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«geurde mon naturel, et que mon npprobalion fût en général pnre- « ment négative, je n'en étais pas moins éclairé sur ceux qui servaient
- bien et qui ont des titres à ma reconnaissance. Ee nombre en est « immense, cl les plus modestes ne sont pus les moins méritants. Aussi « ne m'arriverait-il pas d'essayer de les nommer, tant serait senti et •< pourrait sembler ingrat de ma part le tort de les avoir oubliés!... etc. »
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L'Empereur était souffrant et n'avait vu personne de tout le jour; le soir il m'a fait appeler. Je me montrais fort inquiet sur sa santé, mais il m'a dit être plus mal disposé d'esprit que souffrant de corps, et il s'est mis à causer, parcourant un grand nombre d'objets qui l'ont remis.
11 s'est trouvé passer en revue de nouveau les généraux de l'armée d'Italie; il est revenu sur leur caractère, a cité des anecdotes qui les concernent, a parlé de l'avidité de l'un, de la forfanterie d'un autre, des sottises d'un troisième, des déprédations de plusieurs, des bonnes qualités d'autres, et des grands et vrais services qu'en général ils ont tous rendus. Il s'est arrêté sur un de ceux qu'il y avait le plus aimé (Marmont), sur sa défection ; l'Empereur disait en avoir le cœur navré, et terminait en remarquant que pour ce qu'il connaissait de lui, il devait être parfois bien malheureux. « Jamais, observait-il, défection i » n'avait été plus avouée ni plus funeste; elle se trouve consignée dans « le Moniteur, et de sa propre main; elle a été la cause immédiate de « nos malheurs, le tombeau de notre puissance, le nuage de notre
! «< gloire, elc Et pourtant, disait-il avec une espèce de ressouvenir i
■ d'affection, je le répète parce que je le pense, ses sentiments vau-
- dront mieux que sa réputation ; son cœur l'emporte sur sa conduite. El lui-même, a continué l'Empereur, ne semble-t-il |w>s penser ainsi?
« l^es papiers nous disent qu'en sollicitant vainement pour Eavalette, il « répond avec effusion aux difficultés du monarque, en lui disant : Mais,
- Sire, moi je vous ai donné plus que la rie! D'autres nous ont livré « aussi, disait l'Empereur, et d'une manière bien autrement vilaine «encore; mais leur acte du moins n'est pas consat ré par des pièces « officielles comme celui-ci. »
De là, l'Empereur, revenant en arrière, disait l'avoir élevé comme |
, un père eût pu le faire de son fils. Il n'avait pu entrer dons le eorps royal de l'artillerie, et avait dù s'attacher à un régiment provincial.
■ Neveu, disait l'Empereur, d'un de mes camarades à Briennc et au « régiment de La Fère, qui me le recommanda en partant pour l'émi- « gration, cette circonstance m'avait mis dans le cas de lui servir d'oncle « et de père, ce que j'avais réellement accompli; j'y pris un véritable « intérêt, et j'avais de bonne heure fait sa fortune. Son père était "chevalier de Saint- Louis, propriétaire de forges en Bourgogne, et
■ jouissait d'une fortune considérable. »
Plus lard, l'Empereur, parlant des mœurs de Paris et de l'ensemble de son immense population, énumérait toutes les abominations inévitables, disait-il, d'une grande capitale, où la perversité naturelle et la somme de tous les vices se trouvaient aiguillonnées à chaque instant par le besoin, la passion, l'esprit et toutes les facilités du mélange et de la confusion ; et il répétait souvent que toutes les capitales étaient autant de Baby loues.
Le faubourg Saint-Germain a conduit à passer en revue les premiers noms de la capitale. L'Empereur s'est arrêté sur celui de La Bochefou- , cauld et sur divers membres de cette famille; sur la dame d'honneur de l'impératrice Joséphine; son mari, qu'il avait fait ambassadeur à Vienne et en Hollande; son frère, le législateur; leur père, M. de Liancourt, qu'il estimait et considérait; enlin sur la fille, qu'il avait fait épouser au prince Aldobrandini, frère du prince Borghèse. 11 a répété qu'il avait eu un moment la pensée de la donner pour femme à Ferdinand VII. De là il a nommé un autre M. de La Rochefoucauld, mort en prison au commencement de son règne, me demandant ce qu'il était à ceux-là. Je n'ai pu le lui dire, je ne connaissais ni la personne ni la circonstance que mentionnait l'Empereur.
• C'était l'auteur, m'a-t-il dit, d'une conspiration de plus contre ma * personne, dont je ne vous ai point parlé encore : elle ne me revient « à l'esprit qu'en cet instant.
» Ce M. de ta Rochefoucauld organisait à Paris, dans l'intérêt du roi, «encore alors à Millau, une conspiration dont le premier coup devait «être la mort du chef du gouvernement. Ce M. de La Rochefoucauld a « fini en prison après quatre ou cinq ans de détention. Quelqu'un ayant « procuré les fils de cette affaire, un affidé de la police entra dans la con- « spiration pour en devenir un des agents les plus actifs. Celui-ci fut '< prendre ses lettres de créance dans un château en Lorraine, auprès » d'un vieux gentilhomme qui avait tenu un rang distingué dans l'armée
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- de Condé, et devait son retour è l'amnistie du Premier Consul. C'etait lui qui était chargé d'accréditer cl de procurer les moyens de poi-
- venir jusqu'à Louis XVIIi à Millau. Ce bon et brave gentilhomme, il " faut lui rendre justice, disait l'Empereur, ne s'y prêta qu'avec beau- •• coup de peine et une extrême répugnance; il était désormais bien tard, <■ observait-il, pour revenir à de pareilles entreprises... la France com-
- mençait à goûter du repos... Et il protestait surtout de son éloigne- j « ment absolu à voir courir le moindre danger au Premier Consul,
• devenu désormais pour lui, disait-il, un homme extraordinaire et « sacré, etc. Après avoir vu plusieurs fois Ixwis XVIII à Mittau, f agent
revint connaissant (oui; on arrêta M. de La Rochefoucauld et sa bande:
• et s il;» savaient h qui ils le durent!... etc. »
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.Nous parlions de la Pologne ébranlée à la voix de l'Empereur, des rois i auxquels nous l'avions crue destinée : chacun nommait le sien. L'Em- \ pereur, qui avait gardé le silence, l'a interrompu en disant : « Le vrai « roi de Pologne, c'était Poniatowski : il en réunissait tous les litres et
il en avait tous les talents. » Et il s'est lu.
Dans un autre moment, l'Empereur riait de l'importance qu'on avait mise à effacer ses emblèmes ou son chiffre sur les monuments qu'il avait créés. « On a pu, disait-il, avoir eu la pelilesse de les enlever aux « regards du vulgaire ; mais on ne saurait les effacer des pages de l'his-
• toire ni du sentiment des connaisseurs et des artistes. J'ai ugi différeroraent, ajoutait-il, j'ai respeclé lous les vestiges royaux que j'ai
- trouvés encore ; j'ai même fuit rétablir des lleui* de lis ou autres em- •< blêmes, quand l'ordre chronologique le réclamait, etc. »
Aeela quelqu'un s est permis de dire que le prince Lucienavail montré précisément les mêmes sentiments. Logé au Palais-Kojal, où l'Empereur l avait placé à son arrivée en 1815, et frappé, en monlanl le bel escalier, 1 du groupe de fleurs de lis qui tapissent la muraille, il dit à l'officier de l'Empereur en service auprès de lui : « Nous oterons bientôt tout cela, « n'est-ce pas? — Pourquoi, Monseigneur?— Mais parce que ce sont les
insignes de l'ennemi. — Eh bien ! Monseigneur, pourquoi ne demeu-
- reraient-ils pas nos trophées? — El vous avez bien raison, répliqna-
• t-il vivement; car ce sont aussi mes principes et ma manière devoir.-' Aujourd'hui j'ai eu peu à recueillir de l'Empereur, et malheureusc-
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ment bientôt je n'aurai plus à l'entendre. Je vais remplir ce vide et celui du jour suivant en insérant ici bien des objets que je trouve indiqués par des notes éparses sur la couverture même de mon Journal ; car il'babitudc j'y inscrivais de la sorte ce que je m'apercevais avoir oublié de mettre en son lieu, comme aussi d'anciens souvenirs quand ils me revenaient, ou bien encore des points délicats que la prudence et la circonspection commandaient à notreétat de captivité; enlin on trouvent ici même des choses apprises plus tard, mais de sources incontestables.
beaucoup de ces articles n'ont point de liaisons entre eux ; toutefois ils concourent tous au but constant de ce recueil, soit qu'ils démentent les couleurs mensongères sous lesquelles, dans le temps, on nous peignait Napoléou, soit qu'ils fassent ressortir, au contraire, les véritables nuances de son caractère. Puisse la lecture du Mémttrial jiortcr «-eux qui l'ont approché à consacrer de leur coté ce qu'ils en savent ou ce qu'ils en ont entendu de lui-même !
— Il n'était jadis bruit que do la grande brutalité et de l'extrême violence de l'Empereur envers son entourage: or, il est reconnu à présent que tout ce qui le servait, «'ans son plus petit intérieur, l'adorait précisément à caiise de sa bonté et de l'excellence de son cœur. Quant à son atmosphère extérieure, je tiens, depuis mon retour en Europe, de quelqu'un du plus haut rang, dont le nom seul suffirait pour commander la croyance par la considération dont il jouit, et que ses fonctions attachaient constamment à la personne de l'Empereur, soit dans ses ex|)éditions de guerre, soit dans le séjour de ses palais, qu'il ne l'a jamais vu qu'une seule fois s'emporter au point de frapper, et c'était un de s<-s palefreniers quj, lors de la retraite de Saint-Jean-d'Aere, se refusait à donner son cheval pour le transport des malades, lorsque lui, général en chef, avait livré lésion et forcé tout son état-major à eu faire autant. Et encore, me disait-on, il était aisé d'apercevoir dans cet acte bien plus de politique que d'impulsion naturelle,la chose se passant devant dessoldatsdécouragé8,auxqueIsil fallait prouver le vif intérèlqu'on leur portait.
— Il était passé en habitude de répéter que Napoléon était le plus désobligeant a sa cour, ainsi que pour ceux de son service; qu'il n'avait jamais rien de gracieux ou d'aimable a dire il personne. Or, voici ce que, entre autres choses, j'ai moi-même entendu : l'Empereur, à son arrivée de la désastreuse campagne de Leipsick, reçut ù une heure inusitée les officiers de sa maison; il se présenta à nous avec un air de tristesse. Arrivé à M. de Beauveau, qui était à côté de moi, et dont le lils, encore enfant, était parti pour cette campagne dans les gardes
d'honneur ou autrement, Napoléon lui dit : « Voire fils s'est conduit à * merveille ; il a fait honneur ii son nom : il est blessé, mais ce n'est « rien. Toutefois il pourra se vanter avec orgueil d'avoir vu couler son •• sang de bonne heure pour la pairie. »
A la même époque, à un de ses levers, après uvoir donné quelques ordres a mon voisin, le général Gérard, dont la réputation commençait à attirer tout a fait l'attention, il termina par quelques plieuses évidemment bienveillantes, mais au fait assez obscures ; et après avoir fait quelques pas pour continuer sa tournée, il revint tu ut à coup au général Gérard, ayant lu apparemment sur sa ligure qu'il ne l'avait pas compris, prononçant distinctement cette fois : ■ Je disais que si j'avais bon nom- » bre de gens comme vous, je croirais nos perles réparées, et me consi- « dérerais comme au-dessus de mes affaires. •
— C'est à la même époque que j'ai vu quel pouvait être l'ascendant inoral de l'Empereur sur certains esprits et l'espèce de culte qu'on pouvait lui |x»rter. Un général dont je ne sais pas le nom, grièvement blessé
à la jambe, s'était traîné au lever de l'Empereur, qui vers ce temps en
avait étendu de beaucoup la faveur. Apparemment qu'on avait instruit Napoléon que l'amputation était absolument indispensable, et que ee malheureux officier s'y refusait toutà fait ; car, arrivé à lui, il dit : « Com- « ment pouvez-vous vous refuser à une opération qui doit vous eonser-
• ver la vie ?Ce ne saurait être la crainte qui vous arrête; vous vous « êtes ex posé si souvent dans les batailles ! Serait-ce le mépris de In vie? « Mais comment votre co?ur ne vous dit-il pas qu'avec une jambe de moins ■ on peut encore être utile à la patrie, rendre de grands services a son « pays ? » L'officier gardait le silence; sa figure, sa contenance étaient calmes, douces,' mais négatives ; et l'Empereur, oltristé, avait déjà passé plusieurs personnes, quand l'officier, semblant avoir recueilli ses forces et pris une résolution soudaine, s'avança vers l'Empereur et lui dit : « Sire, si Voire Majesté m'en donne l'ordre, j'y vais en sortant d'ici. » A quoi l'Empereur répliqua : » Mon cher, mon autorité ne s'étend pas «jusque-là; c'est la persuasion dont j'aurais souhaité vous pénétrer ;
* mais de commandement, le ciel m'en préserve! » Et je crois me rn|>peler que le bruit fut alors que le malheureux officier, en sortant, avait été se soumettre à l'opération fatale.
— Au retour de file d'Elbe, l'Empereur étant entré le soir fort tard aux Tuileries, son premier lever, le lendemain, fut, comme on suppose, des plus nombreux. Quand la porte s'ouvrit, à son apparition devant nous, il me serait difficile de rendre le vague de mes idées et la nature de mes sensations. 11 apparaissait là comme de coutume, comme s'il n'y avait pas eu d'intervalle; il me semblait le même que si je l'avais vu la veille : la même figure, le même costume, la même attitude, les mêi mes manières. Je me sentais vivement remué, et je crois que chacun partageait les mêmes sensations. Toutefois, à sa vue, le sentiment l'emportant sur le respect, on se précipita vers lui ; lui-même se montrait visiblement ému, et il embrassa plusieurs des plus distingués. Puis commença, comme de coutume, sa tournée ordinaire ; sa voix était douce, sa figure satisfaite, ses manières affectueuses, il parlait successivement avec bienveillance à chacun. « Ah ! monsieur le major général « de l'armée blanche, » dit-il à deux pas de moi à quelqu'un avec un mélange visible de plaisanterie et d'affection. Plusieurs des assistants n'étaient pas sans quelque embarras par les divers grands événements qui s'étaient passés ; pour Napoléon, il semblait n'en vou'oir connaître aucun : il n'oubliait pas qu'il avait dégagé chacun à Fontainebleau.
Les traits suivants prouvent la justesse de son raisonnement et le sang-
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rroki de ses actes ; ils démontrent surtout que, bien qu un sommet du pouvoir, sa modération et son équité ne fléchissaient point devant ce qui lui était le plus directement personnel, et sur le sujet le plus délient et le plus sensible.
— lorsque. compromis dans l'affaire de Georges et Pichegru, Morcau j se trouva arrêté, un des aides de camp du Premier Consul, qui l'avait
j été aussi peut-être de Moreau, ou du moins avait servi sous ses ordres, ' i n'hésita pas a l'aller visiter avec un intérêt marqué. « Cela peut être •> bien, dit Napoléon en l'apprenant; je ne saurais précisément blâmer
i » un tel acte ; mais je dois chercher un autre aide de camp. Ce poste est
• « (ont de confiance et d'un entier dévouement ; il ne saurait admettre de partage dans une affaire aussi personnelle que celle-ci. ■ Et il donna
j un régimeutà cet aide de camp, le colonel Uictiéc.
Voici qui fuit voir que Napoléon n'était pas disposé à sévir trop
I promptement contre une certaine indépendance môme déraisonnable. Je tiens de M. de Montalivel, alors ministre de l'intérieur, que. demeuré seul avec l'Empereur après un conseil des ministres, il lui dit : « Sire, ce n'est pas sans un grand embarras que j'ose entretenir Voire ! « Majesté d'une circonstance vraiment ridicule; mais un préfet, jeune | « auditeur, n'obstine ouvertement à me reruser un titre que l'usage a « consacré pour tous vos ministres. Des subalternes de mes bureaux <• s 'étant aperçus qu'il ne me donnait jamais le monstùjneur, et « croyant y voir de l'affectation, ont eu la gaucherie de le lui réclamer « en mon nom ; à quoi il a répondu |iéremptoiremenl qu'il n'en ferait j » rien. Je suis tout honteux qu'on ait élevé cette difficulté ; mais pourtant la chose en est venue à un point qui ne permet pas de reculer. » Une telle obstination parut d'abord incroyable à l'Empereur; il ne re- i venait pas, disait-il, d'une pareille folie dans le jeune préfet. Cepen- ^ dant, après quelques instants de méditation, il répondit à M. de Monlaliveten riant: « Mais c'est qu'après tout une telle obligation n'est pas « dans le Code, et ce jeune homme est peut-être un bon fruit qui n'est « pas mûr. Toutefois un tel scandale ue doit pas se prolonger, et il
faut en finir. Faites-moi venir son père; je suis sûr que le jeune I « homme ne résistera pas à un ordre de su part. » Tournure rcmar- ! quable de la plus délicate morale.
— Le 20 mare au soir, l'Empereur à peine entré dans ses apparie- I | ments aux Tuileries, le capitaine des dragons CD... se présente à lui : >
il était porteur de la capitulation de Vincennes, qui venait d'être obtenue par une rare audace et une grande adresse. Napoléon sourit d'abord ; ..
4 ns
aux détails qu'il se fjiil raconter ; puis, frappé <ln (on d'exa)lattol] et <lrs expressions enflammées du narrateur, se rappelaot tout à coup le gouverneur Puyvert, ù qui Viiicennes a déjà été funeste, il s'écrie brusquement: « Mais, Monsieur, vous ne me parlez pas du gouverneur; qu'en
* a-t-onfait? — Sire, reprend l'oflieier avec plus de calme, on lui a
• délivré un passe-|>orl, on l'a fait eseorter, il est hors de Paris. » Napoléon, faisant alors deux pas, saisit la main de l'oflieier nvee une
expression qui trahit toute l'anxiété qu'il venait d'éprouver . Je suis «content, Monsieur, lui dit-il avec chaleur, c'est bien, très- bien, . « parfaitement bien! »
— On trouve que Napoléon a donné soixante batailles, César n'en avait livré que cinquante.
— On se demandait un jour, devant Napoléon, comment il arrivait que des malheurs encore ineerlains frappaient parfois beaucoup plus que les malheurs déjà arrivés? « C'est, repartit-il, que dans l ima-
«fil MÉMORIAL
« filiation comme dans le calcul, lu force de l'inconnu est incummensu- « rable. »
— » Allez, Monsieur, courez, disait d'ordinaire l'Empereur après « avoir donné une mission importante ou tracé la marche d'un grand « travail, et n'oubliez pas que le monde a été fait en six jours. »
Dans une occasion de ce genre, il terminait vis-à-vis de quelqu'un, disant : « Demandez-moi tout ce que vous voudrez, hormis du temps: « c'est la seule chose hors de mon pouvoir. »
Une autre fois, ayant donné un travail fort pressé, qu'il attendait dans la journée même, on ne le lui apporta que le lendemain trèstard ; l'Empereur s'en montrait mécontent ; et comme la personne, pour se justifier, l'assurait qu'elle avait travaillé tout le jour : « Mais, « Monsieur, n'aviez-vous pas encore toute la nuit? -
— L'Empereur, s' occupant soigneusement de la commodité et des embellissements des marchés de la capitale, avait coutume de dire : « La halle est le Louvre du peuple. »
— L'égalité des droits, c'est-à-dire celte même faculté pour chacun d'aspirer, de prétendre et d'obtenir, était un des grands traits du caractère de Napoléon, inué en lui, tout à fait dans sa propre nature. : « Je n'ai pas toujours régné, disait-il; avant d'avoir été souverain, je [ « me souviens d'avoir été sujet, et je n'ai pas oublié tout ce que ce senti-
« ment de l'égalité a de fort sur l'imagination, et de vif dans le co?ur. » Il en disait de même de la liberté.
Donnant un jour un projet à rédiger à un de ses conseillers d'État, il lui disait : «Surtout n'y gène/, pas la liberté, et bien moins eneore l'é- «galité;car, pour la liberté, à toute rigueur, serait-il possible delà * froisser, les circonstances le veulent, et nous excuseront ; mais, pour « l'égalité, à aucun prix. Dieu m'en garde! Elle est la passion du siècle, ' « et je suis, je veux demeurer l'enfant du siècle! »
— Le mérite était un à ses yeux, et récompensé de même; aussi voyait-on les mêmes titres, les mêmes décorations atteindre également l'ecclésiastique, le militaire, l'artiste, le savant, l'homme de lettres;
j il est vrai de dire que jamais nulle part, chez aucun peuple, à aucune époque, le mérite ne fut plus honoré, ni le talent plus magnifiquement récompensé. Ses intentions là-dessus étaient sans bornes. J'ai déjà rap|K»rté qu'il dit un jour : « Si Corneille vivait, je le ferais j prince. »
— L* E m pereur disait un jour à Sainte-Hélène : « Je crois que la ' « nature m'avait calculé pour les grands revers; ils m'ont trouvé
DE S A I N T K- Il Ë L K N K. 463 j
• une Ame «le marbre, l;i foudre nu pu mordre dessus, elle n dû | « glisser. »
— Tue autre fois, à l'occasion d'une nouvelle vexation, il échappa: à l'un de ceux qui étaient nu prés de Napoléon de s'écrier :« Ali ! Sire, v«.ilà
• bien de quoi vous faire haïr les Anglais encore davantage. » Sur quoi Napoléon, haussant les épaules, lui répondit moitié gaieté, moitié commisération . « Homme à préjugés, esprit commun et vulgaire, demandez- « moi plutôt, et tout au plus, si je haïrais davantage tel ou tel Anglais. « Mais, puisque nous y sommes, sache* qu'un homme, véritablement « homme, ne hait point; sa colère et sa mauvaise humeur ne vont point « au delà de la minute, le coup électrique.... L'homme fait pour les af- « faireset l'autorité ne voit point les personnes; il ne voit que lescho-
• ses, leur poids et leur conséquence. «
— Dans une certaine circonstance, il disait qu'il ne doutait ''-nulle- ! ment que sa mémoire ne gagnât beaucoup à mesure qu'elle avancerait : dans la postérité; les historiens se croiraient obligés de le venger de
tant d'injustices contemporaines. I^es excès entraînent toujours leurs réactions'; d'ailleurs, à une grande distance, on le verrait sous un jour ! plus favorable, il paraîtrait débarrassé de mille encombrements ; on le jugerait dans les grandes vues, et non dans les petits détails : on planerait sur lesgraudcs harmonies; les irrégularités locales demeureraient inaperçues : surtout on ne l'opposerait |>lus à lui-même, mais a ce qu'on aurait alors sous la main, etc. Kt il concluait que dès aujourd'hui, comme dansées temps-là. il pourrait se présenter avec lierté devant le
j tribunal le plus sévère, el lui soumettre tousses actes privés, il s'y moii-
I trerait vierge de crime.
— L'Empereur me disait un jour qu'il concevait dans sa tète et se ! proposait d'entreprendre son Histoire diplomatique, ou l'ensemble de ses négociations, à partir de Campo-Formio jusqu'à sou abdication. S'il a accompli sa pensée, quel trésor historique!
— L'Empereur, parlant d'éloquence militaire, disait :»Quand, au. fort « de la bataille, parcourant la ligne, je m'écriais : Soldats! déployez vos <» drapeaux, le moment est venu! il eût fallu voir nos Français : ils trépi- ! ! « gnnient de joie; je les voyais se centupler : rien alors ne me semblait « impossible. <•
On connaît une foule d'allocutions militaires de Napoléon. En voici une que je liens de celui-là même qui l'a recueillie sur le terrain. Passant en revue le second régiment de chasseurs à cheval, à lx>bensteiu, deux jours avant la bataille d'Iéna, il demande au colonel : « Combien
i d'hommes présents ? — Cinq cents, répond le eolonel ; mais parmi » eux beaucoup de jeunes gens. — Qu'importe! lui dit l'Empereur, « d'un air qui marquait sa surprise d'une pareille observation ; ne * sont-ils pas tous Français?... •> Puis, se tournant vers le régiment, il ajouta Jeunes gens, il ne fau t pas craindre la mort; quand on ne « In craint pis. on la tait rentrer dans les rangs ennemis. » RI le mou-
vement de sou bras exprimait vivement l'action dont il parlait. A ces mois, on entendit comme un frémissement d'armes et de ebevaux, et un soudain murmure d'enthousiasme, précurseur de la victoire mémorable qui , quarante- huit heures après, renversa la colonne de lloshaeh.
— A la bataille de l.utzen, la plus grande partie de l'armée se trouvait composée de conscrits qui n'avaient jamais combattu. On raconte que l'Empereur, au plus fort de l'action, parcourait en arrière le troisième rang de l'infanterie, le soetcnanl parfois de w.n cheval en tra-
DE S A I N TE - Il El, É N E. HW
vers, et criant à ses jeunes soldats : Ce n'est rien, mes enfouis; tfnca
— Napoléon DVOit une estime toute particulière poiu* la nation allemande. <• J'ai pu lui imposer bien des millions, disail-il, c'était néces- « saire; mais je me serais bien donné de garde de l'insulter par du
• • mépris. Je l'estimais. Que les Allemands me haïssent, eela cst'nssez « simple : on me força dix ans de me battre sur leurs eadavres; ils « n'ont pu connaître mes vraies dispositions, me tenir compte de mes i « arrière-pensées; elles étaient grandes pour eux. »
— L'Empereur disait un jour, en parlant d'une de ses déterminations : « Je n'en voulais rien faire, je me laissais Loucher, je cédai : « j'eus tort : le cœur d'un homme d'État doit être dnns sa tête. »
— L'Empereur faisait remarquer que nos facultés physiques s'aiguisent pur nés périls ou nos besoins. «Ainsi, disail-il, IcBélouindti désert » a lu vue perçante du lynx, et le sauvage des forêts a l'odoral «les liéles •>
— On citait quelqu'un qui, distingué pur ses conceptions et ses faits, | laissait pourtant paraître parfois des lacunes choquantes dans ses manières et ses expressions. L'Empereur expliquait cette désharmonie en