MM
DE SAINTB-HÉLÈNE. 85 |
moment où les eaux étaient le plus élevées, devant une armée encore formidable, et au milieu du pays ennemi, etc., etc.
« Cependant le bruit de rentrée des Français à Vienne vint confirmer dans les cours et chez les peuples d'Allemagne la sensation produite par la nouvelle des victoires d'Rckmiilh. Les projets d'insurrection et d'armement furent suspendus, les trahisons politiques ajournées, les associations particulières refroidies et comprimées. Schill, parvenu à réunir un corps de six mille hommes, en compromettant les noms des rois de Prusse et d'Angleterre, ne trouvait plus de pays qui osât se déclarer pour lui, etc.
« Le cabinet de Londres même se ressentit de l'influence de ces triomphes. Les intripes et les indécisions de son ministère n'en furent pas peu augmentées,et ses grandes diversions promises, de plus en plus retardées.
« La cour de Prusse multiplia les démonstrations de fidélité aux traités, et feignit de poursuivre les partisans de Schill. Celle de Russie, j notre alliée en apparence, se décida enfin à nous fournir son contingent; elle mit en mouvement, sur la Gallicie, un corps de quinze mille hommes, beaucoup moindre que ne le portaient ses engagements, et encore pense-t-on généralement que les Russes ne s'avancèrent que pour contrarier les progrès très-rapides des Polonais, et surtout leurs principes.
« Le passage d'un fleuve comme le Danube est une opération fort difficile. Il ne surfit pas d'avoir un pont et de passer à l'autre rive, il faut déboucher au delà, se maintenir et conserver le pont. Quand on considère l'effrayante immensité des objets nécessaires pour une telle construction et leur fragilité, ainsi que la terrible violence des obstacles qu'il faut vaincre, on a peine à concevoir que de telles opérations réussissent jamais. Ici il fallait traverser d'abord un premier bras du Danube, large de deux cent trente toises, un second bras de cent quarante toises, où se trouvait le grand courant, séparé du premier par une lie large de cent toises; après cela on n'était encore arrivé que dans la grande lie de Lobau, plantée d'arbustes et coupée de petits canaux. Il fallait enfin traverser, pour atteindre la rive gauche, un troisième bras, dont la largeur variait de cinquante à soixante-dix toises. Le Danube, en cet endroit, est divisé en Unit de bras, parsemé de tant d'îles, que c'est un véritable labyrinthe, à l'abri duquel l'ennemi pouvait approcher beaucoup de nos travaux. Ainsi c'était une triple rivière à l«sser, un triple pont à construire, dont un était de la plus grande dimension, au milieu des ennemis, qui de tous côtés nous voyaient et nous entouraient. Dans la construction de ces |>ont8, il fallait se servir
de bateaux de formes et de grandeurs diverses, ramassés au hasard, retenus par quelques cordages et quelques clous, pour lutter contre la violence de l'impétueux Danube. Tout cela fut fait, et môme fort vite, en raison de l'immensité des préparatifs que tous ces ponts exigeaient. Il faut néanmoins reconnaître que les inconvénients que présentait ce passage étaient rachetés par de grands avantages. Si le Danube était plus large et divisé en plusieurs bras, il était aussi moins rapide et moins profond. Ces îles servaient à assurer les ponts partiels; entin celle de Lobau était comme une tète du grand pont, une vaste place d'armes, d'où l'on pouvait arriver avec plus d'assurance sur la rive gauche, etc., etc.
« Les pouls, commencés le 1K au malin, furent terminés assez vite. Aussi, des le 20, le quatrième corps avait gagné l'île de Loi tau. L'Empereur s'y rendit lui-même, et lit jeter le dernier |M>nt devant lui. Son
intention était de marcher directement à l'ennemi et de terminer l'œuvre si brillamment commencée à Eckmulh. Il avait rapproché de lui la majeure partie de l'armée, atiu qu'elle put dénier sans interruption sur la rive gauche.
« Le terrain où devait déboucher l'armée française était des plus favorables. En avanl du coude que le fleuve formait en cet endroit, et dont les bras s'élargissaient considérablement, se trouvaient les villages A'Asparn et d'Essling : le premier, à gauche, touchant à un bras du
fleuve où il y avait fort peu d'eau ; le deuxième, à droite, à deux ou trois cents toises en face du saillant du Danube. Plus à droite encore et à égale distance du fleuve, se trouve le bourg d' Enxersdorf. Entre Asparn et Essling, il y a un millier de toises, et à peu près autant entre Kssling et Enzersdorf. Les deux premiers villages, bâtis en maçonnerie , entourés de petites levées de terre , présentaient des espèces de forts très-aisés à défendre, deux excellents appuis pour notre ligne, couverte aussi par un bas-fond ou fossé : cette ligne pouvait être tournée, il est vrai, par ses deux flancs, au-dessous d' Kssling du côté d'Enzersdorf et sur les derrières d'Asparn, où le petit bras du Danube était facilement guéable.
« En avant des villages s'étendait une plaine immense, parfaitement unie, sans ruisseau ni le moindre obstacle. On n'y apercevait que quelques villages au milieu des moissons verdoyantes : c'était le terrain le plus favorable pour deux armées égales qui avaient à disputer de bravoure et d'habileté. Ce l'était aussi pour une armée inférieure qui aurait à lutter contre des forces supérieures, à l'aide des villages indiqués. |
« Napoléon, plein de son projet de marcher à l'ennemi, n'attendait que d'être rejoint par une partie de l'armée ; il ne pensa pas devoir être attaqué lui-même; les rapports de la cavalerie légère le maintinrent dans cette sécurité; aussi ne s'occupa-t-il nullement d'établir le quatrième corps ni de profiter des avantages de la ligne d'Asparn à Essling. Il faut le dire, parce qu'il n'y a rien d'indifférent à la guerre ni dans ce qui décide de la vie des hommes et du sort des empires, si Napoléon ou Masséna avaient fait occuper convenablement Asparn, il est probable que ce village n'eût pas été pris par l'ennemi ; ou si nous avions préparé à l'avance ce qui fut exécuté par le corps d'Hiller, en s'en emparant, jamais les Autrichiens nes'y seraient maintenus. Le mur du cimetière d'Asparn fut abattu par eux de leur côté, et ce cimetière leur devint par là une citadelle qu'il nous fallait escalader sous le feu le plus terrible pour y parvenir, et quand nous nous en étions emparés, il n'était plus pour nous qu'un coupe-gorge dans lequel nous demeurions entièrement à découvert.
Ici se trouve décrite la première journée d'Essling(le £1 mai), où Hasséna résiste avec son seul corps, pendant tout le jour, à toutes les forces autrichiennes, et conserve Asparn par cette opiniâtreté héroïque qui le caractérisait si éminemment. Les ponts, déjà dérangés dès ce jour-là, interrompent fréquemment le passage des trou fies, déjouent les projets de Napoléon, sauvent l'ennemi et amènent la terrible journée ; du lendemain, ainsi décrite par l'auteur.
"fi MÉMORIAL
• Tant d'héroïsme dans la défensive de Masséna et de ses braves avait
produit la plus grande sensation au milieu des deux armées, et singulièrement augmenté ehez nous l'urdeur pour attaquer le lendemain et Petpolr d'une complète victoire. Napoléon, renforcé par le corps de I .mines, veut attendre l'arrivée de Davousl et de la réserve pour faire sa grande attaque: mais dès deux heures du matin, avant le point du jour, le conduit avait recommencé à Asparn, et quelque temps après sur toute la ligne. Le généralissime autrichien s'était enfin décidé à faire avancer la réserve de grenadiers qu'il avait jusque-là si mol à propos laissée en arrière. (Je prince aurait dù sentir des le premier moment la nécessité de brusquer une telle affaire. Ses retards avaient laissé arriver trois de uns divisions de plus à la rive gauche. Il iiersisle dans son même système de bataille, et s'achurne de nouveau contre Asparn; il attaque moins vivement Kssling, où Lan nés se trouve renforcé par deux divisions. Mais le général ennemi ne s'occupe nullement des moyens de tourner ces deux villages, et surtout Asparn. Son feu et ses masses l'écrasent de nouveau et lui facilitent les moyens de s'en emparer. Masséna fait relever la division Molitor par celle de Saiut-Cyr. l e ->\r léger pénètre dans le village, culbute l'ennemi dans lu grande rue, et coupe une colonne qui s'avançait par la rue |Nirallèle. Huit cents hommes, dont onze officiers et un général, avec six pièces de canon , sont enlevés
*| conduits dans l'île de Lobau. Le 24' finit par être repoussé : le 4' arrive au secours et reprend le village, qui, perdu de nouveau, est de
nouveau repris par les Hessois. Tous ces régiments montrent lu plus brillante valeur. L'ardeur de Masséna soutient l'enthousiasme du quatrième corps au milieu de ce théâtre, le plus horrible que la guerre ait jamais présenté. En ce moment on annonce l'arrivée de la garde à Asparn : tout le monde croit tenir la victoire.
« Napoléon, voyant l'ennemi persister dans ses fautes delà veille, et diriger ses grandes masses sur Asparn, avec une forte colonne sur Essling, ce qui dégarnissait beaucoup son centre, fait aussitôt des dispositions pour profiter de celte faute, et exécuter immédiatement l'attaque projetée dont il n'avait fait la veille qu'une démonstration : elle devait détruire I ennemi en le perçant par le centre. Se croyant au moment de voir arriver le corps de Davoust, l'Empereur envoya les tirailleurs de sa garde à Asparn, et donna ordre à Launes de commencer l'attaque avec son corps d'armée dans l'intervalle entre Essling et Asparn, contre l'aile gauche de Hohenzollern et la droite de Lichtenstein. Ainsi Napoléon fait avancer sa droite et pivote sur sa gauche, appuyée à la défense d'Asparn. Par là, il partageait l'armée ennemie en deux portions qui allaient se trouver fort compromises l'une et l'autre. Lannes, à la tète de la division Saint-Hilaire, ayant ù sa gauche les grenadiers d'Oudinot,
HS