‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 17 sur 89 · II. SI · texte numérisé non relu

II. SI

• par une nuire rouL et qu'il fallait laisser eelle satisfaction aux nota-

* bles des provinces, ils n'en revenaient pas inoins toujours désignés. «

Kl ceci me rappelle que dans le temps, un des ministres (Deere») me raeontait avoir eu une prise avec l'Empereur précisément à ce sujel. Il le grondait de sa nomination •< Mais. Sire, lui rcpondait-il plaisam- « ment, votre influenee est plus forle que votre velouté; j*ai heau dire >« (|iie je n'en veux pas, que eela déplaît, que vous voulez qu'ils se ré- « servent ees nominations entre eux, ils ne connaissent que votre elioix, « et je serai renommé tant que vous m'y enverrait. -

>• J'avais, disait encore l'I.mpcreur, donné des traitement» énormes «aux préfets et autres ; mai», en fait de prodigalité de ma part, fou* « «Irait-il encore savoir distinguer ce. qui est de système ou de eircon- « fiances. Celles-ci me forçaient dedonner de gros appointements, l'autre ■ m'eut conduit à obtenir gratuitement. A l'origine, lorsqu'il s'agissait «•d'attacher des individus, de recomposer une société et des mœurs à « l'avenant, de gros traitements, une véritable fortune, étaient indis- « pensables; mais Je résultat obtenu, et avec. le tcujps rentre dans t'ordre naturel, mon intention, au contraire, eut été de rendre la plupart <• des liantes fonctions à peu près gratuite». J'eusse élague les nécessi- « leux, qui jamais ne s'appartiennent à eux-mêmes, dont les besoins « pressants créent l'immoralité politique; j'eusse amené l'opinion à

f)i: S Al NTK- H RLËN »:. lOT,

• solliciter ces emplois pour la pure considération; ils fussent devenus « «l'honorable* magistratures, d'immenses justices de paix remplies par » les plus grandes for lu nés, chez qui la vocation, la philanthropie, une j « honnête ambition, eussent é é les premiers guides et le gage assure'*

j « d'une noble indépendance. Et c'est là ce qui compost* vraiment la di-

• gnité, la majesté d'une nation, ce qui en élève la renommée et rament* « la morale publique. Or notre changement de mœurs à cet égard était « devenu iudispensuble, et c'est le dégoût des pinces qui eut signalé notre « véritable retour à la haute morale. On m'a dit ici que celte avidité de > places a possé la mer pour aller infecter nos voisins : autrefois les

- vieux Anglais les dédaignaient. Voyez si aux États-Unis on en estuvide. « Cet amour dans un peuple est le plus grand échec que puisse éprou- » ver sa moralité. Quand on veut absolument des places, on se trouve « déjù vendu d'avance. Aujourd'hui les plus grands personnages en An- «■ glelerre courent après; les grandes familles, loule la pairie, les re- « cherchent. Ils se rejettent sur ce que rénormilé des laxes ne leur j « permet plus de vivre sans salaire. Pitoyable excuse! c'est que leurs j « mœurs publiques sont encore plus altérées que leurs fortunes. Quand j « on en est arrivé, dans une certaine classe, à solliciter des emplois « |K>ur île l'argent, il n'est plus pour une nation de véritable indépen- « dance, de noblesse, de dignité dans le caractère. Notre excuse à nous <- pouvait être dans les bouleversements et les commotions de notre ré- j « volution chacun avait éié dépincé, chacun se sentait duns la néees- « sité de se rasseoir; et c'est pour aider à ce lie -nécessité générale, et » pour que les sentiments délicats se détruisissent le moins possible, que | \ « j'ai cru devoir doter toutes les places de tant d'argent, de lustre et de « considération ; mais avec le temps j'eusse changé tout cela par lu » seule force de l'opinion. Et qu'on ne croie pas la chose impossible : j

tout devient facile à rinlluenee du pouvoir quand il veut diriger dans » le juste, l'honnête et le beau, clc.

« Je ménageais ù mon fds une situation des plus heureuses. J'élevais « précisément pour lui ù l'école nouvelle la nombreuse classe «les nu-

- diteurs au Conseil d'État. Leur éducation linie et leur âge venu, ils « eussent un beau jour relevé tous les postes de l'empire. Forts de nos •• principes et des exemples de leurs devanciers, ils se fussent trouvés tous ' douze à quinze ans de plus que'mon fils, ce qui l'eût placé précisément

i » entre deux générations et tous leurs avantages : la maturité, l'expé- ! « rienceet la sagesse a u-dessus; la jeunesse, la célérité, la prestesse au- «• dessous. « Et comme je m'étonnais qu'il n'eût rien laissé percer de

toutes ces grandes et belles institutions : « A quoi bon bavarder là-iles- « sus? me dit-il; on m'eut pris pour un charlatan, on «l'eût suspecté « d'insinuation, de souplesse; on se fût familiarisé à me combattre, et « je serais tombé dans le discrédit. Situé, ainsi que je l'étais, sans l'au- « torité héréditaire du l'antique tradition, privé du prestige de ce qu'ils ■ appellent la légitimité, je ne devais pas |iermettre l'occasion d'entrer « en lice vis-à-vis de moi, je devais être tranchant, impérieux, décisif. « Vous me dites qu'on a dit de moi dans votre faubourg : Que n'était-il « légitime! Si je l'eusse été, je n'aurais pas fait davantage sans doute,

• mais il m'eût été permis alors d'avoir plus de l>onhomie, etc. »

La Veodée i Cbarelte. — Laiiianiue. — Trafiéille» <l't>chyle et de Sophocle, etc. — Véritable» tragédie* chei le» Romain*. - M Mi dit. de Seutquei mnguUrilé.

Vmdradi g

L'Empereur a travaillé avec l'un de nous, ce qui nous a fort réjouis, en nous prouvant qu'il se trouvait mieux.

11 m'a fait demander avant dîner. Le travail semblait l'avoir animé; il était fort causant, et nous marchions dans son appartement. La Vendée, ses troubles, les chefs qu'elle a montrés, ont été un des sujets remarquables de la conversation.

Charette était le seul dont il fît un cas tout particulier. • J'ai lu une « histoire de la Vendée. Si les détails, les portraits sont exacts, disait-il, « Charette est le seul grand caractère, le véritable héros de cet épisode

• marquant de notre révolution, lequel, s'il présente de grands mal-

• heurs, n'immole pas. du moins notre gloire. On s'y égorge, mais on « ne s'y dégrade point ; on y reçoit des secours de l'étranger, mais on n'a « pas la honte d'être sous sa bannière et d'en recevoir un salaire jour- « nalier pour n'être pas l'exécuteur de ses volontés. Oui, a-t-il continué, « Charette me laisse l'impression d'un grand caractère; je lui vois faire « des choses d'une énergie, d'une audace peu commune ; il laisse percer

• du génie. * Je lui disais avoir beaucoup connu Charette dans mon enfance. Nous avions été gardes de la marine ensemble à Brest; nous y avions partagé longtemps la même chambre, mangé à la même table, et il avait fort surpris par ses exploits et sa brillante carrière tous ceux de nous qui avaient été liés avec lui. Nous avions jugé Charette assez commun, de peu d'instruction, volontiers atrabilaire, et surtout extrêmement indolent : pas un de nous qui l'eût condamné à demeurer dans la foule des insignifiants. Il est bien vrai qu'à mesure qu'il prenait de l'éclat, nous rappelions et nous aimions à faire ressortir qu'à une de ses premières campagnes dans la guerre d'Amérique, et ne devant

I) E S AINTE-H£LENE. ' 405

être encore qu'on enfant, sortant de Brest, durant l'hiver, sur un cutter, son bâtiment perdit son màt, cequi, pour ce genre d'embarcation, équivaut à une perte presque certaine. Le temps était si épouvantable et la mort si infaillible, que les matelots, à genoux et l'esprit perdu, se refusèrent à tout travail qui eût pu les sauver. Le garde de la marine Charette, malgré son extrême jeunesse, en tua un pour contraindre les autres à travailler; il parvint en effet, par ce terrible exemple, à décider tout le reste, et Ion sauva le bâtiment.» Eh bien ! voyez, disait l'Em- « pereur, le vrai caractère perce toujours duns les grandes circonstances ;

• voilà l'étincelle qui signale le héros de la Vendée. 11 ne faut pas tou- « jours s'y méprendre, il est des dormeurs dont le réveil est terrible. « Kléber aussi était d'habitude un endormi ; mais dans l'occasion, et « toujours au besoin, il avait le réveil- du lion. » J'ajoutais avoir maintes fois entendu raconter à Charette que, dans un certain moment et dans un élan spontané, les matelots du cutter s'étaient écriés, d'une commune voix, qu'ils faisaient vœu d'aller en chemise et pieds nus, porter un cierge à Notre-Dame de Recouvrance ( portion de Brest), si elle obtenait leur salut : « Et vous en croirez ce que vous voudrez, nous ajou- j

• tait naïvement Charette, mais il est de fait qu'à peine ils eurent fini « de prononcer leur prière, que le vent tomba subitement, et que, dès «cet instant, commencèrent nos espérances de salut. » Et les matelots, au retour, leurs officiers en tète, accomplirent dévotement leur vœu. Du reste, disais-je, ce ne fut pas la seule circonstance miraculeuse du petit cutter. On était au mois de décembre, la nuit fort longue et des plus obscures, on se savait au milieu des récifs; mais, privé du mât et de tout secours nautique, on flottait à l'aventure, n'attendant de salut que du ciel, quand on entendit le son d'une cloche. On sonda, et, trouvant très-peu de fond, on jeta l'ancre. Quelles ne furent pas, au point du jour, la surprise et la joie de se voir à l'entrée de la rivière de Landernuu ! la cloche qu'on avait entendue était celle de la paroisse voisine. Or le bâtiment avait merveilleusement traversé les innombrables écueils dont est semée l'entrée de Brest; il avait enlilé le goulet, passé à travers trois ou quatre cents voiles qui couvraient la rade, et était venu j trouver un abri précisément à l'entrée d'une rivière, sur un point calme

et tout à fait à l'écart. « Voyez, disait l'Empereur, toute la différence - du tâtonnement des hommes ù lu inarche assurée, franche de lu na-

ture ; ce qui vous étonne si fort devait arriver. Très-probab emenl i « qu'avec toutes nos connaissances humaines, le trouble, les erreurs de « nos sens eussent amené le naufrage du bâtiment. Au travers de tant de

40ti MEMORIAL

• chances malheureuses, lu nature l'a sauvé sans hésitation, la marée

• s'en est saisie, et la force du courant l'a conduit sans péril préeisé- « ment au milieu de chaque chenal ; de la sorte il ne devait, il ne pou- «■ vait pas périr, etc. »

Et revenant sur la guerre de la Vendée, il a rappeléqu'il avait été tiré de l'armée des Alpes pour passer à celle de la Vendée, et qu'il avait préféré donner sa démission à poursuivre un service dans lequel, d après les impulsions du temps, il n'eut pu concourir qu'a du mal, sans pouvoir personnellement prétendre à aucun bien. Il a dit qu'un des premiers soins de son consulat avait été de pacifier tout à lait ce malheureux pays, et do lui faire oublier ses désastres. Il avait beaucoup fait pour loi. La population en avait été reconnaissante ; et, quund il l'avait traversé, les piètres mêmes uvuieut semblé lui être sincèrement des plus favorab'es. » Aussi, ajoutait-il, les dernières insurrections n'a- « vaient-elles plus le même caractère que la première ; ce n'était plus •> du pur fanatisme, mais seulement de l'obéissance passive à une aristo- « cratie dominatrice. Quoi qu'il en soit, Lamarque, que j'y avais en* « voyé au fort de la crise, y fit des merveilles et sui|>assa mes espé- » rances. » Kt do quel poids n'eussent pas pu devenir ses actes dans la grandi1 lutte' car les chefs vendéens les plus distinguée, oeuj sans doute

qui recueillent en ce moment les bienfaits de la cour, oui reconnu.

H K SAIÎSTI'-HÉLKNK 407

entre les mains de ce 'général, Napoléon pour empereur, même après Waterloo, même après son abdication. Fut-ce de la part de Lnmarque ignorance du véritable état des choses, ou seulement pure fantaisie du vainqueur? Toutefois le voilà dans l'exil ; il est du nombre des trentehuit. C'est qu'il est plus facile de proscrire que de vaincre, etc., etc.

11 a pris envie à l'Empereur de venir dîner avec nous; c'était la première fois depuis son incommodité, c'est-à-dirè depuis seize jours. Cela nous semblait une petite fêle; toutefois nous ne pouvions nous empêcher de remarquer avec douleur une «ronde altération dans tousses traits et des traces visibles d'une aussi longue réclusion.

Après diner, on a repris les lectures, depuis si longtemps interrompues. I/Empereur nous a lu VAgamemnon d'Eschyle, dont il a fort admiré l'extrême force jointe à la grande simplicité. Nous étions frappés surtout de la gradation de terreur qui caractérise les productions de ce père de la tragédie.. Et c'est pourtant là, faisait-on observer; l'étincelle première à laquelle se rattache notre belle lumière moderne.

Après VAgamemnon d'Eschyle, l'Empereur a fait venir VOEdipe de i Sophocle, qui nous a également fait le plus grand plaisir, et l'Empereur ! a répété qu'il regrettait fort de ne l'avoir point fait jouer delà sorte à Saiut-Cloud.

l'aima avait toujours combattu cette idée ; mais l'Empereur disait être rûchéde n'avoir |M»int insisté : « Non que j'eusse voulu essayer, ajou- « tait-il, d'en ramener In mode ou corriger notre théâtre. Dieu m'en •garde! mais seulement parce que j'eusse aimé à juger des impressions «de la facture antique sur nos dispositions modernes. » Il était persuadé qu'un Ici spectacle eût fait grand plaisir, et il se demandait quel effet eussent pu produire, avec notre goût moderne, le coryphée elles elueurs grecs, elr.

Il a passé de là à VOEdipe de Voltaire, qu'il a beaucoup vante. Cette pièce lui présentait, disait-il, la plus belle scenede notre théâtre. Quant à ses vices, les amours si ridicules de Philoctète, par exemple, il ne fallait point en accuser le poète, mais bien les ma>iirs du temps et les grandes actrices du jour, qui imposaient la loi. Cet cloge de Voltairej nous a frappés il était nouveau pour nous, tant il était rare dans la i bouche de I Empereur.

A onze heures, et déjà couché, l'Empereur m'a fait appeler et a continué à causer sur notre théâtre et sur celui des Crées et des Romains, au sujet desquels il a dit beaucoup de choses fort curieuses.

D'abord il s'étonnait que les Romains n'eussent point de tragédies;

puis il convenait qu elles eussent été peu propres à les émouvoir sur le I théâtre ; qu'elles se donnaient en réalité dans leurs cirques.» Les com- ! « bals des gladiateurs, disait-il, celui des hommes livrés aux bêles « féroces, étaient bien autrement terribles que toutes nos scènes dra- •< ma tiques ensemble , et c'étaient là, du reste, les seules tragédies, » remarquait-il, propres à la trempe robuste, aux nerfs d'acier des « Romains. »

Toutefois les Romains ont eu, disions-nous, quelqûes essais de tragédie produite par Sénèque; et sa Médit, par parenthèse, présente une circonstance bien bizarre : c'est que le chœur y prédit distinctement la découverte de l'Amérique, opérée quatorze cents ans plus tard. « Un « nouveau Typhon, y est-il dit, enfant de la terre, ira, dans les siècles « à venir, découvrir vers l'Occident des régions éloignées, et Thulé ne « sera plus l'extrémité de l'univers '. »

I.Emperenr heaiieoap mieux. — Lai Muter! — Madame Hegnault de Salnt-Jean-d'Angely.— Lesctan impératrices. — l)*ï>cu«« de Joséphine ; mécontentement <le l'Empereur ; anecdote* cararti'riiUiiiie* de l'Km|i*r*ur.

L'Empereur était infiniment mieux; entouré de nous, il parlait des prodiges du début de sa .carrière, et disait qu'ils avaient du créer une grande impression dans le monde. Une telle impression, a repris quelqu'un, qu'on avait été tenté d'y apercevoir du surnaturel ; et a ce sujet, il a cité une anecdote qui, dans le temps, avait couru les salons de Paris. Un nouvelliste, disnis-je, entre tout effaré dans un cercle, annonçant que Bonaparte vient de périr à l'instant : il raconte l'explosion de la machine infernale, et termine en disant : « Le voilà sauté en l'air! — Lui sauter l s'écria un vieil Autrichien qui avait écouté de toutes ses oreilles, et qui avait encore présentes toutes les crises désespérées dont il avait vu sortir miraculeusement le jeune général de l'armée d'Italie; lui sauter l Ah! vous connaissez bien votre homme! et moi je vous gage qu'à l'heure qu'il est, il se porte mieux que nous tous. Je le connais de longue main avec toutes ses drôleries. »

Dans un autre moment madame Regnault de Saint-Jean-d'Angely ayant élé mentionnée, et quelqu'un ayant dit à l'Empereur combien

: Veulent anim

.secula »i'rie< i|iiibus Oreann»

Vincnla rerom laxrt. et msen* Paleat lelln», 'i;i>hmpie novim Dclrgal orbe», ner «Il terri» ultinia Tnule.

Hn du ehtrur du V acte drln UMted, Sén^ur.

elle avait montré d'attachement pour lui durant son séjour à l'île» d'Elbe : « Qui? elle ! s'est écrié l'Empereur avec surprise et satisfaction. « — Oui, Sire. — Ah ! pauvre femme, a-t-il ajoulé avec le gesle et l'ac- « cent du regret; et moi qui l'avais pourtant si maltraitée! Eh bien ï « voilà qui paye du moins pour les renégats que j'avais tant com- « blés !.... » Et après quelques secondes de silence, il a dit significativement : « Il est bien sùr qu'ici-bas on ne connaît véritablement les Ames « et les sentiments qu'après de grandes épreuves ! »

L'Empereur, à dîner, était fort bien, très-content et môme gui ; il se félicitait d'avoir passé sa dernière crise sans s'être soumis à la inéde- j rine, sans avoir payé tribut au docteur; et c'est ce qui fâchait celui-ei, j disions-nous; il se serait contenté de si peu, le plus léger acte eût sufli ! Il n'eût demandé que le billet de confession du clergé, disait l'Empereur, tout en riant beaucoup de la chose, et ajoutant que par pure complaisance il avait été jusqu'à essayer un gargarisme qu'il avait trouvé d'une acidité violente et qui lui avait fait mal, faisant observer en cela qu'il ne lui fallait que des remèdes extrêmement doux, tous les autres le crispant infailliblement. •< Au physique comme au moral, disait-il, il j « faut me prendre par la douceur, autrement je me cabre. «

\jè cours de la conversation a conduit l'Empereur encore une fois sur le compte des impératrices Joséphine et Marie-Louise. Il a multiplié sur elles les détails les plus aimables et les plus circonstanciés, el \ a terminé par son adage ordinaire, que l'une était les grâces et Unis leurs charmes; l'autre, l'innocence et tous ses attraits.

L'Empereur détaillait ce qu'avait coûlé la Malmaison : environ 3 ou j i 400,000 francs, c'est-à-dire tout ce qu'il possédait alors, disait-il ; et il I énumérait ensuite tout ce que pouvait avoir reçu de lui l'impératrice Joséphine ; concluant qu'avec un peu d'ordre et de régularité seulement, elle aurait dù laisser des millions. - Son gaspillage, disait l'Empereur, « faisait mon supplice. Calculateur comme je le suis, il devait être dans •■ ma nature d'aimer mieux donner un million que de voir gaspiller « 100,000 francs. » Il nous racontait comment, étant tombé un jour sans être attendu dans le petit cercle du matin de Joséphine, il avait trouvé une dame professant, à la lettre, modes et chiffons. « Mon appari- ; ■ tion subite causa, disait-il, un grand désordre dans la séance ucadémi- » que. C'était .une célèbre marchande de modes, une de ces fameuses du " jour à laquelle j'avais fait défendre positivement d'approcher de l'ini- * pératrice, qu'elle ruinait. Je donnai quelques ordres inaperçus, et à sa I « sortie on s'en empara ; elle fut conduite à Bicètre. Ce fut un grand bruit

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« dans tout Paris, le plus grand dos scandales, disait-on. Le hon ton fut « de lui rendre visite, et il y eut à sa porte une file de voitures. La po- « liée vint m'en faire part. Tant mieux, dis-jc; vous ne lui avez point

- fait de mal ? elle n'est point an cachot ? — Non, Sire, elle a plusieurs « pièces, elle tient salon. — Eh bien ! laissez crier; tant mieux si l'on « prend ceci pour un acte de tyrannie, ce sera un coup de diapason pour •■ un grand nombre ; très-peu leur montrera que je pourrais faire beau- " eoup, etc. » Il nous a ci té aussi un autre célèbre modiste, qu'il disait être le plus insolent personnage qu'il eût jamais reneonlré dans toute sa carrière. « Lui ayont adressé la parole, disait .Napoléon, un jour que ; <- j'examinais un trousseau de famille fourni par lui, il avait ose m'en- « (reprendre, moi, a qui, rertes, on ne mangeait pas dans In main ; il «. fit ce que personne en France n'eût osé tenter : il se mit à me démon- « trer fort abondamment que je ne donnais pas assez à l'impératrice

- Joséphine, qu'il devenait impossible de l'habiller il ee prix. Je l'arrêtai » au milieu de son impertinente éloquence d'un seul regard : il on nV- « meurn comme terrassé. »

Après le dîner, l'Empereur rentré dans sa chambre, et dans son lit , toussant beaucoup ■ <• J'aurai pris trop de tabac sans y songer, m'a- " t-il dit : je suis une béte d'habitude, la conversation m'aura distrait vous devriez, mon cher, dans pareil cas, m'ôter ma tabatière : c'est ainsi qu'on sert ceux qu'on aime, etc.. etc. »

Miorn- mr le* Sr.inil.« r-mle*.- iHmiourie» pin» audacieux que \.i|>o]ton.— IWlaiU «ui l.i prince*-, c.h.ii'l.iito .h- uailr*. Ir prince l.<S.|>..M de s.ive-«:..|M>nrg , rte.

Omt.incl* 10.

Depuis quelques jours, l'Empereur, dans ses lectures, s'occupe de I guerre, de fortifications, d'artillerie, etc. Il a parcouru Vauban, leDic- ! tionnairc de Gassendi, quelques campagnes de la révolution, et la tac- I tique de Guihert. qui l'attache fort. En revenant à ee sujet, sur des généraux déjà cités plusieurs fois ailleurs : « Ils ne savaient, disait-il, « faire la guerre que sur les grandes roules et à la portée du canon.

lorsque leur champ de bataille eût dû embrasser la tololité du « pays. »

A dîner il a parlé de In campagne deDumouriez en Champagne, qu'il venait de lire. Il faisait peu de cas du duc de Brunswick, qui, avec un projet offensif, n'avait fait, disait-il* que dix-huit lieues en quarante jours. Mais, d'un autre côté, il blAmnit fort Dumouriez, dont il avait trouvé la position trop audacieuse. « Et de ma part on doit prendre cela

DE SA1NTË-UÉLÉNE. 4M

« pour beaucoup, a-t-il ajouté, cor je roe regarde comme l'homme le j •• plus audacieux en guerre qui peut-être oit jamais existé, et bien cer- - tainement je ne serais pas resté dans la position de Dumouriez, tant » elle m'eût présenté de dangers. Je n'explique sa manœuvre qu'en me « disant qu'il n'aura pas osé se retirer. Il aura jugé encore' plus de périls j i ■ dans la retraite qu'à demeurer. Wellington s'était mis dans ce cas avecmoi le jour de Waterloo.

* Les Français sont les plus braves qu'on eonnuisse; dans quelque position qu'on les essaye, ils se battront ; mais ils ne savent pas se reti- j rer devant un ennemi victorieux. S'ils ont le moindre échec, ils n'ont plus ni tenue ni discipline ; ils vous glissent dans lu muin. Voilà, je suppose, quel aura été le calcul de Dumouriez, ete. ; ou bien encore, peut-être, quelque négociation secrète que nous ignorons. <> Dans le jour, des papiers publics qu'on nous a procurés parlaient du

mariage du prince Léopold deSnxe-Cobourg avec la princesse Charlotte

de (ialles.

L'Empereur u dit : « Ce prince Léopold a pu être mon aide de camp, il l u sollicité de moi , et je ne sais ce qui aura arrêté sa nomination. Il est fort heureux pour lui de n'avoir pas réussi : ce titre lui aurait coûté sans doute le mariage qu'il fait en cet instant ; et puis, observait l'Empereur, qu'on vienne nous dire ce qui est heur ou malheur ici-bus dans lu vie des hommes ! . . . »

La conversation s'est engagée alors sur lu princesse Charlotte d'Anglelerre. Quelqu'un disait qu'elle était extrêmement populaire à Londres, | et donnait des signes non équivoques de beaucoup de caractère. C'était un adage parmi beaucoup d'Anglais qu'elle recommencerait Elisabeth. Elle-même, prétendait-on, n'était pas sans quelques pensées à cet égard. Je me trouvais ù Londres en 1814, précisément quand celte jeune princesse, ù la suite des outrages faits a sa mère en présence des souverains alliés, s'était évadée de chez le prince régent son père, avait sauté dons le premier liacre offert a sa vue et volé ù la demeure de sa mère, qu'elle adorait. La gravité anglaise se montra indulgente en cette occasion ; on j se plut généralement à trouver l'excuse d'une inconséquence aussi grave dans la moralité même du sentiment qui l'avait causée. La jeune princesse ne voulait plus sortir de chez sa mère ; il fallut que le duc d'York, ou un autre de ses oncles, et peut-être encore le grand chancelier d'Angleterre, vinssent la décider ù retourner auprès de son père, lui démontrant que son obstination pouvait exposer sa mère au point démettre sa vie en péril.

La princesse Charlotte avait déjà fait preuve d'un caractère trèsdécidé en refusant d'épouser le prince d'Orange, qu'elle repoussait surtout pnrce qu'elle se serait trouvée dans l'obligation, disait-elle, de vivre parfois hors de l'Angleterre : sentiment national qui la rendit encore d'autant plus chère aux Anglais.

Elle ne s'est fixée sur le prince Léopold de Saxe-Cobourg, nous disent les Anglais qui se trouvent ici, que par le seul effet de son propre choix; et elle a annoncé hautement, ajoutent-ils, qu'elle comptait sur d'heureux jours, parce qu elle n'avait eu d'autre guide que le sentiment. Ce prince lui a beaucoup plu. • Je le crois sans peine, a observé l'Em- « pereur; si je m'en souviens bien, c'est le plus beau jeune homme » que j'aie vu aux Tuileries. • On a raconté que les Anglais d'ici avaient cité, il y avait peu de jours, ce qu'ils appelaient une preuve du caractère et de la dignité de leur jeune future souveraine. Un des ministres s'élant rendu chez elle, lors des arrangements du mariage, pour des détails domestiques à régler, lui fit entendre des propositions qu'elle regarda comme peu faites pour elle. « Mîlord, lui dit-elle, avec fierté, je

- suis l'héritière de la Grande-Bretagne, je dois un jour en porter la

• couronne, je le sais, et mon arae s'est mise en rapport avec cette haute

- destinée; ainsi ne croyez pas pouvoir me traiter autrement. K'allfz « pas penser que pour épouser le prince Léopold je puisse, je veuille « jamais être mistriss Cobourg ; ôtez-vous cela de la tète, etc. »

Cette jeune princesse est l'idole des Anglais, qui se complaisent à voir en elle l'espoir d'un meilleur avenir.

L'Empereur, revenant sur le prince Léopold, qui avait dû être son aide de camp, a dit : * Une foule d'autres princes allemands briguaient « la même faveur. Lorsque j'eus créé la confédération du Rhin, les sou- » veraias qui en faisaient partie ne doutèrent pas que je ne fusse prêt à « renouveler dans ma personne l'étiquette et les formes du saint-empire . romain ; et tous parmi eux, jusqu'aux rois mêmes, se montraient em- . pressés de former mon cortège et de devenir, l'un mon grand éehan- « son, l'autre mon grand panetier, etc. Vers ce temps, les princes alle- « mands avaient, à la lettre, envahi les Tuileries ; ils en remplissaient « les salons, modestement confondus, perdus au milieu de vous autres.

• Il est vrai qu'il en était de même des Italiens, des Espagnols, des Por- « lugais, et que la plus grande partie de l'Europe se trouvait rassemblée

aux Tuileries ! .... Le fait est, a conclu l'Empereur, que sous mon règne < Paris a été la reine des nations, et les Français le premier peuple de « l'univers ! *

Divers objeb bien Important*.- Nf|tncHalk>n d Aroirn» ; débat «la Premier CoimoI en dlplomatle.- Oe 1 awlodCrsilloH «Je» peuple» de 1'Earopc- - De U conquête de lt*paRiir.

- Ranger de la Ro»ie - Beroadoltr. ^ ^

J'ai passé presque toute la journée avec l'Empereur dans sa chambre, je ne l'ai quitté que pour aller dîner.

Les conversations du jour ont été longues, pleines, et des plus intéressantes; l'Empereur se trouvait fort causant, et ses paroles, étaient | riches, rapides. Il a parcouru une foule d'objets souvent fort étrangers, | bien qu'ils fussent amenés naturellement les uns par les autres. Ils élincelaient d'idées et de faits nouveaux pour moi ; malheureusement leur nombre et leur importance même m'en ont fait perdre une partie.

Parlant des éléments de la société, il disait : « La démocratie peut être « furieuse, mais elle a des entrailles, on l'émeut; pour Y aristocratie, elle «demeure toujours froide, elle ne pardonne jamais, etc., etc. »

Dans un autre moment, et à la suite d'antécédents, il a dit : « Toutes •• les institutions ici-bas ont deux faces : celle de leurs avantages et celle ; « de leurs inconvénients; on peut donc, par exemple, soutenir et coin- j : « battre la république et la monarchie. Nul doutequ'on ne prouve facile- | « ment, en théorie, que toutes deux également sont bonnes et fort bonnes; mais en application ce n'est plus aussi aisé. • Etilorrivaitàdireque ; ! l'extrême frontière du gouvernement de plusieurs était Yanarchie ; l'extrême frontière du gouvernement d'un seul, le despotisme ; que le mieux serait indubitablement un juste milieu, s'il était donné à la sagesse humaine desavoir s'y tenir. Et il remarquait que ces vérités étaient devenues banales, sans amener aucun bénéfice ; qu'on avait écrit ù cet égard ; des volumes jusqu'à satiété, et qu'on en écrirait grand nombre encore, I sans s'en trouver beaucoup mieux, etc.

Plus tard, il lui est arrivé dédire encore : « Il n'y a point dedespo- j « tisme absolu, il n'en est que de relatif; un homme ne saurait impunément en absorber un autre. Si un sultan fait couper des têtes à son « caprice, il perd facilement aussi la sienne, et de la même façon. Il faut .. que l'excès se déverse toujours de côté ou d'autre ; ceque l'Océan en-

- vahit dans une partie, il le perd ailleurs ; et puis il est des moeurs, cer-

- tains usages contre lesquels vient se briser toute puissance. Moi, eu <r Egypte, conquérant, dominateur, maître absolu, exerçant les lois sur ■< la population par desimpies ordres du jour, je n'aurais pas osé faire

• fouiller les maisons, et il eût été hors démon pouvoir d'empêcher les

• habitants de parler librement dans les cafés. Us étaient plus libres,

• plus parleurs, plus indépendants qu'à Paris; s'ils se soumettaient ù

«être esclaves ailleurs, ils prétendaient et voulaient être libres là. Les < cafés étaient la citadelle de leurs franchises, le bazarde leurs opinions.

• Us y déclamaient et jugeaient en toute hardiesse : on n'eût pu venir à bout de leur fermer la bouche. S'il m'est arrivé d'y entrer, on s'y intimait devant moi, il est vrai; maisc'étaitaffuired'estime personnelle : j'étais le seul, on ne l'eût pas fait pour mes lieutenants, etc.

< Quoi qu'il en soit, disait-il à la suite d'autres objets, voici le pouvoir " île l'unité et de la concentration : ce sont des faite propres à frapper même le dernier vulgaire. La France, livrée aux tiraillements de plusieurs, allait périr sous les coups de l'Europe réunie; elle met le gouvernail aux mains d'un seul, et aussitôt, moi, Premier Consul, je « donne la loi à toute l'Europe.

- Ce fut un singulier spectacle que de voir les vieux cabinets de l'Europe ne pas juger l'importance d'un tel changement, et continuer à se conduire avec l'unité et la concentration, comme ils l'avaient fait avecla multitude ell'éparpillage. Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est que Paul, qui a passé pour un fou, fut le premier qui, du fond de sa llussie, apprécia cette différence; tandis que le ministère anglais, ré-

■■■ puté si habile et de tant d'expérience, fut le dernier. Je laixse de côté 1rs « ah$iraetions de votre révolution, m'écrivait Paul,/? me tims à un fait, il me suffit : à mes yeux vous êtes un gouvernement. <t je vous parte, « parce que nous pouvons nous entendre et que je puis traiter.

- Quant au ministère anglais, il me fallut vaincre et forcer partout à la paix, l'isoler absolument du reste de l'Europe pour parvenir à m'en faire écouter ; et encore n'enlra-t-il en pourparler avec moi qu'en se

i - traînant dans les ornières de la vieille routine. Il essayait de m'amu-

- scr par des longueurs, des protocole?, des formes, des étiquettes, des

- antécédents, des incidents, que sais-je? Je ne lis qu'en rire, je mesen- " lais si puissant! ! !

« ( n terrain tout nouveau demandait des procédés tout nouveaux : mais les négociateurs anglais ne semblaient se douter ni du temps, ni des choses, ni des hommes. Ma manière les déconcerta tout à fait. Je

• débutai avec eux en diplomatie comme j'avais fait ailleurs dans les armes. Voici mes propositions, leur dis-je tout d'abord : nous sommes maîtres de la Hollande, de la Suisse, je les abandonne contre les restitutions que vous aurez à faire ii nous ou à nos alliés ; nous sommes

. maîtres aussi de l'Italie : j'en abandonne une partie et conserve l'autre, atin de pouvoir diriger et garantir l'existence et la durée de tout : voila . mes bases ; à présent édifiez autour de ce qu'il vous plaira, peu m'im-

■ porte; mais le luit el le résultat doivent demeurer tels; je n'y change- « raie rien. Je ue prétends point acheter de vous des concessions, mais « faire des arrangements raisonnables, honorables et durables ; voilà « mon cercle. Vous ne vous don te?., à ce que je vois, ni de nos situations, • ni de nos moyens respectifs; je ne crains ni vos refus, ni vos efforts. « ni tous les embarras que vous pourriez me créer ; j'ai les bras forts, je - ne demande qu'à porter.

« Ce langage inusité, continuait l'Empereur, eut son effet; on n'avait » prétendu que nous amuser ii Amiens, et l'on y traita sérieusement. « Ne sachant par où me toucher, ils m'offrirent de me faire roi de France. J'en levai les épaules de pitié. Ils s'odressoient bien... Roi par

« lu grâce de l'étranger!... .Moi qui me trouvais déjà souxeraiu par la » volonté du peuple!...

« L'ascendant que je m'étais donné était tel, que durant les négociations mêmes je me fis adjuger par les Italiens la présidence de leur république, et que cet acte, qui, dans la diplomatie ordinaire de l'Eu- • rope, eût enfanté tant d'incidents, n'interrompit, n'arrêta rien : on " n'en conclut pas moins, tant mo brusque franchise m'avait plus servi « que n'eussent pu faire toutes les finasseries d'otage. Bien des pam-

» phletset bien des manifestes qui ne valent guère mieux m'ont accusé -> de perfidie, de manquer de foi et de parole dans mes négociations : •• je ne les méritai jamais ; les autres cabinets, toujours. » A Amiens, du reste, a-t-il dit, je croyais de très-bonne foi le sort de la Fronce, celui de l'Europe, le mien fixés, la guerre finie. C'est le ea- < binet anglais qui a tout rallumé, c'est à lui seul que l'Europe doit tous « les fléaux qui ont suivi, lui seul en est responsable. Pour moi, j'allais

• me donner uniquement à l'administration de la France, et je crois que j'eusse enfanté des prodiges. Je n'eusse rien perdu du côté de la

- gloire, mais beaucoup gagné du côté des jouissances ; j'eusse fait la " conquête morale de l'Europe, comme j'ai été sur le point de l'accom- •• plir par les armes. De quel lustre on m'a privé!

« On ne cesse de parler de mon amour pour la guerre; mais n'ai-je ■< pas été constamment occupé à me défendre? Ai-je remporté une seule

• grande victoire que je n'aie immédiatement proposé la paix?

« Ee vrai est que je n'ai jamais été maître de mes mouvements : je

- n'ai jamais été réellement tout à fait moi.

• Je puis avoir eu bien des plans, mais je ne fus jamais en liberté d'en exécuter aucun. J'avais beau tenir le gouvernail, quelque forte •< que fût la main, les lames subites et nombreuses l'étaient plus en-

- core, et j'avais la sagesse d'y céder plutôt que de sombrer en voulant " y résister obstinément. Je n'ai donc jamais été véritablement mon

« maître, mais j'ai toujours été gouverné par les circonstances; si bien '

qu'au commencement de mon élévation, sous le consulat, de vrais " amis, mes chauds partisans, me demandaient parfois, dans les meilleures intentions et pour leur gouverne, où je prétendais arriver; et je répondais toujours que je n'en savais rien. Ils en demeuraient frappés, j peut-être mécontents, et pourtant je leur disais vrai. Plus tard, sous ! l'empire, où il y avait moins de familiarité, bien des figures sem- " blaient me faire encore la même demande, et j'eusse pu leur faire la << même réponse. C'est que je n'étais point le maître de mes actes, parce " que je n'avais pas la folie de vouloir tordre les événements à mon " système ; mais au contraire je pliais mon système sur la conlexture ■ imprévue des événements ; et c'est ce qui m'a donné souvent les appa- 1 « rences de mobilité, d'inconséquence, et m'en a fait accuser parfois ; :

- mais était-ce juste? »

Et après avoir traité beaucoup d'autres sujets encore, l'Empereur, plus loin, disait : « Une de mes plus grandes pensées avait été l'agglomé- » ration, la concentration des mêmes peuples géographiques qu'ont dis-

DK S Al INTK-HBI. KN K.

« sous, morcelés les révolutions et la politique. Ainsi l'on compte en « Europe, bien qu'épars, plus de trente millions de Français, quinze ■ millions d'Espagnols, quinze millions d'Italiens, trente millions d'AI- « lemands : j'eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même « corps de nation. C'est avec un tel cortège qu'il eut été beau de s'a- « vancer dans la postérité et la bénédiction des siècles. Je me sentais • digne de cette gloire !

« Après cette simplilieation sommaire," observait-il, il eiil été plus «possible de se livrer à la chimère du beau idéal de la civilisation; « c'est dans cet état de choses qu'on eût trouvé plus de chances d'arae- « ner partout l'unité des codes, celle des principes, des opinions, des « sentiments, des vues et des intérêts. Alors peut-être, à la faveur des « lumières universellement répandues, devenait-il permis de rêver, « pour la grande famille européenne, l'application du congrès améri- « cain, ou celle des amphictyons de la Grèce; et quelle perspective alors « de force.de grandeur, de jouissances, de prospérité! Quel grand cl » magnifique spectacle!...

i L'agglomération des trente ou quarante millions de Français était » faite et parfaite; celle des quinze millions d'Espagnols l'était à peu « près aussi ; car rien n'est plus commun que de convertir l'accident en m principe : comme je n'ai point soumis les Espagnols, on raisonnera h désormais comme s'ils eussent été insoumettables. Mais le fait est « qu'ils ont été soumis, et qu'au moment même où ils m'ont échappé, « les eortès de Cadix traitaient secrètement avec nous. Aussi ce n'est « pas leur résistance ni les efforts des Anglais qui les ont délivrés, mais «bien mes fautes et mes revers lointains; celle surtout de m'èlre

- transporté avec toutes mes forces à mille lieues d'eux, et d'y avoir •> péri ; car personne ne saurait nier que si, lors de mon entrée dansée « pays, l'Autriche, en ne me déclarant pas la guerre, m'eut laissé quatre

« mois de séjour de plus en Espagne, tout y eut été terminé; le gou- 1 « vernenient espagnol allait se consolider, les esprits se fussent calmés, « les divers partis se seraient ralliés; trois ou quatre ans eussent pré- » senté chez eux une paix profonde, une prospérité brillante, une nation j j

- compacte, et j'aurais mérité d'eux ; je leur eusse éprgné l'affreuse ! « tyrannie qui les foule, les terribles agitations qui les attendent.

« Quant aux quinze millions d'Italiens, l'agglomération était déjà fort » avancée : il ne fallait plus que vieillir, et chaque jour mûrissait chez <■ eux l'unité de principes et de législation, celle de penser et de sentir, j « ce ciment assuré, infaillible, des agglomérations humaines, ta réu-

ii. 5"»

<- nion du Piémont h la France, celle de Parme, de la Toscane, de Home, « n'avaient fié que temporaires dans ma pensée, et n'avaient d'autre •< but que de surveiller, garantir et avancer l'éducation nationale des Italiens'. Ll voyez si je jugeais bien, et quel est l'empire des lois «communes! Les parties qui nous avaient été réunies, bien que cette < réunion pût paraître de notre part l'injure de l'envahissement, et en » dépit de tout leur patriotisme italien, ces mêmes parties ont été pré-

• eisémenl celles qui de beaucoup nous sont demeurées les plus atta- « chées. Aujourd'hui qu'elles sont rendues ù elles-mêmes, elles se « croient envahies, déshéritées, et elles le sont!...

«Tout le midi deIKiiropeeùt donc bientôt été coin pacte dclocalité?, « de vues, d'opinious, de sentiments et d'intérêts. Dans cet état de choses, » que nous eût fait le poids de toutes les nations du Mord ? quels efforts - humains ne fussent imis venus se briser contre une telle barrière!..

' l'ne aussi grattoir i le trrtni nation que celle de l'abandon fatur «le l'Italie . entendue pour la |imuierr fol» , exprimée île la sorte , en passant , nuée aussi peu d'Importance , «an» le développement d'aucuu motif, l'appui d'aucune preuve, n'eut, Je l'atone, p.i» plat de poids a me* yen» qu'on n'en doit aecoriler » ce» assertion* hasardée* qu'amené ni souvent et qu'excuse la chaleur de* simple» conversation*. Mais le lemp» et l'l).il>itiade m'oul appris que toute* celle* de .Napoléon . en pareil ca* , emportaient avec elles leur *en» plein, entier, littéral. Je le» ai trouvée» telle* toute» le» foi» «jue j'ai rencontré le* moyens de la vérilk-ation ; et je le fait observer, alin que reui qui aéraient porté» a reiwu**cr aussi ne le liment pas trop légèrement a leur tour, «an» avoir employé du moins la recherche de» preuves.

Je trouve . |»r exemple, dans une dictée de Xaiwleou au général Monlholou . |«ge I3T. un dévelop liement >i complet . ai satisfaisant de la simple phrase que J avals recueillie ite sa conversation . que Je ne puis résister à la transcrire ici.

• Napoléon, y estdl dit , voulait recréer la |»tric italienne , réunir le» Vénitiens, le» Milanais, les Piémonlais. le»(»énols, les Toscans , le* Parmesans , 1rs Mo >nais , le* lloiiiains, le» >a|iolitain* , le* Siciliens, les Sardes dan» une seule nation indépendante, lu «niée par les Alpes, les mers Adriatique , dTonie et Méditerranée: c'était le trophée immortel qu'il élevait a sa gloire. Dr grand rl puissant royaume aurait contenu la maison d'Autriche, sur lerre: et sur mer, se* flottes, réunies a celles dr Toulon , auraient dominé la Méditerranée, et prolégé l'ancienne route do commerce des Inde* par la mer Ilouftc et Suex. Itomc . capitale de cri Etat, élail la ville éternelle , couverte |iar les trois lurrièxn de» Alpes, du 1*0 et des Apennins, plus a portée que hwtc antre des trois grande» Iles. Mais Xa|*>léon avait bien des obstacles a vaincre. II avait dit a U consulte de Lyon : // »<t faut rtngt an* j'om rétablir la nation ilalirnnr.

• Trois choses s'op|x>salent a ce grand dessein : I" les |iossession» qu'avaient le» puissances élrangeres; S* l'esprit des localité* ; 5* le séjour des pa|ie» a Rotne.

• Dix an» «'étaient à pei ne écoulés depuis la consulte de Lyon, que le premier obstacle était entièrement levé : aucune puissance étrangère ne possédait plut rien en Italie: elle était tout entière son* l'inflnencr immédiate de l'Empereur. La destruction de la république de Venise , du n i de Sard.iigiic. dn grand -duc de Toscane , la réunion a l'euipirc du patrimoine de Saint- Pierre, avaient fait disparaître te second obstacle. Comme ces fondeur* qui. ayant transformé plusieurs pièce* de jielit calibre en museule de W. les Jeltent d'abord dan» le liant fourneau |wur les décomposer, le* réduire en fusion ; de même le» petits État» avaient été réuni' a l'Autriche ou * la France |smr être réduits en élément», perdre leurs souvenirs , leur prétention» , et se trouver pré|»arés au moment de La fonle. lys Vénitien» . réuiU» |iendanl plusieurs année* a la monarchie autrichienne , avaient senti toute l'amertume d'être soumis aux Allemand». Lorsque ces peuples rentrèrent sou» la domination Italienne, ils ne s'inquiétèrent pas U leur ville serait U capitale, si leur gouvernement serait plu» ou moin» aristocratique. La même révolution «opéra en Piémont . a Gène», a Itomc , brisés par le grand mouvement de l'empire français.

• II n'y avait plus de Vénitiens, de Piémonlais, de Toscan»; tous le» habitant* de la Péninsule n'étaient pins qu'Italiens i tout était prêt pour créer la grande patrie italienne. I.e grand-duché de Berg était vacant pour U dynastie qui occupait momentanément le troue de Naplcs. L'Empereur attendait avec Impatience la naissance de son second lit» pour le mener a Rome, le ronronner roi «ïlt.ilir. et proclamer l'indépendance île la belle péninsale sou» la régence du prince Eugène. •

Ï)K SAI NTK- n ËLÈXE. <«» \

« I /agglomération des Allcinandsdemondnit plus détenteur, aussi n'a- j [

- vais-jo fini que simplifier leur monstrueuse complication ; non qu'ils j « ne fussent préparés pour la centralisation : ils l'étaient trop au cou- | « traire, ils eussent pu réagir aveuglément sur nous avant île nous eom- \

• prendre. Comment est-il arrivé qu'aucun prince allemand n'ait jugé j j I « les dispositions de sa nation, ou n'ait pas su en profiler? Assurément

] « si le ciel m'eût fait naître prince allemand, au travers des nom- » breuses crises de nos jours, j'eusse gouverné infailliblement les

- trente millions d'Allemands réunis ; et pour ce que je crois connaître j

- d eux, je pense encore que, si une fois ils m'eussent élu et proclamé, [ ■ ils ne m'auraient jamais abandonné, et je ne serais pas ici... » Alors ; ont suivi des détails et des applications douloureuses. Puis il a repris :

- Quoi qu'il en soit, celle agglomération arrivera tôt ou tard par la | « force des choses; l'impulsion est donnée-, et je ne pense pas qu'après

» ma chute et la disparition de mon système, il y ait en Euro|ie d'autre j « grand équilibre possible que l'agglomération et la confédération des

• grands peuples. Le premier souverain qui, nu milieu de la première « grande mêlée, embrassera de bonne foi la cause des peuples, se trou-

• vera à la tète de toute l'Europe, et pourra tenter tout ce qu'il voudra.

« Que si on me demande à présent pourquoi je ne laissais (mis trans- « pirer alors de pareilles idées? |M>urquoi je ne les livrais pas à la disj - cussion publique? Elles eussent été si populaires, me dira-Uni, et ! « l'opinion m'eut été d'un renfort si immense! Je réponds que la mal- « veillance est toujours beaucoup pUis active que le bien ; qu'il existe «aujourd'hui tant d'esprit parmi nous, qu'il domine aisément le bon

• sens, et peut obscurcir à son gré les points les plus lumineux ; que li-

- vrerdesi hauts objetsà la discussion publique, c elait les livrer à l'cs-

• prit de coterie, aux passions, à l'intrigue, au commérage, et n'obtenir « pour résultat infaillible que discrédit et opposition. Je calculais donc « trouver un bien plus grand secours dans le secret; alors demeurait « comme en auréole autour do moi ce vague qui enchaîne la multitude " et lui plait; ces spéculations mystérieuses qui occupent, remplissent " tous les esprits; enltn ces dénoùments subits et brillants reçus avec « lant d'applaudissements et qui créent tant d'empires. C'est ce même

- principe qui m'a fait courir malheureusement si vite à Moscou : avec j « plus de lenteur j'eusse paré à tout; mais je m'étais mis dans l'ohliga-

» lion de ne pas laisser le temps de commenter. Avec ma carrière déjà

• parcourue, avec mes idées pour l'avenir, il fallait que ma marche et j « mes succès eussent quelque chose de surnaturel. » Et alors l'Empereur i

est passé à l'expédition de Russie, réglant une grande purlie des choses que j'ai dites ailleurs. Je ne reproduis ici que ee qui m'a paru neuf.

« Kt voici encore, disait-il, une autre circonstance où on a pris l'ac- « cident pour le principe. J'ai échoué contre les Musses; de là ils sont « inattaquables chez eux, invincibles ; mais pourtant à quoi cela a-t-il « tenu ? Qu'on le demande à leurs fortes tètes, à leurs hommes sapes et « réfléchis; qu'on consulte Alexundre lui-même et ses sentiments d'a- « lors; sont-ce les efforts des Russes qui m'ont anéanti ? Non, la chose » n'est due qu'à de purs accidents, qu'à de véritables fatalités : c'est « uoe capitale incendiée en dépit de ses habitants, et |wr des intrigues étrangères; c'est un hiver, une congélation dont l'apparition « subite et l'excès furent une espèce de phénomène: ce sont de faux rap- « ports, de sottes intrigues, de la trahison, de la bêtise, bien des choses « enfin qu'on saura peut-être un jour, et qui pourront atténuer ou « justifier les deux fuutes grossières en diplomatie et en guerre que l'on « a le droit de m'adresser : celle de m'ètre livré à une telle entreprise, " en laissant sur mes ailes, devenues bientôt mes derrières, deux cabinets dont je n'étais pas le maître, et deux armées alliées que le moin- « dre échec devait rendre ennemies. Mais pour tout conclure enfin sur « ce point, et même annuler tout ce qui précède d'un seul mot, c'est » que cette fameuse guerre, celte audacieuse entreprise, je ne l'avais » pas voulue; je n'avais pas eu l'envie de me battre; Alexandre ne l'a- « vailpas davantage, mais une fois en présence, les circonstances nous « poussèrent l'un sur l'autre : la fatalité fit le reste. »

Kt, après quelques moments d*un silence profond, et comme se réveillant, l'Empereur a repris : « Kt un Français a eu en ses mains les « destinées du monde! S'il avait eu le jugement et l'àme à la hauteur « de sa situation, s'il eût été lion Suédois, ainsi qu'il l'a prétendu, il •< pouvait rétablir le lustre et la puissance de sa nouvelle patrie, re- « prendre la Finlande, être sur Pétersbourg avant que j'eusse atteint

- Moscou. Mais il a cédé à des ressentiments personnels, à une sotte

- vanité, à de toutes petites passions. Iji tète lui a tourné, à lui, ancien » jacobin, de se voir recherché, encensé par des légitimes; de se troii- ■ ver face à face en conférence de politique et d'amitié avec un empe- » reur de toutes les Russies, qui ne lui épargnait aucunes cajoleries. •< On assure qu'il lui fut même insinué alors qu'il pouvait prétendre à

- une de ses sœurs en divorçant d'avec sa femme; et, d'un autre côté,

- un prince français ( M. le comte d'Arlois) lui écrivait qu'il se plaisait « à remarquer que le Réarn était le berceau de leurs deux maisons!

OH SAINTE-HÉLÈNE. 421 « Iternadotte! Sa maison! et de la part de M. le comte d'Artois !

«Dans sonenivrenient.il sacrifia sa nouvelle patrie et l'ancienne, « sa propre gloire, sa véritable puissance, la cause des peuples, le sort « du monde! C'est une faute qu'il payera chèrement! A peine il avait « réussi dans ce qu'on attendait de lui, qu'il a pu commencer à le sen- « tir : il s'est même, dit-on, repenti ; mais il n'a pas encore expié.

• Il est désormais le seul parvenu occupant un trône; le scandale ne « doit pas demeurer impuni, il serait d'un trop dangereux exemple!... »

L'Empereur a jieu île roolUtiee .Un* l'issue .le mx — Théinlstoclr. — a un moment la pensée, dan» la crise lie 1811, de rétablir lui-même ici Bourbon*. — Ouvrage dn Itaron Faku sur La cri*c tic «114. — Abdication de Fontainebleau ; particularité». - Traite de Fontainebleau, etc., clc

M.tdl I».

1/Kmpereur, revenant sur son apparition de l'île d'Elbe et sa seconde chute à Waterloo, y a mêlé quelques paroles remarquables. « Il estsur, «■ disait-il, que dans ces circonstances je n'avais plus en moi le senti- « ment du succès définitif; ce n'était plus ma confiance première : soit •• que l'âge, qui d'ordinaire favorise la fortune, commençât à m'échu p- « per, soit qu'à mes propres yeux, dans mu propre imagination, le mer- « vei lieux de ma carrière se trouvât entamé, toujours est-il certain que

• je sentais en moi qu'il me manquait quelque chose. Ce n'était plus <• cette fortune attachée à mes pas, qui se plaisait à me combler, c'était " le destin sévère auquel j'arrachais encore, comme par force, quelques » faveurs, mais dont il se vengeait tout aussitôt; air il est remarquable «que je n'ai pas eu alors un avantage qu'il n'ait été immédiatement suivi « d'un revers.

« J'ai traversé la France, j'ai été porté jusqu'à lu capitale par l'élan « des citoyens et au milieu des acclamations universelles; mais à peine <• étais-jedans Paris que, comme par une espèce de magie, et sans aucun

• motif légitime, on a subitement reculé, on est devenu froid autour de <• moi.

i J'étais venu à bout de me ménager des raisons plausibles, d'obtenir «un rapprochement sincère avec l'Autriche; je lui avais expédié des « agents plus ou moins avoués 1 . Mais Munit se trouva là avec sa fatale

' Entre antres le baron de Stauard, dont le dévouement connu lui mérita la confiance d'être chargé par Napoléon «l'aller négocier, au congrès de Vienne, le maintien de la paix de Pari*,- mais U ne put aller au delà de LinU ; les plus ardents et le* plus acliarnés dans les cabli.ets alliés ayant pris la précaution de (aire consacrer en princt|>e que toute communication serait altsolumrnt interdite avec Napoléon. Il fut pourtant communiqué indirectement a M. le tiaitm de Massard que »i Napoléon voulait abdiquer en faveur de son lils, avant toute hostilité, l'Autriche adopterait ce |iarll. jiourvo toutefois encore que Napoléon se livrât à son beau-pire, qui lui garantissait de nouveau la souveraineté de l'Ile d'Elbe, ou toute autre souveraineté aualoguc.

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