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La reine était à table entre les deux empereurs, qui firent assaut de galanterie. On s'était placé d'après la bonne oreille d'Alexandre : il en
est une dont il entend à peine. Le soir venu, et la reine retirée, l’Empereur, qui n'avait cessé d'ètre de la plus grande amabilité, mais qui s’était vu pourtant souvent poussé à ImhiI, résolut d'en finir. Il manda M. de Talleyrand et le prince Kourakin, parla de la grosse dent; et léchant, dit-il, les gros mots, fit sentir qu’a près tout une femme et la galan-
Iterie ne pouvaient ni ne devaient altérer un système conçu pour les destinées d'un grand peuple; qu’il exigeait que l'on conclût à l'instant, et que l'on signât de suite ; ce qui fut fait comme il l'avait voulu. " Ainsi » la conversation de la reine de Prusse, disait-il, avança le traité de « huit ou quinze jours. » Le lendemain, la reine se préparait à venir renouveler ses attaques; elle fut indignée quand elle apprit la signature du traité. Elle pleura beaucoup, et résolut de ne plus voir l'empereur Napoléon. Elle ne voulait pas accepter son second diner. Alexandre fut obligé d'aller lui-mème la décider; elle jetait les hauts cris, elle prétendait que Napoléon lui avnil manqué de parole. Mais Alexandre avait toujours été présent. Il avait été un témoin même dangereux, prêt a témoigner en sa faveur au moindre geste, à la moindre parole échappés j à Napoléon. « Il ne vous a rien promis, lui disait-il ; si vous pouvez me « prouver le contraire, je m'engage ici à le lui faire tenir d'homme à
« homme, el il le fera, j'en suis silr. — Mais il m'a donné à entendre, | «disait-elle — Non, disait Alexandre, et vous n'avez rien à lui i
« reprocher. » Enfin elle vint. Napoléon , qui n’avait plus à se défendre, n'en fut que plus aimable |tour elle. Elle joua quelques moments le rôle de coquette offensée ; et, le dîner fini, quand elle voulut se retirer. Napoléon la reconduisant, arrivé ail milieu de l'escalier où il s'arrêtait, elle lui serra la main, et lui dit avec une espèce de sentiment : « Est-il pos- » sible qu'ayant eu le bonheur de voir d’aussi près l'homme du siècle « et de l'histoire, il ne me laisse pas la liberté et la satisfaction de pou- I | « voir l'assurer qu’il m'a attachée pour la vie!... — Madame, je suis a
« plaindre, lui répondit gravement l'Empereur; c'est un effet de nia « mauvaise étoile.» Et il prit congé d'elle.
Arrivée à sa voiture, elle s'y jeta en sanglotant, fit appeler Duroe qu’elle estimait beaucoup, lui renouvela toutes ses plaintes, et lui dit. en montrant le palais : « Voilà une maison où l'on m'a cruellement ! « trompée. »
I « I -;i reine de Prusse, disait l’Empereur, avait certainement des « moyens, beaucoup d'instruction et une grande habitude ; elle régnait , « véritablement depuis plus de quinze ans. Aussi, en dépit de mon
i « adresse et de tous mes efforts, se montra-t-elle constamment mai- « tresse de lu conversation, la domina toujours, revint sans cesse à son « sujet, peut-être trop, mais du reste avec une grande convenance, el
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« sans qu'il fut possible de s'en fâcher; et il est vrai de dire que l'objet j " était important pour elle, le temps précieux et court.
« Un des hauts contractants lui répéta plusieurs fois, disait l'Empe- j •' reur, qu'elle eût dû venir dés le principe ou pas du tout, lui rappelant • que, pour sa part, il avait fait tout son possible pour qu'elle vint tout « de suite. On voulait, disait l'Empereur, qu'il y eût recherché un in- « térèt personnel ; mais, par contre, le mari avait mis un intérêt tout « aussi |>ersonnel à s'y opposer.
« Le roi de Prusse, disait-il, m'avait fait demander son audience de « congé. Alexandre me fit prier, avec mystère, de la retarder seulement « de vingt-quatre heures. Je le fis, croyant bien que je me montrais là « bon ami. Le roi de Prusse ne me l'a jamais pardonné, non qu'il se « doutât en aucune manière démon véritable tort, disait-il eh souriant « malignement, mais parce qu'il trouvait la majesté royale blessée d'a- » voir vu renvoyer nu lendemain l'audience qu’il demandait pour le ■< jour même.
« Un autre poids à mon sujet, qu’il n'a jamais pu s'ôter de dessus le « coeur, c’était d'avoir violé, disait-il, son territoire d’Anspach, dans j « notre guerre d’Austerlitz. Dans toutes nos rencontres depuis, quelque » grands que fussent les intérêts du moment, il les laissait tous de côté j
« pour revenir à me prouver que j'avais bien réellement violé son terri- « toireà Anspach. 11 avait tort; mais enfin il en était persuadé, et son » ressentiment était celui d'un honnête homme : toutefois sa femme « s’en dépitait, et lui eût voulu une plus haute politique, etc. »
Napoléon, du reste, se reprochait, disait-il, comme une véritable faute, d'avoir reçu en aucune manière le roi de Prusse à Tilsit. Sa première détermination avait été de le refuser. Il eût alors été tenu à moins déménagements envers lui, et eût pu lui garder la Silésie; il en eût enrichi la Saxe et se fût probablement par la réservé d'autres destinées.
Il disait aussi : « J'apprends que les politiques aujourd'hui blâment fort « mon traité de Tilsit. Ils ont découvert, depuis mes désastres, que par « là j'avais mis l'Europe à la merci des Russes; mais si j’avais réussi â « Moscou, et on soit à combien peu cela a tenu, ils auraient admiré sons « doute alors combien j'avais mis, au contraire, par ce traité, les « Russes à la merci de l'Europe. J'avais de grandes vues sur les Allc-
« mands Mais j'ai échoué, et parlant, j'ai eu tort ; cela est de toute
« justice » ✓
Presque tous les jouis, il Tilsit, les deux empereurs et le roi sortaient ensemble à cheval ; mais celui-ci était toujours maladroit ou mnlheu-
MÉMOHI AL