‹ Mémorial de Sainte-HélèneChapitre 7 sur 51 · PROTESTATION · texte numérisé non relu

PROTESTATION

« Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes.

« contre In violence qui m'est faite, contre la violation de nies droits les « plus sacres, en disposant, pur In force, de ma personne et de ma liberté. « Je suis venu librement à bord du Bellêrophnn ; je ne suis pas le prison- « nier, je suis l'hôte de l'Angleterre. J'v suis venu a l'instigation meme » du capitaine, qui a dit avoir des ordres du gou vernemejjJ jle jne-recevoir, et de me conduire en Angleterre avec ma suite , si cela m'était « agréable. Je me suis présenté de hcflVnefoi, pour venir me mettre sous « la protection des lois d' Angleterre'. vVussüôt assis à bord du llelléro pho» , « je fus sur le foyer du peuple britannique. Si le gouvernement , en « donnant des oiilres au capitaine du lictléroplion de me recevoir ainsi « que ma suite, n'a voulu que tendre une embûche, il a forfait a l’hou- « neuret llélri son pavillon.

« Si cet acte se consommait, ce serait en vain que les Anglais vouii (Iraient parler désormais de leur loyauté, de leurs lois et de leur liberté : « la foi britannique se trouvera perdue dans l'hospitalité du Belléraphon.

« J'en appelle à l'histoire : elle dira qu'un ennemi , qui fit vingt ans la ii guerre an peuple anglais , vint librement, dans son infortune, chercher « un asile sous ses lois : quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui donner « de son estime et de sa confiance? Mais comment répondit-on en Anglc-

« terre à une telle magnanimité? On Teignit de tendre une main hospitu- « liére à eet ennemi ; et quand il se Tut livré de bonne toi , on l'immola.

« Signé Napoléon.

- A WJ .tu Ërttrt^kmm, à U MW. «

l.e due de Itovigo m'apprend que l'Empereur a demandé ù m'envoyer à Londres vers le prince régent , mais qu'on s'y est obstinément refusé. !

La mer était grosse, le veut violent, nous étions en grande |Kirtie malades de la mer. El que ne peut pas la préoccupation du moral sur les infirmités physiques! C'est la seule fois de ma vie peut-être que je n'aie pas été atteint du mal de mer’ pur un temps pareil. . .

Eu sortant de Plymouth, nous avions d'abord gouverné ù l'est, vent arrière; mais bientôt nous vînmes au plus près, nous courions des bords, nous croisions, et nous ne pouvions rien comprendre il cette I nouvelle espèce de supplice.

)larqn<>s de ronfiancr que tiw* donne rEinjierttir.

Samedi 6.

doute la journée du o se passa de la même manière. L'Enqiereur. a su conversation habituelle du soir, me donna deux grandes marques de confiance ; je ne puis les livrer au papier

Mouillage k Start-Point. — Personnes i|ui acronqiagnent rEiiqiereur.

Dimanche 6

Nous mouillâmes, vers le milieu du jour, à Start-Point, où un vaisseau n’est pas en sâreté, et nous n’avions pourtant que deux pas a faire pour être fort bien dans Torbay ; cette circonstance nous étonnait. Toutefois nous avions appris qde notre luit était d'aller au-devant

' Il en «il une que Je puis raconter aujourd'hui. A mon heure accoutumée . l'Empereur. se pmnirliant avec moi ■ laits la galerie «lu vaisseau, tire «le dessous *a veste , tout en traitant un objet étranger k ci* qn’ll faisait , une espèce de ceinture «ju'il inc poita en disant : • Gardez-moi cela. » Sans l’Inter* rompre davantage , je la plaçai de la même manière nous mon gilet. Il m'apprit plus tanl que c’était un l'Ollier «le «leux cent mille francs «pie la rdm* Hortrase lavait forcé de prendre k «ni déjurt «le la Malinais«t(i. Arrivé k ftainte-llélène. je («allai plusieurs foi*. de rendre le collier, sans obtenir un mot «le réjioiise; m'y élanl hasardé de nouveau 1 Loiigvvood, il nie dit a&*es sêchemait : • Vous gène-t-il?

— Non . Sire. - Eh bien ! ganlei-le. » Avec le temps, ce cuiller, toujours mit moi , ne me «luittant jamais, s'identifia en «|uel«pie sorte av«>c ma personne, jo n’y songeais plus ; trilement qu'arraché «le Longwnud , ce ne fut «|n*an bout «le plusieurs jours , et |»ar le plus grand hasard , qu'il me revint à la pensée, et alors jVn frémis !... Quitter l Eiii|M*reur, et le priver d'une telle r«*wource! Car comment le lui mvlre désonnais? j'étais tenu au secret le plus rigoureux , «'iilmiré «le peAUer* et «h* sentinelles • milles coiiunimieations n'étalent praticable*. Je m'évertuais en vain ; le l«'iti|» courait • il ne me restait i|iie jn-ii de jours, et rien n’eût égalé mon désespoir «le partir de la sorte. Hans relie situation , je risquai le tout pour le tout ; un Anglais, à qui j'avais parlé souvent, vint par circonstance particulière, et ce fut sous Ira yeux méuira «lu gouverneur et «l'un de se* plus intimes afli.lrx <|ue je me hasardai.

• Je voua crois une belle âme, lui «lis-je k la dérobée, je vais la mettre k l’épreuve... Illen. «lu reste,

• d«* nuisible pour vous ni «le contraire a votre boni tour... seulement un riche «lé|ktt k restituer h Na- « (Niléun. si vous l'accepte/ , mon fils va U' mettre dans votre poche... *

Pour toute répome, il ralentit son pas ; mon fil» nous suivait , je l'avais préparé, et le collier fut # gHmr près* pie à la vue de» factionnaires. J’ai eu l'inexprimable satisfaction, avant de quitter l ilr , «le . j savoir qu'il avait atteint les mains «le l’Empereur. De quelles douces sensations le cour n'est-U pas remit*1 par le souvenir «l'un jiareil trait «le la |>arl d'un ciinciuJ, et dan» de telle» circonstances :

DF. S A I NT F.-ll F LE N E.

du Norlhumberland , dont on uvoit pressé la sortie de l’ortsmnulh en toute luUe. Ce vaisseau parut, en effet, avec deux frégates chargées de troupes qui devaient composer la garnison de Sainte- Hélène. Tout cela vint mouiller près de nous, et les communications entre eux devinrent fort actives ; les précautions , pour qu'on ne nous abord&t pas , continuèrent toujours. Cependant le mystère de notre appareillage précipité de l’lymouth et de toutes Ira manœuvres qui avaient suivi perça tant bien que mal. L'amiral Keith avait été averti, nous dit-on, parle télégraphe, qu'un officier public venait de partir de Londres, avec un ordre d ’habeas corpus , pour réclamer la personne de l'Empereur, nu nom des lois ou d'un tribunal. Nous n'avons pu vérifier ni les motifs ni les détails. Lord Keith, ajoutait-on, avait à peine eu le temps d'échapper à cet embarras; il avait dû se transporter précipitamment de son vaisseau sur ! un brick , et disparaître, au jour, de la rade de Plymoulh : c’était le I même motif qui nous tenait hors de Torbay.

Les amiraux Keith et Cockhurn sont venus à bord du Belléropkon; le

dernier commande le Sorlhumberland : ils ont conféré avec l'Empereur, et lui ont remis un extrait des instructions relatives à notre déportation et

à notre séjour à Sainte-Hélène. Elles portaient qu'on devait le lendemain visiter tous nos effets, pour nous prendre en garde, disait-on , l'argent, les billets, les diamants appartenant à l'Empereur ainsi qu'à nous. Nous apprîmes aussi que le lendemain on nous ôterait nos armes , et qu'on nous transporterait à bord du Noiihumberlaird. Voiei ces pièces :

Ordre de l'amiral Keith au capitaine Maillant! du Bcllcrophon.

« Toutes les armes quelconques seront prises des Français de tous rangs qui sont à bord du vaisseau que vous commandez , seront soigneusement ramassées, et demeureront a votre charge tant qu'ils resteront à boni du Bellérophon ; elles seront ensuite à lu charge du capitaine du vaisseau à bord duquel ils seront transportés. Start-bny, 6 août 1815. »

Intlructian» dit minitlret à l' amiral C nrkburn

« lorsque le général Itnnnparte sera conduit du Bellérophon à bord du Norlhumberlanit , ce sera un moment convenable pour l'amiral sir G. Cock burn de diriger la visite des effets que le général portera avec lui.

« L'amiral sir G. Goekburn laissera passer les articles de meubles , les i livres, les vins, que le général pourrait avoir avec lui. { Les vins ! obser- I nation bien digne (les ministres anglais. |

« Sous l'article des meubles, on comprendra l’argenterie, pourvu qu’elle ne soit pas en si grande quantité qu'on pût la regarder moins comme un usage domestique que comme une propriété convertible en espèces.

« Il devra abandonner son argent, scs diamants et tous ses billets négociables, de quelque nature qu'ils soient.

« Le gouverneur lui expliquera que le gouvernement britannique n’a nullement l'intention de confisquer sa propriété, mais seulement d'en saisir l'administration, alin de l'empècher d’en faire un instrument d'évasion.

« L'examen doit être fait en présence de quelques personnes nommées pur le général Bonaparte, et un inventaire de ces effets devra demeurer signé de ces personnes, aussi bien que par le contre-amiral, ou tout autre individu désigné par lui pour assister à cet inventaire. L’intérêt ou le principal , suivant le montant de la somme, sera applicable à ses besoins, et lu disposition en demeurera principalement à son choix. A ce sujet, il communiquera de temps en temps ses désirs, d'abord à l’amiral, et !

Die

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ensuite au gouverneur, quand celui-ci sera arrivé; et à moins qu’il n'y ait lieu à s'y opposer, ils donneront des ordres nécessaires, et paieront les dépenses pur des billets tirés sur le trésor de Sa Majesté.

« En cas de mort ( quelle prévoyance!'.!), la disposition des biens du général sera déterminée par son testament , les contenus duquel , il peut en être assuré , seront strictement observés. Comme il pourrait se faire qu’une partie de sa propriété vint à être dite celle des personnes de sa suite , celles-ci seront soumises aux mêmes règles.

• L’amiral ne prendra à bord personne de la suite du général Bonaparte, pour Sainte-Hélène, que ce ne soit du propre consentement de cette personne , et après qu’il lui aura été expliqué qu'elle devra être soumise ii toutes les règles qu'on jugera convenable d’établir pour s'assurer de la personne du général. On laissera savoir uu général que, s'il essayait de s’échapper, il s'exposerait à être mis en prison (en prison !!!), ainsi que quiconque de sa suite qui serait découvert cherchant à favoriser son évasion. (Plus lardlebilldu parlement soumet ces derniers à la peine de mort.)

« Toutes les lettres qui lui seront adressées , ainsi qu'à ceux de sa suite, seront données d’abord à l'amiral ou uu gouverneur, qui les lira avant de les rendre ; il en sera de même des lettres écrites par le général ou ceux de sa suite.

« Le général doit savoir que le gouverneur ou l’amiral ont reçu l’ordre positif d'adresser au gouvernement de Sa Majesté tout désir ou représentation qu'il jugera faire : rien là-dessus n'est laissé à leur discrétion ; mais le papier sur lequel les représentations seraient faites doit demeurer ouvert , pour qu’ils puissent y joindre les observations qu’ils jugeront convenables. »

On se peindrait difficilement la nature de nos sentiments, dans ce moment décisif où s'accumulaient en foule tant de violences, d'injustices et d'outrages !

L’Empereur, contraint de réduire sa suite a trois personnes , arrêta son choix sur le grand maréchal , moi , MM. de Montholon et Gourgaud.

Les instructions ne permettant à l’Empereur d'emmener que trois officiers , il fut convenu de me considérer comme purement civil , et d’admettre un quatrième , à l'aide de cette interprétation.

Conversation avec lonl Keith. — Visite des effets de l'Empereur. — L'Empereur quitte le Belltfropho n.

— Séparation. — Appareillage pour Sainte-Uéléne.

Lundi 7.

L’Empereur adresse à lonl Keith une espèce de protestation nouvelle,

fi

sur lu violence qu’on fuisuit u su personne en l'nrrachant du Bellérophon : je vais la porter à bord du Tonnant. L'amiral Keith , très-beau vieillard et de manières parfaites , m'y reçut avec une extrême politesse, mais il évita soigneusement de traiter le sujet , disant qu'il ferait réponse par écrit.

Cela ne m'arrêta pas, j'exposai l'état actuel de l'Empereur; il était très-souffrant, ses jambes enflaient, et je témoignai à lord Keith qu'il serait désirable pour l’Empereur de ne pas appareiller immédiatement. Il me ré|M>udit que j'avais été marin , et que je devais voir que son mouillage était critique ; ce qui était vrai.

Je lui exprimai lu répugnance de l'Empereur de savoir ses effets fouillés et visités, ainsi que cela venait d'être déclaré, l'assurant qu'il les verrait sans regret jeter préférablement à la mer. Il me ré|>ondit que c'était un ordre qui lui était prescrit et qu'il ne pouvait enfreindre.

Eu tin , je lui demandai s’il serait bien possible qu'on pût en venir au point d'arracher à l'Empereur son épée. Il répondit qu'on la respecterait ; mais que Napoléon sciait le seul, et que tout le reste serait désarmé.

Je lui montrai que déjà je l'étais: on m'avait été mon épée pour me rendre à son bord.

Un secrétaire , qui travaillait a l'écart , lit observer à lord Keith , en anglais, que l'ordre portait que Napoléon lui-mème serait désarmé; sur quoi l'amiral lui répliqua scellement , en anglais aussi , et autant que j'ai pu en saisir : « Monsieur, occupez-vous de votre travail, laissez-nous à nos affaires. »

Continuant toujours, je passai en revue tout ce qui nous était arrivé. J'avais été le négociateur, disais-je, je devais être le plus peiné; j’avais le plus de droit d'être entendu. Lord Keith m’écoutait avec une impai tience marquée; nous étions debout , et à chaque instant ses saints cher- ( chaicnt à me congédier. Lorsque j'en fus à lui dire que le capitaine Maitlanil s'était dit autorisé à nous conduire en Angleterre, sans nous laisser soupçonner qu’il nous faisait prisonniers de guerre; que ce capitaine ne saurait nier sans doute que nous étions venus librement et de bonne foi ; que la lettre de l’Empereur au prince de Galles, dont j'avais préalablement donné connaissance au capitaine Maitland, avait dû nécessairement créer des conditions tacites, dès qu'il n'y avait fait aucune observation ; aloi-s la mauvaise humeur de l'amiral , sa colère même, percèrent tout à fait; il me ditavec vivaeitéque, dans ce cas, le capitaine Maitland aurait été une bêle; car ses instructions n'étaient rien de tout cela, et qu’il en

était bien sur, puisque c'était de lui qu'il les tenait. «Mais, Milord , oh- « servai-jeen défense du capitaine Maitland , Votre Seigneurie s’exprime « ici avec une sévérité dont peut-être elle pourrait ellc-mèine être res- « ponsable ; car non-seulement le capitaine Maitland , mais encore l’amiral « llotham et tous les officiers que nous vîmes alors, se sont conduits, h exprimés de la même manière vis-à-vis de nous : aurait-il pu en être « ainsi si leurs instructions avaient été si claires et si positives? » F.t je le délivrai de moi ; aussi bien il ne tenait plus à voir se prolonger un sujet qui, probablement, dans son for intérieur, n’était pas sans quelque délicatesse pour lui.

Un oflicier des douanes et l'amiral Coekburn tirent la visite des effets de l'Empereur : ils suisirent quatre mille napoléons, et en laissèrent quinze cents pour payer les gens : c'était là tout le trésor de l'Empereur.

L'amiral parut singulièrement mortilié du refus de chacun de nous de l'assister contradictoirement dans son opération , bien que nous en fussions requis. Ce qui lui montrait suffisamment combien cette mesure nous paraissait outrageante |>our l'Empereur, et peu honorable pour celui qui l'exécutait.

Ce|>endanl le moment de quitter le ttettérophon était arrive. L'Empereur

était enfermé depuis longtemps avec le grand maréchal ; nous étions dans la pièce qui précédait ; la porte s'ouvre; le duc de Rovigo, tondant en larmes , sanglotant, se précipite aux pieds de l'Empereur ; il lui baisait les mains. L'Empereur, ralme, impassible, l’embrassa et se mit en route

pour gagner le canot. Chemin taisant , il saluait gracieusement de la tète ceux qui étaient sur son passage. I ons ceux des nôtres que nous laissions en arrière étaient en pleure ; je ne pus m'empêcher de dire à lord Keith, avec qui je causais en ce moment : « Vous observerez, Milord, qu’ici » ceux qui pleurent sont ceux qui restent. »

Nous gagnâmes le Norlhumbrrland ; il était une ou deux heures. L'Empereur resta sur le pont, et causa volontiers et familièrement avec les Anglais qui s'en approchèrent.

Au moment d'appareiller, un cutter, qui rôdait autour du vaisseau pour en éloigner les curieux, coula, très-près de nous, un bateau rempli de spectateurs. La fatalité les avait amenés de fort loin pour être

victimes ; deux femmes , m'a-t-on dit, y ont péri. Kntin , nous mettons sous

voiles pour Sainte-Hélène, treize jours après notre arrivée à Plymouth, et quarante après notre départ de Paris.

Les ministres anglais avaient fort blâmé le respect qu’on avait témoigné à l’Empereur à bord du BelUrophon : ils avaient donné des ordres en conséquence; aussi affectait-on, â bord du Northumberland , des expressions et des manières toutes différentes : on s'empressait ridiculement surtout de se recouvrir devant lui ; il avait été sévèrement enjoint de ne lui donner d’autre qualification que celle de général, et de ne le traiter qu'à l'avenant. Tel fut l'ingénieux biais, l'heureuse conception qu’enfanta la diplomatie des ministres d’Angleterre, vis-à-vis de celui qu'ils avaient reconnu comme premier consul, qu'ils avaient si souvent qualifié de chef du gouvernement français ; avec lequel ils avaient traité comme empereur à Paris, lors de lord Lauderdale, et peut-être même signé des articles à Chàtillon. Aussi, dans un momcntd'humeur, échappat-il à l'Empereur de dire en expressions fort énergiques : « Qu’ils m’appellent comme ils voudront, ils ne m'empêcheront pas d'être moi!> Il étaiten effet bizarre et surtout ridicule de voiries ministres anglais mettre une haute importance à ne donner que le titre de général à celui qui avait gouverné l’Europe, y avait fait sept à huit rois , dont plusieurs retenaient

encore ce titre de sa création ; qui avait été- plus de dix ans Empereur des Français , avait été oint et sacré en cette qualité par le chef suprême de l’Église ; qui comptait deux ou trois élections du peuple français à la souveraineté ; qui avait été reconnu Empereur par tout le continent de l'Europe , avait traité comme tel avec tous les souverains , et conclu , avec eux tous, des alliances de sang et d'intérêts : il réunissait donc sur sa personne la totalité des titres religieux, civils et politiques qui existent 1 parmi les hommes, et que, par une singularité bizarre , mais vraie, aucun des princes régnant en Europe n'eût pu montrer accumulée de la sorte sur le premier, le chef, le fondateur de sa dvnastie. Toutefois l'Empereur, qui avait eu l'intention de prendre un nom d'incognito, en débarquant en Angleterre , celui de colonel Duroc ou Vairon, n'y songea plus des qu'on s’obstina à lui disputer ses vrais titres.

Description minutieuse du logement <1r rEmpereur à bord du yoi thumbrrland. lirait- rt habitude* dr l‘Ent|*Teiir à bord.

Mardi H au lundi II

Le vaisseau était dans la plus grande confusion , il était encombré d’hommes et d'objets; nous étions partis dans une si grande hûte, que presque rien ù bord n'était à sa pluee, et que, sous voiles, on travaillait sans relèehe à l'armement du vaisseau.

Voici la description minutieuse de la partie du vaisseau que nous avons occupée. L'espace en arriére du mût d’artimon renfermait deux pièces eu commun et deux chambres particulières ; la première était la salle il manger, d'environ dix pieds de large, ayant de long toute la largeur du vaisseau , éclairée par un sabord aux deux extrémités, et par un vitrage supérieur ; le salon était composé de tout le reste, diminué de deux chambres symétriques, à droite et à gauche, chacune ayant une entrée surla salle ù manger et une autre sur le salon. L'Empereur occupait celle de gauche, où on avait dressé son lit de campagne ; l'amiral avait celle de droite. Il avait été strictement recommandé surtout que le salon dcmeurût en commun , qu'il ne fût pas abandonné à l'Empereur en propre; les ministres avaient poussé la sollicitude jusqu’à s'alarmer d'une si triviale déférence.

Nous faisions voile , autant que le vent nous le permettait , pour sortir de la Manche, longeant les cotes de l’Angleterre, où l’on envoyait il chaque port chercher des provisions et compléter les besoins du vaisseau. Il nous vint beaucoup d'objets de Plymouth, d'où plusieurs bâtiments nous rejoignirent , il en fut de même de Fulmouth.

Nous faisions route pour traverser le golfe de Gascogne et doubler le

DE SAINT E-UÉLÈNE.

chambre, placés derrière lui. Dans le principe, Imniral voulait lui offrir de toutes choses ; mais il suffit du simple remerciment de l’Empereur, et i

cap Finistère. Le vent était favorable , mais faible ; la saison fort chaude ; nos journées des plus monotones. L’Empereur déjeunait dans sa chambre, à des heures irrégulières. Nous, les Français, déjeunions à dix heures, à notre manière ; les Anglais avaient déjeuné à huit heures , à lu leur.

L'Empereur, dans la matinée, appelait quelqu'un de nous tour à tour, pour connaître le journal du vaisseau, les lieues parcourues, l'état <ju vent, les nouvelles, etc., etc. Il lisait beaucoup, s’habillait vers quatre heures, et passait alors dans la salle commune , où il jouait aux échecs avec un de nous; ii cinq heures, l'amiral, venu de sa chambre quelques instants auparavant, lui disait qu'on était servi.

Tout le monde sait que l'Empereur n'était guère plusd'unquart d'heure à dîner : ici , les deux services seulement tenaient d une heure à une heure et demie ; c'était pour lui une des contrariétés les plus pénibles , bien qu'il n'en témoignât jamais rien ; sa figure , ses gestes , toute sa personne, étaient constamment impassibles. Cette cuisine uouvelle , la différence des mets, leur qualité, n'ont jamais obtenu ni approbation ni rebut ; jamais il li a exprimé ni désir ni contrariété ; il était servi par ses deux valets de

de la manière dont il fut exprimé, pour qu’il n’y revint pas. Néanmoins l’amiral continuu toujours à être très-attentif ; seulement ce n’était plus qu’aux valets de chumbre qu'il indiquait ee qu’il pouvait y avoir de préférable; ceux-ci s’en occupaient seuls; l’Empereur y demeurait tout à fait étranger, ne voyant , ne cherchant , n’apercevant rien ; généralement gardant le silence, et demeurant au milieu de la conversation (bien que toujours en français, mais très-réservée) comme s’il ne l’eût pas entendue. S’il lui arrivait de rompre le silence , c’était pour faire quelques questions scientifiques ou techniques , ou pour adresser quelques paroles à ceux que l'amiral invitait occasionnellement à diner. J’étais alors . la plupart du temps , celui h qui l’Empereur adressait les questions pour que je les traduisisse.

On sait que les Anglais ont l’habitude de rester fort longtemps à table, après le dessert, pour boire et causer : l’Empereur, dtqà très-fatigué par la longueur des services, n’eût pu supporter cet usage; aussi et dès le premier jour, immédiatement après le café, il se leva et alla sur le pont; le grand maréchal et moi nous le suivîmes. 1,’amiral en fut déconcerté ; il se permit de s’en exprimer légèrement avec les siens ; mais la comtesse lîertrand, dont l’anglais est la lungue maternelle, reprit avec chaleur ; « N’oubliez pas , monsieur l’amiral, que vous avez affaire à « celui qui a été le maître du monde, et que les rois briguaient l’honneur « d'être admis à sa table. — Cela est vrai, » répondit l'amiral. Et cet officier, qui du reste a de la justesse dans l’esprit , une certaine convenance de manières , et parfois beaucoup de grâce , s’empressa de faciliter, dès ce moment, cet usage de l’Empereur • il hâta les services , et demandait , avant le temps , le café pour l’Empereur et ceux qui devaient sortir avec lui. Dès que l’Empereur avait achevé, il partait ; tout le monde se levait jusqu’à ce qu'il fût hors de la chambre ; le reste demeurait à boire plus d’une heure encore.

L’Empereurse promenait alors sur le pont jusqu’à la nuit avec le grand maréchal et moi ; ce qui devint une chose de tous les jours et consacrée. L'Empereur rentrait ensuite dans le salon, et nous nous mettions à jouer au vingt et un. lise retirait d’ordinaire au bout d'une demi-heure.

Faveur hi/arr*’ de ia fortune.

Dans la matinée , nous avons demandé à être admis près de l’Empereur; nous sommes entrés tous à la fois chez lui ; il n’en devinait pas la cause : c'était sa fête ; il n’y avait pas pensé. Nous avions l’habitude de le voir ce jour-là dans des lieux plus vastes et tout remplis de sa puissance ; mais

DE SAINTE- HÉLÈNE. « j

nous n'avions jamais apporte de vœux plus sincères et des cœurs plus | pleins de lui.

Nos journées se ressemblaient toutes : le soir nous jouions constamment au vingt et un ; l’amiral et quelques Anglais étaient parfois de la partie. L’Empereur se retirait après avoir perdu d’habitude ses dix ou douze napoléons ; cela lui était arrivé tous les jours , parce qu’il s'obstinait i ;'i laisser son napoléon jusqu’il ce qu'il en eût produit un grand nombre. Aujourd'hui il en avait produit jusqu'à quatre-vingts ou cent; l’amiral tenait la main, l’Empereur voulait laisser encore pour connaître jusqu’à quel point il pourrait atteindre ; mais il crut voir qu’il serait tout aussi agréable à l’amiral qu’il n’en lit rien : il eût gagné seize fois , et eût pu atteindre au delà de soixante mille napoléons. Comme on s'extasiait sur cette faveur singulière de la fortune en faveur de l'Empereur, un des Anglais fit la remarque qu’aujourd’hui ébiit le 13 d’août, jour de sa naissance et de sa fête.

XnvifCallnn. — liiifnmiltf. — OCCtipalInm. — Sur la famille «le rEni|**mir. — Son oriRiiw*»

— AnrctlotfH.

Mercredi 16 an lundi tl

Nous doublâmes le cap Finistère le t(i. le cap Saint-Vincent le 18; nous étions par le travei's du détroit de Gibraltar le 19. et nous continuâmes les jours suivants à faire voile le long de l’Afrique , vers Madère. Notre navigation n’offrait rien de remarquable , et toutes nos journées se ressemblaient dans nos habitudes et l’emploi de nos heures ; le sujet de la conversation sedl pouvait offrir quelque différence.

L’Empereur restait toute la matinée dans sa chambre : la chaleur était grande ; il ne s'habillait pas , et il demeurait à peine vêtu. Il n'avait point de sommeil, et se levait plusieurs fois dans la nuit. La lecture était son grand passe-temps. Il me faisait venir presque tous les matins ; je lui tra- ! duisais ce que V Encyclopédie britannique ou tous les livres que nous avions pu trouver à bord contenaient sur Sainte-Hélène ou sur les pays dans le voisinage desquels nous naviguions. Cela ramena naturellement sous les yeux mon Atlas historique ; il n'avait fait que l'entrevoir à bord du Beltirophon , et auparavant il n’en avait qu’une très-fausse idée. Il s'en occupa trois ou quatre jours de suite : il s'en disait enchanté : il ne

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revenait pas de la quantité de choses qu'il y trouvait, de l’ordre et de l’àpropos dans lesquels elles se présentaient ; il n'avait en jusque-là, disaitil, nulle idée de cet ouvrage. C'étaient les cartes géographiques seules qu’il parcourait, passant toutes les autres; la mappemonde surtout fixait particulièrement son attention et son suffrage. Je n'osais lui dire et lui ! prouver que la géographie était néanmoins la partie faible ; qu'elle présentait beaucoup moins de travail et de fond ; que les tableaux généraux et les tableaux généalogiques étaient bien supérieurs; les tableaux généraux pouvant être difficilement surpassés par leur méthode, leur symétrie, leur clarté et la facilité de leur usage ; et les tableaux généalogiques présentant, chacun isolément, une petite histoire entière du pays qu'ils concernent, ils en étaient tout à la fois cl sous tous les rapports l'analyse la plus complète et les matérianx les plus élémentaires.

L’Empereur me demandait si cet ouvrage n’était pas employé dans toutes les éducations. S'il l’eût connu , disait-il , il en eût rempli les lycées et les écoles. Il me demandait aussi pourquoi je l’avais publié sous le nom emprunté de Le Sage. Je répondais que j'en avais publié l'esquisse très-informe en Angleterre, au moment de mon émigration , dans un temps où nous exposions nos parents au dedans par nos seuls noms au dehors; et puis encore l'avais-jc fait peut-être aussi, lui disais-je en riant, dans mes préjugés d’enfance, à la façon des nobles bretons qui, pour ne pas déroger, déposaient leur épée au greffe durant le temps de leur négoce, etc.

Tous les jours après son dîner, l' Empereur, comme je l’ai déjà dit , se levait fort longtemps avant tout le monde, et le grand maréchal et moi ne manquions pas de le suivre sur le pont; j’y demeurais même souvent seul , parce que le grand maréchal descendait alors auprès de sa femme, j habituellement souffrante.

L’Empereur, après les premières observations Sur le temps, le sillage du vaisseau, le vent, prenait un sujet de convei’sation ; on revenait même à celui de la veille ou des jours précédents , et, après dix ou douze tours de promenade sur la longueur du pont, il allait s’appuyer de coutume sur l'avant-dernier canon de la gauche du vaisseau , près du pas- j savant. Les midshipmeu (jeunes aspirants) eurent bientôt remarqué cette prédilection d'habitude , et ce canon ne fut appelé dans le vaisseau que le canon de l’Empereur.

C'est là que l'Empereur causait souvent des heures entières, et que j’ai entendu pour la première fois une partie de ce que je vais raconter; avertissant, du reste, que je transporte ici en même temps ce que j’ai

UK SAINTE- II ELEM

recueilli plus tard dans la foule des conversations éparses qui ont suivi , me proposant en cela de présenter de suite et réuni tout ee que j'ai noté de remarquable sur ee sujet. C’est peut-être ici le lieu de dire ou de répéter une fois pour toutes que si dans ce Journal on trouve peu d'ordre, aucune méthode, c'est que le temps me presse ; que mes contemporains attendent , désirent, et que mon élut de santé m’ interdit toute application : je crains de n'avoir pas le temps de finir. V oilù mes trop bonnes excuses, mes vrais titres à l'indulgence sur le style de la narration et l'ordonnance des objets : je reproduis à la liàte ce que je retrouve ; j’en demeure ii peu prés au premier jet.

Le nom de Bonaparte s’écrit indistinctement Bonaparte ou Buonaparlt, ainsi que le savent tous les Italiens. Le père de Napoléon écrivait Buona parte ; un oncle de celui-ci , l'archidiacre Lucien , qui lui a survécu et a servi de père à Napoléon et à tous ses frères , écrivait, sous le même toit et dans le même temps , Bonaparte. Na|»oléon , durant toute sa jeunesse, a signé Buonaparte, comme son père. Arrivé au commandement de l’année d'Italie, il se donna bien de garde d’altérer cette orthographe, qui était plus spécialement la nuance italienne; mais plus tard, et au milieu des Français, il voulut la franciser, et ne signa plus que Bonaparte.

Cette famille a joué longtemps un rôle distingué en Italie ; elle a été puissante à Trévise; on la trouve inscrite sur le Livre d'or de Bologne et panni les putrices florentins.

Lorsque Napoléon , alors général de l'année d'Italie, entra vainqueur dans Trévise , les chefs de la ville vinrent joyeusement au-devant de lui , et lui présentèrent les titres et les uctes qui prouvaient que sa famille y avait joué un grand rôle.

A l’entrevue de Dresde, avant la campagne de Russie, l’empereur François apprit un jour à l’empereur Napoléon , son gendre , que sa famille avait été souveraine à Trévise ; qu'il eu était bien sûr, parce qu’il s’en était fait représenter tous les documents. Na|>oléon lui répondit eu riant qu’il n'en voulait rien savoir, qu'il préférait bien plutôt être le Rodolphe d'Hapsbourg de sa famille. François y attachait plus d'importance; il lui disait qu’il était bien indifférent d’avoir été riche et de devenir pauvre; mais qu'il était sans prix d’avoir été souverain, et qu’il fallait le dire à Marie-Louise, il qui cela ferait grand plaisir.

Lorsque Napoléon, dans la campagne d’Italie, entra dans Bologne, Marescalchi, Caprafa et Aldini, depuis si connus en France , députés du sénat de leur ville, vinrent lui présenter avec complaisance leur

Livre d'or, où se Irouvuienl inscrits le noui el les armoiries de sa famille.

Plusieurs maisons ou édifices attestent encore dans Florence l'existence dont y avait jadis joui la famille Bonaparte; plusieurs demeurent encore 1 chargés de ses écussons.

Un Corse ou un Bolonais, César, je crois, choqué à Londres de lu manière dont le gouvernement avait reçu la lettre pacifique du général Ronaparte entrant au consulat, publia alors des renseignements généalogiques qui établissaient ses alliances avec l'antique maison d'Esl. Welf ou Guelf, la tige des présents rois d'Angleterre

Le dur de Keltre, ministre de France en Toscane, a l'apporté à Paris de la galerie de Médicis le portrait d'une Buonaparte, mariée à un des princes de cette famille. La mère du pape Nicolas V, ou de Paul V de Sarzane, était une Buonaparte.

C’est un Bonaparte qui a été chargé du traité par lequel s’est fuit l'échange de Livourne contre Sarzane. C'est un Bonaparte à qui , à la renais-

i * O |>anigraphr l'ol trouvé au manuscrit dam uu état à me laisser «le*» doute», et j'ai «K* sur le point de le supprimer. Toutefois voici ce qui me l'a fait eoaamcr. Que prétends-je ? Pri»ci|ialement . laisser des matériaux. Or. indiquer comment je le» ai recueillis , dire que je le» tiens d'une simple cnn*

j vernation courante, que je |hiL» le» avoir défigurât en les saisissant au vol; en laisser entrevoir les

j vice* possible», et mettre *ur la voie pour y remédier, u’ai-je |M»aw/ rempli mon objet?

sance des lettres, on est redevable d'une des plus anciennes comédies , celle de la Veuve, qui est il la bibliothèque publique à Paris.

Lorsque Napoléon, à la tète de l'armée d’Italie , marchait sur Rome, et recevait à Tolentino les propositions du pape , un des négociateurs ennemis observa qu'il était le seul Français qui, depuis le connétable de j Bourbon, eût marché sur Rome ; mais que ce qui ajoutait, disait-il, à cette circonstance quelque chose de bien bizarre , c’est que l'histoire de la première expédition se trouvait écrite précisément par un des parents de celui qui exécutait la seconde, par monsignor Nicolas Buonaparie , qui a laissé en effet le sac de Rome, par le connétable de Bourbon.

M de Cetto, ambassadeur de Bavière, m’a répété souvent que les archives de Munich renfermaient un grand nombre de pièces italiennes qui témoignent de l'illustration de cette maison.

Napoléon, au temps de sa puissance, s'est constamment refuse à toute espèce de travuil ou même de conversation sur cet objet. Sous son consulat , il découragea trop bien la première tentative de ce genre, pour que personne essayât d'y revenir. Quelqu'un publia une généalogie dans laquelle on rattachait sa famille à d’anciens rois du Nord ; Napoléon lit persifler cet essai de la flatterie dans un papier public, où l’on finissait par conclure que lu noblesse du Premier Consul 11e datait que de ilontenolle ou du dix-huit brumaire.

Cette famille fut, comme tant d'autres, victime des nombreuses révolu- J lions qui désolèrent les villes d'Italie ; les troubles de Florence mirent les Bonaparte an nombre des fuorusciti (émigrés). Un d’eux se retira d'abord à Sarzane, et de là passa en Corse, d’où ses descendants ont toujours continué d'envoyer leurs enfants en Toscane, à la branche qui y était demeurée à San-Miniato.

Depuis plusieurs générations, le second des enfants de celte famille a constamment porté le nom de Napoléon , qu'elle tenait, dans l'origine , d'un Napoléon des Ursins, célèbre dans les fastes militaires d'Italie.

Napoléon, après son expédition de Livourne, se rendant à Florence , 1

coucha à San-Miniato chez un vieil abbé Buonaparte, qui traita magnifiquement tout son état-major. Après avoir épuisé tous les souvenirs de famille, il dit au jeune général qu'il allait lui chercher la pièce la plus préj ! cieuse. Napoléon crut qu’il allait lui montrer quelque bel arbre généalogique, fort propre à gratifier sa vanité, disait-il en riant ; mais r’élait un mémoire fort en règle, eu faveur d’un père Bonaventure Buonaparte, capucin de Bologne, héatiflé depuis longtemps, et qu’on n'avait pu faire canoniser à cause des frais énormes que cela eût nécessités. « Le pape

<ii harmonie avec les mœurs du jour, et qui ue se doutait nullement que les suints ne lïisseut plus de suisou.

Arrivé à Florence, Napoléon crut lui être fort agréable eu lui procurant le cordon de l'ordre de Saint-Étienne , dont il n'était que simple chevalier; mais le pieux abbé était moins touché des faveurs de ce monde

que de l'attribution céleste qu'il réclamait ; et elle u'éluit pas , au demeurant, sans des fondements réels. Le pape , venu à Paris pour couronner l'Empereur Napoléon, mit il son tour sur le tapis les titres du père flonaventure; c’était lui sans doute, disait-il, qui, du séjour des bienheureux, avait conduit son parent, comme par lu main , dans la belle carrière terrestre qu'il venait de parcourir; c'était ce saint persounage, sans doute, qui l’avait préservé de tout danger dans scs nombreuses batailles, ele.,elc, L’Empereur lit constamment la sourde oreille, et laissa à la bienveillance personnelle du pape à faire de lui-même quelque chose pour le bienheureux Bounventure.

Le vieil abbé, dans la suite, laissa son héritage à Napoléon, qui, étant empereur, eu a fait présent à un établissement public de Toscane.

L'Empereur disait, du reste, n’avoir jamais regardé un seul de ses parchemins. C’était l’affaire de son frère Joseph, qu'il appelait gaiement le généalogiste de la famille. Et, dans la crainte de l'oublier, je consignerai ici, ii ce sujet, que l’Empereur lui a remis, à File d’Aix, au momeut de son départ, un volume contenant les lettres autographes que lui ont adressées tous les souverains de l'Europe '.

Charles Bonaparte, |>ère de Napoléon, était fort grand de taille, beau, bien fait. Son éducation avait été soignée à Home et à Pise, où il avait étu-

• A mou retour eu Europe, je u’al pa* numjué .le m'infunuer de cet Important .Irj.V , et je tne Mb empressé <l«* suggérer au prince Joseph tic le faire recopier . pour assurer davantage son existence. j Quel a tHi1 mon chagrin d'apprendre que ce monument historique était égaré, qu'on ne savait ce qu'il lait devenu! Dana quelle* mains pourrait-il être tombé? Pufoseut-elle» apprécier une telle collection, j et la conserver * llilttnire !

A. B. Depuis la première publication tic mon Mémorial , voici oc que Je trouve à ce sujet dan*

M. O'Méara, édition de (.ondre*. IKSî, page 416 :

a Le iM’inee Joseph, avant de quitter Rochefort pour l'Amérique, crut prudent tie déposer ce» papiers ■ précieux entre le» mains d'une | tenon ne sur l'intégrité de laquelle il avait le droit tie compter; mais « il parait qu'il en a été bassement trahi ; car, U y a peu tic moi», ce» lettre» originale* ont été .ip|*irtée*

« k Loudre* dans l’Intention d'eu trafiquer |«our la somme de 30.000 livre* sterling; ce tpii a été imuié- « iliateinent communiqué aux ministre* tie Sa Majesté et aux ambassadeur* étranger*. Je tfensde bonne !

• source que l' ambassadeur de K ussèe a payé 10.000 livres sterling |**ur racheter le* seule* lettre» île

« son nwltre. Paniti divers passage* qui m'ont été ré|*lté* par ceux qui ont eu la faveur de parcourir ; « ce» pièce» autographes, j'eu remarque une tiu rul de r russe, écrivant qu'il s'éiatt toujours senti 1 « unseniimenl paternel pour le Hanovre. En tout il (tarait, par ce* papiers, que le* souverain* en

* général faisaient tie vive» supplications (tour oldeuir du territoire. •

tlü- In loi. Il n valide In chaleur et de l'énergie. C’est lui qui, ù In consulte extraordinaire de Corse, où l'on pro|>osuit de se soumettre à la Franee, prononça un discours qui euQainmn tous les esprits ; il n'avait alors que vingt uns. « Si , pour être libre, il ne s'agissait que de le vouloir, disait-il, « tous les peuples léseraient. I.'histoire nous apprend cependant que peu >< sont arrivés au bienfait de la liberté, parce que peu ont eu l’énergie, « le courage et Ira vertus nécessaires. »

Charles Bonaparte, en 1779, fut député, pour la noblesse des États de Corse, ii Paris, et mena avec lui le jeune Napoléon, alors Agé de dix ans.

Il avait passé par Florence, et y avait obtenu une lettre de recommandation du grand-duc Léopold pour la reine de France Marie-Antoinette, sa sceur. Il dut cette lettre au rang et à la considération que la notoriété publique, à Florence, assignait à son nom et à sou origine toscane.

A cette époque, deux généraux français se trouvaient en Corse, fort divisés entre eux ; leurs querelles y formaient deux partis : c’était M. de Marbeuf, doux et populaire, et M. de Narbonne Pellel , liant et violent. O dernier, d’une naissance et d'un crédit supérieurs, devait être naturellement dangereux pour son rival : heureusement pour M. de Marbeuf, beaucoup plus aimé en Corse, In députation de cette province arriva à

! Versailles. Charles Bonaparte la conduisait; il fut consulté, et la chaleur de ses témoignages fit donner raison à M. de Mnrheuf. Le neveu de ce ! dernier, archevêque de Lyon et ministre de la feuille des bénéfices, crut devoir en venir faire des reinerciments à Charles Bonaparte; et, quand celui-ci conduisit son fils à l'école militaire de Brienne , l’archevêque lui donna une recommandation spéciale pour la famille de Brienne, qui y demeurait la plus grande partie de l'année : de là l'intérêt et les rapports de bienveillance des Marbeuf et des Brienne envers les enfants Bonaparle. 1 La malignité s'est égayée à créer une autre cause; la simple vérification des dates suffit pour la rendre absurde.

Charles Bonaparte mourut, à trente-huit ans, d'un squirrhe à l'estomac. Il avait éprouvé une espèce de guérison dans un voyage à Paris; mais il succomba, dans une seconde attaque, à Montpellier, où il fut enterré dans un des couvents de celte ville.

Sous le consulat, les notables de Montpellier, par l'organe de leur compatriote Chaptal, ministre de l'intérieur, firent prier le Premier Consul de permettre qu’ils élevassent un monument à In mémoire de son père. Napoléon les remercia de leurs bonnes intentions, et les refusa, n Ne * troublons point le repos des morts , dit-il ; laissons leurs cendres trnn- « quilles. J'ai perdu aussi mon grand-père, mon arrière-grand-père; (} ■ pourquoi ue ferait-on rien pour eux? Cela mène loin. Si c’était hierque i « j’eusse perdu mon père, il serait convenable et naturel que j’aeeompa- « gnasse mes regrets de quelque haute marque de respect; mais il y a : • vingt ans ; cet événement est étranger au public, n’en parlons plus. »

Depuis, Louis Bonaparte, à l’insu de Napoléon, fit exhumer le corps de son père, et le fit transporter à Saint-Leu, où il lui consacra un | monument.

Charles Bonaparte n’avait été rien moins que dévot; il s'était même permis quelques poésies antireligieuses; et cependant, à sa mort, il ne ‘ se trouvait pas assez de prèlres pour lui à Montpellier, disait l'Empereur : bien différent en eeln de son oncle, l'archidiacre Lucien, homme d'église, très-pieux et vrai croyant, mort longtemps après dans un âge fort avancé. Au moment de s'éteindre , il se fâcha vivement contre Fesch, qui, déjà prêtre, était accouru en étole et en surplis pour l'assister dans ses derniers moments ; il le pria de le laisser mourir tranquille , et il finit entouré de tous les siens, leur donnant les instructions du sage et la bénédiction des patriarches.

L'Empereur revenait souvent sur ce vieil oncle qui lui avait serx'i de second père, et qui était demeuré longtemps le chef de la famille. Il était I

archidiacre d'Ajaccio, l'une des premières dignités de l'ile. Ses soins et ses économies avaient rétabli les affaires de la famille, que les dépenses elle luxe de Charles avaient fort dérangées. Ix* vieil archidiacre jouissait d'une grande vénération et d'une vérituhle autorité morale dans le canton. Il n’était |>oint de querelle que les paysans et les bergers ne vinssent soumettre ù sa décision, et il les renvoyait avec ses jugements et scs bénéd jetions.

Charles Bonaparte avait épousé mademoiselle Ltelilia Hgmotiao, dont la mère, devenue veuve, s' était mariée il M. Fesch, capitaine dans un dis régiments suisses que Gènes entretenait d'habitude dans l’ile. De ce second mariage vint le cardinal Fesch, qui se trouvait ainsi demi-frère de .Madame et oncle de l’Empereur.

Madame était une des plus belles femmes de son temps; sa lie» u tecta il connue dans l'ile. Paoli, au temps de sa puissance, ayant reçu une amluissade d'Alger ou de Tunis, voulut donner aux Ilurharesques une idée des attraits de ses compatriotes ; il rasse-mhla toutes le-s beautés de l'ile :

Madame y tenait le premier rang. Plus tard, ihms un voyage pour voir

son (ils à Brienne. elle fut remarquée, même dans Paris. < , •

Madame, lois de lu guerre de la liberté en Corse, partagea souvent les périls de son mari, qui s'y munira fort chaud. Elle le suivit parfois ù che-

val dans ses expéditions, spécialement durant sa grossesse de Napoléon. Madame avait un grand caractère, de la 'force d'âme, beaucoup d'élévation et de fierté. Elle a eu treize enfants, et eût pu facilement en avoir beaucoup d’autres, étant devenue veuve â environ trente ans, et ayant prolongé au delà de cinquante la faculté d'en avoir. De ces treize enfants, cinq ga irons seulement et trois filles ont vécu, et tous ont joué un grand rôle sous le règne de Napoléon.

Joseph, l'aîné de tous, qu'on voulut mettre d'abord dans l'église, à cause de l'archevêque de Lyon , Marbeuf , qui tenait la feuille des bénéfices, fil scs études en conséquence ; mais il s’y refusa alisolument lorsque le moment arriva de s’engager. Il a été successivement roi de Naples cl d’Espagne.

Louis a été roi de Hollande ; et Jérôme , roi de Westphalie ; Êlisa , grande-duchesse de Toscane; Caroline , reine de Naples; Pauline, princesse Borgbèse. Lucien, que son second mariage et une fausse direction de caractère privèrent sons doute d'une couronne, ennoblit du moins son opposition et scs différends avec sou frère, en venant, au retour do l’ile d'Elbe, se jeter dans ses bras, et cela lorsqu'il était loin de regarder ses affaires comme assurées. Lucien, disait l'Empereur, eut une jeunesse orageuse; dèsl’âge de quinzeans, il fut mené en Frunee porM, deSémonvillc, qui en fit de bonne heure un révolutionnaire zélé et un clubiste ardent. Et à ce sujet Napoléon disait qu'on trouvait dans les nombreux libelles publiés contre lui quelques adresses ou lettres signées Brutus Bonaparte, ou autrement, qu'on lui attribuait; il n'affirmerait pas, continuait-il, que ces adresses ne fussent de quelqu'un de la famille ; tout ce qu'il pouvait assurer , c'est qu'elles n'étaient pas de lui , Napoléon.

J’ai vu le prince Lucien de fort près au retour de File d’Elbe ; il eût etc difficile de montrer des idées politiques plus saines, mieux arrêtées, ainsi qu'un dévouement plus absolu et mieux intentionné.

Matière, efr. — Vrai tre»*fort. — Jeu «Térhrcft.

Mardi 23 an mm** *b.

Le 22 nous eûmes connaissance de Madère ; à la nuit nous arrivâmes devaut.le port; deux bâtiments seuls furent envoyés au mouillage pour les besoins de l’escadre. Le vent était très-fort, la mer fort grosse ; l’Empereur s'en trouva gêné, et j'en fus fort malade. Il ventait coups de vent; l'air était excessivement chaud et comme chargé de sable extrêmement fin : c’étaient ces vents terribles du désert d’Afrique qui en transportaient

• J>E SAINTE-UELENE. 59

jusqu'à nous les émanations. Ce temps dura toute la journéedu lendemain, la communication uvec la téfrre devint très-difficile; cependant le consul anglais vint à bord : il nous dit que depuis nombre d'années l'on n'avait eu un temps pareil ; toutes les vitres de la ville étaient brisées, on respirait à peine dans les rues, et la-récolte de vin était perdue. Durant ce temps nous courions des bordées devant la ville; nous continuâmes ainsi toute lu nuit suivante et la journée du 24, où nous embarquâmes quelques boeufs. Le soir nous Urnes route avec une grande rapidité, le vent étant demeuré toujours très-fort. Le 25 et le 20 on mit en panne une purtie de la journée, pour distribuer les approvisionnements duns l'escadre; le reste du temps on fit bonne et grande route.

Rien n'interrompait l’uniformité de nos moments ; chaque jour passait lentement en détail, et grossissait un passé qui, en masse, nous semblait court, parce qu’il «Lait sans couleur, et que rien ne le caractérisait.

L’Empereur avait accru le cercle de ses diversions do quelques parties d’échecs. Personne n’y était fort ; l’Empereur l’était infiniment peu ; il gagnait avec les uns, et perdait avec les autres; ce qui le conduisit un soir à dire : « Comment se fait-il que je perde très-souvent avec ceux qui n’ont « jamais gagné celui que je gagne presque toujours? Cela n’implique-t-il « pas contradiction ? Comment résoudre ce problème? » dit-il en clignant de l’œil , pour faire voir qu’il n’était pas la dupe de la galanterie habituelle de celui qui en effet était le plus fort.

Le soir nous ne jouions plus au vingt et un ; nous l'interrompîmes pour l'avoir porté trop haut, ce qui avait paru déplaire à l’Empereur, fort ennemi du jeu.

CAnarkft. — Passage du tropique. In homme à la met. — Enfance de l'Empereur. — Délai U. Napoléon k Urienne. - Pichejçru. — Napoléon .-I l'école militaire de Pari» ; — Dam l'artillerie. — Se** voclété*. - Napoléon an commencement île la révolution.

DimmcW* 97 au jeudi 31

Le dimanche 27, nous nous trouvâmes, au jour, au milieu des Canaries, que nous traversâmes dans la journée, faisant dix ou douze nœuds (trois ou quatre lieues) sans avoir aperçu le fameux pie de Ténériffe : circonstance d’autant plus rare, qu’on le voit, dans des temps plus favorables, à la distance de plus de soixante lieues.

Le 29 nous traversâmes le tropique; nous apercevions beaucoup de poissons volants autoi# du vaisseau. Le 51, à onze heures du soir, un homme tomba à la mer : c’était un nègre qui s’était enivré ; il redoulait

les eoit|is de fouet qui devuient être le chûUmcul de su faille; il avuil essayé plusieurs fois, dans la soirée, de se jfler à la nier; daus une dernière tentative il réussit il s’y précipiter ; mais il s'en Viqientit aussitôt, car il poussait de grands cris ; il nageait très-bien ; cependant un canot le chercha vainement longtemps : il fut perdu. (•

Le cri d’un homme a la mer u toujours* à hors d'un vaisseau , linéique chose qui saisit ; tout l’équipage ému se truus|K>rtc et s’agite en tout sens; le bruit est grand, le mouvement universel. Comme, dans celle circonstance, je me rendais de dessus le pont à la chambre commune, par lu |Mirle qui conduisait vers l’Kmpereur, un midtlupman ( aspirant ) de dix ou douze uns, d'une ligure tout à fuit intéressante, qui croyait que j'allais trouver l'Kropcreur , m'arrêta par l'habit, et, avec l'accent du

plus tendre intérêt : » Ah! Monsieur, me dit-il, n'allez pas l'effroyer!

1 " Diles-lui bien au moins que tout ce bruit n’est rien, que ce n'est qu'un

« homme à la nier. » lion et innocent enfant qui rendait bien plus ses I sentiments que sa pensée.

lui valut des camarades le sobriquet de la paille au n«. Cette époque fut pour Napoléon celle d’un changement dans son caractère. Au rebours de toutes les histoires apocryphes qui ont donné les anecdotes de sa vie , , Napoléon fut, a Brienne, doux, tranquille, appliqué, et d'une scande sensibilité. Un jour le maître de quartier, brutal de sa nature , sans consulter, disait Napoléon, les nuances physiques et morales de l'enfant, le condamna à porter l’habit de bure et à dîner a genoux à la porte du I réfectoire : c'était une espèce de déshonneur. Napoléon avait beaucoup d’amour-propre, une grande fierté intérieure ; le moment de l'exécution fut celui d'un vomissement subit et d'une violente attaque de nerfs. Le supérieur, qui passait par hasard, l'arracha au supplice en grondant le maître de son peu de discernement, et le père Palrault, son professeur de mathématiques , accourut, se plaignant que, sans nul égard , on dégradât ainsi son premier mathématicien.

( Propre dictée de Xapoléon ). — « A l'âge de puberté. Napoléon devint morose , sombre ; la lecture fut pour lui une espèce de passion poussée jusqu’à la rage; il dévorait tous les livres. Piehegru fut son maître de quartier et son répétiteur.

« Piehegru était de la Franche-Comté, et d'une famille de cultivateurs. I.cs Minimes de Champagne avaient été chargés de l'école militaire de Brienne ; leur pauvreté et leur peu de ressource attirant peu de sujets parmi eux, faisaient qu'ils n'y pouvaient suffire; ils eurent recours aux Minimes de Franche-Comté ; le père Patrault fut un de ceux-ci. line tante do Piehegru , sœur de la charité, le suivit pour avoir soin de l'infirmerie, amenant avec elle son neveu , jeune enfant auquel on donna gratuitement l'éducation des élèves. Piehegru , doué d'une grande intelligence , devint , aussitôt que son âge le permit, maître de quartier, et répétiteur du père Patrault, qui lui avait enseigné les mathématiques. 11 songeait à se faire Minime ; c’était là toute son ambition et les idées de sa tante ; mais le père Patrault l'en dissuada, en lui disant que leur profession n'était plus du siècle, et que Piehegru devait songer à quelque chose de mieux; il le porta à s'enrôler dans l'artillerie, où la révolution le prit sous-officier. On connaît sa fortune militaire : c'est le conquérant de la Hollande. Ainsi le père Patrault a la gloire de compter parmi ses élèves les deux plus grands généraux de la France moderne.

« Plus tard , ce père Patrault fut sécularisé par M. de Brienne, archevêque de Sens et cardinal de Loménie, qui en fit un de ses grands vicaires, et lui confia lu gestion de ses nombreux bénéfices.

« Lors de la révolution, le père Patrault, d'une opinion politique bien

opposée il son archevêque, n’en lit pus moins les plus grands efforts poulie sauver, et s'entremit à ce sujet avec Danton , qui était du voisinage ; mais ce fut inutilement, et l'on croit qu'il rendit nu cardinal le service, à lu manière des anciens, de lui procurer le poison dont il se donna lu mort pour éviter l'échafaud.

« Napoléon ne conservait qu'une idée confuse de Picliegru : il lui restait qu'il était grand, et avait quelque chose de rouge dans la ligure. Il n'en était pas ainsi, à ce qu'il parait, de Picliegru , qui semblait avoir conservé des souvenirs frappants du jeune Napoléon. Quand Picliegru se fut livré au parti royaliste, consulté si l'on ne pourrait pus aller jusqu’au général en chef de l'armée d'Italie : « N'y perdes pas votre temps, dit-il ; <• je l’ai connu dans sou enfance; ce doit être un caractère inflexible : il a « pris un parti , et il n'en changera pas. •

L'Empereur rit beaucoup de toutes les anecdotes dont on charge sa jeunesse ; il les désavoue presque toutes. En voici pourlanl une qu'il reconnaît au sujet de sa confirmation , à l'école militaire de Paris. Au nom

de iVapoféon. l'archevêque qui le confirmait, ayant témoigné son étonnement, disait qu'il ne connaissait pas ce saint, qu'il notait pas dans le

04 MÉMO ni Al.

j calendrier ; l'enfant répondit avec vivacité que ce ne saurait être une raison, puisqu'il y avait une fouie de saints, et seulement trois cent soixante- ; I ! cinq jours.

NapoUjon n'avait jamais connu de jour de fête avant le concordat : son | patron était en effet étranger nu calendrier français, sa date même partout incertaine; ce fut une gulnntcric du pape qui la fixa au t.'i d'août, tout ii la fois jour de lu naissance de l'Empereur et de la signature du concordai./

(Dicite de Napoléon). — « En 1785, Napoléon fut un de ceux que le conj cours d'usage désigna à liriennc pour aller achever son éducation à l'éj cole militaire de Paris. Le choix était fait annuellement pur un inspecteur qui parcourait les douze écoles militaires ; cet emploi était rempli par le ! chevalier de Keralio, officier général, auteur d’une tactique, et qui avait I été le précepteur du présent roi de Bavière, dans son enfance duc des Deux-Ponts : c'était un vieillard aimable, des plus propres à cette fonction ; il aimait les enfants, jouait avec eux après les avoir examinés, et retenait avec lui, à la table des Minimes, ceux qui lui avaient plu davaulage. Il avait pris une affection toute particulière pour le jeune Napoléon, qu'il se plaisait à exciter de toutes manières ; il le nomma pour se rendre ! ù Paris , bien qu’il n'eût peut-être pas l'Age requis. L’enfant n'était fort I que sur les mathématiques, et les moines représentèrent qu'il serait mieux d’attendre à l'année suivante, qu’il aurait ainsi le temps de se fortifier sur tout le reste, ce que ne voulut pas écouter le chevalier de Kei-alio, disant :

« Je sais ce que je fois ; si je passe* par-dessus lu règle, ce n'est point ici 1 « une faveur de famille, je ne connais pas celle de cet enfant; c'est tout « à cause de lui-tnème: j'aperçois ici une étincelle qu'on ne saurait trop » cultiver. • Le bon chevalier mourut presque aussitôt ; mais celui qui vint après, M. de Régnaud, qui n’aurait peut-être pas eu sa perspicacité, exécuta néanmoins les notes qu'il trouva, et le jeune Napoléon fut envoyé à Paris.

« Tout annonçait en lui, dès lors, des qualités supérieures , un caractère prononcé, des méditations profondes, des conceptions fortes. Il paraît que, dès sa plus tendre jeunesse , ses purcnLs avaient fondé sur lui toutes leurs espérances : son père, expirant à Montpellier, bien que Jo- j | seph fût auprès de lui , ne rêvait dans son délire qu’après Napoléon, qui ; ' était au loin à son école : il l'appelait sans cesse pour qu’il vint A son j secoure avec sa grande épée. Plus tard le vieil oncle Lucien, au lit de mort, entouré d'eux tous, disait à Joseph : « Tu es l'ainé de la famille,

« mais en voilà le chef, montrant Napoléon ; ne l'oublie jamais.» — « C’c-

DE SAINTE-HÉLÈNE. t>3

« tait, disait gaiement l’Empereur, un vrai déshéritage ; lu scène de Jacob « et d'Ésuii. »

Élevé moi-même à l’école militaire de Paris, mais un an plus tôt que Napoléon, j’ai pu en causer dans la suite, à mon retour de l'émigration, avec les maître» qui nous avaient été communs.

M. de ÏEguille, notre muitre d’histoire, se vantait que si l'on voulait aller rechercher dans les archives de l’école militaire, on y trouverait qu'il avait prédit une grande carrière à son élève, en exaltant dans ses notes lu profondeur de ses réflexions et la sagacité de son jugement. Il me disait que le Premier Consul le faisait venir souvent à déjeuner à la Malmuison , et lui parlait toujours de ses anciennes leçons : « Celle qui m'u « laissé le plus d'impressions, lui disait-il une fois, était la révolte du

* connétable de Bourbon , bien que vous ne nous la présentassiez pas « avec toute la justesse possible; à vous entendre, son grand crime était « d’avoir combattu son roi ; ce qui en était assurément un bien léger dans

* ces temps de seigneuries et de souverainetés partagées, vu surtout la « scandaleuse injustice dont il avait été victime. Son unique, son grand,

* son véritable crime, sur lequel vous n'insistiez pas assez, c’était detre

* venu avec les étrangère attaquer son sol natal. »

M. Domairon , noire professeur de belles-lettres, me disait qu'il avait toujours été frappé de la bizarrerie des.amplilieations de Napoléon ; il les avait ap|ielées dés lors du granit chauffé au volcan.

Un seul s'y trompa, ce fut le gros et lourd maître d'allemand. le jeune Napoléon ne faisait rien dans cette langue, ce qui avait inspiré au professeur, qui ne supposait rien au-dessus, le plus profond mépris. Un jour que l'écolier ne se trouvait pas il sa place, il s'informa où il pouvait être ; on répondit qu'il subissait en ce moment son examen pour l'artillerie.

« Mais est-ce qu’il sait quelque chose? disait-il ironiquement. — Comment,

« Monsieur, mais c’est le plus fort mathématicien de l’école, lui répon- « dit-on. — Eh bien ! je l’ai toujours entendu dire, et je l’avais toujours « pensé, que les mathématiques n’allaient qu’aux bêtes. - — « Il serait « curieux, disait l’Empereur, de savoir si le professeur a vécu assez long- * temps pour jouir de son discernement. »

Il avait a peine dix-huit ans, que l’abbé Raynal, frappé de l’étendue de i ses connaissances , l’appréciait assez pour en faire un des ornements de scs déjeuners scientifiques. Enlin, le célèbre Paoli, qui, après lui avoir inspiré longtemps une espèce de culte, le trouva tout à coup à la tète d’un parti contre lui , dès qu’il voulut favoriser les Anglais au détriment de la France, avait coutume de dire que ce jeune homme était taillé à l'antique. que c'était un homme de Plutarque.

En 1787, Napoléon, reçu à lu fois élève et officier d’artillerie, sortit de l’école militaire pour entrer dans le régiment de La Fère en qualité de lieutenant en second , d’où il pussn, dans la suite, lieutenant en premier dans le régiment de Grenoble.

Napoléon, en sortant de l'école militaire, alla joindre son régiment a Valence. Le premier hiver qu’il y passa, il avuit pour compagnons de table Laribossiére , qu'il créa depuis, étant Empereur, inspecteur général de l’artillerie ; Sorbier, qui a succédé dans ce titre à Laribossière ; de Uédouvillc cadet , ministre plénipotentiaire à Francfort ; Mallet , le frère de celui qui conduisit l’échauffourée de Paris en 1812; un nommé Mabille, qu’au retour de son émigration l’Empereur plaça, avec le temps, dans l’administration des postes; Rolland de Villarceaux , depuis préfet de Niines ; Desmazzis cadet , son camarade d’école militaire , et le compagnon de ses premières années, auquel il a confié, devenu Empereur, le garde-meuble de la couronne.

Il y avait, dans le corps, des officiers plus ou moins aisés; Napoléon était nu nombre des premiers ; il recevait douze cents francs de sa fa- , mille, c’était alors la grosse pension des officiers. Deux seulement, dans

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le régiment, avaient cabriolet on voiture, et c’étaient Je gran Is seigneurs. Sorbier était l'un Je ces deux ; il était (ils d'un méJecin de Moulins.

A Valence, Napoléon lut admis de bonne heure chez madame du Colombier: c’était une femme de cinquante ans, du plus rare mérite; elle gouvernait lu ville, et s'engoua fort, dés l'instant, du jeune officier d'artillerie : elle le faisait inviter à toutes les parties de la ville et de lu campagne; elle l'introduisit dans l'intimité d’un abbé de Saint ■ Rufe ,

riche et d’un certain âge, qui réunissait souvent ce qu'il y avait de plus distingué dans le pays. Napoléon devait sa faveur et la prédilection de madame du Colombier à son extrême instruction, à lu facilité, à lu force, à la clarté avec laquelle il en faisait usage ; cette dame lui prédisait un grand avenir. A sa mort , la révolution était commencée ; elle y avait pris beaucoup d'intérêt; et, dans un de scs derniers moments , on lui a entendu dire que, s’il n'arrivait pas malheur au jeune Napoléon, il y jouerait infailliblement un grand rôle. L’Empereur n'en parle qu’avec une tendre reconnaissance, n'hésitant pas à croire que les relations distinguées, la situation supérieure dans laquelle cette dame le plaça si jeune dans lu société, peuvent avoir grandement influé sur lesdestinéesdesa vie.

Napoléon prit du goût pour mademoiselle du Colombier, qui n'y fut

|His insensible : celait leur première inclination à tous deux , et telle qu’elle pouvait être à leur Age et avec leur éducation.

Il est faux du reste, ainsi que je l’avais entendu dire dans le monde, que la mère ait voulu ce mariage, et que le père s’y soit opposé, alléguant j qu’ils se nuiraient l’un à l’autre en s'unissant, tandis qu’ils étaient faits pour faire fortune chucun de leur côté. L’anecdote qu’on raconte au | sujet d’un pareil mariage avec mademoiselle Clary, depuis madame Bernadotte, aujourd'hui reine de Suède, n’est pas plus exacte.

L'Empereur, en 180‘i, allant se faire couwanner roi d'Italie, retrouva sur son passage à Lyon la tille de M. du Colombier, et fit pour elle tout ce qu'elle demanda.

Mesdemoisellt's de Imirencin et Saint-dtrmain faisaient dans ce temps-là les beaux jours de Valence, et s’y partageaient tous les cœurs : la dernière est devenue madame dt Montalivet , dont le mari fut alors aussi fort connu de l’Empereur, qui l’a fait depuis son ministre de l’intérieur. « Honnête homme, qui m’est [demeuré, je crois, disait Napo- « léon, toujours tendrement attaché. »

L'Empereur, à dix-huit ou vingt ans, était des plus instruits, pensant fortement, et de la logique la plus serrée. Il avait immensément lu, profondément médité, et a peut-être perdu depuis, dit-il. Son esprit était vif, prompt ; sa parole énergique. Partout il était aussitôt remarqué, et obtenait beaucoup de succès auprès des deux sexes, surtout auprès de celui qu’on préfère à cet âge; et il devait lui plaire par des idées neuves et fines, par des raisonnements audacieux. Les hommes devaient redouter sa logiqtie et sa discussion, auxquelles la connaissance de sa propre force l'entraînait naturellement.

Beaucoup de ceux qui l’ont connu dans ses premières années lui ont prédit une carrière extraordinaire; aucun d’eux n'a été surpris de celle qu’il a remplie. Vers ce temps il remporta, sous l’anonyme, un prix à l'Académie de Lyon, sur la question posée par Kaynal : Quels sont les principes et les institutions à inculquer aux hommes pour les rendre le plus heureux possible? Le mémoire anonyme fut fort remarqué; il était, du reste, tout il fuit dans les idées du temps. Il commençait par demander ce qu’était le bonheur, et répondait ; De jouir complètement de la vie de la manière la plus conforme à notre organisation morale et physique. Devenu Empereur, il causait un jour de cette circonstance avec M. de Talleyrand. Celui-ci, en courtisan délicat, lui rapporta, au bout de huit jours, cc fameux mémoire, qu’il avait fuit déterrer des archives de l'Académie de Lyon. C'était en hiver. L’Empereur le prit, en lut quelques

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pages, et jeta ou feu cette première production de sa jeunesse. « Comme » on ne s’avise jamais de tout, disait Napoléon, M. deTalleyrnnd ne s’étuil « pas donné le temps d'en faire prendre copie. »

Le prince de Condé s'annonça un jour à l'école d'artillerie d’Auxonne : c’était un grand honneur et une grande affaire que de se trouver inspecté par ce prince militaire. Le commandant, en dépit de la hiérarchie, mit le jeune Napoléon à la tète du polygone , de préférence h d’autres d'un rang supérieur. Or, il arriva que la veille de l’inspection tous les canons du polygone furent cneloués ; mais Napoléon était trop alerte, avait l’ail trop vif, pour se laisser prendre à ce mauvais tour de ses camarades, ou peut-être môme au piège de l'illustre voyageur.

On croit généralement , dans le monde, que les premières années de l'Kuipereur ont été taciturnes, sombres, moroses; mais, au contraire, en débutant au service, il était fort gai. Il n'a pas de plus grand plaisir ici que de nous raconter les espiègleries de son école d'artillerie; il semble oublier alors momentanément les malheurs qui nous enchaînent, quand il s'abandonne aux détails de ces temps heureux de sa première jeunesse.

C'était un vieux commandant de plus de quatre-vingts ans, qu’ils vé-

néraient fort du reste, lequel, venant un jour leur faire faire l'exercice du canon, suivait chaque coup avec sa lorgnette, assurait qu’on devait

avoir été bien loin du but; s'inquiétait, s'informait à ses voisins si quelqu’un avait vu porter le coup : personne n'avait garde , les jeunes gens escamotant le boulet toutes les fois qu'ils chargeaient. Le vieux général avait de l'esprit. Au bout de cinq à six coups , il lui prit fantaisie de faire compter les boulets ; il n’y eut pas moyen de s’en dédire, il trouva le tour fort gai, et n’en ordonna pas moins les arrêts.

Une autre fois c'étaient quelques-uns de leurs capitaines qu’ils prenaient en grippe, ou bien desquels ils avaient quelque vengeance à tirer; ils arrêtaient alors de les bannir de la société, de les réduire à s’ini|>oser eux-mêmes des espèces d’arrêts. Quatre à cinq jeunes gens se partageaient les rôles, et s'attachaient aux pas du malheureux prtwcrit ; ils se trouvaient partout où celui-ci paraissait eu société , et il n'ouvrait pas la bouche qu'il ne fut aussitôt méthodiquement coDtredit dans les formes les plus polies, avec esprit et logique. Le malheureux n'avait plus qu'à déguerpir.

« One autre fois encore, c'était un cumarade , disait .Napoléon , logeant « au-dessus de moi, qui avait pris le goût funeste de donner du cor; il « assourdissait de manière à distraire de toute espèce de travail. On se « rencontre sur l’escalier. — Mon cher, vous devez bien vous fatiguer « avec votre cor? — Mais non, pas du tout. — Eh bien! vous fatiguez « beaucoup les autres. — J’en suis fâché. — Mais vous feriez mieux <■ d’aller donner de votre cor plus loin. — Je suis raaitre dans ma charn- « bre. — On pourrait vous donner quelque doute là-dessus. — Je ne « pense pas que personne fût assez osé. » Duel arrêté. Le conseil des camarades examine avant de le permettre, et il prononce qu’à l’avenir l'un ira donner du cor plus loin, et que i'uutre sera plus enduraut, etc.

L'Empereur, dans la campagne de 1814, retrouva son donneur de cor dans le voisinage de Soissons ou de Mon ; il vivait sur sa terre , et venait donner des renseignements importants sur la position de l'ennemi. L’Empereur le retint, et le fit son aide de camp : c'était le colonel Bussy.

Napoléon, dans son régiment d'artillerie , suivait beaucoup la société partout où il se trouvait. Les femmes, dans ce temps, accordaient beaucoup à l’esprit : c’était alois auprès d'elles le grand moyen de séduction. Il fit, à cette époque, ce qu’il appelle son voyage sentimental de Valence au Mont-Ccnis, en Bourgogne, et fut au moment de l’écrire à la façon de Sterne. Le fidèle Desmazzis était de la partie ; il ne le quittait jamais.

Les circonstances et la réflexion ont beaucoup modifié le caractère de l’Empereur. Il n'est pas jusqu'à son style , aujourd'hui si serré, si laconique, qui ne fût alors emphatique et trop abondant. Dès l'Assemblée

législative. Napoléon devint grave, sévère dans sa tenue, et peu communicatif. L'armée d'Italie fut encore une époque pour son caractère. Son extrême jeunesse, quand il en vint prendre le commandement , demandait une grande réserve et la dernière sévérité de nimurs : « C'était « nécessaire , indispensable , disait-il , pour pouvoir commander à des « hommes tellement au-dessus de moi par leur âge : aussi ma conduite « y fut-elle irréprochable, exemplaire. Je me montrais une espèce de » Caton; je dus paraître à tous les yeux, et j’étais en effet un philoso- « phe, un sage. » C'est avec ce caractère qu'il s’est présenté sur la scène du monde.

Napoléon se trouvait en garnison à Valence au moment où commença la révolution ; on attacha bientôt une importance spéciale à faire émigrer les officiei-s d’artillerie : ceux-ci , de leur côté , étaient fort divisés d’opinions. Napoléon, tout aux idées du jour, avec l’instinct des grandes choses et la passion de la gloire nationale, prit le parti de la révolution, et son exemple influa sur la grande majorité du régiment. Il fut très -chaud patriote sous l’Assemblée constituante; mais la législative devint une époque nouvelle pour ses idées et ses opinions.

Il se trouvait à Paris le 21 juin 1792, et fut témoin, sur la terrasse de

l'eau, des rassemblements tumultueux des faubourgs, qui, traversant le jardin des Tuileries, forcèrent le palais. Il n’y avait que six mille hommes : c'était une foule sans ordre, dénotant par les propos et les vêtements tout ce que In populace a de plus commun et de plus abject.

11 fui aussi témoin du 10 août, où les assaillants n’étaient ni plus relevés ni plus redoutables.

En 1793, Napoléon était en Corse et y avait lin eonimandement de gardes nationales. 11 combattit Paoli dès qu’il put soupçonner que ce vieillard , qui lui avait été jusque-là si cher, avait le projet de livrer l'ile aux Anglais. .Aussi rien de- plus faux que Napoléon ou aucun des siens ait jamais été en Angleterre, ainsi que cela y était généralement répandu durant notre émigration, offrir de lever un régiment corse à son service.

Les Anglais et Paoli l'emportèrent sur les patriotes corses; ils brûlèrent Ajaccio. La maison des Bonaparte fut incendiée, et toute la famille se trouva dans l'obligation de gagner le continent. Elle se Gxa à Marseille, d'où Napoléon se rendit à Paris ; il y arriva au moment où les fédéralistes de Marseille venaient de livrer Toulon aux Anglais.

lia du Cap-Vert Savlsalion. - Détail», rtc.- Napoléon an Mége de Toulon. - Cmmnenrcmnit» de Duroc , de Junol. - Querelle» avec île» représentant» du peu|>le. — Querelle» avec AUI117.

- Anecdotes sur vendémiaire. — Napoléon «éricral de l'armée d'Italie. — Pureté

d'administration — Désintéressement — Poanpiot pet» Caporal Différence

du «ysléme du Directoire d'avec celui du «éuéral de l'armée d'Italie.

i: I" septembre, notre latitude nous annonçait tpie nous verrions les iles du Cap-Vert tlnns lu journée. A lu nuit, un brick, qui était de l'avant, les signuln.

très-fort et la nier trèsgrosse , l'amiral préféra continuer su route plutôt que tle s’arrêter pour faire île l’eau ; il espérait d'ailleurs en avoir assez. Tout nous annonçai! un (tassage prospère ; nous étions déjà fort avancés.

Le travail seul pouvait nous faire supporter la longueur et l'ennui de nos journées. J'avais imaginé d’apprendre l'anglais il mon fils; l’Kiiipe-

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