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l'avais jamais vu, lui d'ordinaire si ini|>assih|c. si calme au sujet de ceux qui lui oui lait le |>lus de mal, s'exprimer avec autant de chaleur :
, se* gestes, son accent, ses traits s'étaient élevés de l'amertume à l'im- ' précation ; j'en élais ému moi-même.
« On m'assure, a-l-il dit, que c'est par lui que je suis ici, et je le
j « crois '. C'est digne, du reste, de celui qui, au mépris d'une capitula-
I ■ lion solennelle, a laissé périr Ncy, avec lequel il s'était vu souvent ; « sur le champ de bataille! Il est sur que pour moi je lui ai lait passer ! » un mauvais quart d'heure. C'est d'ordinaire un litre pour les grandes ■ âmes; la sienne ne l'a pas senti. .Ma chute et le sort qu'on me réser- <- vait lui ménageaient une gloire bien supérieure encore à toutes ses « victoires, cl il ne s'en est pas doute. Ah ! qu'il doit un beau cierge au
vieux Bluclier ; sans celui-là je ne sais pas où serait Sa Grâce, ainsi j « qu'ils l'ap|M'llent ; mais moi, bien sûrement, je ne serais pas ici. j
' « Ses troupes ont été admirables, ses dispositions, à lui, pitoyables, ou | » pour mieux dire il n'eu a fait aucune. Il s'était mis dans l'impossi- « bilité d'en taire, et, chose bizarre, c'est ce qui a fini par le sauver. ! « S'il eût pu commencer sa retraite, il était perdu. Il est demeuré
maître du champ de bataille, c'est certain ; mais l'a-l-il du à ses eoni- j ^ « lunaisons? Il a recueilli les fruits d'une victoire prodigieuse; mais son « génie l'avail-il préparée'.... Sa gloire est toute négative, ses fautes » sont immenses. Lui généralissime européen, chargé d'aussi grands •• intérêts, ayant en front un ennemi aussi prompt, aussi hardi que moi, » laisser ses troupes éparses, dormir dans une capitale, se laisser sur- >• prendre ! Et ce que peut la fatalité quand elle s'en mêle ! en trois jours j » j'ai vu trois fois les destins de la France, celui du monde, échapper a :
- mes combinaisons.
« D'abord, -sans la trahison d'un général, qui sort de nos rangs (Bour- « mont) et court avertir l'ennemi, je dispersais et détruisais toutes ces bandes, sans qu'elles eussent pu se réunir en corps d'armée.
■ Puis, sur ma gauche, sans les hésitations inaccoutumées de ,\cy « aux yuutre-Bras, j'anéantissais toute l'armée anglaise.
« Enfin, sur ma droite, les manœuvres inouïes de Crouchy, au lieu « de me garantir une victoire certaine, ont consommé ma perte et pré- •- ci pi té la France dans le gouffre.
« Non, a-t-il repris encore, Wellington n'a qu'un talent s|>écial : Bel - |
- thieruvait bien le sien! Il y excelle pimt-ètre, niais il n'a point de
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« créa lion ; In fortune a plus fait pour lui qu'il n'a Tait pour elle. Quelle » différence nvee ce Marlborough, désormais son émule et son paral- « lèle! Marlborough, tout en gagnant des batailles, maniait les cabinets « et subjuguait les hommes; pour Wellington, il n'a su que se mettre « n la suite des vues et des plans de Castlereash. Aussi madame de Staël i •• avait-elle dit de lui que hors de ses batailles il n'avait |>as deux idées. \ « Les salons de Paris, d'un goiïl si lin, si délirât, si juste, ont prononcé » tout d'abord qu'elle avait raison, et le pléni|>otcntiairc français à « Vienne l'a consacré Ses victoires, leur résultat, leur influence haus- •< seront encore dans l'histoire; mais son nom baissera, même de son
« vivant etc., etc. »
Puis, revenant aux ministères en général, aux ministères collectifs surtout, à toutes les intrigues, à toutes les grandes et petites passions qui agitent ceux qui les composent, l'Empereur a dit : « Mon cher, c'est
• qu'après tout, ce sont autant de léproseries; nul n'y échappe à la coni <• tagion. On peut y aspirer vertueux, qu'on n'en sort jamais sans y
I « avoir laissé sa pureté. Je n'en excepterais que deux peut-être, le mien « et les États-Unis d'Amérique : le mien, parce que mes ministres n'é- " taient que mes hommes d'affaires, et que je demeure seul respon- » sable; celui des Etats-Unis, parce que les ministres n'y sont que les j ••gens de l'opinion toujours droite, toujours surveillante, toujours « sévère. Et il a conclu par cette fin remarquable :
« Je ne crois pas qu'aucun souverain se soit jamais mieux entouré « que j'avais fini par l'être. Quel cri eût pu avec justice s'élever à cet
| « égard ? Et si l'on ne m'en a pas tenu compte, c'est qu'il n'est que trop
j « souvent de mode parmi nous de fronder sans cesse. • Et il s'est mis à
j passer en revue sur ses doigls les différents ministres.
« Mes grands dignitaires, disait-il, Cambacérès et Lebrun, deux per- " sonnes très-distinguées et tout à fait bienveillantes.
« Bassano et Caulaincourt, deux hommes de c«*ur et de droiture ; » Molé, ce beau nom de la magistrature, caractère ap|>elé prohahlc-
! " ment à jouer un rôle dans les ministères futurs; Monlalivet, si lion- « nôle homme; Decrè». d'une administration si pur*; et si rigoureuse; « Gaudin, d'un travail si simple et si sur; Mollien, de tant de perspi- « («cité et de promptitude : et tous mes conseillers d'État, si sages,
• si bons travailleurs! Tous ces noms demeurent inséparables du mien. « Quel pays, quelle époque présentèrent jamais un ensemble mieux < composé, plus moral! Heureuse la nation qui possède de tels instru- « ments et sail les mettre à profil!... Bien que je ne fusse pas louan-