‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 14 sur 89 · MÉM0K1 VI · texte numérisé non relu

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et a terminé disant : « C'est bien. Iris-bien ; voilà un bel héritage pour Je petit Emmanuel. » Quant au Journal, il en o approuvé la forme et l'ensemble ; il a Tait quelques corrections de s,-i propre main sur ce qui concernait sa famille et son enfance, et faisant prendre la plume ù mon fils, il s'est mis à dicter des détails sur Brienne, le père Patrault, etc.

En finissant, il m'a dit vouloir reprendre ce travail désormais; qu'il lui plaisait, et qu'il me promettait, puisque je semblais lesaimer, bon nombre d'anecdotes, surtout sur Alexandre et les autres souverains, etc., etc.

Puis il a gagné la calèche, où je suis monté seul avec lui, et le Journal a fait la conversation de toute la promenade. L'Empereur s'est fortétendu sur ce sujet, l'idée lui en plaisait beaucoup; il m'a dit plusieurs choses à cet égard, concluant que ce pourrait devenir, par les circonstances particulières, un ouvrage unique, un trésor sans prix pour son fils, etc., etc.

Au retour de la promenade, nous avons trouvé le grand maréchal : il arrivait de Plantation-Ilousc, où il avait été au sujet des communications d'hier. Nous avions attendu avec inquiétude ce qu'il pourrait rapporter. Il nous a appris qu'il ne s'était agi de rien moins que de voir quatre de nous séparés de l'Empereur. Il était encore un grand nombre d'autres pointe fort mauvais, mais celui-là les absorbait tous dans notre esprit ; enfin le gouverneur avait conclu à n'éloigner que le Po- i lonais et trois domestiques. Toutefois j'étais celui, à ce querapportait } le grand maréchal, sur lequel l'orage avait grondé; j'étais celui dont le gouverneur s'était plaint davantage, celui qu'il eût indiqué s'il ne m'eût cru trop utile à l'Empereur, avait-il dit. 11 se plaignait de ce que j'écrivais sans cesse en Europe, déclamant toujours, disait-il, contre le gouvernement, son injustice, les oppressions qu'on exerçait sur nous ici, etc.... Il se plaignait de ce que j'entretenais les étrangers qui venaient à Longwood de l'Empereur, de manière à les y intéresser ; de ce que je cherchais partout à lier des communications au dehors, et il a rappelé madame Sturmcr ; de ce que j'avais adressé en Europe ou essayé d'y faire parvenir diverses pièces, etc., etc. Toutefois, après s'être montré si fort animé contre moi, et quel qu'ait été son motif, il a complètement adouci la chose par des observations emmiellées tout à fait obligeantes, disant qu'il n'avait pas dù avoir lien d'attendre tout cela d'une personne de tant d'instruction et d'une si belle réputation, connue aujourd'hui, pouvait-il dire, de toute l'Europe, etc.

Après diner, l'Empereur s'est amusé à résoudre dis problèmes de géométrie et d'algèbre : cela lui rappelait son jeune temps, disait-il, et il nous étonnait fort de l'avoir si peu oublié. *

DE SAINTF.-HEI^F..

Mou Journal.; «iu^nUrik- I tin)<cmir » m éfrrd ; U nr l a jamal* revu. — Enqiirr di> l'opinion.

— Tabna . Croscrnllnl , rte.

Ces deux jours ont amené une circonstance particulière, qui tient de trop près à la nature de mon Recueil pour que je pense à l'omettre. On vient de lire tout à l'heure que l'Empereur avait été fort content de I mon Journal ; il y était revenu maintes fois dans le courant du jour, témoignant constamment qu'il aurait un vrai plaisir désormais è le parcourir et à le rectifier. De mon coté, on doit juger quelles devaient

v être toute ma joie et ma satisfaction. Je touchais donc enfin à ce moment tant désiré et sur lequel je n'avais jamais cessé de compter, où ce que j'avais recueilli à la hâte, et peut-être fautivement, allait recevoir un salutaire redressement, une inestimable sanction. Les points incomplets seraient développés, les lacunes se rempliraient, les obscurités recevraient la lumière. Quel trésor de vérités historiques, de nœuds,

: de secrets politiques j'allais recevoir I C'était dans ces dispositions, et triomphant, que je me présentai le premier jour à l'heure habituelle

• avec mon Journal ; mais l'Empereur se mit à dicter sur tout autre su-

; jet, et force fut de se plier au contre-temps. Le lendemain même chose

t Cette fois je voulus rappeler è l'Empereur mon Journal; mais il^ ne m'entendit pas, et je compris, Je connaissais désormais Napoléon si bien ! il avait au dernier degré l'art de ne pas entendre : il l'employait souvent, et toujours avec intention. C'en fut donc assez pour moi, je n'y revins plus. Toutefois son motif m'occupa d'abord beaucoup, et je

I finis par en trouver plusieurs que le lecteur supposera peut-être aussi ;

| et puis encore, c'est que l'occasion ne se représenta pas. A peu de jours delà, je fus arraché d'auprès de lui, car mon heure était venue, sans que rien néanmoins m'eût fait pressentir le moins du monde ce sinistre événement.

Je viens d'appuyer sur celte circonstance avec une scrupuleuse exactitude, comme un nouveau garant de ma bonne foi, et afin d'assigner la nature précise de mon Journal. Le fond des idées, ce qui est grand surtout, ne saurait être douteux ; mais quant aux détails, que d'erreurs involontaires peuvent s'être glissées dans une rédaction rapide, qui n'a pas été redressée par le seul qui pouvait le faire!

L'Empereur, durant sa toilette, s'est mis à causer d'objets divers. La conversation l'a conduit à parler de l'empire de l'opinion, sur lequel il revient souvent. Il peignait le mystérieux de sa marche, l'incertitude, le caprice de ses décisions. De là il est passé à notre délicatesse nationale, exquise, disait-il, en fait de bienséance; à la susceptibilité

louable de nos mœurs ; à la grâce, ù la légèreté qu'elles requéraient dans le pouvoir, si celui-ci est tenté d'oser les manier.

» Dans mon système, observait-il , de inôler tous les genres de méri- « tes, et de rendre une seule et même récompense universelle, j'eus In « pensée de donner la croix de la Légion d'honneur à Talma; toutefois

• je m'arrêtai devant le caprice de nos mœurs, le ridicule de nos préju- , - gés, et je voiriusau préalable faire un essai perdu et sans conséquence :

« je donnai la couronne de fer à Crescentini. La décoration était étran- « gère, l'individu aussi; l'acte devait èlre moins aperçu et ne pouvait 4 « compromettre l'autorité, tout au plus que lui attirer quelques mao- 0 vaises plaisanteries. Eh bien , résumait l'Empereur, voyez pourtant

• quel est l'empire de l'opinion et sa nature : je distribuais des sceptres « a mon gré, l'on s'empressait devenir se courber dcwint eux, et je « n'aurais pas eu le pouvoir de donner avec succès un simple ruban, car « je crois que mon essai tourna fort mal ! — Oui, Sire, ai-je répondu, « très-mal. Il fit grand bruit dans tout Paris; il emporta l anathème de m tous les salons ; la malveillance s'en donna à cœur joie et lit des mer- « veilles. Cependant, dans une des belles soirées du faubourg Sainl- « Germain, l'indignation qu'elle avait créée se trouva noyée tout à coup « par un bon mot. C'était une abomination, disait un beau parleur, une

- horreur, une véritable profanation. Et quel avait pu être le titre d'un

DE aAlNTE-UÉLÈNE. 295

« Crescentini? s'écriait-il. Sur quoi la belle madame Grassini, se levant • majestueusement de son siège, lui répliqua du geste et du ton le plus « théâtral : Et sa blessoure donc, Monsieur, pour quoi la comptez-vous? « Ce fut alors un tel brouhaha de joie, d'applaudissements, que la pauvre •> madame Grassini se trouva fort embarrassée de son succès. »

L'Empereur, qui entendait cette anecdote pour la première fois, en a beaucoup ri ; il y est revenu souvent depuis, et l'a parfois racontée à son tour.

A dîner, l'Empereur nous disait qu'il avait travaillé douze heures ; et nous faisions remarquer que sa journée n'était point encore finie : cependant il avait l'air souffrant et se montrait très-fatigué.

Combat d'Llyw et «lira». — Novcrrax «erait notre roi , etc.

M.rjtt 8

En entrant aujourd'hui chez l'Empereur, je l'ai trouvé occupé a lire les journaux des Débats , dernièrement arrivés.

Le temps était supportable ; nous avons marché vers le fond du bois, où la calèche devait venir nous prendre.

Je me trouvais une somme disponible à Londres, je l'y avais apportée dans ma course de 1814. Les terribles souvenirs de mon émigration et les chances nouvelles m'avaient inspiré cette prudence ; j'en recueillais le fruit. J'étais, par cette circonstance, celui de nous tous a Sainte- Hélène qui se trouvait le plus à son aise; et ce qui me rendait cette somme un vrai trésor, c'était le bonheur de pouvoir la déposer aux pieds de l'Empereur. Je la lui uvais déjà offerte plusieurs fois. Je lui en réitérai encore l'offre en ce moment, en lui retraçant les outrages que , le gouvernement venait de renouveler. Madame de Montholon, qui vei nait après nous, nous a rejoints précisément en cet instant. Elle faisait olwerver à l'Empereur qu'il marchait si vite, qu'elle avait craint de le perdre; mais que mes gesticulations lui avaient servi de point de vue , et qu'elle s'embarrassait fort d'en deviner la cause. - Madame, lui u dit « l'Empereur avec une grâce eharmante, il s'agitait pour me faire aceep- « ter ses générosités ; il s'offrait de nous faire vivre. »

Nous sommes rentrés presque aussitôt , il faisait très-humide, et l'Empereur se plaignait de ses dents. Depuis quelque temps, il a des fluxions presque continuelles. Après le diner, il a repris Y Odyssée; nous en étions \ au combat d'Irus contre Ulysse, sur le seuil de sou propre palais, tous deux en mendiants,

L'Empereur désapprouvait fort cet épisode ; il le trouvait misérable, suie, inconvenant, indigne d'un roi. « Et puis, ajoutait-il, après avoir

» épuisé tout ce que j'y trouve de mauvais, je devine ce qui «'affecte « encore, je ne mets à sa place : c'est la crainte d'être rossé par nn mi- « «érable ; il n'est pas donné à tant prince, è font Général, d'avoir les •< épaules de ses gardes ou des arenadiers ; n'est pas portefaix qui veut. « Le bon Homère remédie à tout cela en faisant ses héros mitant deco- « lasses ; mais U n'en est pas ainsi parmi nous. Où en serions-nouH, nous - autres tous, a-t-il dit, en parcourant de l'œil chacun de oous, Ri l'on en » était encore au bon temps où la force du bras était le véritable sceptre? « Voilà Noverraz (son valet de chambre) qui nous sert, il serait notre « roi à tous. Il faut donc convenir, a-t-il continué, que la civilisation fait « tout pour l ame, et la favorise entièrement aux dépens du corps. »

U Polonais «h arrêts par le gouverneur. — Parole* de l'Knipcrwir mit ton ttb et «ur l'Autriche. - SonveUe» vexation* - Nouveaux outrage». — Parole* «ur lonl Balhurct. - Nouvelle» rvUrtrUon». — Observation* ulctéca |>ar .Napoléon.

Nous marchions pour gagner la calèche. Chemin faisant, on nous a appris que le gouverneur venait de mettre le Polonais aux arrêts. C'est un essai, c'est un avertissement sans doute qu'H veut nous donner. La terreur est le moyen qu'il semble vouloir employer depuis l'arrivée des dernières instructions. Il s'y montre habile; nous verrons jusqu'à quel point il ira.

En entrant chez l'Empereur, avant dîner, je l'ai trouvé triste, préoecupé, sombre. La conversation l'a conduit à mentionner l'Autriche ; il s'est étendu sur ses torts envers lui, «ur les grandes fautes de sa politique, etc. Il a peint la faiblesse du souverain, qui n'a montré d'énergie, disait-il, que pour se perdre en inorale aux yeux des peuples.

Il s'est arrêté sur lu vénalité, la dépravation , l'immoralité de ceux qui ont conseillé et accompli. De là, il est passé à l'aveuglement de la politique de l'Autriche ; il a peint sa position fausse et dangereuse.

• Elle se trouvait, disait-il, dans un péril des plus imminents, se lais- « sant corn plaisamment embrasser en front par un colosse, quund elle

- n'avait pas à reculer d'un pas; car sur ses derrières et sur son flanc

• elle n'avait que des abimes, etc. •

De là, l'Empereur est arrivé naturellement à parler de son (ils.

• Quelle éducation lui donuera-t-on? disait-il. De quels principes nour-

• rira-t-on son enfance? Et s'il allait avoir la tète faible! s'il allait tenir « des légitimes! Si on allait lui inspirer l'horreur de son père! Cette idée « fait frémir! observait-il douloureusement. Et pourtant quel pourrait « être le contre-poison à tout cela ? Il ne saurait y avoir désormais d'in-

- termédiaire sùr, de tradition fidèle entre lui et moi ; tout au plus un

« jour mes Mémoires et peut-être aussi votre Journal. Mais encore, pour « surmonter le pli, les impulsions de l'enfance, pour vaincre les vices «de l'entourage, faut-il déjà une certaine capacité, une certaine force « de tète, un jugement tranchant, décisif, et tout cela est-il donc si « commun!... • Et il avait l'air profondément affecté. « Mais parlons « plutôt d'autre chose, » a-t-il prononcé fortement. El il n'a parlé de rien.

Nous nous sommes mis au travail. Après quelques heures, le grand maréchal m'a remplacé.

En sortant à son tour de chez l'Empereur, il m'a dit que j'étais demandé de nouveau pour traduire un gros paquet du gouverneur. Mes yeux, qui se perdent tout à fait, m'ont forcé d'aller employer ceux de M. de Montholon.

En voici le contenu : 1° Une partie des nouvelles restrictions qu'on nous impose, dans lesquelles l'Empereur est traité d'une manière qu'on pourrait appeler curieuse dans l'excès de l'indécence et de l'outrage, allant jusqu'à lui prescrire la nature et l'étendue des paroles qu'on lui permet. Le croira-t-on jamais! les pièces feront foi. ( Voyez quelques lignes plus loin à la fin du jour.)

2°Laformcde la déclaration qu'on présente à notre signature. Le tout respire, du reste, les vexations les plus arbitra ires et les plus inutiles, assaisonnées de tout ce que peut dicter la vengeance armée du |>ouvoir.

3° Enlin une lettre du gouverneur au grand maréchal, calquée sur la note présentée par le colonel Reade, dont je lis lecture à l'Empereur, et que le colonel ne voulut pas laisser ; j'en ai fait mention plus haut. Toutefois certains points très-essentiels étaient ici très-habilement supprimés ou modifiés; l'Empereur a souvent remarqué que c'était là un des talents spéciaux du gouverneur. Je vais consigner ici ce qui m'en était resté. Bien que le résultat d'une simple lecture, et traduite à mesure à l'Empereur, j'oserais néanmoins en garantir l'exactitude.

« l^es Français qui désireraient demeurer auprès du général Bonaparte étaient astreints à signer la formule littérale qui leur serait présentée, et par laquelle ils se soumettaient à toutes les restrictions que l'on imposait au général. Cette obligation devait être regardée comme perpétuelle. Ceux qui s'y refuseraient seraient envoyés au cap de Bonne- Espérance ; la suite du général devait être réduite de quatre personnes. Ceux qui demeureraient seraient, comme s'ils étaient nés Anglais, assujettis aux lois faites pour garantir la réclusion du général Bonaparte, c'est-à-dire la peine de mort en cas qu'on se prêtât à son évasion. Chacun des Français qui se |iermettrait des injures, des réllexions, ou une

i MOI OUI Al.

mauvaise conduite envers le gouverneurou le gouvernement, serait sur- ; le-champ expédié au cap de Bonne-Espérance, d'où il ne lui serait fourni | aucun moyen de retourner en Europe ; le tout, dans ce cas, devant être

; a ses frais. »

Pendant ledineret la plus grande partie du soir, ces pièces ont clé ! le sujet de la conversation. L'article de la lettre du gouverneur trans- I mettant les instructions des ministres, et portant que ceux de nous qui j manqueraient d'égards pour le gouverneur, ou se montreraient autre- j ment répréhensibles, seraient envoyés au Cap et de là en Europe, et que, , dans ce cas, on y insistait fortement, ce serait à nus frais, nous a fort réjouis. Comme nous nous égayions beaucoup sur cette tournure, l'Empereur a dit . - Je conçois que ce genre de menace vous étonne et vous « paraisse ridicule; mais il est des plus simples pour lord Bathurst , et « je suis sur qu'il n'imagine pas de plus terribles punitions au inonde. « Voilà les mœurs de la boutique. »

L'Empereur a fini la soirée en nous lisant Adélaïde Dugucsclin. Il y a une belle tirade sur les Bourbons; l'Empereur, après l'avoir lue, a dit : > '• Ne s' était-on pas avisé, au temps de ma puissance, de la supprimer « au théâtre, craignant qu'elle ne me blessai! Le hasard me le fi Isa voir, « et j'ordonnai de la rétablir. C'était ainsi qu'il en était d'une foule de ■ choses. On a mis bien souvent de la gaucherie à vouloir me servir ou j j « m ètre agréable. »

jY. B. Nous transcrivons ici les restrictions mentionnées quelques lignes plus haut. Elles sont curieuses de leur nature, et serviront plus que beaucoup de raisonnements à donner une idée juste de notre situation; mais ce qui achève de donner du prix à cette pièce, c'est que les observations qui accompagnent chaque article sont de Napoléon lui-même, qui les y annexa plus lard, dans l'espoir de les faire parvenir en Europe.

lte*irlctlons dr »lr llutlwn l.owc, commuuiqui1?* a Longnooit, lo 19 (Minltrr IHIfi. nui* qull avait dpj» mises a e&ccuttiui j>ar diNVimt* unlrc* sccrcli . ilc-puis le mois il'aoAt Iirft'&lciit, et <|ii'll lie coniiiiiiiili|iia Jauiai* ans ottu-irr* ait^lai* de Hrviee. honteux nuimIouIc île leur coiilmu.

Texte des restrictions. « t°Longwood avec la route par llutïs-gale, ; <■ le long de la montagne jusqu'au poste des signaux. prèsd'i4/orm-//oi«f, « sera établie comme limite. »

Observation Le prédécesseur de sir Hudson Lovve avait étendu la ligne des limites sur les sommets des montagnes; mais s 'étant aperçu, i une quinzaine de jours après, qu'en déplaçant un peu le posje des soldats , il comprendrait dans les limites lu maison et le jardin du secrétaire général Brooke. il se lutta de faire ce changement.

DR S A INTE-H ÉI.KN F.. 29»

A environ quatre-vingts toises de la route, est le jardin de Corbett, où sont huit ou dix chênes qui donnent un peu d'ombrage; on y trouve une fontaine et quelque fraîcheur *. Par les nouvelles restrictions, en ne permettant plus que la grande route, on a substitué une simple ligne ù une surface, et on a exclu des limites la maison du secrétaire et le jardin Corbett.

« 2° Des sentinelles marqueront les limites que personne ne pourra

• traverser pour approcher de la maison de Ixjugwood, pu de son jar-

• din, sans la permission du gouverneur. »

Observation. D'après les premiers règlements auxquels était soumis notre établissement dans cette ile/et que le gouvernement anglais a approuvés, voici comment on venait à Lougwood : le gouverneur, l'amiral, le colonel commandant le régiment et le camp, les deux niem- , bres du conseil de In compagnie des Indes, et le secrétaire général qui j étaient les principales autorités de l'île, pouvaient traverser la ligne des sentinelles sans aucune passe ou permission de qui que ee soit. Les habitants devaient avoir une permission du gouverneur; les marins, de leur amiral ; les soldats, de leur colonel ; et enfin les habitants, les marins, les officiers, pouvaient tous venir avec une permission du comte \ Bertrand, lorsque l'Empereur les faisait demander. Cet arrangement, j qui subsista huit mois, n'eut aucun inconvénient ; par le règlement ae- , j luel, qui est en force depuis le mois d'août, mais qui n'a été commn- I niqué que par cet article, nous sommes gardés au secret, sans que nous .' ayons aucun commerce avec les habitants : ces derniers, les officiers et les marins, répugnent également à l'idée d'avoir à aller demander au gouverneur la permission de se rendre à Eongwood et d'avoir à subir un interrogatoire sur le motif qui les y fait aller. Les étrangers, soit officiers, soit fonctionnaires, venant des Indes, qui touchaient cette île, et qui désiraient voir l'Empereur, se présentaient ordinairement chez le comte Bertrand, qui leur disait le jour et l'heure où ils seraient reçus. Durant leur séjour dans l'île, ils étaient regardés comme citoyens ; et avec des permissions du comte Bertrand, ils pouvaient, lorsque cela leur plaisait, venir visiter Longwood, et, encore une fois, cet arrangement subsista huit mois sans qu'il en résultât aucun inconvénient. S'ilarrivaitquelques étrangers qui attiraient les soupçons du gouverneur, il pouvait aussitôt défendre leur débarquementou les empêcher de passer le premier poste. Enfin le gouverneur, par le rapport des sen-

• U lien démt ici par Napoléon c«t prti iséinrril Min tombeau : ::

ÔOO MÊMfiniAL

tinelles, savait tous les jours le nom de personnes qui étaient venues à Longvvood ; mais lorsque tout cela fut changé dans le mois d'août, le gouverneur essaya de nous imposer l'obligation de recevoir les étrangers auxquels il voulait être agréable, de les recevoir le jour qu'il lui plairait. C'était le comble de l'outrage!!! L'Empereur fut obligéde déclarer qu'il ne verrait plus personne, et il termina ainsi toutes ces insultes.

« 5° La roule à gauche de Ilutt's-gale qui retourne par Woodridgr «à Longvvood, n'ayant jamais été fréquentée par le général Bonaparte | •> depuis l'arrivée du gouverneur, le poste qui l'observait sera en grande « partie retiré. Cependant, toutes les fois qu'il voudrait aller à cheval «dans cette direction, en prévenant l'oflicier à temps, il n'éprouvera « aucun obstacle. »

Observation. Dans la première observation on a prouvé que les limites avaient été réduites de ce côté ; ici elles sont bien plus réduites encore. C'est une étrange manière de raisonner que de prendre celte décision, sous le prétexte que la vallée n'a pas été fréquentée pendant six mois. Il est vrai que depuis plusieurs mois Napoléon, tourmenté par ; les vexutions du commandant, n'est point sorti. De plus, une partie de î la vullée n'est point praticable en temps de pluie; dans l'autre pai lie on a formé un camp. Cependant lord Bnlhurst dit dans son discours au parlement « que celte roule n'avait été défendue que lorsqu'on s'aper- « çul qu'il (le général Bonaparte) avait abusé de la confiance qu'on « uvuit en lui pour essayer de corrompre les habitants. » Mais ici il est en contradiction avec sir lludson Lovve. L'offre que l'on fait de se promener dans cette vallée lorsqu'on le désirerai test évidemment illusoire ; les détails ordonnés pour l'exécution la rendent impossible. Celle offre j n'a pu être et n'a pas été accomplie. Kn perdant celle promenade, il est devenu impossible d'aller dans le jardin de miss Mnson, où se trouvent quelques grands arbres qui donnent de l'ombre. De sorte qu'il n'y a plus un point, dans les limites où les détenus peuvent se promener, où ils puissent trouver un peu d'ombre et une fontaine. Dans le reste de l'enceinte on a placé des sentinelles. Sous prétexte de malentendu dans les ordres ou autrement, toute personne peut être arrêtée, et cela est arrivé plusieurs fois aux officiers français.

« 4° S'il (le générai Bonaparte) voulait prolonger sa promenade dans « quelque autre direction, un officier de l'étal-major du gouverneur « ( s'il en est informé à temps ) sera prêt à raccompagner. Si le temps « manquait, l'officier de service à Longvvood le remplacerait.

« L'oflicier qui le surveille a ordre de ne point l'approcher, à moins

- qu'il ne soit demandé, el de no jamais surveiller sa promenade, ex- . j « copié pour ce que lui commande son service, c'esl-a-dire de voilier à

- loul ce qui pourrait, dans ces promenades, s écarter dos règles établies, « et de l'en avertir respectueusement. »

Observation. Ceci est inutile; l'Empereur no sortira pas tant qu'il I verra le désir de Je sou me tire à une inspection directe et publique. En ! outre, lesofliciers de l'élat-major ont ordre do faire un rapport do tout ' coque les Français peuvent avoir dit en conversation avec eux. Ceci | j ■ fournit des occasions à la calomnie. Plusieurs officiers ont refusé de ; j jouer ce rôle honteux, et ont déclaré qu'ils n'étaient pas dos espions J pour répéter les conversations qu'on pouvait avoir avec eux dans l'intimité d'une promenade.

« 5° Les règlements déjà en force pour empêcher les communications « avec qui que ce soit, sans la permission du gouverneur, doivent être h strictement exécutés. En conséquence, il est requis du général Itonn- « parle qu'il s'abstienne d'entrer dans aucune maison, ou d'engager au- « cune conversation avec les jtersonnes qu'il pourrait rencontrer (excepté • ce que demandent les salutations et les politesses ordinaires qu'il aurait « à rendre), a moins que cone soit en présence d'un officier anglais. »

Observation. Jusqu'ici cet excès d'outrage avait été éludé. L'Empereur ne reconnaît, ni dans le gouverneur, ni dans ses agonis, le droit de lui rien imposer; mais quel est l'objet de cet article? d'insulter le caractère des détenus et de les avilir ! ! ! de chercher à faire naître des querelles avec les sentinelles. L'enceinte est moralement annulée, puisqu'on ne peut parler a personne ni entrer dans aucune maison.Ccciestsi extraordinaire qu'on est obligé de croire coque plusieurs personnes soupçonnaient déjà, que sir Hudson Lowe est quelquefois sujet à dos vertiges.

■ Gu Les personnes qui, avec le consentement du général Bonaparte, ■ peuvent toujours recevoir du gouverneur des permissions pour Je « visiter, ne peuvent, malgré ces permissions, communiquer avec au- « cune autre personne de sa suite, à moins que ce ne soit spécialement « exprimé dans ces permissions. »

Observation. Ceci est également inutile; personne n'a été reçu depuis que le commandant actuel a renversé ce qu'avait établi son prédé- ; cesseur ; cependant il résulte de cotte restriction que si Napoléon devait ! recevoir un étranger, comme aucun de ses officiers ne pourrait être présent ni aucuu de ses domestiques faire sou service, il serait obligé d'ouvrir lui-même les portes; el que comme il n entend pas I anglais, si la personne admise ne parlait pas français, il s'ensuivrait que la conver-

sation demeurerait muette el l'entrevue réduite u une pure exhibition.

« 7° Au coucher du soleil, lenoeinte du jardin, autour de l,ong\vood, « sera regardée comme étant les limites; à celte heure, des sentinelles | « seront placées à l'entour, mais de manière à ne pas incommoder le « général Bonaparte en observant sa personne, s'il voulait continuer sa « promenade dans le jardin après cette époque. Les sentinelles seront « portées, pendant la nuit, à toucher lu maison, comme cela se prati- « quait auparavant; et l'admission sera interdite, jusqu'à ce que les senj « tinel les soient retirées, le lendemain matin, de la maison el du jardin. »

Observation. Pendant les grandes chaleurs, le seul moment où l'on puisse se promener est le coucher du soleil. Pour ne point se rencontrer avec les sentinelles, il faudra rentrer dans la maison, quoiqu'il fasse encore plein jour, et pourtant il aura été impossible de sortir tout le temps qu'il aura fait du soleil, cet endroit étant privé d'ombre, d'eau, de verdure ou de fraîcheur. Selon cette nouvelle restriction, on ue peut sortir le soir; l'Empereur ne peut prendre aucun exercice à cheval; il est dans une petite maison tout à fait insuffisante, mal construite et malsaine; il y manque même de l'eau; on ne perd aucune occasion de lui faire éprouver un manque d'égards. Sa constitution, quoique robuste, en est extrêmement attaquée.

« 8* Toute lettre pour Longwood sera mise par le gouvernement « sous une enveloppe cachetée el envoyée à l'ofGcier de service, pour ■ être délivrée, cachetée, à l'officier de la suite du général Bonaparte, « auquel elle est adressée, lequel, par ce moyen, sera assuré que |>er- » sonne autre que le gouverneur n'en connaît le contenu.

« De la même manière, toute lettre des |Kirsonnes de Longwood doit « être délivrée à l'officier de service, mise sous une seconde enveloppe •- cachetée, et adressée au gouverneur, ce qui assurera que personne1 - autre que lui n'en connaîtra le contenu.

«Aucune lettre ne doit être écrite ou envoyée, aucune communien- » lion, de quelque espèce qu'elle soit, ne doit être faite, excepté en

« la manière susmentionnée. On ne peut avoir aucune correspondance

« dans l'île, excepté pour les communications qui sont indispensables a i <• faire au pourvoyeur. Les notes qui les contiendraient doivent être « données ouvertes a l'officier de garde, qui sera chargé de les faire

» Les restrictions susmentionnées commenceront à s'observer le 10 » du courant.

» parvenir.

« Sainte-Hélène, 9 octobre 1 81 <>

« II. I.OWK. »

Observation. Ceci ne regarde pas l'Empereur, qui n'écrit ni ne reçoit de lettres ; en conséquence, on ne demande qu'une explication. Regarderait-on comme un délit ce que ses officiers pourraient écrire dans des lettres confidentielles ù leurs connaissances? ou lorsque ceux qui doivent lire ces lettres se seront convaincus que leur contenu ne renferme rien de contraire à la sûreté de l'État ou à sa politique, oublieraient-ils le contenu de ces lettres de manière a ce qu'elles ne soient jamais le sujet de conversations ou d'abus ! ! !

S'il en était ainsi, toute correspondance doit être considérée comme défendue. La saisie commise sur la personne du comte de Las Cases justifie amplement cette observation.

Le but de cet article, comme l'a prouvé l'inquisition exercée dans toute l'île, est que les papiers-nouvelles n'informent pas l'Europe de la conduite criminelle que l'on suit ici. On se donnera bien de la peine pour obtenir ce résultat. Il eut été bien plus simple de se conduire de manière ù n'avoir rien ù cacber. On alla bien plus loin dans une lettre datée du I" juillet I8l6,ndressée ou comte Bertrand; on défendit même des communications verbales avec les habitants : c'est le délire de In passion et de la haine, ou plutôt une preuve manifeste de folie. Ce règlement est un léger exemple de toutes les vexations qui font l'occupation journalière du gouverneur actuel. Que lord Balliurst dise maintenant que sir lludson Lowe n'a fait aucune restriction; que la correspondance du ministère a été entièrement à l'avantage des personnes détenues ; que le seul objet a été la sûreté de la détention. En proie ù un traitement aussi absurde cl aussi ignoble, l'Empereur n'est point sorti depuis plusieurs mois. Tous les gens de l'art peuvent prédire qu'il succombera ù ce genre de vie. C'est une manière de l'assassiner aussi certaine et plus barbare que le fer et le poison. {Quelle horrible, prophétie ! )

Sm amlrtfe, iio« [M'inr* an »njol ilr* iwnvrllr* rrMriclioii*. — AnptNloli-i il«* Cimpo-Fonni»» : MM. »lc CoIxiiUcI . Oallo. CUrkr. — U> cornlc il EiitraigiKa.

I«kI. 10

Nous étions convenus de nous réunir tous ce malin chez le grand maréchal pour conférer sur ce que le gouverneur venait de nous transmettre, Afin d'adopter un parti uniforme.

En effet, le point était des plus difficiles et des plus graves. Il s'agissait de se soumettre ù des restrictions nouvelles, de se placer sous In dépendance du gouverneur, qui en abusait d une manière indigne, se conduisait vis-à-vis de l'Empereur sous les formes les plus indécentes.

r.flt MÉMORIAL

et annonçait que tout cola pouvait cl devait croître encore; enlin il ne s'agissait de rien moins que de se trouver exposé à être immédiatement j ! arraché d'auprès de Napoléon, envoyé au Cap, et de là en Europe.

D'un autre côté, l'Empereur, indigné desvexationsdouton nous neca- | blait à cause de lui, ne voulait pas que nous nous y soumissions davantage.

Il exigeait que nous le quittassions plutôt tous, que nous retournassions , | en Europe témoigner que nous l'avions vu ensevelir tout vivant.

Mais était-il en notre |>ouvoir de supporter une pareille idée? La l mort nous eut paru préférable à nous séparer de celui que nous servions, ; que nous admirions, que nous aimions, auquel nous nous attachions chaque jour davantage, et par ses qualités personnelles et par les maux que l'injustice et la haine accumulaient sur sa tète. Voilà quel était le i véritable étal de la question. Nous étions déchires, et ne savions à quoi nous résoudre.

Le gouverneur avait trouvé un moyen de nous attaquer en détail; il se disait déterminé à renvoyer chacun de nous suivant sa volonté et son caprice.

L'Empereur n'était pas bien; le docteur lui a trouvé des principes de scorbut. Il m'a fait venir ; nous avons beaucoup causé sur les oh- ! jets qui nous occupent dans ce moment. Il a voulu se mettre au travail pour se distraire, et a pris le chapitre de Léoben qui lui est tombé sous la main.

La lecture finie, la conversation a continué sur les conférences qui ont amené le traité de Campo-Formio. Je renvoie à ces chapitres intéressants pour le portrait et le caractère du premier négociateur autrichien, M. de Cobenfzel, que Napoléon surnomma dans le temps Y ours du Nord, à cause du grand rôle, disait-il, que sa grosse et lourde |wtle avait joué sur le lapis vert des négociations.

» M. de Cobentzel était en ce moment, disait l'Empereur, l'homme « delà monarchie autrichienne, l'aine de ses projets, le directeur de « sa diplomatie. Il avait occupé les premières ambassades de i'turope, j « et s'était trouvé longtemps auprès de Catherine, dont il avait caplé la

- bienveillance particulière. Fier de son rang et de son importance, il ne j « doutait pas que la dignité de ses manières et son habitude des cours

« ne dussent écraser facilement un général sorti des camps révolution- « naires : aussi aborda-t-il le général français, observait Napoléon, avec

- une certaine légèreté; mais il suffit de l'attitude et des premières paro- » les de celui-ei pour le remettre aussitôt à sa place, dont, au demeurant, « il ne chercha jamais plus à sortir. »

Les conférences languirent d'abord beaucoup. M. de Cobentzel , suivant la coutume du cabinet autrichien, se montra fort babile a traîner les choses en longueur. Cependant le général français résolutd en finir. La conférence qu'il s'était dit devoir être la dernière fut des plus vives; il en arriva à mettre le marché k la main, et fut refusé. Se levant alors dans une espèce de fureur, il s'écria très-énergiquement : « Vous voulez « la guerre ? eh bien ! vous l'aurez ; » etsaisissunt un magnifique cabaret de porcelaine que M. de Cobentzel répétait chaque jour avec complaisance lui avoir été donné par la grande Catherine, il le jeta de toutes 6cs forces sur le plancher où il vola en mille éclats. « Voyei! s ecria-t-il :

eh bien l telle sera votre monarchie autrichienne avant trois mois, je \ous le promets! » Et il s'élanca précipitamment hors de la salle. M. de Cobentzel demeura pétrifié, disait l'Empereur ; mais M. de Gallo, son second, et beaucoup plus conciliant, accompagna le général français jusqu'à su voiture, essayant de le retenir; * me tirant force coups de "chapeau, disait l'Empereur, et dans une altitude si piteuse, qu'en dépit • de ma colère ostensible je ne pouvais m'empecher d'en rire intérieure- ■ ment beaucoup. »

M. de Gallo était l'ambassadeur de Nu pies à Vienne ; il y avait conduit la princesse de Naples, seconde femme de l'empereur François, dont il

possédait toute la confiance, et qu'il gouvernait ; elle à son tour gouvernait son mari, de sorte que M. deGallo jouissait d'un fort grand crédit à la cour de Vienne. Aussi, quand l'armée d'Italie, marchant sur Vienne, imposa l'armistice de Léoben, l'impératrice, dans une crise aussi terrible, jeta les yeux sur son confident pour le charger de détourner le péril. 11 devait voir le général français comme en passant, et tâcher d'obtenir de lui qu'il voulût bien l'accepter pour négociateur. Napoléon, bien au fait de toutes les circonstances, se promit d'en tirer un grand parti ; aussi en recevant M. de Gallo, il lui demanda qui il était. Le courtisan favori, déconcerté d'être obligé de décliner son uom, lui répondit qu'il était le marquis deGallo, chargé de la partde l'empereur d'Autriche de lui fairequelques ouvertures. • Mais, dit Napoléon, votre nom n'est point allemand ? — Il est vrai , répondit M. deGallo, je suis ambassadeur de « Naples. — Et depuis quand, répliqua sèchement le général français, ai- •< je à traiter avec Naples ? Nous sommes en paix. L'empereur d'Autriche « n'a-t-il donc plus chez lui aucun des négociateurs de la vieille roche? « toute la vieille aristocratie devienne est-elle éteinte? » M. deGallo, épouvanté que de pareilles observations arrivasseut officiellement au cabinet de Vieune, ne fut dès cet instant occupé qu'à complaire en tout au jeune général.

Napoléon, radouci, lui demanda des nouvelles de Vienne, parla des années du Rhin, de Sambre-et-Meuse ; il eu lira tout ce qu'il voulut, et quand il fallut se séparer, H. de Gallo lui demanda, en altitude de suppliant, s'il pouvait espérer d'être accepté pour négociateur, et s'il devait aller chercher des pleins pouvoirs à Vienne. Napoléon n'avait garde de le refuser; il venait de prendre un avantage qu'il ne perdit jamais. M. de Gallo, devenu plus tard, par la suite des événements que tout le monde connaît, ambassadeur de Naples auprès du Premier Consul, et même celui de Joseph auprès de l'empereur Napoléon, lui parlait quelquefois de cette scène, lui avouant naïvement que, de sa vie, personne ne l'avait autant effrayé.

Clarkc était le second négociateur français comme M. de Gallo était celui de l'Autriche.

- Clarke, disait l'Empereur, avait été envoyé en Italie par le Direc- « loire, qui commençait à me croire dangereux ; il l'avait chargé d'une

• mission apparente et publique, mais il avait l'ordre secret de m'obser- « ver, de s'assurer même si, au besoin, il y aurait possibilité de me faire « arrêter; et comme il y aurait eu peu de sûreté à s'adresser aux offi-

* ciers de mon armée h cet égard, les premières informations se prirent

« auprès du Directoire cisalpin, qui répondit qu'on devait s'éviter toute « peine sur ce sujet et n'y plus songer.

« Dès que je fus informé des véritables inslructions.de Clarke, j'a- ■ bordai franchement le sujet avec lui : il m'importait peu qu'on rendit « des comptes, disais-je ; il ne tarda pas à s'en convaincre. Sa mission

• en Autriche repoussée par celte' puissance, je lui offris de le faire tra- « vailler, et il me resta ; depuis je n'ai cessé d'en prendre soin, suivant « ma coutume, bien qu'au fond nous n'eussions peut-être pas une grande « sympathie, et je l'aurais indubitablement repris lors de mon retour,

• si je l'eusse retrouvé dans les rangs avec les autres. On sait que je

• me défaisais difficilement de ceux avec qui j'avais commencé; quand « on s'était une fois embarqué avec moi, je ne savais pas ce que c'était « que de jeter quelqu'un à la mer; il me fallait y être forcé. Son premier

• talent était d'être grand travailleur. ■

Après brumaire, Clarke se trouva naturellement près du Premier Consul comme aide de camp ou autrement. Il y avait alors moins d'étiquette au palais, les attributions étaient moins distinctes, on y vivait beaucoup plus en famille. L'entourage du Consul formait une table commune : Clarke y eut quelques querelles; il était très-susceptible, fort pointilleux. Quelque chose en ayant rejailli jusque sur le Premier Consul même, celui-ci le nomma à l'ambassade de Florence, auprès de la reine d'Étrurie. Le poste était charmant en lui-même, mais c'était une disgrâce. Clarke sollicita longtemps et de toute manière pour être rappelé. Cet heureux moment arriva, mais son épreuve n'était pas finie. Ias Premier Consul lui parlait peu, le faisait courir aux Tuileries, à Saint-Cloud, au camp de Boulogne, ne s'expliquait point, ne lui accordait rien. Clarke, au désespoir, confiait à quelqu'un qu'il ne lui restait plus qu'a se jeter dans la Seine, ne pouvant supporter plus longtemps l'apparence du mépris et le dénàmentde sa situation. Il en était là quand tout à coup il lui arriva, et au même instant, de se trouver nommé secrétaire du cabinet topographique, conseiller d'État, et autre chose encore, lui composant un traitement peut-être de CO à 80,000 francs. C'était là le faire de Napoléon ; il est connu que son premier bienfait en amenait presque toujours immédiatement beaucoup d'autres. Dans ces cas, il ne donnait pas, il accablait, mais encore fallait-il savoir profiter de cet instant; il pouvait être sans bornes ou s'évanouir sans retour.

J'avais beaucoup connu le général Clarke à titre d'ancien camarade de l'École militaire. Dans le temps il m'a raconté que, quelques jours avant la bataille d'Iéna, l'Empereur, sous la dictée duquel il venait d'é-

crire une foule d'ordres et d'instructions, s'était mis à causer familièrement, tout en marchant dans sa chambre, et qu'il avait dit : « Dans « trois ou quatre jours, nous donnerons une bataille que je gagnerai :

■ elle me portera ou moins à l'Elbe, et peut-être à l'Oder. Là je donnerai « une seconde bataille, que je gagnerai de même. Alors.... alors...., dit- « il d'un air méditatif, et la main sur le front... Mais c'est assez, ne fain sons point de romans... Clarke, dans un mois vous serez gouverneur « de Berlin, et l'histoire vous citeru comme ayant été, dans la môme « année et dans deux guerres différentes, gouverneur de Vienne et de « Berlin, c'est-à-dire des monarchies d'Autriche et de Prusse. Et à pro- « pos de cela, ajoula-t-il en riant, que vous a donné François pouravoir o gouverné sa capitale? — Sire, rien du tout. — Comment, rien du tout? « c'est bien fort ! Eh bien ! c'est doue ù moi à payer sa dette. » Et il lui donna une assez forte somme pour acheter, autant que je puis mêle rappeler, un hôtel à Paris ou une maison de campagne dans les environs.

Du reste, il est à remarquer que les événements dépassèrent même les combinaisons de Napoléon : il ne donna qu'une bataille; le dix-septième jour il était dans Berlin, et il se trouva porté jusqu'à la Vistule.

• Clarke, disait Napoléon, avait la manie des parchemins ; il passait « une partie de son temps, à Florence, à rechercher ma généalogie ; il « s'occupait aussi de lu sienne, et était venu à bout de se persuader, je « crois, qu'il était le purent de tout le faubourg Saint-Germain. Nul doute

• qu'il ne se croie aujourd'hui beaucoup plus relevé d'être le ministre

■ d'un roi légitime, que d'avoir été celui d'un empereur parvenu. Il jouit

• dans ce moment, dit-on, d'une grande faveur; je lui en sou Imite lu « durée : elle a commencé peu de jours avant mon arrivée à Paris, au « moment où la cause du roi était désespérée; il aura trouvé beau d'ac-

• cepter un ministère quand tout paraissait perdu. Je n'ai rien à dire « contre, cela peut avoir son beau côté ; mais il faut avoir des convenan- « ces, et il en a manqué. Toutefois je lui pardonne facilement ce qui me

• concerne... Plus d'une fois, en 1813 et en 1814, on essaya de in'in- « spirer des doutes sur sa Gdéiité , je ne m'y arrêtai jamais : je l ui tou- « jours cru probe et honnête. » Et les intimes du duc de Feltre peuvent attester que Napoléon n'était que juste dans l'opinion qu'il avait prise des sentiments de son ministre.

Le duc de Feltre, en rendant compte à l'Empereur de l'arrivée de M. le comte d'Artois en Suisse, lui conseillait de faire la paix. L'Empereur lui répondit, sous la date du 22 février 1814 : « ... Quant au conseil que

• vous me donnez de faire la paix, c'est trop ridicule; c'est en s'aban-

« donnant à de telles idées qu'on gâte l'esprit public. C'est, du reste, me « supposer bien fou ou bien bète, que de croire que si je pouvais faire lu ■ paix, je ne la ferais pas.

« C'est à celte opinion, que je peux faire la paix depuis quatre mois, « mais que je ne le veux pas, que sont dus tous les malheurs de lu France. • Je croyais mériter qu'on m'épargnât au moins la démonstration de « pareils sentiments. *

L'Empereur, revenant à l'époque de Campo-Formio, s'est arrêté sur le comte d'Entraigues, son arrestation, les papiers qu'on lui saisit, les grandes découvertes qu'ils fournirent, l'indulgence avec laquelle il te traita, la déloyauté dont il en fut payé , etc., etc.

Le comte d'Entraigues, homme de beaucoup d'esprit, intrigant et doué d'avantages extérieurs, avait acquis une certaine importance au commencement de notre révolution; membre du coté droit de la Constituante, il émigra lors de sa dissolution, et se trouvait ù Venise sous un titre diplomatique russe, au moment où nous menacions cette ville ; il y était l'âme et l'agentde toutes les machinations qui se tramaient contre la France. Quand il jugea le péril de cette république, il voulut s'évader;

mais il tomba dans un de nos postes, et fut pris ovec tous ses papiers.

Le général en chef nomma une commission spéciale pour en foire le dé- |K>uillement, et l'on demeura fort étonné des mystères qu'ils découvrirent : on y trouva, entre autres, toutes les preuves de la trahison de Pichegru , qui avait sacrifié ses soldats pour faciliter les opérations de l'ennemi : le plus grand crime qu'un homme puisse commettre sur la terre, s'écriait avec indignation Napoléon, celui de faire égorger froidement les hommes dont la vie est confiée ù votre discrétion et à votre honneur.

Le comte d'Entroigues, une fois ses secrets découverts, s'exprima avec tant de franchise et d'adresse, que Napoléon, croyant l avoir gagné, ou plutôt se laissant gagner lui-même, le traita avec la dernière indulgence, le défendit contre le Directoire qui insistait pour le faire fusiller, et le laissa libre sur parole dons Milan. Quelles ne furent pas sa surprise et son indignation d'apprendre un malin que M. d'Entroigues venait de s'é

| vader en Suisse, et publiait un libelle infâme contre lui, lui reprochant les mauvais traitements qu'il en avait reçus, se plaignant d'en avoir été mis aux fers ! Celle imposture causa un tel scandale, que plusieurs diplomates étrangers, qui avaient été témoins du contraire, le témoignèrent spontanément dons une déelarotion publique.

Ce comte d'Entroigues, aussi turd que 1814, je crois, est mort en Angleterre d'une manière affreuse, assassiné par son valet de chambre, à la vue de sa femme, la célèbre chanteuse Saint-lluberli.

Pichegru se trouvait précisément alors à la téte du Corps Législatif, et à peu près en guerre ouverte avec le Directoire. On juge de quel prix

j furent pour celui-ci des pièces aussi graves et aussi authentiques contre ses adversaires. Celle découverte influa beaucoup sur le portique prit N.i|M>léon dans les affaires de fructidor; ce fut une des principales causes qui déterminèrent sa fameuse proclamation, laquelle amena le triomphe du Directoire.

Desaix, qui servait sous Moreau dans l'armée du Rhin, ayant profilé «le l'armistice pour venir faire connaissance avec le général en chef de

i l'armée d'Italie, qui lui inspirait la plus vive admiration, se trouvait auprès de Napoléon ù peu près vers le temps de celte grande circonstance. S Napoléon lui ayant fait conlidence de la trahison de Pichegru, Desaix | répondit : « Mais nous le savions sur le Khin il y a plus de trois mois. « Cn fourgon enlevé au général Klinglin nous a livré toute la correspon- « danec de Pichegru avec les ennemis de la république. — Mais Moreau « n'en a-l-il donc donné aucune connaissance ou Directoire? — Non. — • Eh bien ! c'est un crime! s'écria Nopoléon : quand il s'agit de la perte

• de la patrie, le silence est une complicité. « On sait que plus tard, quand Pichegru eut succombé, Horeau en donna connaissance au Directoire, en raccompagnant d'une réprobation injurieuse, ce qui était un nouveau tort, disait Napoléon. « En ne parlant pas plus tôt, il avait trahi « la patrie ; en parlant aussi lard, il accablait un malheureux.

Aujourd'hui l'on a reçu 6,000 fr. de l'argenterie brisée. C'est ce que l'Empereur a estimé indispensable pour suppléer à nos besoins journaliers de chaque mois, et il a ordonné de répéter cette opération en conséquence.

L'Empereur a continué d'être fort souffrant et très-affaissé : il n'a paru au milieu de nous qu'à l'heure de son dîner. Il a été fort peu causant, n'a point travaillé. J'ai été une grande partie du jour avec lui dans sa chambre. Il est revenu souvent sur notre situation vis-à-vis du gouverneur. Il m'a dit sur ce sujet des choses bien remarquables

Rr*oii»<le l'Ëiiiprrnir. - Se* rrpri** wir le prim-c Eog«or. - Sa kiiiM s'alterc.

D.r^ntb. 13.

Sur les dix heures, l'Empereur est entré chez moi. Il a entr ouvert la porte de ma chambre à coucher, se récriant sur ma paresse. Il m'a surpris les pieds dans l'eau. J'étais souffrant. J'ai couru bientôt le rejoindre sous la lente où il a voulu déjeuner. Il m'a dit avoir ordonné des notes relatives aux nouvelles restrictions, afin de ne pas laisser passer condamnation sur nous sans créer du moins une espèce de responsabilité pour ceux qui exécutent. De là il est passé à calculer les lois d'argenterie qui restent à vendre, et le temps que cela peut nous faire vivre; et comme je répétais mes offres, en lui disant qu'il était pourtant bien dur qu'il se privât de son argenterie, il a répondu : « Mon I « cher, dans quelque position que je me trouve, jamais ces objets de I « luxe ne seront rien pour moi ; et quant aux autres, au public, la sim- I - plicité sera toujours mon plus bel ornement. - El de là il est passé u dire qu'il avait d'uilleurs la ressource du prince Eugène, qu'il avait même envie de lui faire écrire une note pour lui demander le crédit nécessaire à sa subsistance, quand l'argenterie serait épuisée, et le charger dès cet instant de lui faire parvenir à Sainte- Hélène les livres

essentiels qu'on avait négligé de lui envoyer de Londres, et quelque peu de vin soigné, dont il nvoit besoin eomme remède, • quoique pour le vin, » a-t-il continué, ceux qui ne nous aiment pas en Europe ne manque- • raient pas de dire que nous ne songeons ici qu'à boire el à manger. » Et il a répété à ce sujet qu'il n'éprouvait nul embarras de s'adresser à son fils Eugène, qui lui devait tout, qui tenait de lui son état et toutes ses richesses, que ce serait lui faire injure que de douter un instant de son empressement, ayant d'ailleurs à exercer sur lui des reprises pour 10 à 12,000,000 peutrôtre.

A déjeuner, il a fait venir le Polonais qui doit bientôt nous quitter. Plus tard, il a voulu se mettre au travail ; mais il se sentait fort assoupi, et s'est endormi à plusieurs reprises. Il a gagné sa chambre pour se livrer tout à fuit au sommeil, me donnant rendez-vous à une heure de là pour travailler à l'anglais ; mais il a continué a être dans le. même état d'assoupissement, qu'il n'a interrompu que par un bain très-prolongé, suivant sa coutume, et, comme il les prend très-chauds, on a lieu de s'étonner qu'ils ne lui soient pas très-nuisibles.

Il a peu diné, se plaignait de vieillir beaucoup, de dormir mal et irrégulièrement. Il a causé assez longtemps sur les ballons, a ri de toutes les biographies qui s'obstinaient à le faire escalader, Cépée à la main, le ballon de l'École militaire, et a cité comme un véritable prodige la singularité du ballon lancé le jour de son sacre, qui alla tomber en peu d'heures dans les environs de Rome, et porter aux habitants de cette grande ville des nouvelles de leur souverain et de la cérémonie qu'il venait d'accomplir.

Il a essayé de nous lire du Don Quichotte ; mais s'est arrêté au bout d'une demi-heure: il ne peut désormais lire guère plus longtemps. Sa santé s'altère visiblement. Il me répète souvent que nous sommes bien vieux, qu'il l'est encore bien plus que moi ; et ces mots pour lui «lisent beaucoup.

Itfclaralion cxIrcc emmec au gouverneur. - tlcautimtp .le livre» moilt-rnc», pure» *| - FMMWlé île» iwtraiU ci*» par l ov)nil .le parti . etc. - Ccïwral

Aujourd'hui le grand maréchal a envoyé au gouverneur les nouvelles déclarations qu'on avait exigées de nous; nous les avons rédigées uniformément et de la teneur suivante:

« Je, soussigné, déclare par la présente que mon désir est de rester

DE SAINTE-HELENE. r, » 5

« dans File de Sa i nie-Hélène, et de partager les restrictions imposées à « l'empereur Napoléon personnellement. »

J'ai été vers une heure trouver l'Empereur dans sa chambre, je lui ai

rendu compte de quelques commissions très-particulières

La conversation a continué sur des sujets qui le louchaient de près, et qu'il a terminée en répétant plusieurs fois: Triêtc race humaine!...

Plus lard, l'Empereur, passant en revue un grand nombre de personnes connues sur lesquelles il donnait son opinion, s'est arrêté sur une qu'il a peinte comme une des plus immorales et des plus abjectes. Or, elle se trouvait précisément de ma connaissance, et je me suis récrié sur ce qu'elle était tout l'opposé de cela ; et comme je la défendais avec chaleur, l'Empereur m'a interrompu, disant : « Je vous crois ; « mais on me l avait peinte de la sorte. El, bien qu'en général je me « fusse fait la loi d'écouter avec défiance, cependant vous voyez qu'il « s'en grave toujours quelque chose dans l'esprit. Peut-il y avoir de ma « faute? Quand je n'avais nul motif particulier de vérification, quel " redressement me demeurait? Et voilà, a-t-il continué, le résultat iné- « vitabledes commotions civiles : il est toujours deux réputations, selon " les deux couleurs. Que d'absurdités, que de contes ridicules se sont « attachés aux personnages qui ont figuré dans notre révolution ' ! Vos salons sont-ils pleins d'autre chose? Moi, n'en suis-je pas un assez « bel exemple? et après moi, qui.au fait, aurait droit de se plaindre? « Cependant je le proteste, soit par nature, soit par réflexion, jamais « rien de tout cela n'influença mon humeur ou n'altéra aucune de mes « déterminations. »

Et puis, passant en revue un grand nombre de généraux, il s'est arrêté sur le général Maison, disant : « Ses manœuvres autour de Lille, •< dans la crise de 1814, avaient attiré mon attention et l'avaient gravé « dans mon esprit. 11 n'était pas avec nous en 1815; qu'est-il devenu? « Qu'a-t-il fail à cette époque ? » m'a-l-il demandé. Mais je n'ai pu répondre, je ne le connaissais pas, etc.

• Je prolitc de l'ijcroinn |xnir redrewer ici une erreur précisément «le celte nature Ou lit plu» Uaul que M. Monyr monta a la trilwiie de» Jacobins, et déclara, rte. or. le» ami», le* intime» , le» parent.» dece «avant estimable et ni «thliiiguc, tuai venu» m afliroier qu'il était notaire « lot» ccu« qui le < mU-iiI qu'il n'avait jamais paru aux Jacobin*, qu'il n avait jamal* pri» la parole dan» aucun publique, elr., etc.

Il 40

r. ST. *******

d.Ih iiv > (liftit-uUrs >hi R<Hivrrtiriir Mir nm ùti-UreUoft*; l*ati iivMitnitrnt «le l'Enuxrrur.- \<>lrr

■Iftiuic muWM.— t*t KCMwnHQr bil rompant! rt chacun de imm i iwiihtim t tU

l'Einprrmr. -Non» !«• Irirtnion». - Nolir rwlavan»" ot eOMMiméi

km i>> quelque temps il m'est impossible de dormir; j'ai passé la nuit entière1 sans « line l'œil. Sur les huit heures, comme j'essayais de sommeiller, le grand maréchal est entré dans ma 'chambre pour me dire que le gouverneur avait renvoyé nos déclarations, et •venait, !<• jour même, nous faire signer précisément celle qu'il ovoit envoyée pour modèle, qui ne différait de la notre que par la qualification d'F.mpereur donnée o Nopoléon, tandis qu'on voulait nous le faire appeler simplement Bonaparte.

De là, le grand maréchal s'est rendu chez l'Empereur, qui m'a fait demander presque aussitôt. En entrant dans sa ehamhre, je l'ai vu marchant à grands pas et «'exprimant avec beaucoup de chaleur. Nous étions tous réunis.

• Les outrages, disait-il, dont on abreuve journellement ceux qui se

« sont voués à ma personne; ces outrages, qu'on semble vouloir multi- « plier bien davantage encore, forment un spectacle que je ne dois ni

• ne peux supporter plus longtemps. Messieurs, il faut me quitter, vous -éloigner; je ne saurais vous voir vous soumettre aux restrictions « qu'on veut vous imposer, et qu'on accroîtra demain. Je veux demeu- « rer seul. Allez en Europe, vous y ferez connaître les odieuses menées

• dont on use envers moi ; vous direz m'avoir vu descendre vivant dans » le tombeau. Je ne veux pas qu'aucun de vous signe cette déclaration » telle qu'on vous l'impose, je vous le défends. Il ne sera pas dit qu'on

- se sera servi des mains qui sont à moi, des mains dont je dispose, pour me dégrader. Si l'on vous renvoie pour le refus d'une pure et

« sotte formalité, c'est qu'on vous renverrait demuin pour un molif

• aussi léger, c'est qu'on est résolu de vous éloigner en détail. Eh bien ! « je préfère vous voir éloigner en masse; peut-être puis-je, dans ce sn-

• crifice, entrevoir quelque résultat. » Et il nous a congédiés. Nous sont- ; mes sortis consternés.

Peu d'instants après, l'Empereur m'a fait rappeler. H se promenait dans la longueur de ses deux petites pièces. Sa voix était devenue douce, même caressante. Jamais je ne lui avais vu plus d'abandon. Je m'en sentais ému. « Eh bien ! mon cher, m'a-t-il dit, je vais donc me faire er-

• mite? — Eh ! Sire, ai-je ré|»ondu avec quelque attendrissement, ne « l'ètes-vous pas déjà? car de quelle utilité, de quelle ressource som- » mes-nous pour vous? Nous n avons ici que des vipux ; mais s'ils sont

• peu pour votre consolation, ils sont tout pour notre bonheur. Notre « situation, en ce moment, est la plus affreuse qui se puisse concevoir, « |»arce que, dans la question qui s'agite, et pour la première fois peut- « être, nous ne nous trouvons plus du même coté que Votre Majesté;

- elle nous parle raison, et nous n'obéissons qu'au sentiment. Il n'y a rien à répondre à votre raisonnement de tout à l'heure. Votre déter-

« mination vous ressemble tout à fait, elle n'étonnera personne; mais « l'exécution est au-dessus de nos forces. L'idée de vous laisser seul ici, » de vous savoir seul dans la nature, dépasse en douleur toutes les bor- « nés de notre imagination. — Voila pourtant ma destinée, a répondu « tranquillement l'Empereur, et je dois m'attendre à tout; mais mon « àmeestde force à répondre à tout... Ils me feront mourir ici, c'est « certain. — Sire, l'acte que vous commandez ne saurait entrer dans j

• l'esprit d'aucun de nous. Aussi, pour moi, je parlerai jusqu'au liout,

• comme a fait Votre Majesté, je me défendrai sur ce point jusqu'à

• extinction ; mais j'agirais différemment. »

M Ml nll I V I

L'Empereur s'est assis, m'a fait asseoir auprès de lui. Il se sentait fatigué, disait-il, et a demandé son déjeuner; il me l'a fait partager. Depuis longtemps je ne dinais presque plus avec lui ; il m'en avait dit la raison, et me l'avoir dit était une plus grande faveur encore. Au moment du café, il ne se trouvait pas de tasse pour moi. Marchand allait sortir pour en chercher une. « Prenez sur ma cheminée, a dit l'Empereur, il boira dans ma belle tasse d'or. »

Comme le déjeuner finissait, est entré le grand maréchal, disant que le gouverneur venait d'arriver, et le faisait demander dans sa nouvelle maison (de lui Bertrand ), à cinquante pus de notre établissement , laquelle est enfin à la veille d'être finie. L'Empereur lui a dit de s'y rendre; et comme le grand maréchal, dans son geste et ses paroles, semblait demander s'il persistait toujours dans l'ordre qu'il nous avait donné ce matin, s'il n'y aurait pas moyen de le fléchir: ■ Je ne suis n point un enfant, a repris vivement l'Empereur; quand j'ai coulé à

Tond une question, elle ne me reste plus sous deux faces dans la tète. . J'ai ordonné des batailles qui ont décidé du sort des empires ; l'ordre ■ n'en portait jamais que de ma volonté réfléchie et arrêtée. Or, ici, tout « ce dont il s'agit ne regarde que ma personne. Ailes. »

Le grand maréchal est revenu bientôt après, rendant compte de sa

conversation, qu'il avait terminée par son refus. Le gouverneur, disaitil, faisait demander les trois autres de nous à la fois. Il nous a semblé plus convenable pour nous de ne nous y présenter que successivement. Je me suis mis en roule. Je l'ai aperçu, entouré de plusieurs des | siens, à l'extrémité gauche du jardin, au débouché de la maison du grand maréchal ; il est rentré en m'apercevant, et je l'ai rejoint dans le milieu de la cour.

Il s'était annoncé comme fort irrité contre moi ; j'arrivais cuirassé. Mais il m'a conduit avec des politesses marquées dans l'intérieur, faisant demeurer au dehors les officiers de sa suite; et, m'ayant dit qu'il attendait pour entrer en matière l'arrivée de MM. de Montholon et Gourgaud, je lui ai demandé s'il aurait la moindre objection h la traiter immédiatement avec moi. Il n'en avait aucune, a-t-il répondu. ¥A faisant entrer alors ses officiers, il m'a dit en leur présence que je connaissais sans doute par le grand maréchal ce qu'il avait à me proposer au sujet de ma déclaration. Je lui ai répondu que ouï, et que, le grand

j maréchal étant par son rang, aussi bien que par la vénération et l'estime que je lui portais, mon modèle et mon guide, il devait attendre de

j moi la même réponse; que, du reste, je ne comprenais pas comment on attachait à une chose purement de forme une importance qui devait avoir des résultats aussi douloureux pour nous et nullement profitables pour ceux qui l'exigeaient. « 11 n'est pas en mon pouvoir, a observé - le gouverneur, de faire l'altération que vous désire*. Il m'est or- « donné de vous présenter à signer la déclaration écrite de ma main : « or, je ne pourrais écrire, moi Anglais, la qualification à laquelle vous « tenez. — J'ignorais cette circonstance , ai-je répondu, et je ne puis <> avoir de réponse contre une pareille raison. Vous, Anglais, vous devez « écrire ainsi; mais moi, Français, je dois signer dans mon langage, « c'est-à-dire avec la traduction du vôtre-. Ainsi permettez-moi d'ajou- « ter à ma signature la phrase qu'il vous plaira de me dicter, dans la- « quelle je puisse, m'exprimer dans mon langage. VoUs voyez, ai-je « ajouté, si je mels de la franchise dans mes intentions, et si je cherche « à créer des embarras. » La proposition a semblé attirer toute son attention. « Tout ceci , ai-je continué, est une dispute sur de simples « mots, qui, dans des circonstances aussi grandes que les nôtres, peut « sembler bien petite. Mais, Monsieur, qui de nous a créé ces difficultés? » qui de nous en souffre? Votre refus nous mettrait dans une position « affreuse! vous me voyez dans un vrai désespoir I M'éloigner de l'Enipereur serait pis que la mort! mais pourtant il le faudrait plutôt que

« de le dégrader de mes propres mains. L'Empereur a réuni sur sa tète « tout ce qui, de la part des hommes et du eiel, confère un caractère « auguste; vouloir le nier, serait nier la lumière du soleil. »

Le gouverneur a observé que lui, Anglais, ne l'avait pas reconnu. C'était encore là une raison, disais-je, à laquelle je n'avais rien à objecter ; que les qualifications qu'il employait pouvaient me déplaire, mais que je n'avais point à les combattre, et que, par lu même lui son, il devait n'avoir rien à objecter à mon opinion et ù mes expressions, à moi, Français, dont il demandait la signature.

Ici, sir Hudson Ixnve s'est aigri en revenant sur des circonstances passées qui lui étaient personnelles, et il s'est échappé jusqu'à dire qu'il ue connaissait, après tout, de vroi titre au respect que les qualités morales. • A ce prix, Monsieur le gouverneur, ai-je répondu avec

* vivacité, et me tournant vers ses officiers, l'Empereur pourrait faci- « lement se dévêtir de tous ses titres et ne ferait que gagner dans tout

« l'univers à être traité d'après cette échelle. » Le gouverneur a gardé j le silence, puis il a repris que constamment nous traitions notre général d'Empereur. « Eli! comment pourrions-nous le traiter autrement, je vous « prie? — Mais je veux dire que vous continuez à le regarder comme « souverain. — Monsieur le gouverneur, vous parlez de souveraineté? - C'est de notre part bien plus encore; c'est du culte ! l'Empereur, à nos « yeux et dans nos sentiments, n'est plus de cette terre ; nous le voyons

* dans les nuées, dans le firmament!... et quand vous nous laisses i •■ des choix en opposition avec lui, c'est le choix des martyrs auxquels

on disait : Renoncez à votre culte ou mourez. Eh bien ! nous, ici,

* nous n'aurions qu'à mourir. » Ces paroles ont produit une impression visible sur les officiers présents, et même sur le gouverneur. Contre son ordinaire, sa figure se montrait paisible et sa voix est devenue douce.

« Notre situation ici, ai-je continué, est si affreuse, qu'elle devient au- « dessus des forces de la vie, vous le savez ; eh bien ! ce n'est encore « rien auprès du supplice que vous nous réservez. Ce que je vous ai de- j

* mandé est facile et nous accorde tous ; vous me voyez devant vous le « solliciter, et de ma part c'est assurément beaucoup, car je ne suis « point dans l'habitude de vous importuner. Accordez-le, vous aurez

* fait quelque chose pour nous, je vous en aurai de la reconnaissance; « et puis songez encore qu'il est une responsabilité, une opinion publi- « que en Europe, et que vous pourriez la heurter sans aucun avantage.

•• Les sentiments qui m'animent ne sauraient vous être étrangère : ils j

« doivent sans doute aller nu cœur de tous eeux qui m'écoutent. »

lei le gouverneur n paru remué, lesofliciers l'étaient, lia gardé quelques moments de silenee, m a salué, et nous nous sommes séparés.

MM. de Montholon et Gourgaud ont eu leur tour, et nous nous sommes retrouvés tous les quatre auprès de l'Empereur, à sa toilette, sans que nous pussions l'informer positivement s'il avait été rien décidé à notre égard. L'Empereur a ensuite voulu prendre l'air, en dépit d'un vent très-fort, et nous avons marché tous jusqu'au fond du bois. Il passait en revue toutes les combinaisons du gouverneur avec cette rapidité, cette fécondité qui lui est propre, et concluait toujours par dire que si nous concédions aujourd'hui une signature pour échapper au départ, demain il se trouverait une autre cause d'expulsion, et qu'il aimait mieux que cela fût plutôt avec éclat que sans bruit. Puis, donnant tout à coup à la chose une tournure de plaisanterie, il disait que le gouverneur, après tout, ne voudrait |>cul-ètre pas réduire le nombre de ses sujets à un seul, et quel sujet encore, ajoutait-il, un vrai porc-épie, sur lequel il ne saurait comment poser la main.

Durant notre promenade, deux étrangers se sont montrés assez prés

de nous. L'Empereur leur a fait demander qui ils étaient. Ils appartenaient au bâtiment qui devait appareiller le lendemain pour l'Europe.

L'Empereur leur a demandé quelle autorité ils verraient en arrivant à Londres. IavA Bathurst, ont-ils répondu.

« Dites-lui qu'il me traite bien odieusement par ses instructions, et « qu'il a ici un agent qui les exécute bien fidèlement ; s'il voulait se dé- « faire de moi, il aurait dû ra'expédier d'un coup, et non pas me faire « mourir à petit feu. Rien ne saurait être plus barbare; il n'y a rien d'an- « plais dans tout cela; je l'attribue à quelques personnalités. J'estime « assez le prince régent, la masse des ministres, la nation anglaise pour • les en rendre responsables. Quoiqu'il en soit, le corps seul est au pou- « voir des méchants, l'Ame règne partout ; du fond des cachots mêmes, » elle peut s'élever jusqu'au ciel. »

Au retour, l'Empereur a pris un bain ; il m'a fait appeler; il était fa ligué, harassé des événements du jour. Il s'y est endormi, et je le veillais! je méditais sur m» chagrins nouveaux, ils étaient bien grands !...

Adlncril a peu mangé. Quelqu'un de nous racontait, et l'Empereur faisait répéter, ce qui lui arrive souvent : le narrateur ayant repris d'un ton plus haut, l'Empereur a dit : « Décidément je suis sourd, je le vois « bien, car je n'entends pas, et je suis tenté de me fâcher si l'on veut « parler plus haut. <> Il a (ini par nous lire du Don Quichotte, s'est arrêté à quelques plaisanteries, et posant le livre, a dit qu'il fallait assurément uvoir du courage pour rire en cet instant de pareilles babioles. Il a rêvé profondément quelque temps, s'est levé, et nous a quittés en disant : Adieu, mes chers amis.

Cependant on m'avait remis pendant le dîner une lettre du grand maréchal ; je l'avais tenue secrète, n'en augurant rien de bon. Je l ai ou- | verte dès que nous nous sommes trouvés à nous-mêmes. C'était une lettre du gouverneur, annonçant que, sur nos refus, il allait donner des ordres pour nous transporter immédiatement au Cap. Nous n'avons écouté que nos sentiments ; nous séparer de l'Empereur était au-dessus de nos forces, au-dessus de son désir, de ses ordres mêmes, a ce qu'il nous semblait. Nous nous sommes InUés, d'un sentiment unanime, de signer nos déclarations telles qu'on nous les avait demandées, et avons été les remettre chez l'officier anglais de service à Longvvood, avec une lettre pour le grand maréchal, dans laquelle nous lui marquions ce que nous venions de faire sans sa participation. Le co.»ur seul nous avait conduits ; et si l'Empereur devait s'en fâcher, notre cœur seul encore devait nous consoler.

Ainsi se trouva consommé notre véritable esclavage, notre entière dépendance aux volontés, aux caprices de sir Hudson Lovve, moins en-

DE S \ I N T K - H F. I, të N E.

«>re par la signature que nous venions de lui donner, que par ce qu'il tenait notre secret, et qu'il savait désormais comment nous faire arriver à tout ce qu'il lui plairait.

Atimlulro Mir Siryr» ; avanie». I. Etn|HTrur vmvrut d^sui*' ciam.lm frlr» |iO|Milaire«.l— VWir« au

: âpre* Nmeoo et Pile d'Elbe. — rhcvem île l'Empereur. Mn-iir- ma»» Ir Directoire

L'Empereur m'a fait venir vers midi. Il finissait de prendre une lasse de café et achevait une lecture. Il m'a dit de m'asseoir, et s'est mis à causer. Dans le cours de la conversation, un mot m'a fait comprendre qu'il savait déjà notre détermination de la veille; mais il a gardé un silence entier sur la chose même, et il n'en a plus été question aujourd'hui ni plus tard. Après son déjeuner, l'Empereur s'est mis à se promener dans les deux pièces. I n conversation a conduit à des anecdotes des temps antérieurs. Siéyes en faisait les frais. L'Empereur racontait qu'aumônier des princes d'Orléans , et leur disnnt un joui" la messe.

quelque chose d'imprévu les fit sortir successivement durant l'office.

-,22 MÉMOIll A I.

l/abbé, se retournant cl n'npercevani plus que les valets, ferma le livre et sortit aussi, disant qu'il n'était pas payé pour dire la messe à la j canaille.

Je disais à l'Kmpereur : » C'est de la bouche même de Votre Majesté « que j'ai appris le nom de l'abbé Siéyes et que je suis venu à connaître m sa figure. Quelques jours après sa présentation à la cour, dans une de « vos audiences, après m'avoir dépassé. Votre Majesté s'arrêta à mon « voisin, en l'interpellant par son nom; tout encore aux préjugés de « l'émigration, je me crus pestiféré ; c'était pour moi une hyène, un » griffon, tout ce qu'on voudra, tant il était mal noté et poursuivi parmi « nous. — Nul doute, mon cher, a repris l'Empereur, que ce ne fût « la mort $am phrase qui agissait; mais on assure qu'il l'a dés- » avoué. «

Alors je lui ai répété une anecdote qui avait couru dans le temps au faubourg Snint-Cermain, sur laquelle on a dù voir plus haut que l'Em- ; |iereiir ne s'était pas prononcé ; on lui faisait répondre à Siéyes, qui j avait employé le mol de tyran en parlant de Louis XVI : « Monsieur « l'abl>é, s'il eût été tyran, je ne serais pas ici, et vous diriez encore la - messe. — J'aurais pu le penser, a dit cette fois l'Empereur ; mais je

n'aurais jamais eu la bêtise de le dire ; c'est un des contes bleus de vos * salons. Je ne faisais pas de pareilles gaucheries. J'avais pour but d'é- « teindre le feu, et j'aurais eu garde de jeter des combustibles sur le bra-

sier. I.e torrent alors n'était que trop prononcé contre certains chefs

de la révolution. J'étais obligé de les soutenir, et je le faisais, loin de « les lâcher. Aussi quelqu'un ayant déterré , on ne sait où , un buste de •> Siéyes en abbé, on l'étala dans une exposition du gouvernement ; ce « fut aussitôt ii n cancan universel. Siéyes, furieux, se mettait en route 1 « pour me porter plainte; mais la mercuriale était déjà donnée et le « buste retiré.

« Mon grand principe était de prévenir toute réaction, d'ensevelir en- » tièrement le passé. Jamais on ne m'a vu revenir sur aucune opinion -« ni proscrire aucun acte. Je m'étais environné de votants : j'en avais « aux ministères, au Conseil d'État, partout. Je n'approuvais |>as la doe- « trine, mais je n'avais rien à faire avec l'acte; étais-je leur juge? et qui m'en eût donné le droit? Puis les uns avaient agi par conviction, « d'autres par faiblesse et terreur; tous par le délire, la fureur, la tem- « pète du moment. Le pauvre Louis XVI se trouva sous In fatalité'des « tragiques grecs, etc. »

Je disais encore à l'Empereur qu'il avait couru aussi dans le faubourg

Saint- Germain que Siéyes avait été pris en flagrant délit conspirant contre lui lors de l'affaire de M. Clément de Ris, enlevé et mis en charte privée par les chouans, et que lui, Napoléon, lui avait fait grâce au prix de son éloigneraent et de son abnégation politique. • Nouvelle fable de vos oisifs. 11 n'y a pas le plus léger fon- « dément à celle histoire, a repris l'Empereur ; Siéyes m'a toujours « été attaché, je n'ai jamais eu à m'en plaindre. Il a pu être fâché , « de me trouver dans le chemin de ses idées métaphysiques, mais « il en revenait à sentir la nécessité que quelqu'un i;ouvernàt, et « me préférait à un autre. Siéyes, après tout, était probe, honnête, «et surtout fort habile; la révolution lui doit beaucoup.» Kl il s'est mis à raconter qu'à une des premières fêtes du consulat, considérant les illuminations avec Siéyes, il lui avait demandé ce qu'il j pensait des affaires ; Siéyes se montra plus froid, fut même dé- j

! courageant. * Mais ccpendonl j'ai trouvé ce matin tout le peuple « dans des dispositions excellentes. — Ha rement, répondit à cela j

| « Siéyes, le peuple se montre à découvert vis-à-vis de celui qui. pos- l •• sédant le pouvoir, apparaît à ses regards. Moi, je dois vous dire « qu'il n'est pas content. — Vous ne croyez donc pus que ce gouver- j ; « nement tienne? — Non. — Vous ne croyez doue pas ceci fini? — Non. — Et quand le regarderez- vous comme fini? — Quand je « verrai dans votre antichambre les anciens ducs, les anciens mar- « quis, « dit Siéyes. Et l'Empereur ajoutait : « Siéyes ne se doutait « pas que ce serait sitôt. Il ne lisait pas fort au loin, il avait la vue

• courte. Je pensais bien intérieurement comme lui que tout ne « pouvait pas être fini avec la république; mais je sentais que l'empire « n'était pas loin. Aussi, deux ou trois ans plus tard, n'ayant pas « perdu le souvenir de l'anecdole, dans une de mes plus grandes au- « diences je dis à Siéyes : Eh bien ! vous voici pêle-mêle avec les « anciens ducs et les anciens marquis, regardez-vous le tout comme «fini? — Oh! oui, dit Siéyes, s'inclinant profondément, vous avez « accompli des prodiges que rien n'égale, et qu'il était au-dessus de

• mes forces de prévoir. »

1/Empereur, dans son consulat, et même sous l'empire, le jour des fêles publiques, allait parfois très-tard se mêler dans la foule, voir les illuminations et entendre les propos du peuple. Cela lui est arrivé même avec Marie-Louise. L'un et l'autre ont été bras à bras, le soir, suites boulevards, et se sont donné le plaisir, disait l'Empereur, moyennant leur petite rétribution, de contempler, dans les lanternes magi-

Dans un de ces demi -déguisements, sous le COiwalat, Napoléon, dans une des embrasures de l'hôtel de la marine, considérait une illumination publique. Il était à côté d'une dam*anciennement considérable, à ve qu'il parait, qui nommait à sa fille, vraiment charmante, les personnes remarquables qui délitaient dans les appartements. A l'une d'elles elle ajouta : <■ Fais-moi rappeler, ma tille, que nous devons l'aller - voir ; elle nous a rendu service. — Mais, ma mère, répondit la jolie « personne, je ne croyais pas qu'avec ces gens-là on fût tenu à reeon- • naissance; je croyais qu'ils étaient déjà assez heureux d'obliger des « perso n nés comme nous. » La Bruyère assurément, disait l'Empereur, eût fait son profit de telles paroles.

L'Empereur, déguisé, parcourait souvent la capitale : il sortait sur-

tout de très-grand matin, seul, à pied dans les rues, se mêlait uu\ ouvriers, dont il cherehuità eunnuilrela situulion et l'esprit.

Plus d'une fuis je l'ai entendu au Conseil d'État, recommander uu préfet de police d'en faire autant, c'était ce qu'il appelait la police du cadi, celle qui s'exerce en personne, et qu'il estimait de beaucoup lu meilleure.

Napoléon, au retour de lu désustreuse campagne de Moscou et de Leipsick, pour muinlenir lu cou liante, affectu de se placer souvent et presque seul uu milieu de lu multitude. Il parcourait, lui trois ou quatrième, les marchés, les faubourgs et toutes les parties populeuses

de lu eupitale, ou il causait familièrement; et partout il lut bien reçu, bien traité.

Un jour, ù la halle, après quelques mots éehangés, une femme se hasarda à lui dire qu'il fallait faire lu paix. « La bonne, continuez de « vendre vos herbes, reprit l'Empereur, et laissez-moi faire ce qui me

• regarde ; chacun son métier. » Et tous le» assistant* de rireet d'applaudir a son opinion.

Un autre jour, au faubourg Saint-Antoine, entouré d'une immense multitude, parmi laquelle il se montrait très-bonhomme, un des assistants osa l'interpeller. « Kst-il vrai, comme on dit, que les affaires vont

* si mal ? — Mais, répondit l'Empereur, je ne [>eux pas dire qu'elles « aillent trop bien. — Mais comment cela finira-t-il donc ? — Ma foi, «Dieu le sait. — Mais comment? est-ce que les ennemis pourraient <> entrer en France? — Cela pourrait bien être, et venir même jusqu'ici, « si l'on ne m'aide pas; je n'ai pas un million de bras: je ne puis pas «faire tout à moi seul. — Mais nous vous soutiendrons, dirent un

• grand nombre de voix. — Alors je saurai bien battre encore l'ennemi, « et conserver toute notre gloire. — Mais que faut-il donc que nous « Tassions? — Vous enrôler et vous battre. — Nous le ferions bien, dit « un autre, mais nous voudrions y mettre quelques conditions ! — El» « bien! lesquelles? dites. — Nous voudrions ne pas passer la frontière.

— Vous ne la passerez pas. — Nous voudrions, dit un troisième, être « de la garde. — Eh bien! va pour la garde. » El les acclamations de retentir. Des registres furent ouverts sur-le-champ, et plus de deux mille individus s'enrôlèrent dans la journée. En les quittant, Napoléon rega-

guait lentement les Toileries, pressé par celle multitude en désordre <|ui faisait retenlir l'air de ses cris ; lorsqu'il vint à déboucher sur le Carrousel, le tout fut pris pour une insurrection, si bien que l'on s'empressa de fermer les grilles.

A son retour de l'île d'Elbe, l'Empereur lit une pareille visite au faubourg Saint-Antoine, et y fut reçu avec un enthousiasme sans égal : il

fut reconduit de même. Traversant le fuul>ourg Saint-Germain, la rage de la multitude s'exhalait contre ses beaux hôtels, et en montrait les fenêtres d'une main furieuse. L'Kmpereur disait s'être trouvé bien rarement dans une situation aussi délicate. «Que de maux, disait-il, n'eussent « pas pu produire une seule pierre lancée au milieu de eette multitude, « ou une seule parole imprudente, ou même une expression seule- « ment équivoque de mon visage! le faubourg malveillant pouvait dis- -< paraître dans son entier, et je crois bien que ce ue fut qu'au calme - de ma personne, au respect que me portait cette multitude, que fut <- due sa conservation. »

A l' heure de sa toilette, l'Empereur se faisait couper les cheveux par ! Santini ; j'étais à côté, un tant soit peu en arrière, une grosse touffe est tombée a mes pieds. L'Empereur, me voyant me baisser, a demandé ce que c'était. J'ai répondu que j'avais laissé tomber quelque chose | \ que je ramassais : il m'a pincé l'oreille en souriant. Il venaitde deviner.

Plus tard, parlant de la dépravation et de l'immoralité des mœurs du temps, lorsqu'il commandait l'armée de l'intérieur à Paris. Napoléon racontait qu'un ordonnateur en chef vint lui demander quelques signatures, et le prier d'appuyer certaines nominations et certaines fournitures, ce qu'il n'hésita pas à promettre, parce que cela lui semblait juste. L'ordonnateur, en se retirant, laissa très-adroitement sur la cheminée deux petits rouleaux de cent louis. On ne connaissait encore que les assignats; c'était donc une somme énorme : très-heureusement le général fut le premier à s'en apercevoir, et, avant que le visiteur fut loin, on le rappela. Il essaya de nier d'abord ; puis il ajouta de bonne foi qu'il fallait que chacun vécût; que le gouvernement ne donnait point d'appointements ; que cette manière était aujourd'hui l'usage général, et qu'après tout il priait qu'on ne se fâchât pas, qu'il était rare qu'on eiU à solliciter de pareils pardons.

L'Empereur, au moment de la promenade, se trouvait fort assoupi, et, voulant se vaincre, il n'en est pas moins sorti, et "en dépit d'un vent très-violent. Au bout de quelques pa*. 'I a renoncé à sa promenade, et nous avons gagné l'appartement de madame de Montholon. A peine assis sur le canapé, l'Empereur s'y est assoupi de nouveau. Il est sorti encore pour vaincre cette disposition, et a gagné le salon, fl se plaignait d'une forte chaleur intérieure; il a demandé un verre d'eau panée, et, l'assoupissement continuant toujours, il a pris le parti d'y céder, et s'est retiré dans sa chambre.

L'Empereur a fort peu manjié à dîner ; son état avait quelque chose d'extraordinaire Avant, durant et après le diner, il se sentait vaincu par l'assoupissement qui durait depuis le matin ; et sa crainte, a-t-il dit en nous quittant, était de ne pus dormir, tant ce qu/,il éprouvait était contraire à sa nature. D'ordinaire il dort profondément quand il en a besoin, au lieu qu'ici ce n'avait été tout le jour que du xommeillage, disait-il.

l ouis xvi. - Mario AiiL.iiiHti Mj(1..tii.T.im|>.in. ( r.numl. - Prinrrw IjnilMlIr

lr»U 17

Vers midi l'Empereur m'a fait demander ; il ne se trouvait pas mieux

DE SAINTE - IIÉEKNR. 52» 1

l'assoupissement durait encore. Après de vains efforts pour combattre le sommeil, il m'a dit qu'il allait s'y abandonner et se jeter sur son lit. Il était d'autant plus étonné de ce besoin, qu'il disait avoir bien dormi dans la nuit.

L'Empereur n'a paru que pour le diner, toujours combattant son assoupissement ; il s'est retiré presque uussilôt.

Comme il était de fort bonne beure, il m'a fait demander, après s'être mis au lit, et m'a retenu près d'une beure, causant sur divers objets.

La conversation a conduit à Louis XVI, à la reine, à madame Élisa- | j betb, à leur martyre, etc. L'Empereur me demandait ce que j'avais connu du roi et de In reine, ce qu'ils m'avaient dit lors de ma présentation, etc., etc. Les formes, les circonstances étaient les mêmes, disais- ! J je, que celles qui avaient été adoptées pour lui sous l'empire. Quant au j ! caractère, je disais qu'en général on avait été d'accord que la reine avait 1 trompé l'attente publique; qu'elle avait fait croire, dès les premiers 1 instants de l'orage, à de grands talents, à beaucoup d'énergie, et qu'elle ; n'avait ensuite montré rien de tout cela. Quant nu roi, je me contentais de rendre à l'Empereur l'opinion de M. Kerlrand de Molleville, que j'avais beaucoup connu, et qui avait été son ministre de la marine au plus fort delà crise. Il lui reconnaissait une instruction peu commune, un jugement très-sain, des intentions excellentes ; mais tout finissait là, et il ne manquait jamais de se noyer ensuite dans la multiplicité des conseils qu'il sollicitait, uussi bien que dans l'irrésolution et les vices de leur exécution.

L'Empereur a répondu à son tour par le portrait de la reine, fourni j par madame Campan, qui, disait-il, ayant été sa confidente, et lui ayant j porté beaucoup de zèle, d'affection et de fidélité, avait beaucoup de choses à dire, et méritait d'être considérée comme une lionne autorité. Madame ; Campan, ajoutait-il, l'avait souvententretenu des plus petits détails de la vie privée de la reine, et il en a raconté une foule «le choses toutes venues de cette source.

La reine, selon madame Campan, était une femme charmante, mais i sans nulle capacité, bien plus calculée pour les plaisirs que pour la haute politique; d'un très-bon cœur, nullement prodigue, plutôt avare, et pas du tout à la hauteur de la crise qui la dévora ; au surplus, d'intelligence ' suivie avec les machinations royalistes du dehors, et ne doutant nulle- l ment de sa délivrance par l'étranger, et pour le moment même où elle succomba sous l'effroyable 10 août, catastrophe amenée précisément par les intrigues et les espérances mêmes de la cour, que l'impéritiedu • ;

",0 M KM OUI Al.

roi et les inconsidérations de tout ce qui l'entourait rendaient connues de tout le monde.

« Dons l'affreuse nuit du 5 au 6 octobre, à Versailles, disait l'Empe- » reur, une personne très-distinguée dans les affections de la reine, et .< que j'ai fort maltraitée plus tard à Rastadt, accourut auprès de cette » princesse pour partager ses périls. Kl c'est dans d'aussi cruels mo- » ments, du reste, observait l'Empereur, que les conseils et les consola- . lions sont nécessaires de la part de ceux qui nous sont dévoués. Lorsque

la calaslroplie arriva, que le pa'ais fut forcé, la reine se sauva dons les r appartements du roi ; mais son confident courut les plus grands dan- « sers, et n'échappa qu'en sautant par une fenêtre. »

Je disais à l'Empereur que la reine uvait beaucoup perdu dans l'esprit de l'émigration par les malheurs de Varennes. On lui reprochait de n'avoir pas voulu laisser le roi partir seul, et, une fois du voyage, de n'avoir pas su le diriger avec habileté ni énergie. On ne saurait se figurer en effet le décousu et les fautes de ce voyage. Un de ses détails, qui ne semblera pas le moins bizarre ni le moins grotesque, c'est que Léonard, le fameux coiffeur de la reine, qui en faisait partie, trouva moyen de passer dans son cabriolet au milieu de la bagarre, et qu'il nous arriva à CoblenU avec le union de maréchal, <\\ie le roi avait emporté des Tuileries pour le remettre, disait-on, à M. de Bouille, au moment de leur rencontre.

» Du reste, terminait l'Empereur, c'était une maxime établie dans la « maison d'Autriche que de garder un silence profond sur la reine de « France. Au nom de Marie-Antoinette, ils baissent les yeux et changent « signitientivement la conversation, comme pour éehapper à un sujet « désagréable et embarrassant. C'est, continuait l'Empereur, une règle « adoptée par toute la famille, et recommandée à ses agents du dehors. •> Ainsi nul doute que les soins des princes français pour la remettre <• dernièrement en scène à Paris ne déplaisent beaucoup à Vienne. »

L'Empereur passait ensuite à la princesse de Lamballe, dont il n'avait aucune idée. Je pouvais aisément le satisfaire, je l'avais beaucoup connue. Hue parente de mon nom étant sa dame d'honneur lorsque j'arrivai à Aix-la-Chapelle, au commencement de mon émigration, je fus reçu auprès d'elle comme de sa maison, et traité avec une grande bonté.

I.a princesse de Lamballe, disais-je, réunissait auprès d'elle, dans celle ville, beaucoup de débris de Versailles, de vieux courtisans et d'anciennes personnes à la mode. Il y venait aussi beaucoup d'illustres étrangers. J'y vis souvent le roi de Suède, Gustave III, sous le nom de c«>mle dellaga; le prince Ferdinand de Prusse, avec ses cnfanls, dont

HE SAINTE-HÉLÈNE. r,r,| i

l'aîné, le prince Louis, a été tué quelques instants avant la bataille i dléna ; In duchesse de Cumberland, veuve d'un frère du roi d'Angle-

; terre, etc., etc.

lorsque Louis XVI, acceptant solennellement la constitution, recoin- | posa sa maison, la princesse reçut une lettre officielle de la reine pour l'engager à reprendre auprès d'elle ses fonctions de su ri n tendu n te La princesse prit l'avis de ses vieux conseillers, qui tous pensèrent que, la

1 reine n'étant point libre et le danger pouvant être grand à Paris, il ne i fallait pas s'y rendre, et regorder la lettre de la reine connue non axenue. La princesse ayant demandé ailleurs ce qu'on en pensait, on eut le malheur de répondre : « Madame, vous avez partagé les prospérités de « la reine, il serait bien beau de lui montrer de In fidélité, surtout nu- « jourd'hui que vous ave* cessé d'être sa favorite. - La princesse avait lecteur élevé, les affections tendres, la tète volontiers romanesque; el'e déclara le lendemain qu'elle partait pour Paris. Cette malheureuse princesse retourna donc dans la capitale avec pleine connaissance du péril ; elle est tombée illustre victime de sa générosité et de ses beaux sentiments. Mes parents m'avaient offert à elle; un moment je dus In suivre, j Ma jeunesse et le peu d'instants que j'avais paru à Paris eussent pu me laisser auprès d'elle à |ieti près inconnu, et j'aurais peut-être pu être utile; mais, au moment du départ, la princesse y vit des inconvénients, et me commanda d'y renoncer : toutefois je demeurai son nouvelliste. Je lui mandais tous les deux jours, de la meilleure foi du monde, les histoires et les contes ridicules de tout genre dont on llaltail nos illusions, et que nous ne manquions pas d adopler avec la foi la plus robuste. Je les lui mandais encore, que nous étions déjà en campagne; je les lui

mandais encore, qu'elle n'était déjà plus! A la douleur extrême que

je ressentis de son effroyable destinée dut se joindre quelque temps la crainte secrète d'y avoir contribué peut-être par mes bulletins. Kt le

| hasard fait, ajoutais-je à l'Empereur, que je me trouve avoir ici quel-

j ques lignes qu'elle traçait peu de jours avant la hideuse catastrophe dont elle nous a laissé l'horrible souvenir; elles sont datées du haut de mon donjon : c'était ainsi qu'elle appelait précisément le pavillon de Flore qu'elle occupait en cet instant aux Tuileries.

ou cnlt*e quatre île» «ûlrw. - Prrmicrw «in** U«- )'Kn>j>rnur

Je n'ai vu l'Empereur qu'à cinq heures; il m'a fait appeler dans le salon. Il continuait à n'être pas bien ; cependant il avait travaillé avec le

r,l> MÉMORIAL

grand maréchal (oui le malin. Il état t ennuyé, pesant, et pourtant agité ; il cherchai l de toute manière ù se distraire; enfin il est rentré dans sa chambre, n'y pouvant plus tenir. Il est certain que le temps et les circonstances concourent sans doute à nous créer une empire de tourment nouveau et difficile à supporter; la saison .est aigre et prend sur les ncrls. Les mesures accumulées contre nous sont pires encore; chaque parole du gouverneur jKirle autour de nous la désolation et la douleur. Aujourd'hui il a signifié 1 eloignemenl de quatre individus de rétablissement ; et des larmes omères et générales ont coulé parmi tous les gens, les uns par la douleur de s'éloigner, les autres par le chagrin de voir enlever leurs composions, et la crainte? de imruigcr bientôt à leur tour le même sort. C'était la redoutable Scylla enlevant du vaisseau dTlysse quatre des siens pour les dévorer.

Le gouverneur m u Tait dire aussi qu'il m'enlèverait mon domestique, habitant de l'île, dont j'étais Tort content. Il a craint suns doute qu'il ne me fut trop attaché. Il se propose de m'en donner un lui-même, ce dont je le remercie et n'aurai gorde d'en profiter.

L'Empereur a peu mangé ù dîner; mais après le dessert il s'est mis à causer : il a pris le sujet de ses premières années; il s'est animé. C'est toujours pour lui un objet plein d'attraits, une source toujours nouvelle d'un vif intérêt; il répétait une partie de ce que j'ai dit ailleurs; il se reportait à cet heureux âge, disait-il, où tout est gaieté, désira, jouissance; ù ces heureuses époques de l'espérance, de l'ambition naissante, où le monde tout entier s'ouvre devant vous, où tous les romans sont permis. Il parlait du lem|is de son régiment, des plaisirs de la société, des bals, des fêtes. En parlant de la somptuosité de l'une d'elles, qu'il élevait fort haut : » Après tout, disait-il, je ne saurais trop guère lu clas- j <■ ser; car il est à croire que mes idées de somptuosité d'alors sont un J « |H»u différentes de celles d'aujourd'hui, etc. «

Il nous disait, en recherchant certains détails, qu'il lui serait difficile d'assigner sa vie année par année. i\ous lui disions que, s'il pouvait seulement se rappeler quatre ou cinq de ses années, nous nous chargerions de toutes les autres. De là, il est revenu sur son début militaire à Toulon, les causes qui l'y avaient fait envoyer, les circonstances qui avnieut fait ressortir ses moyen*, l'ascendant subit que lui avaient donné ses premiers succès, l'ambition qu'ils avaient fait naître; et tout cela, disaitil, n'allait pas encore fort haut. « J'étais loin de me regarder encore » comme un homme supérieur. » Et il a répété que ce n'était qu'après Lodique lui étaient venues les premières idées de la haute ambition,

I»K SAIXTt -HKLl-NE 315

laquelle s'était tout ù fait déclarée sur le sol de l'Egypte, après la victoire des Pyramides et la possession du Caire, etc. « Alors vraiment je crus « pouvoir m'ubandonner, disait-il, aux plus brillants rêves, etc., etc. »

L'Empereur était devenu Tort gai, très-eousanl ; il était minuit quand il s*est retiré. C'était une espèce de résurrection.

La bmilk' «lu Riainl nuiVchal ra|iprocht' <lc

Les quatre proscrits, le Polonais, Santini, Archambaull et Iiousscau l'argentier nous ont quittés vers le milieu du jour. Une heure après, ils étaient sous voile pour le Cap. dans un petit bâtiment, avec un vent très-fort.

Aujourd'hui (20) le çrand maréchal et sa famille ont quitté Hut'sgale, leur première demeure, qui était à près d'une lieue de nous. Ils sont venus s'établir cutin à leur nouvelle maison, ce qui nous met désormais presque sous le même toit. C'était un événement pour eux et |K)ur nous.

Ki|xSlition «le «jim Lotit» ni Ksvpto. - fmim<~< aulrur* ; île iiuM-mir SUfl. - !.»•<» <vri\aiu» euiu-ruis Uc Na|Htléon m monlrmit (|in> «ur du «pioit.

.Notre enceinte se rétrécit chaque jour. Les sentinelles s'accroissent, t out nous rappelle ù chaque instant notre horrible prison.

L'Empereur me disait, durant sa toilette, qu'il voulait absolument reprendre son travail régulier, qu'avaient inlerrompu les derniers tourmeuts de cet horrible gouverneur. Je l'y engageais de toutes mes forces, et pour lui et pour nous, et pour la France et pour l'histoire.

Le gouverneur ne veut donner de l'argenterie de l'Empereur que plus d'un cinquième de moins qu'on ne l'estime ù Paris, et pourtant il ne veut permettre ni concours ici ni transporta Londres.

Après dîner l'Empereur a lu, dans Joinville, l'expédition de saint Louis en Egypte : il l'analysait, en fuisait ressortir les foules, comporait les mouvements, le plan d'alors avec celui qu'il avait adopté lui-même, cl concluait que, s'il avait agi de même que saint Louis, il eût eu infailliblement le même sort.

Selant retiré de bonne heure cl m ayant fuit appeler pies de lui, la conversation a repris sur ses courses en Egypte et en Syrie. I a Mathihle de madame Cottin, qui eu avait lait le théâtre de son roman, s'est trouvée mentionnée, et cela a conduit l'Empereur à passer en revue nos U nîmes ailleurs. Il a parle de madame Itoland et de ses Mémoires, de

madame de Genlis, de madame Cottin, doul il venait de lire Claire d'Albt, et de madame Staël- Il s'est fort arrêté sur cette dernière, et a répété eu partie ce qu'on a déjà vu. Parlant de son exil, il disait : « Sa « demeure à Coppet était devenue un véritable arsenal contre moi ; on « venait s'y faire armer chevalier. Elle s'occupait à me susciter des en- « nemis, et me combattait elle-même. C'était tout à la fois Armide et « Cloriade. » Ensuite se résumant, ainsi que cela lui était ordinaire, il a couclu : « Et puis, en somme, il est vrai de dire que personne ne sau-

• rait nier qu'après tout madame de Staël est une femme d'un très-grand « talent, fort distinguée, de beaucoup d'esprit : elle restera.

« Plus d'une fois autour de moi, et dans l'espoir de me ramener, on « a essayé de me faire entendre qu elle était un adversaire redoutable, « et pourrait devenir une alliée utile. Il est sûr que, si elle m'eut adopté, « au lieu de me dénigrer, ainsi qu'elle l'a fait, j'y eusse pu gagner sans « doute, car sa position et son talent la faisaient régir les coteries; et « l'on connaît toute leur influence à Paris. » Puis il a ajouté encore : « Et malgré tout le mal qu'elle a dit de moi, sans compter tout celui « qu'elle dira encore, je suis loin assurément de la croire, de la tenir » pour une méchante femme : tout bonnement c'est que nous nous som- « mes fait la petite guerre, et voilà tout. »

De là, passant à la foule d'écrivains déclamant contre lui, il a dit: « Je suis destiné à être leur pâture ,- mais je redoute peu d'être leur vie- « time : ils mordront sur du granit. Ma mémoire se compose toute de - faits, et de simples paroles ne sauraient les détruire. Pour me combattre avec succès, il faudrait se présenter avec le poids de l'autorité •• de faits à soi. Si le grand Frédéric, ou tout autre de sa trempe, se « mettait à écrire contre moi, ce serait autre chose; il serait temps

* alors de commencer à m'émouvoir peut-être; mais quant à tous les » autres, quelque esprit qu'ils y mettent, ils ne tireront jamais qu'à

• poudre. Je survivrai..., et quand ils voudront être beaux, ils me van-

* teront. -

Soin des hli'ssés aux anm'w ; le baron l.arrt-y ; i-irwtnUncr caracli'rigtiquo.

Mirilt n au neirmli t3

Le temps a été très-mauvais. L'Empereur, qui souffrait des dents, et dont une joue était fort enflée, n'a pu sortir ces deux jours. J'en ai passé la plus grande partie auprès de sa personue dans sa chambre ou le salon, dont il avait fait un lieu de promenade, en laissant ouvertes les portes de communication.

Dans les divers objets de sa conversation, une fois il m'a dit certaines j

choses qui lui étaient revenues, et qui me réjouissaient fort. Rien ne prouvait assurément l a f freux de notre situation comme le prix que j'attachais à cela. Mais tout se proportionne au cercle dans lequel on se trouve renfermé.

Dans un autre moment, l'Empereur regrettait d'être aussi paresseux sur l'anglais. Je lui disais qu'il en possédait à présent tout ce qui lui était nécessaire. Il lisait tous les ouvrages : il ne lui restait plus qu'à régulariser; mais la règle et le compas étaient-ils bien faits pour lui ?

A la suite d'une foule d'objets, l'Empereur s'est arrêté sur le chirurgien baron Larrey, dont il a fait le plus grand éloge, disant qu'il avait laissé dans son esprit l'idée du véritable homme de bien;qu a la science il joignait au dernier degré toute In vertu d'une philanthropie effective : tous les blessés étaient de sa famille ; il n'était plus pour lui aucune considération dèsqu'il s'agissait de ses hôpitaux. • Dans nos premières cam- « pagnes républicoi nés, tant calomniées, disait l'Empereur , le départe- « mentde la chirurgie éprouva la plus heureuse des révolutions, laquelle ! s'est répandue depuis dans toutes les armées de l'Europe ; or, c'est en

i « grande partie à Larrey que l'humanité est endettée de ce bienfait. * Aujourd'hui les chirurgiens partagent les périls des soldats; c'est au

! » milieu du feu même qu'ils venaient prodiguer leurs soins. Larrey a

j « toute mon estime et ma reconnaissance, etc. •

N. H. Il parait que cette impression si favorable éprouvée par Napoléon s'est évidemment retracée a son esprit dans ses derniers instants ; cor il a consacré à M. Larrey un souvenir de sa main avec cette apostille si glorieuse : L'homme le plus vertueux que j'aie rencontré. A la lecture de ces lignes, j'ai bien pensé que quelque circonstance toute particulière avait déterminé un aussi magnifique témoignage, et voici ce que j'ai recueilli :

Après les batailles de Lulzcn, Wurschen et Bautzen, Napoléon, victo- I ricux, lit appeler le chirurgien Larrey pour connaître, suivant sa coui tume, l étal et le nombre des blessés. Or, ils se trouvaient dans cet i instant en proportion extraordinairement supérieure à d'autres temps et à d'autres actions. L'Empereur en fut surpris, et cherchait ù en expliquer la cause. M. Larrey la trouvait, indépendamment des circonstances locales, dans la masse des soldats qui, voyant le feu pour la première fois, se trouvaient plus gauches dans leurs mouvements et moins adroits contre le péril. L'Empereur, peu satisfait et fort préoccupé de celte circonstance, questionna ailleurs; et comme il se trouvait en ce moment bien des personnes fort lasses de la guerre, qui eussent désiré

la paix à toiil prix, et n'eussent été nullement fâchées d'y voir* l'Km|tereur amené par force, soit calcul, soit conviction, il lui fut répondu que l'immensité des blessés ne devait point étonner ; que la grande partie l'élait à la main, et que la blessure était de leur propre fait et pour n'avoir plus à se battre. Ce fut un coup de foudre pour l'Empereur ; il répéta ses informations, et reçut le même résultat; il en était au désespoir. « S'il en était ainsi, s ecriait-il, malgré nos succès, notre position serait <• sans remède; elle livrerait la France pieds et poings liés aux barbares. » Et cherchant dans son esprit comment arrêter une telle contagion, il lit mettre à l'écart tous les blessés d'une certaine nature, nomma une commission de chirurgiens présidée par Larrey, pour constater leurs blessures, résolu de sévir d'une manière exemplaire contre ceux qui auraient eu la lâcheté de se mutiler eux-mêmes. M. Larrey, toujours op|>oséà l'i- ! ! dée de mutilation volontaire qui, selon lui, compromettait l'honneur de l'armée et celui de la nation, se présenta devant l'Empereur pour renouveler ses observations. Napoléon, irrité de son obstination, qu'on avait eu soin de faire ressortir encore, lui dit d'un front sévère : «Monsieur, vous » me ferez vos observations officiellement, allez remplir votre devoir. »

Ije baron Larrey se mit aussitôt au travail, mais avec solennité ; et poursuivant les plus petits détails, il avançait lentement, tandis que divers ; motifs rendaient bien des gens impatients ; on savait que l'Empereur l'était beaucoup. On ne manqua pas mémcd'aller jusqu'à faire observer à M. Larrey que sa position était des plus délicates, périlleuse même : il demeura sourd et imperturbable. Enlin, au bout de quelques jours, il se rendit auprès de l'Empereur, insistant pour remettre lui-même son traj vnil eu personne. « Eh bien, Monsieur, lui dit l'Empereur, persistez-vous « toujours dans votre opinion? — Je fais plus, Sire, je viens In prouver à Votre Majesté : cette brave jeunesse était indignement calomniée; je » viens de passer beaucoup de temps à l'examen le plus rigoureux, et je

- n'ai pas trouvé un coupable ; il n'y a pas un de ces blessés qui n'ait son « procès-verbal individuel ; des ballots me suivent. Votre Majesté peut

en ordonner l'examen. » Cependant l'Empereur le considérait avec des regards sombres. « C'est bien, Monsieur, lui dit-il eu saisissant son rap- « port avec une espèce de contraction ; je vais m'en oeeti|)er. • Et il se ; mit a marcher à grands pas dans son appartement d'un air nui té et com- , battu; puis, revenant bientôt à M. larrey avec un visace tout ù fait détiasé, il lui prend affectueusement la ma n, et lui dit d'une voix émue : •• Adieu, monsieur Larrey, un souverain est bien heureux d'avoir affaire

- à un homme telque vous! On vous |wnlera mes ordres. Et M. Larrey

DE S A I NTB-HÉLÈiN K. rt\-J

reçut le soir même, de la part de Napoléon, sou portrait enrichi de diamants , f>,000 francs en or et une pension sur l'État de 3,000 francs, saru exclusion, est-il dit au décret, de toute autre récompense méritée par ses grades, son ancienneté et ses services futurs.

Un pareil trait est précieux pour l'histoire, en ce qu'il fait connaître un homme de bien <|ui n'hésite pas à défendre la vérité contre un monarque prévenu, irrité; et en ce qu'il fait ressortir toute la grande âme de celui-ci, dans le bonheur, la reconnaissance qu'il témoigne de se voir détrompé.

L KnipernM- acrrptr mn niwtrr mille l<«ii».

l/Kmpereur n'est pas sorti ; il n'a demandé an ennde nous; il n'est (>as venu dîner, ce qui nous a fait craindre qu'il fut malade. Après dix heures, comme je n'étais point encore couché, il m'a fait appeler. Il venait de se mettre au lit. Il m'a dit n'avoir pas quitté son canapé de la journée; il avait lu près de dix-huit 116111*68. Il n'avait mangé qu'un peu de soupe ; il ne souffrait que de ses dents. Je lui disais que nous avions craint que ce ne fût sérieux encore, qu'au chagrin de ne pas le voir se ' mêlait toujours l'inquiétude.

Plus tard il a traité notre situation pécuniaire. Il avait tenu son couseil le matin, disait-il plaisamment; on avait pesé l'argenterie, calculé ce qu'on devait en vendre. Cela devait nous faire aller encore quelque temps. Je lui ai renouvelé l'offre de mes 4,000 louis de Londres, lia daigné enfin les accepter. « Ma situation est singulière, disait-il ; je n'ai I •• nul doute que, si la communication était permise, et que chacun des « miens, ou même bien des étrangers, pussent soupçonner que j'eusse

• des besoins, je serais bientôt riche ici en toutes choses; mais dois-je » être à charge à mes amis, en les exposant aux abus qu'en pourrait ■< faire le ministère anglais? J'ai demandé quelques livres, il me lésa » fait parvenir avec toute l'incurie et la négligence d'un commissionnaire « infidèle. Il me réclame aujourd'hui 1,500 ou 2,000 livres sterling, - c'est-à-dire près de 50,000 francs pour des drogueries que j'eusse pu

me procurer moi-même à moins de 12,000 sans doute. N'eu serait-il .i pas de même de toute autre chose? En acceptant ce que vous m'of- ! « Irez, cette ressource ne doit être employée qu'au strict nécessaire; « car, après tout, il faut vivre, et réellement nous ne vivons pas avec « ce qu'on nous fournit. Cent louis par mois seraient le léger supplément

• qui pourrait rigoureusement y satisfaire. C'est là la somme et la .. régularité surtout que vous devez demander et suivre »

rr.itfMir .i'Kui i|»ulf .ian* xpi. inirKi ilr. i omwaJHlrc |.o«ir le tl.râtn- île SaiiiMIoiuI Jlam liai J. tintan. sur \» Rturrc île Hu«lr «un rt intention» «le to|wMM.~Cfcf île la khittc de KiMic . R<H-tihcati«n« jurilciniM* dr >ano|ron Mir tvltr iVmMitM r\|^Hti<m.

Alors la calèche nous a atteints

vi été trouver ITjiipereur à sa toilette. \r temps était suppor»

table; il est sorti. Nous avons gagné le bois. Il se trouvait faible, il y avail dix jours qu'il n'avait mis les pieds dehors ; les genoux lui manquaient, disait-il, et bientôt il serait obligé de s'appuyer sur moi.

rllc était conduite a grandes guides par Areliambaiill : il n'en pouvait être autrement depuis le départ de son frère. D'abord l'Empereur n'a pas voulu monter; il nelecroyail pas prudent au milieu de tous les tronçons d'arbres il citait sa laineuse chute de Sninl-Cloud ; il voulait qu'un des \alels anglais montât en |»ns-

MÉMORIAL l)B SAINTE- IIÉLÈNK. 7>™

liilun ; mais Archambault protesta il qu'il serait moins sûr qu'en menant seul : depuis le départ de son frère, il n'avait cessé, disait-il, de s'exercer au milieu de ces arbres, pour s'assurer qu'il pouvait répondre de lui. Alors l'Empereur est monté, et nous avons fait deux tours. En revenant, il a été visiter la demeure du grand maréchal, qu'il ne connaissait pas encore.

La soirée s'est terminée par la lecture de quelques passages de la 1 Midée de Longepierre, que l'Empereur a interrompue pour la comparer i à celle d'Euripide, qu'il s'est fait apporter. Il a dit à ce sujet qu'il avait commandé jadis qu'on lui donnât, sur le théâtre de la cour, une de ces pièces grecques dans son intégrité, en choisissant la meilleure traduction, et se rapprochant, du reste, le plus possible de l'original dans les manières, le costume, les formes, la décoration. Il ne se rappelait pas î quelle circonstance, quel obstacle eu avaient arrêté l'exécution.

Rentré dans sa chambre, et ne se trouvant pas disposé à dormir, il s'est jeté, après quelques tours, sur son canapé; il a ouvert un recueil ou espèce d'almanach politique qui se trouvait sous sa main : il est tombé sur la liste de nos maréchaux qu'il a passés en revue, les accompagnant de citations et d'anecdotes connues ou déjà dites. Arrivé au maréchal Jourdan, il s'y est arrêté assez longtemps; il a terminé, disant : « En voilà un que j'ai fort maltraité assurément. Rien de plus

- nature], sans doute, que de penser qu'il eût dû m'en vouloir beaucoup. ! « Eh bien I j'ai appris, avec un vrai plaisir, qu'après ma chute il est de- ; « meure constamment très-bien. Il a montré là cette élévation d'Ame «qui honore et classe les gens. Du reste, c'est un vrai patriote; c'est

• une réponse à bien des choses. »

De là, passant à beaucoup d'autres objets, il s'est arrêté sur la guerre de Russie.

« Au surplus, a-t-il dit, à la suite de beaucoup d'antécédents, cette « guerre eut dû être la plus populaire des temps modernes : c'était celle « du bon sens et des vrais intérêts, celle du repos et de la sécurité de « tous; elle était purement pacifique et conservatrice, tout à fait euro-

• péenneet continentale. Son succès allait consacrer une balance, des « combinaisons nouvelles, qui eussent fait disparaître les périls du « temps pour les remplacer par un avenir tranquille, et l'ambition n'en- « trait pour rien dans mes vues. En relevant la Pologne, cette vérita- <• ble clef de toute la voûte, j'accordais que ce fût un roi de Prusse, un

- archiduc d'Autriche, ou tout autre qui en occupât le trône ; je ne i ' » prétendais rien acquérir, je ne me réservais que la gloire du bien, :

• les bénédictions de l'avenir. Croirait-on que ce dût être là où j'é-

« chouerais et trouverais ma perte? Jamais je n'avais mieux fait, ja- ! « mais je ne méritai davantage; maie, comme si l'opinion avait aussi t « ses épidémies, voilà qu'en un instant il n'y eut plus qu'un cri, qu'un « sentiment contre moi : on me proclama le tyran des rois, moi qui « avais retrempé leur existence. Je ne fus plus que le destructeur des « droits des peuples, moi qui avais tant fait et qui allais tant entrepren-

• dre pour eux. Et les peuples et les ro is, ces ennemis irréconciliables,

- se sont alliés, ont conspiré de concert contre moi ! On n'a plus tenu

• aucun compte de tous les actes de ma vie ! Je me disais bien que l'es-

• prit des peuples me serait revenu avec la victoire, mais je la manquai, . et je me suis trouvé accablé. Voilà pourtant les hommes et mon his-

• toire! Mais les peuples et les rois, et peut-être tous les deux, me re- « gretteront ! Ma mémoire sera suffisamment vengée de l'injustice faite « à ma personne, cela est indubitable.

« Du reste, on ne saura jamais bien l'histoire de la campagne de « Russie, parce que les Russes n'écrivent pas ou écrivent sans aucun res- i « pect pour la vérité, et que les Français se sont pris d'une belle pas- « sion pour déshonorer et discréditer eux-mêmes leur gloire. Assurément » la campagne de Russie est la plus glorieuse, la plus difficile et la plus

- honorable pour les Gaulois, dont l'histoire ancienne et moderne fasse « mention. » Et l' Empereur a distribué un juste et magnifique tribut d'éloges à nos généraux et à nos braves, à Murât, Ney, Poniatowski, qu'il faisait les héros de la journée de la Moskowa, aux valeureux cuirassiers qui forcèrent les redoutes en sabrant les canonniers sur leurs pièces; aux braves artilleurs, qui luttèrent si décisivement avec tant d'avantage, et à ces intrépides fantassins qui, au fort de la crise, au lieu d'avoir besoin d'encouragement, crièrent à leur chef : Soit tranquille, tes toldats ont juré aujourd'hui de vaincre, et Ht vaincront , etc., etc.

Kl i) a terminé, disant : « Quelques parcelles de tant de gloire par- 1 « viendront-elles aux siècles à venir? ou le mensonge, la calomnie, le j

• crime prévaudront-ils? » (Dictées de Napoléon. Bossa nge, t. Il, p. 95.) Rien de plus commun, au milieu des grands événements et avant que

le temps en ait consacré l'exactitude, que de voir la vérité de la foule en opposition complète avec la vérité de l'histoire. C'est ainsi qu'il fut généralement reçu dans le temps que Napoléon, dans son expédition de | Russie, s'est imprudemment lancé à la Charles XII au milieu d'un peuple ennemi, en dépit des vrais principes ; qu'il s'y est laissé attirer par une fuite simulée; ((n'oubliant ou violant tous les principes de l'art, il

s est séparé de ses magasins à une distance immense, a négligé de s'appuyer d'armée de réserve ; qu'il a résisté aux remontrances de ses gé- ;

j néraux qui voulaient l'empêcher d'aller en avant; qu'il a livré ses j derrières et s'est vu couper ses communications et arrêter ses approvi- I sionnements, ses convois, et s'est trouvé sans ressources, entouré d'une population hostile; qu'il ne s'était pas ménagé de retraite et n'avait , pu en effectuer ; qu'il s'était endormi à Moscou, n'avait pas su prévoir les rigueurs de la saison ; qu'il avait quitté l'armée quand il avait vu tout désespéré, et avait laissé périr la presque totalité de ses soldats, etc.

J'ai trouvé curieux de reproduire ici le sommaire des notes éparses dictées par Napoléon lui-même, à la lecture d'un ouvrage où s'accumulaient tous ces reproches. Les lecteurs, pour le plus grand nombre, j'en suis sûr, y trouveront des choses neuves, sans doute, et bien éloi- i

i gnées des idées qu'ils avaient entretenues jusque-là ; le tout est tiré des

! Dictée* de Napoléon, tome II, pages 87 et 97 .

« Dans la campagne de llussie, les magasins de l'armée n'étaient pas,

j « sur la Vistule, à cinquante jours de marche de Moscou : ceux de pre- « mière ligne étaient à Smolensk, à dix jours de marche de Moscou ; « ceux de seconde ligne, à Minsk et à Wilna, a huit jours de marche de •> Smolensk; ceux de troisième, à Kowno, Grodno et Rialistok ; ceux de « quatrième ligne, à Elbing, à Marienwerder, à Thorn, à Plock, à Modlin, « h Varsovie ; ceux de cinquième ligne, à Dantzick, à Bamberg, à Posen ; « ceux de sixième ligne, à Stettin, à Custrin, à Glogau.

« Sur quatre cent mille hommes qui passèrent le Niémen, deux cent « quarante mille hommes restèrent en réserve, entre ce lleuve et le Bo- - risthène. cent soixante mille passèrent Smolensk et marchèrent sur « Moscou : sur ces cent soixante mille hommes, quarante mille reslè- •< rent échelonnés entre Smolensk et Mojaisk. ta retraite était donc « toute naturelle sur la Pologne.

« Aucun général n'a représenté à Napoléon la nécessité de s'arrêter « sur la Bérézina; tous sentaient que, maître de Moscou, il terminerait « la guerre.

« Jusqu'à Smolensk, il manœuvrait sur un pays aussi bien disposé que la France même ; la population, les autorités étaient pour lui : il « pouvait y lever des hommes, des chevaux, des viv res ; et Smolensk est ; « une place forte.

« Rien de plus différent que les deux expéditions de Charles XII et « de Napoléon. Charles XII sacrifia sa ligne d'opération, et prêta durant « quatre cents lieues le flanc à l'enneir i; dans son expédition tous les

r,«2 MÉMORIAL

■ principes de la guerre offensive avaient été violés; ils furent tous «-observés dons eelle de Na|H>léon.

» Dans sa marche sur Moscou, il n'a jamais eu l'ennemi sur ses der- ;

« rières; pas un malade, un homme isolé, pas une estafette, pas un j " convoi n'ont été enlevés depuis Mayence jusqu'à Moscou ; on n'a pas •< été un jour sans recevoir des nouvelles de France; Paris n'a pas été «un jour sans recevoir des lettres de l'armée; pas une maison de «station retranchée (il y en avait à toutes les postes) n'a été attaquée. • Ije» convois d'artillerie et d'équipages militaires arrivèrent sans accident : on a tiré à la bataille de Smolensk plus de soixante mille coups de canon, cent vingt mille à In bataille de la Moskowa ; la consommation a été considérable dans les petits combats, et cependant eu partant de Moscou chaque pièce était approvisionnée à trois cent cinquante coups.

« La marche de l'Armée, au sortir de Moscou, ne doit pas s'appeler une retraite, puisque cette armée était victorieuse, et qu'elle eut pu inarcher également sur Saint-Pétersbourg, sur Kalouga ou sur Toula, que Kutusow eut en vain essayé de couvrir. L'armée ne se relira pas sur Smolensk, parce qu'elle était battue, mais pour hiverner en Pologne et marcher au printemps sur Saint-Pétersbourg. Si J'on eut été en été, ni l'armée de l'amiral Tchitehagow ni celle de Kutusow eussent osé approcher de l'armée française de dix journées, sous peine d'être détruite tout de suite. La cour craignait tellement que l'on marchât sur Saint-Pétersbourg, qu elle avait fait évacuer sur Londres ses ar cbives et ses trésors les plus précieux, et qu'elle appela de Podolie l'année de l'amiral Tchitehagow pour couvrir cette capitale. Si Moscou n'eut pas été incendiée, l'empereur Alexandre eut été contraint à la paix. Apres l'embrasement de Moscou, si les grands froids n'avaient pas commencé quinze jours plus tôt qu'à l'ordinaire, l'armée frit revenue saris perte à Smolensk, où elle n'aurait eu rien à redouter «des armées russes, battues à la Moskowa, à Malof-Jaroslawils ; elles « avaient trop grand besoin de repos.

■ On savait bien qu'il faisait froid en décembre et janvier; mais on « avait lieu de croire, par le relevé de la température des vingt années <• précédentes, que le thermomètre ne descendrait pas au-dessous de dix <• degrés de glace pendant novembre ; il n'a manqué à l'armée que trois • jours pour achever sa retraite en bon ordre; mais dans ces trois - jours elle perdit trente mille chevaux. Par l'événement, on pourrait » donc reprocher à Na|H»léon d élie resté quatre jours de trop à Mos

« cou ; niais il y fut déterminé par des raisons polili(lu(* 11 voyait

• avoir le temps de retourner en Pologne; les automnes sont très-pro-

- longés dans le Nord.

■ l/nrmée, en quittant Moscou, emporta pour vingt jours de vivres ; » c'était plus qu'il ne lui fallait pour arriver à Smolensk, où elle eût pu

• en prendre en abondance pour gagner Minsk et Wilnn; mais tous 1rs " attelages des convois et la majorité des chevaux de l'artillerie et de la « cavalerie périrent; tous les services de l'armée furent désorganisés;

- ce ne fut plus une armée; il devint impossible de prendre position avant Wilnn : les corps du prince de Sehwartzembcrget du général Replier,

• qui étaient sur la Vistulc, nu lieu d'appuyer sur Minsk, comme ils le « devaient, se retirèrent sur Varsovie, abandonnant ainsi l'armée. S'ils

se fussent portés sur Minsk, ils y eussent été joints par la division de « Dombrowski, qui, seule, ne put défendre Ilourischow , ee qui permit à l'amiral Tchilchugow de l'occuper; le projet de l'amiral n'était pas de prendre position de la Béréxina, mais de se porter sur la Dwina pour couvrir Saint-Pétersbourg. C'est par celte circonstance fortuite « que le duc de Keggio le rencontra, le battit et le rejeta sur la rive droite de la Béréiina. Teliitchagow fut battu de nouveau après le pas-

sade de la Kéréxiua ; les cuirassiers Doumerc lui prirent dix-huit rente . hommes dans une charge.

SU

MÉMOIM A I.

« A deux journées do \\ ilna, lorsque l'armée n'avait plus de dangers i a courir, Napoléon jugea que l'urgence des circonstances exigeait sa

• présence à Paris; là seulement il pouvait en imposer à la Prusse et à « l'Autriche. S'il tardait as* y rendre, le passage lui serait peut-être fermé.

• Il laissa l'année au roi de Napies et au prince de Neufchatel. Iji garde «était alors entière, et l'armée avait plus de quatre-vingt mille com-

• battants sans compter le corps du duc de Tarente, qui était sur h « Dwina. L'armée russe, tout compris, était réduite à cinquante mille - hommes, l^es farines, les biscuits, les vins, les viandes, les légumes

■ secs, les fourrages étaient en abondance à Wilna. D'upres le rapport « de la situation des vivres, présenté a Napoléon a son |»assage en cette » ville, il y restait alors quatre millions de rations de farine, trois milm lions six cent mille rations de viande, neuf millions de rations de vin i et euu-de-vie; des magasins considérables d'effets, d'habillements et

• de munitions avaient également été formés. Si Napoléon fût resté à « l'armée ou qu'il eût donné le commandement au prince Kugène, elle » n'aurai l jamais dépassé Wilna; un corps de réserve élait a Varso-

■ vie, un autre a Kœnigsberg; mais on s'en laissa imposer par quelques Cosaques; on évacua en désordre Wilna dans la nuit. C'est de cette

• époque surtout que datent les grandes pertes de cette campagne; et

DE SAINTE - H Ét<ËMC. 345

« t'est un des malheursdes circonstances que cette obligation où se trou- » vait Napoléon, «lans les grandes crises, d'être à la fois à l'armée et à

- Paris : rien n'était et ne pouvait être moins prévu par lui que la con-

• duite insensée que l'on tint à Wilna.

« Dans cette malheureuse campagne, nos perles furent considérables

• sans doute, mais non pas telles qu'on se l'imagine. Des quatre cent » mille hommes qui passèrent la Vistule, la moitié était Autrichiens, « Prussiens, Saxons, Polonais, Bavarois, Wurtembergeois, Bergeois, « Badois, Hessois, Westphaliens, Mecklenbourgeois, Espagnols, lla- « liens, Napolitains. L'armée impériale, proprement dite, était pour « un tiers composée de Hollandais, Belges, habitants des bords du Rhin, « Piémontais, Suisses, Génois, Toscans, Romains, habitants delà 32* di-

- vision militaire, Brème, Hambourg, etc.; elle comptait à peiue cent « quarante mille hommes parlant français. L'expédition de Russie « coûta moins de cinquante mille hommes à la Fronce actuelle; l'armée •• russe, dans In retraite de Wilna il Moscou, dans les différentes ba- « tailles, a perdu quatre fois plus que l'armée française; l'incendie de « Moscou a coûté la vie ù cent mille Russes, morts de froid et de rai- « sève dans les bois ; enÛn, dans sa marche de Moscou à l'Oder, l'ur- « raée russe fut aussi atteinte par l'intempérie de la saison ; elle ne « comptait, à son arrivée à Wilna, que cinquante mille hommes, et ù « Kalisch moins de dix-huit mille : on peut avancer que la perte de la

• Russie dans cette campagne a été six fois plus grande que celle de la « France d'aujourd'hui. »

Certes, voila bien des détails et des circonstances qui surprendront beaucoup sans doute le plus grand nombre de lecteurs, et l'on ne saurait les révoquer en doute ; car, en s'exprimant avec solennité et d'une manière aussi positive. Napoléon n'ignorait pas, dans l'intérêt de sa gloire, que des documents officiels existaient dans les dépôts publics pour appuyer ou démentir au Identiquement ses assertions.

Fluxion violente. - Aiiectlota inlitrWn»* rt il<wirali.jtir«.

On disait l'Em|>crcur fort souffrant. Il m'a fait demander dans sa chambre. Je l'ai trouvé la tête empaquetée d'un mouchoir, dans son fauteuil, fort près d'un grand feu qu'il s'était fait allumer. « Quel est « le mal le plus vif, la douleur la plus aiguë? » demandait-il. Je répondais que c'était toujours celle du moment. » Eh bien! c'est donc le mal

- de dents, • m u-t-il dit. Kn effet, il avait une violente fluxion: sa joue j «Imite ébiit enflée et fort rouge. J'étais seul en ee moment auprès de I lui; je me suis mis à lui ehauffer alternativement une flanelle et une serviette qu'il appliquait lotir à tour sur la partie souffrante, et il disait en ressentir beaucoup de bien. A ceci se joignait encore une forte toux

, nerveuse, des bâillements et un frisson, présage de la fièvre.

« Ce que c'est que l'homme, pourtant, disait-il, la moindre fibre attaquée suffit pour le déranger entièrement. D'un autre côté, en dépit « de tous les maux, il faut parfois l'assommer si l'on veut qu'il finisse « Quelle singulière machine! Et j'ai peut-être (rente ans encore à être

j « enfermé dans cette triste enveloppe ! -

Il attribuait sa fluxion ;i sa dernière sortie, au grand air qui l'affectait singulièrement. « Iji nature est toujours le meilleur conseiller, disait-il; « je sriis sorti malgré moi, en dépit de mon instinct, et seulement pour » obéir à la raison. *

Le docteur est arrivé, et lui a trouvé un commencement de fièvre. L'Empereur a passé de la sorte tout le reste «lu jour, souffrant par mo-

| ment des douleurs très-aiguës, allant alors et revenant alternativement de son fauteuil à son canapé; et remplissant les intervalles «te souffrances à causer d'objets divers.

Un moment il s'est arrêté sur des vilenies commises autour de lui lors desa puissance. Un ménngedes Tuileries, que dans le temps il avait comblé, disait-il, et qui, par parenthèse, lors de la catastrophe, s'était montré fort mauvais, avait été pris en faute, un jour, par lui en per- j sonne. Il se contenta de leur reprocher leurs torts au lieu de les en ! punir. Qu'était-il arrivé? ajoutait-il, c'est qu'il n'avait fait que les irriter, sans donner un exemple de justice. « Et voilà ce que c'est, remar- ' \ « qnait-il, que de faire les choses à demi, on y perd 'toujours. I) ne faut ! 1 • pas voir, ou, si l'on a voulu voir, il faut savoir prononcer, etc. »

Cilant ensuite une femme fort avantageusement placée, ainsi que son mari, et qui lui parhit sans cesse de son dénùment : » Elle m'écrivait « souvent, disait-il, pour me demander de l'argent, comme si elle eût eu « «les droits sur moi ; comme aurait pu faire madame Bertrand revenue « de Sainte-Hélène, ou l'un de vous autres, etc. »

Mentionnant encore quelqu'un qui avait été des plus coupables envers lui en 1814, il disait : « Et vous croyez peut-être qu'il aura fui à mon

' « retour? Non, j'en ai été obsédé. Il convenait sans embarras d'un en- ; « gouement passager pour les Bourbons dont on avait été bien puni, » m'assurait-il ; ce qui n'avait fait que retremper, du reste, l'affection I

« naturelle que chacun me portail ù tant et de si justes litres ! ! ! Je le « repoussai. Et il esta croire qu'en cet instant il est ù leurs pieds, et - leur dit, comme de raison, des horreurs de moi... Pauvre humanité! '< toujours et partout la mèmel... »

Enfin il citait, et toujours de lu part de ceux qu'il avait comblés . une intrigue fort vilaine auprès de l'impératrice Joséphine, qu'on voulait porter, pour s'en faire un mérite ailleurs sans doute, et sous prétexte de lui assurer, disait-on, son séjour et son repos en France, à signer une lettre qui ne pouvait que l'avilir. On lui faisait écrire au roi qu'elle ne savait ce quelle était, ce qu'elle avait été; qu'elle le priait de fixer son existence, etc., etc. I /impératrice pleura beaucoup, résista, demanda du temps, et consulta l'empereur Alexandre, qui lui dit qu'un pareille lettre serait son opprobre; qu'elle envoyât promener les intrigants et les entremetteurs; qu'il élait sur qu'on ne lui demandait rien de pareil, que personne ne songeait à la faire sorlir de France ni à troubler son repos, et qu'au besoin il se porterait pour son répondant, etc.. etc.

Sur le soir, la douleur s'est apaisée, et l'Empereur a pu s'endormir: il avait dù beaucoup souffrir; toute sa physionomie montrait une extrême altération.

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l'tttl Hiflx

l/F.m|H'iTiir a pusse tout le jour sur son cnna|>é ou son fauteuil, prés du feu. Il av.iit peu dormi, souffrait comme hier, et n'avait pas mange. Ses douleurs de tète et de dents étaient extrêmement vives ; la fluxion n'avait nullement diminué. Il a repris l'usure de la flanelle et des serviettes chaudes de la veille, qu'il m'a dit, en me revoyant, lui avoir fait hier tant de bien. Je me suis mis à les chauffer et à les lui appliquer de nouveau; il s en montrait touché, laissait parfois son bras sur mon épaule me répétant souvent » Mon eher, vous me faites du bien! » Li douleur s'étant calmée, il a sommeillé quelques instants; puis rouvrant les yeux « Ai-je dormi longtemps? m'n-t-il iliU vous ètes-vous bien * ennuyé? «• Kt il m'appelait alors son frèrr hospitalier, le chevalier de Malte de Sainte-Hélène. \a\ douleur ayant repris plus vivement que jamais, il a fait venir le docteur, qui lui a trouvé de la fièvre; le froid de la veille lui était revenu, il s'est vu forcé île se rapprocher du feu.

Toute la soirée a été de même. Sur les sept heures, il a parlé de se

coucher; cl, ne voulant pas manger, il s es! Tait lui-même de l"eau panée, dans laquelle il mellait du sucre, de la fleur d'oranger el du pain que lui faisait griller son valet de chambre.

A travers bien des sujets perdus, voici quelques mots recueillis sur l'immoralité. « 1/immoralilé, disait l'Empereur, est, sans contredit, In « disposition la plus funeste qui puisse se trouver dans le souverain, en . ce qu'il la met aussitôt à la mode, qu'on s'en fait honneur pour lui « plaire, qu'elle fortifie tous les vices, entame toutes les vertus, infecte » toute la société comme une véritable peste; c'est le fléau d'une nation. I* morale publique, au contraire, ajoutait-il, est le complément

• naturel de toutes les lois elle est à el»«« seule tout un code. » M il prononçait que la révolution, en dépit de toutes ses horreurs, n'en avait j |mis moins été la vraie cause de la régénération de nos nwrurs, « comme | » les plus sales fumieo provoquent la plus noble végétation. » Et il n'hésitait pas à dire que son administration serait une ère mémorable du retour à la morale. * Nous y courions, disait-il, les voiles pleines; nul

« doute que les catastrophes qui ont suivi feront tout rebrousser; car, ! •• au milieu de tant de vicissitudes et de désordres, le moyen qu'on ré-

• siste aux tentations de tout genre, aux appâts de l'intrigue, à la cupi- « dité, aux suggestions de la vénalité! Toutefois on pourra bien arrêter, « comprimer le mouvement ascendant d'amélioration, mais non le dé-

« truire ; car la moralité publique est du domaine spécial de la raison j

• et des lumières . elle est le résultat naturel, et l'on ne saurait plus j j

• faire rétrograder celle-ci. Pour reproduire les scandales et les turpi- j

• tudes des temps passés, la consécration des doubles adultères, le liber- , « tinage de la régence, les débauches du règne qui a suivi, il faudrait

» reproduire aussi toutes les circonstances d'alors, ce qui est impossi- | « ble ; il faudrait ramener l'oisiveté absolue de la première classe, qui « ne pouvait avoir d'autre occupation que les rapports licencieux des « sexes; il faudrait détruire dans la classe moyenne ce ferment indus- « triel qjii agite aujourd'hui toutes les imaginations, agrandit toutes les i « idées, élève toutes les aines ; il faudrait enfin replonger les dernières « classes dans cet avilissement et celle dégradation qui les réduisaient < à n'être que de véritables bêtes de somme; or tout cela est désor- « mais impossible. I^s mœurs publiques sont donc en hausse, et « l'on peut prédire qu'elles s'amélioreront graduellement par tout le » globe, etc. ».

Sur les neuf heures, el déjà au lit, l'Empereur a demandé qu'on fil entrer tout le monde dans sa chambre. Le grand maréchal el sa femme

l.'Enipwnr. totijiHir* «onffranl, nuni|m* <lr mAliramenls M*i\*mrt\r Mrmlr*«in-

I«*i*hIi -fH

Je souffrais beaucoup à mou réveil : j'ai voulu mettre les pieds dans Tenu : impossible de m'en procurer. Je ne cile ceci que pour que l'on comprenne, si l'on peut, notre véritable situation à Longwood. L'eau en général y est assez rare; mais depuis quelque lemps celle rareté a singulièrement augmenté, et c'est une grande affaire aujourd'bui que de pouvoir procurer un bain à rK.mpereur. Nous ne sommes pas mieux sous tous les autres rapports de secours médical : hier le docteur parlait, devant l'Empereur, de drogues, d'instruments, de remèdes nécessaires; mais a chacun d'eux il ajoutait : « Malheureusement il n'y en a « point dans l'île. — Mais , lui dit l'Empereur , en nous envoyant ici « on a donc pris l'engagement que nous nous porterions bien, et tou- ■ jours? » En effet, les plus petites choses et les plus nécessaires manquent. I/Empereur, pour faire bassiner son lit, n'a trouvé d'autre moyen que de faire percer une de ces grandes boules d'argent dont on se sert pour tenir les plats chauds à table, et d'y faire introduire des charbons. Depuis deux nuits il sent inutilement le besoin d'esprit-de-vin qui prit lui tenir chaude quelque boisson nécessaire, etc.

.-,:,(> MKMoniu.

L'Empereur a continue' de souffrir toul le jour; su joue demeura il très-enflée, mais lu douleur était moins vive.

1,'Empercur s'est vu forcé, comme hier, de se mettre au lit de bonne i j heure. Il devuit avoir de la lièvre, cur il souffrait du froid. Il n'nvoil mangé qu'une soupe depuis la veille, et se sentait des dispositions à des étourdissements. 11 trouvait son lit mol fait, les couvertures mol arrangées; rien n'allait, disait-il ; et il a essayé de Taire raccommoder le toul tant bien que mal, remarquant à ce sujet que tout ce qui l'entourait n'était calculé que sur sa bonne santé, et que chacun se trouverait sans expérience et sans don le bien gauche, s'il venait jamais à être sérieument malade, etc.

Il s'est fait faire du thé de feuilles d'oranger, qu'il a dù attendre longtemps : ce qu'il a fait avec une patience dont je n'eusse certainement pas été copohle.

Il a causé, étant ou lit, de ses premières années de Brienne, du due i d'Orléans, de madame de Mon tesson, qu'il se rappelait d y avoir vus, de la famille de Nogent, de celle de Brienne, liées aux détails de ses pre- ! mières années, ele.

« line fois à la tète du gouvernement, disait Napoléon, madame de j - Montesson m'avait fait demander ù pouvoir prendre le litre de du- « ehessc d'Orléans, ce qui m'avait paru extrêmement ridicule. » L'Empereur ne la croyait que maîtresse du prince. Je l'assurai qu'elle avait été bien mariée avec le consentement de Louis XV, et que je croyais être certain que depuis la mort de son époux, elle prenait, dans tous les actes, le litre de douairière d'Orléans. L'Empereur disait avoir ignoré cette circonstance. • Mais encore, dons ce cas, observait-il, qu'avait * à dire et à faire le Premier Consul ? Aussi était-ce toujours là ma « réponse aux intéressés, qui en étaient peu satisfaits. Mais devais-je .. prendre toul aussitôt les irrégularités el les ridicules de la vieilli- < école? ele. ■>

l.'» iii|M-r<-in n.iiiiinii' .l i tu- smuITi ait! t ii.-«ii»i.imr» ur.u-lt'n*li.|u<-v

A cinq heures, j'ai trouvé l'Empereur les pieds dans l'eau, souffrant encore violemment de la tète. Cependant ce demi-bain lui a fait du bien. Il s'est remis sur son canapé. Apercevant sur sa commode quelques psi- i tisseriesou espèces de sucreries qui semblaient y avoir élé oubliées, il m'a dit de lui en apporter; et comme il voyait mon embarras et mon hésitation, cherchant vainement le moyen de pouvoir les lui présenter avec convenance: « Itoh ! mon cher, avec la main, m'a-l-il dit, tout

« bonnement avec la main, plus de cérémonies, plus de façons entre j « nous; nous devons désormais demeurer à la gamelle l'un pour l'au- « tre. * Voilà une fort petite circonstance sans doute, mais qui pourtant rendra bien mieux, aux yeux de plusieurs, la tournure d'esprit, le caractère, les dispositions de l'Ame, la véritable pensée, que ne saurait le faire une foule de paroles; car il est des esprits judicieux et observateurs qui savent apercevoir et déduire, lorsque beaucoup d'autres n'ont pas même soupçonné ; aussi c'est ce qui va me faire replacer ici ce que j'avais repoussé ailleurs, dans la crainte que ce ne fût jugé insignifiant, ou du moins inutile.

Je dois avoir dit que, dans la familiarité de son petit intérieur, l'Empereur passait volontiers en revue, vis-à-vis de moi, tous les titres. Ah ! bonjour, Monseigneur. Comment se porte votre Excellence? que dit aujourd'hui votre Seigneurie? ele., etc. Or, un soir, me rendant au salon dont l'huissier allait m'ouvrir la porte, celle de l'Empereur, qui en est voisine, s'ouvrit; il s'y rendait précisément aussi. M 'étant rangé pour son passage, lui, en distraction sans doute, s'arrêta pour me prendre l'oreille, ajoutant gracieusement . « Que faisait là Votre Majesté? » Mais ce mot ne fut pas plutôt lâché, que mon oreille le fut aussi. Sa figure devint tout autre, et il se crut obligé de me parler gravement d'autre chose. Ce n'est pas que je n'eusse appris près de lui à ne pas avoir entendu au besoin ; mais, n'importe, il s'en voulait évidemment d'avoir laissé échapper cette qualification : toutes les autres pouvaient lui paraître des plaisanteries; mais il ne semblait pas en être de même de celle-ci, soit par sa nature spéciale, soit par nos circonstances présentes ou autrement, que sais-je ? du reste, chacun conjecturera ce qui lui plaira ; seulement je raconte le fait.

Mercredi 30

L'Empereur aujourd'hui n'a pas été mieux. Il a eu, à l'heure accoutumée, son léger accès de fièvre. Sur le soir, le docteur est arrivé ; il portait plusieurs gargarismes innoceiils, disait-il ; mais il n'en a pas moins eu de peine à en trouver l'emploi. L'Empereur avait beaucoup de boutons sur les lèvres, dans la bouche et jusque dans le gosier ; il avait beaucoup de peine à avaler, même à parler, disait-il. On n'a pu trouver, pour son usage, de l'huile supportable : elle est horrible, et il est fort délicat.

L'Empereur, dans la conversation du jour, parlant des dépenses, du |

MÉMO Kl AL

gaspillage et des dettes permanentes de Joséphine, en ot arrivé à raconter qu'il s'était vu lui-même, lui, l'homme le plus régulier qui existât, l'objet d'un esclandre fort désagréable à Saint-Cloud. « Étant dans ma « calèche, disait-il, l'impératrice Marie-Louise à mes côtés, et au milieu « d'un concours immense de peuple, je m'étais vu interpellé tout à coup •« à la façon de l'Orient, comme eût pu l'être le sultan se rendant à la « mosquée, par un homme qui avait travaillé pour ma personne, et ré- ■< clamait une somme considérable dont ou lui refusait le payement de-

* puis longtemps. Ll il se trouva que c'était juste, remarquait Napoléon ; " mais j'étais en règle ; j'avais payé, et depuis longtemps ; aussi l'inter- « médiaire seul était coupable, etc. »

Dans un uutre moment, à la suite de l'impopularité dont, disait-il, il avait lini par être l'objet, comme je revenais à lui témoigner mon étonnement de ce qu'il n'avait pas cherché quelque moyen de faire conlreminer les libelles, et de rappeler l'opinion qu'on lui enlevait, il a répondu avec une sorte d'inspiration : « J avais, ma foi, des vues bien nu-

• trement larges que celles d'aller m 'occuper de flagorner ou de ménager « une petite multitude, quelques coteries ou nuances de sectes ; non, il « fallait me laisser revenir victorieux de Moscou, et l'on eût vu bientôt, « non-seulement tous ces gens-là, non-seulement toute la France, mais « encore le monde entier me revenir, m admirer et me bénir. II ne " m'eût plus fallu que disparaître |«r hasard au sein du mystère, et le

vulgaire eût renouvelé pour moi la fable de Homulus, il eût dit que je « m'étais enlevé au ciel pour aller prendre ma place parmi les dieux !...»

l.'Eiitperear viole. dit-Il. le» régie* .le la médecine. - C«l lai qui, le premier, iuhw appelle U

Le temps s'était mis au beau; la température aujourd'hui était délicieuse. II y avait six jours que l'Empereur gardait la chambre; fatigué de lu monotonie de sou mal, il a résolu de violer, disait-il, la loi du docteur. II est sorti ; mais il se sentait si faible, qu'il pouvait è peine marcher. Il a faitdemander la calèche, et nousavons fait un tour. II était triste et silencieux. II souffrait beaucoup, surtoutdes boutonsqui couvraientseslèvres.

Peu après son retour, il m'a faitdemander dans sa chambre. La promenade l'avait encore abattu. Il se sentait très-faible et fort disposé à l'assoupissement. Je l'ai déterminé à manger un peu; il a lini par un verre de vin de liqueur, et il est convenu qu'il en était réveillé, et se trouvait beaucoup mieux. II s'est mis à causer.

hi; S A I NTF-H Él. EN K. 555

« En mettant le pied en Italie, disait-il, j'ai changé les mœurs, les

• sentiments, le langage de notre révolution. Je n'ai point fusillé les « émigrés, j'ai secouru les prêtres, j'ai abrogé les institutions, les fêles - qui nous déshonoraient. Et en cela je n'étais point guidé par mon ea- « price, mais bien par la raison et l'équité, ces deux bases premières de « la haute politique. Par exemple, m'a-t-il dit, si la fête de la mort du » roi se fût toujours continuée, vous n'auriez pas eu l'occasion de pou- « voir vous rallier jamais, etc., etc. »

L'Empereur disait avoir été celui qui le premier avait salué la France du nom de la grande nation...» Et certes, remarquait-il, je l'ai montrée « telle au monde abattu devant elle. »

Et après un léger intervalle, il a repris : • Et elle le sera encore et le

• demeurera toujours, si son caractère national redevient en harmonie » avec tous ses avantages physiques et ses moyens moraux, etc., etc. >•

Dans un autre moment, parlant de l'un de nous qu'il aimait beaucoup, il disait : « C'est le caractère de la vache; doux et tranquille pour toutes « choses, excepté sur l'article de ses enfants ; dès qu'on touche à ceux-ci, « aussitôt les cornes en avant : on pourrait le rendre furieux, etc. »

Parlant d'un autre qui avait passé trente ans, et qu'il accusait d'être trop jeune encore, il disait : « A cet âge, pourtant, j'avais fait toutes mes « conquêtes , je gouvernais le monde ; j'avais apaisé la tempête, fondu « les partis, rallié une nation, créé un gouvernement, un empire ; il ne « me manquait que le titre d'empereur. <• Et continuant sur ce sujet , il disait . « J'ai été gâté, il faut en convenir, j'ai toujours commandé; dès « mon entrée dans la vie, je me suis trouvé nanti de la puissance, et les

• circonstances et ma force ont été telles, que dès que j'ai eu le com-

• mandement, je n'ai plus reconnu ni maîtres ni lois. »

Reiuine' ilr juillet , mot, aefilenibre, octobre. — De l'ouvrage «le M. O'Heara; urocc«t|iil lui e*i intente «-n ee moment |«r *tr llwlnnn Isvwc. - Quelque* mot» en rieïfn** flu Uuoiiil.

Le résumé habituel ne saurait être Ion? désormais ; trois phrases à la rigueur pourraient suffire :

Tourments au comble. — Réclusion absolue. — Destruction infaillible.

Le reste de la vie de Napoléon ne sera plus qu'une cruelle et longue agonie.

On a vu que l'arrivée du nouveau gouverneur avait été pour nous le signal d'une sinistre existence. Peu de jours avaient suffi pour dérouler ses dispositions malfaisantes. Bientôt les tourments, les outrages dont il se dit l'intermédiaire, ou qu'il créa lui-même, furent au comble : il

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frnppa de terreur les habitants à notre égard ; il accumula sur nous les vexations les plus ridicules ; il nous défendit d'écrire, sans le lui avoir communiqué, à ceux mêmes auxquels il ne nous interdisait pas de parler librement ; il invita à dîner chex lui le général Bonaparte pour le faire voir a une dame de distinction qui s'y trouvait en passant; il arrêta luimême un de nos domestiques, etc.

Il produit une dépêche à l aide de laquelle il veut forcer l'Empereur a descendre, disait Napoléon, dans la fange de ses besoins pour les discuter vis-à-vis de lui ; il le harcèle pour fournir un argent qu'il n'a pas, et le conduit, à force de réduction sur le strict nécessaire, à briser et vendre son argenterie, dont lui, le gouverneur, fixe d'autorité le taux et l'acheteur. Il nous taxe ridiculement à une bouteille de vin par tête, l'Empereur compris ! « Il marchande notre existence ; il m'envie l'air

« que je respire, » disait l'Empereur. Et ce qu'il nous envoie pour notre subsistance se trouve parfois et souvent de telle nature, que nous sommes réduits à en emprunter au camp voisin ! ! ! etc.

Il tend un piège à Napoléon, se faisant une joie de l'espoir de lui transmettre, en personne et avec pompe, une communication qu'il appelle ministérielle, elqui se trouve tellement brutale qH'il refuse d'en laisser copie. Il signifie à l'Empereur les règlements les plus extravagants; il resserre capricieusement et ironiquement son enceinte habituelle, lui prescrit la trace de ses pas, et va jusqu'à lui vouloir fixer la nature de ses conversations et l'étendue de ses paroles ; il creuse des fossés autour de nous, rions entoure de palissades, élève des redoutes ; il nous oblige, pour pouvoir demeurer auprès de l'Empereur, à signer individuellement que nous nous soumettons à toutes ces choses ; il se sert de nos propres mains pour le dégrader, en nous forçant de le qualifier simplement Bonaparte, sous peine de nous arracher immédiatement d'auprès de lui, et de nous déporter sur-le-champ ! etc.

1/Emnereur, poussé à bout par d'aussi ignobles traitements et d'aussi gratuites méchancetés, s'en explique sans réserve vis-à-vis de sir Hudson Loue lui-même. Ses paroles ne ménagent plus rien, il se délivre pour toujours de son odieuse vue, et prononce qu'il ne le reverra jamais, i Le plus mauvais procédé des ministres anglais n'est plus désormais de •• m'avoir envoyé ici, lui a-t-il dit, mais bien de m'avoir placé dans vos « mains. . . Je me plaignais de l'amiral, votre prédécesseur, mais du moins « il avait un cxrur ! . . . Vous déshonorez votre nation, et votre nom restera « une flétrissure! ...»—« Ce gouverneur n'a rien d'anglais, nous répétait- « il souvent, ce n'est qu'un mauvais sbire de Sicile Je me plaignais

DK SA1NTK-HÉI.ENE.

• d'abord qu'on m'cûl envoyé un geôlier, mois aujourd'hui je prononce j ■ que c'est un bourreau, etc. •

Je consacre ces mois, et je pourrais en consacrer bien d'autres, quelque peu bienséants qu'ils puissent être : V parce que je les ai entendus; | 2e parce que Napoléon les a dits à sir Hudson Lowc lui-même, ou les lui a fait transmettre; 3* enfin parce qu'ils ont été mérités, tant ce gouverneur, au grand scandale des Anglais mêmes, qui, sur les lieux, en témoignaient leur profond dégoût, a abuséarbitrairement, oppressivement et brutalement d'un pouvoir qu'il avait à exercer au nom d'une nation si éminemment recommandante par tout le globe, au nom d'un prince si généralement considéré en Europe, enfin au nom d'un ministère au j sein duquel se trouvaient encore quelques gens d'honneur personnellement connus par leur modération et leurs belles manières.

Les attaques sur Napoléon étaient incessantes, les tourments de tous les instants. Il ne se passait pas de jour sans nouvelles blessures; et alors on put dire que se trouvait comme réalisé un des supplices de la fable.

Ah ! si jamais, dans celte époque de deuil pour tant de cœurs généreux, le génie de l'Europe, celui de la vérité, celui de l'histoire se sont tournés même involontairement vers Sainte-Hélène sur le grand Napoléon, s'ils l'ont cherché dans cette île, dont ils pensaient qu'on eut dû s'efforcer du moins de faire son Elysée, quelle n'aura pas été leur indignation de l'apercevoir, dans l'auréole de tant d'actes immortels, cloué sur un roc à la façon de Prométhée et sous les griffes de son vautour se

délectant aussi a le déchiqueter pièce à pièce! Oh! quelle infamie!

Quelle honte éternelle!

Dans cette période, la santé de l'Empereur a constamment et grande- , ment décliné; ce corps, cru si robuste, qui avait résisté a tant de Ira- j vaux, qu'avaient épargné tant de fatigues, qu'avaient soutenu les victoires et la gloire, courbait désormais sous des infirmités que hâtait la méchanceté des hommes. C'était presque chaque jour quelque incommodité nouvelle, des ressentiments de lièvre, des fluxions violentes, des symptômes de scorbut, des rhumes continuels; les traits s'altéraient, la marche devenait pesante, les jambes se gonflaient, etc. Nos cœurs se déchiraient de le voir courir visiblement vers une destruction infaillible et prochaine; tous nos soins n'y pouvaient rien.

Il avait renoncé depuis longtemps au cheval, et finit par renoncer à peu près aussi à la calèche; même la simple promenade à pied devint rare, et il se trouva réduit, à peu de chose près, a la stricte réclusion de ses appartements. Il ne s'occupait plus désormais d'un travail suivi et

régulier; il nu nous dictait guère qu'à de longs intervalles et sur des sujets de pure fantaisie du moment. Il passait la plus grande partie du jour seul dans sa chambre, occupé à feuilleter quelques livres, ou plutôt ne faisant rien. C'est à ceux qui ont dignement jugé de la puissance de ses facultés à apprécier la force d'ame qu'il lui fallait pour dévorer paisij blement la charge accablante d'un tel ennui, d'une aussi odieuse existence; car, vis-à-vis de nous, c'était toujours la même sérénité de visage, la même égalité de caractère, le même piquant, la même liberté I d'esprit, parfois même de la gaieté, de la plaisanterie; mais dans les détails de l'intimité il était aisé de s'apercevoir qu'il n'y avait plus en lui ni préoccupation de l'avenir, ni méditation du passé, ni souciance du présent; il obéissait passivement désormais à la nature physique; et, dans l'entier dégoût de la vie, le terme en était peut-être va secret désiré. Tel était l'état des choses quand je fus enlevé de Longwood ; car ce moment approche, il n'est pas loin.

Je n'ai point consigné, dans le cours de mon recueil, toutes les minutieuses circonstances de nos querelles avec le gouverneur, non plus que les nombreuses notes officielles échangées entre nous. J'ai omis également les ignobles misères accumulées sur notre existence animale. Mon but n'était point d'écrire l'histoire de Longwood et de ses douleurs, | mais seulement de faire ressortir les nuances caractéristiques de Napoléon. Au surplus, si on en est curieux, on peut aller chercher tous ces détails dans la relation du docteur O'Méara. C'eût été petitesse à moi, l'un de ceux sur lesquels ils frappaient, que de trop m'y arrêter; mais chez le docteur, qui n'en était que le témoin, qui nous était étranger, qui était on pourrait même dire du parti adverse, ce soin de sa part, et dans sa situation, ne peut, ne doit avoir été que le résultat d'une émotion profonde, d'une indignation généreuse qui honore son cœur.

J'apprends en ce moment que l'ex-gouvcrneur de Sainte-Hélène l'attaque devant les tribunaux en diffamation et en calomnie; je suis plein de vénération pour les juges des grands tribunaux d'Angleterre, parce que je sais comment ils se composent ; toutefois comment être sûr aujourd'hui d'un résultat! car, dans la malheureuse crise politique de nos jours, il apparaît partout comme deux vérités à la fois. Or la bonne pour chacun est celle qu'on porte dans le cœur; car, bien qu'on en dise, on ne saurait se mentir à soi-même, et ce sera à tout événement sans doute la consolation du docteur O'Méara. Car je dois déclarer ici que tout ce que je trouve à cet égard dans son ouvrage, et qui a pu être à ma connaissance lorsquej'étaissur les lieux, est de la plus stricte vérité, d'où

je dois naturellement conclure, par analogie, qu'il en est de même sans doute de tout ce que je n'ai pas vu, ce qui se prolonge de dix-huit mois au delà. Aussi je n'hésite pas à prononcer que je le tiens pour tel dans mon âme et conscience.

Précisément au moment où j'écris, je reçois de sir Hudson Love J des extraits de lettres qu'il me dit avoir reçues confidentiellement dans ! les temps du docteur O'Méara, lequel, me fait-il observer, s'exprimait très-improprement à mon égard, et lui fait des rapports secrets à mon sujet. Quelle a pu être en cela l'intention de sir Hudson Lowe visà-vis de moi ? Aux termes où nous en sommes, ce ne saurait être un intérêt bien tendre. Aurait-il espéré me prouver que M. O'Méara était son espion auprès de nous? Aurait-il pensé m'iudisposer assez pour altérer la nature et la force de mes témoignages en faveur de son adversaire ? Mais, au demeurant, ces lettres du docteur sont-elles bien entières? ne sont-elles pas tronquées à la façon de Sainte-Hélène? et eni core, leur sens serait-il plein, réel, en quoi devraient-elles me fâcher? Quels droits, quels titres avais-je dans ce temps sur O'Méara ? Il est bien vrai que plus lard, à son retour en Europe, le voyant poursuivi, persécuté, puni pour l'humanité dont il avait usé envers Napoléon, je lui en ai exprimé la plus vive reconnaissance, et je lui ai écrit que si l'injustice venait à le forcer de quitter son pays, il devenait libre, à son gré, de venir prendre place dans ma famille, que je partagerais avec lui. Mais à Sainte-Hélène je le connaissais à peine; je ne crois pas lui avoir adressé la parole dix fois durant mon séjour à Longwood. Je le considérais comme m étant opposé d'opinion, d'intérêts : voilà quels étaient mes rapports avec O'Méara. Il était donc entièrement libre à mon égard, il demeurait maître d'écrire alors ce qu'il lui plaisait, sans que cela pût influer sur l'opinion qu'il m'a inspirée depuis. Que sir Hudson Lowe prétende insinuer aujourd'hui que le docteur était deux ou trois fois espion dans le même temps, savoir - pour le gouvernement, pour Napoléon et pour lui, sir Hudson Lowe, cela détruirait-il la vérité, l'authenticité des faits exposés dans son livre? Au contraire : et duquel des trois corrupteurs gagnerait-il le salaire en révélant ces faits au public? Napoléon n'est plus, le docteur n'a rien à en attendre, et il s'est faitdes deux autres, par sa publication, d'ardents persécuteurs qui lui ont ravi ses emplois et menacent son repos ; c'est que son véritable crime, à leurs yeux, est le zèle importun d'un ami de la bienséance et des lois, qui, révolté d'inconvenantes et d'ignobles vexations, en a signalé les vrais auteurs pour en disculper son pays : voilà la chose. Je n'ai donc

vu dans la communication si tardive des lettres confidentielles que vient de m'adressersir Hudson Lowe, au moment même do son procès avec ledocteur, qu'une espèce de délation intéressée que chacun quali- ; liera comme il l'entendra. Je n'en ai pas même accusé réception ; j'ai bien moins songé encore à m'en plaindre.

Mais puisque j'en suis a M. O'Méara et à son ouvrage, qu'il se trouve avoir tenu aussi un journal vers le même temps que moi, dans le même lieu et sur les mêmes sujets, je ferai observer que c'est assurément une circonstance bien heureuse pour l'authenticité des récits que le concours singulier de deux narrateurs qui, de position, de nation, d'opinion différentes, sans rapports entre eux, relatent des faits qu'ils ont puisés à la même source. Il devient curieux de les opposer l'un à l'autre. I O'Méara est traduit chez nous, qu'on parcoure, qu'on compare les deux productions. Si l'on fait la part du génie des deux langues, des préjugés nationaux réciproques, de la différence déposition des deux narrateurs, que présente la masse des deux récits? unesimililude parfaite; car les légères différences sont môme en quelque sorte la garantie de chacun, en cequ'ellessont inévitables : où a t-on jamais vu deux hommes écrivant ce dont ils ont été témoins ne pas différer ? Et que d'innocentes infidélités d'ailleurs n'avons-nous pa6 dû involontairement commettre i en essayant de répéter de pures conversations prises au vol 1 Toutefois je ne terminerai pas sans arrêter le lecteur sur une circonstance qui m'a frappé moi-même en lisant O'Méara, c'est que les conversations de Napoléon portent précisément avec elles le caractère de la position des deux personnes avec lesquelles il s'entretenait : tous les objet* importants, chez O'Méara, sont beaucoup plus développés, plus suivis ; c'est que Napoléon parlait à quelqu'un à qui il croyait devoir apprendre : chez moi, au contraire, ils sont presque toujours en sommaires; c'est que l'Empereur s'exprimait alors devant celui qu'il supposait savoir. j Au surplus, les récits du docteur ont eu un succès prodigieux en Angleterre ; c'est que le sujet était riche, l'intention louable, le but moral ! en voilà assez pour faire rortunc.

Pour moi, de mon côté, j'avance dans mon entreprise; déjà j'en entrevois le terme, et je dois des actions de grâce pour le bon accueil aussi dont jusqu'ici je me vois accompagné. Je me suis cru un devoir, i et me suis voué ù le remplir, non à demi, mais en conscience. Ayant à essayer de peindre 1 homme des prodiges, non par mes faibles couleurs, mais à l'oide de ses propres paroles, de ses propres gestes, j'ai dà m'attocher surtout à demeurer minutieusement vrai, scrupuleuse-

ment 6dèle; et j'espère qu'après m'avoir lu on me rendra la justice d'avouer que, pour y parvenir, j'ai fait abnégation de tout système, de toutes opinions, de tous partis, de toutes liaisons; j'ai heurté des sentiments individuels ; je ne me suis point arrêté devant les plus hauts personnages ni les plus hautes considérations. D'un autre côté, je ne me suis dissimulé aucun des graves inconvénients d'une telle marche, ni les nombreux chagrins qu'elle pouvait me créer : j'avais à craindre, ainsi qu'il n'arrive que trop souvent à l'impartiale vérité, de déplaire à tous et de déchaîner bien des voix; l'autorité aussi, interprétant mal mes intentions sur un sujet. si voisin encore de nos grands événements, pouvait s'irriter, et j'avais à craindre d'être traduit devant les magistrats; de là peut-être condamnation, amende, confiscation, prison. Il est bien vrai que j'aurais pu alléger mes embarras, et m'y rendre en quelque sorte étranger en donnant ou en vendant mou manuscrit en France ou au dehors; mais aurais-je rempli mon objet, et en dépit de toute condition de ma part, eût-on manqué de réalités ou de prétextes pour dénaturer ou mutiler ce recueil, dont tout le mérite repose dans son intégrité? Aussi, tenant à ce qu'il ne subit aucune altération, et voulant demeurer maître jusqu'au dernier instant de la dernière ligne, à tous les autres inconvénients j'ai ajouté encore la chance d'une lésion dans ma fortune, en le publiant à mes risques et périls. D'Angleterre et d'Allemagne on m'a fait offrir un haut prix des portions que les circonstances devaient me forcer, supposait-on, de ne pas publier en France. J'ai répondu que rien n'avait été réservé, et qu'il n'était pas dans ma nature de laisser publier au dehors, sous mon nom, ce que je n'aurais pas osé publier au dedans sous les lois du pays, quelque difficiles, quelque sévères qu'elles pussent me paraître. Du reste, en dépit de toutes inquiétudes, je n'ai jusqu'ici qu'à m'applaudir tout à fait de la marche que j'ai cru devoir suivre. Les témoignages les plus flatteurs me sont arrivés de tout côté, et la loi est demeurée silencieuse; peutêtre même pourrait-elle me savoir quelque gré, dans nos temps de passion, de n'avoir pas désespéré de son impassibilité sur un sujet aussi délicat, et de l'avoir mise à même d'en fournir une preuve aussi décisive. Pour moi, j'en demeure fier pour elle: grâces lui soient rendues.

Je n'ai prétendu être ni apologiste ni panégyriste; mais j'ai voulu mettre chacun à même de le devenir à son gré, d'après sa propre conviction et ses propres sentiments ; et c'est ce qui m'a fait conserver dans

i i l'ensemble du recueil jusqu'aux plus petites minuties, afin que chacun i pût demeurer frappé par ce caractère de vérité qui naît de la eontex-

turc même des choses. Je n'en ai omis que les anecdotes personnelles ou les cpilhctes qui, se trouvant étrangères à mon objet, n'eussent été que gratuitement désobligeantes, et malheureusement beaucoup trop encore m'out échappé. Hors d'état de pouvoir m'occuper avec beaucoup de réflexion, me hâtant avec précipitation, dans la crainte de ne pas atteindre la fin, entraîné parle but principal, je n'ai pu soigner suffisamment tous les accessoires. Aujourd'hui, quand on me relit des volumes publiés, je suis frappé de retrouver ce que j'aurais voulu, ce que même parfois je crois avoir effacé. Ma situation peut expliquer ces négligences, ainsi qu'un grand nombre d'irrégularités typographiques, et plaider tant soit peu pour elles; c'est que, entre le public et moi, il n'aura guère existé d'autres intermédiaires qu'un copiste et le proie : voilà l'inconvénient de ma solitude absolue; sans conseils, sans avis, \ sans révisions. Mais, sera-t-on tenté de me dire peut-être pourquoi n'avoir pas eu recours à tant de personnages dont la bienveillance, les i lumières et la connaissance de la matière môme eussent pu vous être d'un aussi grand service? Voici ma réponse : Où a-t-on vu s'accorder en toutes choses deux témoins d'un même fait? 11 n'eut donc pas été deux de mes articles que chacun n'eût prétendu redresser en quelque chose à sa façon. Or, si j'avais cédé, les véritables paroles, les opinions, les jugements erronés ou non de Napoléon eussent bientôt disparu tout à fait; et alors qu'eussé-je produit? un livre refait à Paris. Si au contraire je m'étais obstiné à résister, on connaît les hommes sur ce point : j'eusse fort désobligé, et l'on ne m'eût point pardonné d'avoir demandé des avis pour ne point les suivre.

Mais, pourrn-t-on me dire encore, que n'attendiez-vous, à l'exemple de tous les auteurs de mémoires, qui généralement ne leur laissent voir le jour qu'après leur mort, afin d'éviter les inconvénients auxquels \ vous vous êtes exposé? Quoi! que j'attendisse? Et le devoir auquel je me croyais tenu, comment se serait-il rempli? Et mon intention de procurer des jouissances à ceux qui ont aimé, de forcer à l'estime ceux qui sont demeurés ennemis, que serait-elle devenue? Quoi ! une foule de tous rangs, de toutes professions, de tous emplois, moi, tout le premier, qui l'avons servi avec orgueil et sincérité, qui l'avons aimé avec admiration, qui nous sommes enivrés de bonne foi de la gloire, de la splendeur, de la prospérité dont il rassasiait le pays, nous l'entendrions froidement calomnier chaque jour, nous nous sentirions à chaque instant injuriés dans sa personne! et je possédais les moyens victorieux de répondre, et j j'aurais gardé le silence! et j'aurais attendu!.... Et pour quelques lé-

DE SAINTE-HÉLÈNE >«l

gères considérations, j'uurais privé les contemporains avides ! Non. Et aussi bien le public se montrait-il vivement impatient; il attendait et demandait des compagnons de Napoléon qu'ils lui fissent connaître ce qu'ils avaient recueilli de ses paroles ou lu dans sa |>cnsce : or la tenue de mon Journal me rendait le mieux situé; je me suis trouvé le plus tôt près, et je me suis hâté, a la voix de tous, d'accomplir ce devoir. Du reste, quoi qu'il pût m 'arriver désormais, j'en tiens déjà In plus douce récompense dans les témoignages, les vœux, la sympathie qui me sont déjà parvenus, dans l'espèce de reconnaissance même dont des cœurs généreux et vraiment hauts sont venus m 'entretenir avec transport.

AfTaiisononl l'Kiiip«Tvur —Sa unlé eoiilimie tit s'altérer *'tulblriii<mt. - imiuii'hiili-* lu miM^'iu. - No* |>rivintii''r> ^ii AiiultMPtTf , \n ponton* , <*tc.

Aujourd'hui le temps était très-beau, l'Empereur a voulu en profiter; il a essayé de sortir sur les deux heures. Après quelques pas dans le jardin, il a eu l'idée d'aller se reposer chez madame Bertrand ; il y j est demeuré plus d'une heure dans un fauteuil, ne parlant point, souffrant et abattu. Au bout de ce temps, il a regagné languissammeiit sa | chambre, où il s'est jeté sur son canapé, sommeillant comme la veille. Cet affaissement m'affectait douloureusement. Je l'ai quitté pour le laisser reposer.

Le docteur O'Ménra est venu voir mon fils, dont l'état ne laissait pas que d'être inquiétant. Il avait été saigné hier de nouveau ; il avait eu des évanouissements trois ou quatre fois dans la journée.

Le docteur a profité de celte occasion pour me parler spécialement de la santé de l'Empereur, me confiant qu'il n'était pas sans inquiétude sur sa trop grande réclusion. Il ne cessait de prêcher, disait-il, pour plus d'exercice, et m'engageait à profiter des fréquentes occasions que j'avais de parler à l'Empereur pour l'amener à sortir davantage. Il est I sûr, convenions-nous, qu'il changeait de manière à effrayer ; et lui (le docteur) n'hésitait pas à prononcer qu'un si complet repos, après une si grande agitation, pouvait devenir des plus funestes; que toute maladie ' sérieuse, que pouvait amener si facilement la qualité du climatou tout j autre accident de la nature, lui deviendrait infailliblement mortelle. Les paroles du docteur, son anxiété, m'ont vivement touché. Des ce temps, j'aurais dû deviner en lui cet intérêt réel qu'il a si bien prouvé depuis.

Sur les dix heures, l'Empereur m'a fait appeler. Il était dans son bain, souffrant peut-être encore plus que de coutume. C'était, pensait-il,

il 16

le résultat de su sortie d hier; le 1min lui îi réussi, il se trouvait uu peu mieux. Il s'est mis à lire l'ambassade de lord Macartney en Chine. Puis, laissant son livre et se mettant à causer, la situation de nos prisonniers 1 en Angleterre s'est trouvée un des sujets accidentellement amenés.

Lu rupture subite du traité d'Amiens, sous de si mauvais prétextes et avec autant de mauvuise foi de la part du ministère anglais, availcausé , une vive irritation chez le Premier Consul, qui se sentait joué. La j saisie de plusieurs bâtiments de notre commerce, avant même de nous | déclarer la guerre, vint y mettre le comble. « Sur mes vives réclama- 1 « lions, disait l'Empereur, ils se contentèrent de répondre froidement •> que c'était leur usage, qu'ils l'avaient toujours fait, et ils disaient vrai; -< mais les temps n'étaient plus pour la France de supporter patiemment , » une telle injustice ni une telle humiliation. J'étais devenu l'homme i « de ses droits et de sa gloire, et j'étais tout disposé à montrer à nos

- ennemis avec qui désormais ils avaient affaire. Malheureusement ici, ; " par notre position réciproque, je ne pouvais venger une violence que « par une violence plus forte encore. C'est une triste ressource que les

- représailles sur des innocents au fond ; mais je n'avais |»as de choix. « A la lecture de l'ironique et insolente réponse faite à mes plaintes, j

< j'expédiai, au milieu de la nuit même, l'ordre d'arrêter, par toute i

- la France et sur tous les territoires occupés par nos armes, tous les

- Anglais quelconques, et de les retenir prisonniers en rcprésaille de « nos vaisseaux si injustement saisis. Ia plupart de ces Anglais étaient

• des hommes considérables, riches et titrés, venus pour leur plaisir.

• Plus l'acte était nouveau, plus l'injustice était flagrante, plus In chose » me convenait. La clameur fui universelle. Tous ces Anglais s'adressè- « rent à moi ; je les renvoyais à leur gouvernement : leur sort dépen- " dait de lui seul, répondais-je. Plusieurs, |K>ur obtenir de s'en aller,

furent jusqu'à proposer de se eoliser pour acquitter eux-mêmes le « montant des vaisseaux arrêtés. Ce n'élail |>as de l'argent que je cher- « chais, leur faisais-je dire, mais l'observation de la simple morale, le « redressement d'un tort odieux; et, le croira-l-on? l'administration « anglaise, aussi astucieuse, aussi tenace dans ses droits maritimes que

- la cour de Home dans ses prétentions religieuses, a mieux aimé laisser « injustement dix ans dans les fers une masse très-distinguée de ses corn- « patriotes, que de renoncer nuthentiquement |>our l'avenir à un misé- •< rahlc usage de rapines sur les mers.

<• Déjà, en arrivaul à la tète du gouvernement consulaire, j'avais eu j « une prise avec le cabinet anglais touchant les prisonniers, et cette fois

- je l'nviiis eni|iorlé. Le Directoire avait eu la sottise de se prêter a un

- arrangement qui nous élnit extrêmement préjudiciable et tout à fait ù •■ l'avantage des Anglais.

- Les Andais nourrissaient leurs prisonniers en France, et nous

• avions la charge de nourrir les nôtres on Angleterre. Or nous avions

• assez peu d'Anglais chez nous, et ils tenaient beaueoup de Français ' « chez eux. Les vivres étaient presque pour rien en France ; ils étaient

« d'un prix exorbitant en Angleterre. J.es Anglais avaient donc Tort peu , « de choses à payer, tandis que, de notre côté, nous devions envoyer " des sommes énormes en pays ennemi, et nous étions fort pauvres. '< Ajoutez que tous ces détails exigeaient des agents croisés sur les lieux

respectifs, et monsieur le commissaire anglais n'était autre chose que j « l'espion de nos affaires, l'entremetteur, le machinatcur des complots <• de l'intérieur ourdis avec les émigrés du dehors. A peine eus-j^ pris « eonnaissanee d'un tel état de choses, que l'abus fut rayé d'un trait de

• plume. 11 fut signifié au gouvernement anglais qu'à compter du mo- « ment, chaque nation nourrirait désormais les prisonniers qu'elle au- •• rait faits, si mieux on n'aimait les échanger. On jeta les hauts cris, on •• menaça de les laisser mourir de faim. Je soupçonnais bien assez de » dureté et d'égoïsme aux ministres anglais pour en avoir l'envie ; mais « j'étais sur que l'humanité de la nation s'en serait révoltée. On plia ;

•• les malheureux Français n'en furent ni mieux ni plus mal, mais nous •

- gagnâmes de grands avantages, et échappâmes à un arrangement qui

« était une espèce de joug et de tribut. j

•< Durant toute la guerre, je n'ai cessé d'offrir l'échange des prison- « niers; mais le gouvernement anglais, jugeant qu'il m'eût été avanta- > « geux, s'y est constamment refusé sous un prétexte ou sons un autre.

- Je n'ai rien à dire à cela ; la politique à la guerre marche avant le sen- •< liment. Mais pourquoi se montrer barbare sans nécessité? et c'est ce « qu'ils ont fait quand ils ont vu grossir le nombre de leurs prisonniers. « Alors a commencé pour nos malheureux compatriotes cet affreux sup-

- plice des pontons, dont les anciens eussent enrichi leur enfer, si leur

« imagination eût pu les concevoir. Ce n'est pus que je ne croie qu'il y axait j " exagération delà part de ceux qui accusaient; mais aussi il n'y a pas j

- eu de vérité dans ceux qui se défendaient. Nous savons ce que c'est » qu'un rapport nu parlement : ici nous en sommes surs quand nous « lisons les calomnies et les mensonges que débitent en plein parlement,

• avec une si froide intrépidité, ces méchants, qui n'ont pas rougi de j

- se faire nos bourreaux. Les pontons portent avec eux leur vérité,

<• il su Ait du simple lui 1 : y avoir jeté de pauvres soldats <|iii n'élaient » point accoutumés ù la mer, les avoir entassés les uns sur les autres

, •• dans des lieux infects, trop étroits pour les contenir ; leur avoir fait " respirer deux fois par vingt-quatre heures, à la marée basse, lesexha- « luisons pestilentielles de lu vase; avoir prolongé dix ou douze ans i « ee supplice de chaque jour, n'est-ce pas assez pour que le Sang bouil- » lonne au hideux tableau d'une telle barbarie? Et, sur ce point, je me « reproche fort de n'avoir pus usé de représailles, de n'avoir pas jeté » dans des pontons pareils, non les pauvres matelots et soldais dont la « voix ne compte pas, mais tous les milords et la masse de la classe dis- •• linguée. Je leur eusse laissé libre correspondance avec leur pays, - leurs familles, et leurs cris eussent assourdi les ministres et les eus- « sent fait reculer. Il est vrai que les salons de Paris, toujours les meil- « leurs alliés des ennemis, n'eussent pas manqué de me dire un tigre, un « cannibale : n'importe, je le devais aux Français, qui m'avaient chargé j « de les proléger et de les défendre. J'ui manqué de caractère : c'était " mon devoir. » Et il m'a demandé si les pontons existaient de mon ; temps. Je ne pouvais le lui dire; cependant je pensais que non , parce j que j'étais sur qu'alors existaient des prisons parquées en pleine campagne; que beaucoup d'Anglais les visitaient, faisanldu bien aux prisonniers, achetant leurs petits travaux. Toutefois ils devaient être bien mal et souffrir de la faim; car on racontait qu'un agent du gouvernement y étant entré à cheval, et en étant descendu un instant, il n'avait pas eu le dos tourné, que le pauvre animal en un clin d'œil, avait été enlevé, dépecé et dévoré. Je ne garantissais pas le fait; mais il nous avait été raconté par des Anglais mêmes, et il est vrai que les fanatiques d'entre eux ne le citaient pas comme preuve des besoins des prisonniers francais, mais bien pour faire ressortir toute leur férocité et leur voracité*

i L'Empereur en riait comme d'un conte bleu, disant que la nature uurait à en frémir si la chose était réelle. Je lui donnais une autre raison pour [croire que de mon temps il n'y avait point encore de pontons, c'est qu'il avait été grandement question de consacrer aux prisonniers quelques petites îles désertes si tuées entre l'Angleterre et l'Irlande. On les y eût déposés; toute embarcation quelconque eût été soustraite* on les eût tout à fait abandonnés à eux-mêmes dans un complet isolement, et il n'eût plus été besoin que de quelques bâtiments légers, en constante croisière, pour les garder. Seulement on objectait qu'en cas j de descente de la part de l'ennemi , son grand et facile objet serait d'aborder ces îles, et qu'en y distribuant des armes, il y recruterait une

armée loute faite. Et peut-être, disais-je, est-ce cette première idée qui aurait conduit à celle des pontons? car le nombre des prisonniers croissant toujours, on s'effrayait de les avoir à terre au milieu de soi par la disposition d'une partie de lu population, qu'on soupçonnait d'être fort portée à fraterniser avec les Français. « Eh bien! disait « Napoléon, je conçois ces îles, car la sûreté et la propre conservation « avant tout. Mais le supplice des pontons est une tache à l'humanité j « anglaise, un aiguillon de fureur qui ne peut sortir du cœur des prison- « niers français.

•< L'article des prisonniers a été un des points sur lesquels s'est exer-

• cée la mauvaise foi habituelle des ministres anglais, avec ce machia- « vélisme ordinaire qui caractérise si bien l'école actuelle. Absolument

• résolus à repousser tout échange, et ne voulant pas être accusés de s'y refuser, ils multipliaient et dénaturaient les prétextes. C'était d'abord

« mon atroce violation des droits envers les détenu*, que je prétendais « considérer comme des prisonniers, principe qu'il ne leur était pas per- « mis de reconuaitre, disaient-ils, ou quelque considération que ce fui. » Ensuite vinrent les évasions réciproques. Quelques-uns des détenus, ' « qui chez nous demeuraient libres sur parole, s 'étant évadés, ils furent « accueillis chez eux avec acclamations. Des Français en firent autant, •• et je blâmai leur retour. Je fus jusqu'à proposer qu'on se renvoyât « réciproquement ceux qui avaient violé leurs engagements; mais il me « fut répondu que des détenus n'étaient pas des prisonniers, qu'ils n'a- " vaient fait qu'user d'un droit légitime, qu'ils avaient échappé à l'op- « pression, qu'ilsavaient bien fait ; et on les employa. Dès ce moment, < j'engageai les miens a s'évader, je les employai, et les ministres rem- | « plirent leurs journaux des plus effrontées diatribes, me signalèrent à « l'Europe comme un homme sans morale, sans foi ni loi, etc.

« Quand enfin, par un motif quelconque, il leur convint de traiter de I « l'échange, ou peut-être aussi quand il leur vint une idée qu'ils crurent I « propre à me jouer sur ce point, ils envoyèrent un commissaire; les « grandes difficultés disparurent, et les bases se posèrent sur l'amour « de l'humanité et autres grands mots. Ils consentirent à compter les ■ détenus au nombre des prisonniers, et à y admettre l'armée hano- » vrienne, que j'avais faite prisonnière et licenciée sur parole. Cepoinl « avait été longtemps un obstacle; car les Hanovriens n'étaient pas An- «glais, insinuait-on. Tout allait bien jusque-là et semblait marcher à '. une conclusion facile; muis je connaissais mes adversaires, etjeli- <• sais leurs véritables intentions. Ils avaient plus de Français que je

r»«.« MÉMO M Al.

« n'avais d'Anglais ; une lois qu'ils eussent tenu le* leurs, ils n'iiiiraieii t » pus manqué d'incidents pour en demeurer là, et le restant de mes « pauvres Français fût demeuré dnus h* pontons ù éternité. Je déeln- « rai donc que je ne voulais pas d'un échange |>articl, mais bien d'un « «•change total ; elvoiei, disais-je, ce qui allait le faciliter. Jeeonvenois ■ avoir beaucoup moins d'Anglais qu'ils n'avaient de François; mais j'avais aussi d«-s Espagnols, des Portugais et outres alliés «les Anglais, - pris sous leurs bannières, dans la même cause; et, par cette nouvelle « combinaison, je présentais à mon tour une masse de prisonniers bU'ii « plus considérable que la leur. F. h bien! j'offrais de rendre le tout » pour le tout. Celte proposition déconcerta d'ab<»rd, elle fut discutée <> et repoussée. Toutefois, <|iiand on crut avoir découvert l'artifice pr<i-

• pre à se procurer le même résultat, on accéda ù ma proposition ; mais

" j'avais l'œil à tout. Il m êlait évident que si on commençai! d'abord j » |Nir échanger tout simplement Français contre Anglais, une fois

• qu'ils se sentiraient nantis, ils ne manqueraient pas-dc prétextes |kmii*

• en demeurer la, cl que nous rentrerions dans leur hypothèse première : les prisonniers anglais n'étaient guère que le tiers «les nôtivs en Angleterre. J'offris alors, |K)ur éviter tout malentendu r«H-ipr«>quc,

•• d échanger par transports de trois mille seulement à la fois ; on me

• midrait trois mille Français, contre lesquels je donnerais mille Anglais et deux mille Uanovriens, F>|>agnois, Portugais et autres. L)e la sorte, s'il survenait quelque querelle, disais-je, et qu'on s'arrêtât,

<• nous demeurions toujours dans les mêmes proportions qu'aupara- « vanl, cl sans nous être trompés les uns les autres ; que si le Unit, au « contraire, allait sans malencontre jusqu'à In lin, je promettais de

• rendre le reste par-dessus le marché. J'avais si bien deviné, que ces dé- !

• tails, si raisonnables au fond, puisque le principe en avait été adopté.

• liront jeter les hauts cris; on rompit tout, et on se sépara. Néan- «- moins, soit que les ministres anglais tinssent réellement à ravoir

• leurs compatriotes, soit qu'ils Tussent happés de mon obstination à

• ne pas me laisser duper, il paraît qu'il allaient entendre enlin à une « conclusion linale que je faisais proposer de nouveau par une von- « détournée, quand nos désastres deltussie vinrent leur rendre toiilo '< leurs espérances et détruire Ion les mes prétentions.

L'Kmpereur s'est étendu ensuite sur le bon traitement dont nous avions usé nous-mêmes envers les prisonniers que nous avons eus chez nous. Ce traitement était aussi généreux, disait-il, aussi libéral que |x>ssihle ; il n'imaginait pas qu'aucune nation eût eu In pensfa d'en éh'ver

aucun reproche. « Sous aurions eu, dirait-il, en notre faveur le témoi- « gnage et les sentiments des prisonniers mêmes; car, à l'exception de » ceux qui tenaient ardemment à leurs lois locales, ou, en d'autres < « mots, au sentiment de la liberté, ce qui se réduisait aux Anglais et « aux Kspagnols, tout le reste, les Autrichiens, les Prussiens, les H tisses,

nous demeuraient volontiers; ils nous quittaient avec peine et nous

•• revenaient avec plaisir. Celte disposition a indue plus d'une fois sur » l'opiniâtreté de leurs efforts ou de leur résistance, etc. «

L'Empereur disait encore : « J'ai eu le projet d'amener eu Kurope un « changement dans le droit et la cotilume publique à l'égard des pri- « sonniers. J'aurais voulu les enrégimenter et les faire travailler mili- « tairement à des monuments ou à de grandes entreprises, ils eussent » reçu leur solde qu'ils eussent gagnée; on eut sauvé la fainéantise et « tous les désordres qu'amène d'ordinaire parmi eux leur complète oisi-

veté; ils eussent été bien nourris, bien vêtus, et n'eussent manqué de « rien, sans coûter néanmoins à l'État, qui eut reçu leur travail en « équivalent; tout le monde y eut gagné. Mais mon idée ne prospéra « point au Conseil d'Étui; on m'y laissa apercevoir celle fausse phi lan- « Ihropie qui égare lant de monde. On eut l'air de regarder comme dur » et barbare de vouloir les contraindre au travail. On laissa voir qu'on « craignait les représailles, t n prisonnier est déjà assez malheureux

» «l'avoir perdu sa libel lé, disait-on; on ne croyait pas qu'on put avoir « des droits sur l'emploi de son temps ni sur une partie de ses actions.

— Mais c'est là l'abus dont je me plains, disais-je, et que je voudrais « corriger. Lu prisonnier peut et doit s'attendre à des gènes légitimes; » et celles que je lui iuflige sonl pour son bieu autant que pour celui

d'aulrui. Je n'exige [mis de lui plus de peine, plus de fatigue, mais « moins de danger que dans son état habituel et journalier. Vous crai-

gnez les représailles, que l'ennemi ne traite de la sorte nos Français? « Mais plut au ciel! Ce serait ce que j'estimerais le plus heureux du » monde! Je verrais mes matelots, mes soldais occupés aux champs •■ ou sur des places publiques, au lieu de les savoir ensevelis vivants au « fond de leurs affreux pontons. On me les renverrait sains, laborieux, « endurcis au travail, et chacun, dans chaque pays, laisserait après soi - des travaux qui dédommageraient en quelque chose des funestes ra- « vages de la guerre, etc. Par accommodement on arrêta l'organisation •• de quelques corps de prisonniers comme travailleurs volontaires « ou quelque chose de la sorte, mais ce n'étail nullement là taule mon « idée. »

Amer»; graiulr* intention* «lr .1 )»>l«-..ti à Mtn «'fianl ; unr «Ir* <miiv> île *a ihulr. — l.riiirrm wnlimnil» nul font rrfiiH<r le Iraiti' <:hatiHon. -Travaux ■wltllim. llHlllillll|U <*!«'. — Rapport 1 ■fin i. I wr l i-n ;nt-.- «m IM3. — Total <!<»« il^priMe» rn ir.itaiu . «nm KapoMftll,

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Kmpf.reir n'est pas sorti de sa chambre. Ouand je me suis rendu auprès de lui, je l'ai trouvé très-souffrant, c'était d'une espèee de eourhature ou de transpiration arrêtée; de plus, il avait une fluxion déeidée. Il m'a retenu la plus grande partie du jour, cherchant parfois à causer, parfois encore cherchant à sommeiller. Il changeait à chaque instant de place et de situation, essayait de marcher, et revenait souvent près du feu : il avait évidemment la Oèvre.

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