avons aperçu très-près du rivage un gros bâtiment, dont la inamcuvre nous a paru singulière. I,es marques distinctives nous l'ont fait prendre pour/r Newcastle, annoncé depuis quelque temps comme venant relever le Nnrthumberland ; mais ce n'était qu’un bâtiment de In compagnie.

Dans une partie de la journée, l’Kinpcrcur, au travers d’un grand nombre d’ohjets, en est arrive à mentionner plusieurs personnes qui viendraient le joindre à Sainte-Hélène, disait-il, si on leur en laissait lu liberté, et il s’est mis à analyser les motifs qui les détermineraient. De là il est passé au\ motifs de ceux qui se trouvent autour de lui. « Bertrand, disait-il, est désormais identifié avec mon sort : c'est de- « venu historique. Gourgaud était mon premier officier d’ordonnance : « il est mon ouvrage; c'est mon enfant. Mnnthahm est le lils de Se- » monville, un beau-frère de .loubert. un enfant de la révolution et ; « des camps. Vous, mon cher, disait-il au quatrième, vous... » Et après

! avoir cherché un instant, il a repris ; « Mais vous, mon cher, au fait,

| « par quel diable de hasard vous trouvez-vous ici ? — Sire, lui ai-je

« répondu, par le bonheur de mon étoile, et |Miur l’honneur de l'éinil I « gration. »

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Kmi kiih n est t'iilré vers les dix heures dans 1 1 1 ; i rliamhre : je m'habillais, je dictais à mon (ils précisément mon journal.

I/Empereiir v a jeté les yeux quelques instants et n'a rien dit; il l'a quitté pour saisir quelques dessins commencés . c'était h: topographie a la plume de quelques-uns des champs de bataille «l'Italie, un essai de mon lils et une surprise que nous nous plaisions à ménager à l'Empereur. Nous les avions travaillés jusque-là en secret.

MÉMORIAL DK SAINTE- HÉLÈN K. 705

J’ai suivi l'Empereur an jardin; il y a beaucoup causé sur des objets qu'on venait de nous envoyer d'Angleterre ; c'était principalement des meubles. II a fait ressortir le peu de grâce et la gaucherie de ceux qui étaient chargés de nous les remettre : en nous offrant, faisait-il observer, même ce qui nous eût été le plus agréable, ils trouvaient encore j moyen de nous offenser; aussi était-il bien déterminé à n'en pas faire j usage, et il avait déjà fait remercier pour deux fusils de chasse qui | étaient particulièrement destinés à lui être offerts. L’Empereur a voulu déjeuner en plein air, et nous s a tous fait appeler.

Lu conversation s'étant trouvée sur la mode et les parures, l'Empereur a dit qu'un moment il avait voulu proscrire l’usage du coton eu Erailée, pour mieux soutenir les batistes et les linons de nos villes de la Flandre. L'impératrice Joséphine s'était révoltée, elle avait poussé les liants cris : il avait fallu y renoncer.

L’Empereur était très-causant, le temps (oi t doux et assez, agréable : il s'est mis ii marcher dans l'espèce d'allée perpendiculaire à la face de la maison. La conversation s'est lixée sur l'époque fameuse de Tilsil ; l voici les détails précieux que j'en ai recueillis ;

L'Empereur racontait que si la reine de Prusse était venue au commencement des négociations, elle eût pu influer beaucoup sur leur résultat; heureusement elle arriva les choses assez avancées pour que l'Empereur put se décider à conclure vingt-quatre heures après. On a pensé que le roi l'en avait empêchée jusque-là pur un commencement de jalousie contre un grand personnage; et celte jalousie, disait l’Ernpe- 1 reur, n’était pas, assurait-on, sans quelque léger fondement.

Dès le moment de son arrivée, l'Empereur se rendit chez elle pour lui faire visite. La reine de Prusse, disait-il, avait été très-belle, mais elle commençait à perdre de sa première jeunesse.

L’Empereur dit que cette reine le reçut comme mademoiselle Duchesnois dans Chimène, demandant, criant justice; renversée en arrière, en un mot tout à fait en scène; c'était de la véritable tragédie. Il en fut un moment interloqué, et il n’imagina, dit-il, d'autre moyen de. se débarrasser qu'en ramenant la chose nu ton de la haute comédie; ce qu’il essaya en lui avançant un siège et la forçant de s’v asseoir: elle n'en continua pas moins du ton le plus pathétique. « La Prusse s’était aveuli glée sur sa puissance, disait-elle ; elle avait osé combattre un héros,

« s'opposer aux destinées de la France, négliger son heureuse amitié :

« elle en était bien punie!... La gloire du grand Frédéric, ses souvenirs,

« son héritage, avaient trop enflé le cœur de la Prusse, ils causaient sa

• ruine! ■ Elle sollicitait, suppliait. implorait. Mugdehourg surtout

élilit l'objet de ses vumix. 1,'Kmpercur eut a se tenir le mieux qu'il put ; heureusement le ninri arriva : la reine, d'un regard expressif, réprouva ee eonire-temps, et mollira de l'humeur. « En effet, le roi essaya de » mettre son mot dans la conversation, gâta toute l'affaire, et je fus « délivré, » dit l'Em|iercur.

I, 'Empereur eut la reine a dîner : elle déploya, disait-il, vis-a-vis de lui tout son esprit, elle en avait liraucoup; toutes ses manières, elles étaient fort agréables ; toute sa coquetterie, elle n'était pas sans charmes. « Mais j'élais résolu de tenir bon, ajoutait-il ; toutefois il me fallut • beaucoup d'attention sur moi-même pour demeurer exempt de toute « espèce d'engagement et de toute parole douteuse, d'autant plus que « j’étais soigneusement observé, et tout particulièrement par Alexandre. »

Tn instant avant de se mettre à table. Napoléon, s'étant approché d’une console, y avait pris une très-belle rose, qu’il présenta à lu reine, dont la main exprima d'abord une espèce de refus apprêté; mais, se ravisant aussitôt, elle dit : Oui, mais nu moins arec Magdtbourg. Sur

quoi l’Empereur lui répliqua: « Mais je ferai remarquer a Votre

« Majesté que c'est moi qui In donne, et vous qui aller, lu recevoir. * Le dîner, et tout le resle du temps se |iassn de la sorte.

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