M KM OR
il sa droite la division Roudet, la cavalerie par masses dans les intervalles, marche fièrement à l'ennemi, et s'avance sur ce léger glacis, an sommet duquel se trouve le centre des Autrichiens.
» Averti du danger qui menace cette partie si importante de sa ligne, l'archiduc accourt en toute hate, appelle momentanément à lui une partie du corps de Bellegarde, dispose ceux de Hohenzollern et de Rosemberg, place derrière eux, en troisième ligne, afin de les renforcer encore, plusieurs régiments de l'aile droite de sa cavalerie, dont l'aile gauche est formée sur plusieurs lisnes. Il attend ainsi l'attaque du maréchal Lannes. Cette attaque, exécutée sous les yeux mêmes de Napoléon, vive et impétueuse, culbute les premières troupes de l'ennemi. Ressières, à la tète des cuirassiers, fait plusieurs charges brillantes sur In cavalerie et l'infanterie des Autrichiens. Celle-ci cédait du terrain, l'archiduc se met à la tète des régiments battus, et les ranime par l'exemple de la plïis brillante valeur : il saisit le drapeau de Zachet sepréeipitedans
le fort de la mêlée. Plusieurs de ses oflieiers sont blessés autour de lui.
« Cependant les Français redoublaient de vigueur et poussaient leurs avantages; la victoire la plus complète se montrait déjà aux yeux de Napoléon, lorsqu'au lieu de l'arrivée du maréchal Davousl, il reçoit vers sept heures du matin la nouvelle de la rupture de ses pouts, telle qu'il était impossible de songer ù les réparer dans lu journée. La fortune lui
in: SÀ1NTK-HÉLBN R. 8'.»
arrachait le plus beau triomphe. Dans de telles dispositions, avec ce qu'il avait de troupes sous la main, Napoléon pouvait encore se livrer à l'espoir de vaincre ; mais sa prudence l'emporta ; il ne voulut pas exposer à quelques nouveaux contre-temps le sort de tant de braves, dans cette plaine découverte, où les colonnes d'attaque pouvaient, à mesure qu'elles s'avançaient, être prises de flanc et à revers. Il ordonna donc à Lan nos de suspendre son attaque et de ramener ses troupes lentement dans leur première position, sa droite à Kssling, et sa gauche dans la direction d'Asparn.
« Si cette brillante attaque ne fut pas couronnée d'un succès complet, elle en imposa pour tout le jour a l'ennemi; elle arrêta les attaques qu'il préparait, elle dégagea pour le moment nos ailes vivement pressées, etc.
• Masséna tenait toujours Asparn; l'ennemi venait d'y rentrer : les tirailleurs de la jeune garde demandèrent à l'en chasser. Nouvellement formés, ils n'avaient de la garde que le nom elle dévouement. Ils gagnèrent là leurs grenades; mais ce ne fut pas sans beaucoup de peines et de pertes. Ce village devait être encore disputé, et |>cndanl toute la journée
pris et repris par l'un et l'autre parti, toujours avec plus de facilité par l'ennemi, qui continuait à l'entourer; toujours a?eî plus de peine cl de courage par nous, qui n'y parvenions qu'on travers d'un délilé. Les
M. fi
I morts s'amoncellent dans Asparn, les boulets le détruisent, l'incendie finit par en dévorer les restes; on s'y bal corps à corps à l'arme blanche avec le plus grand acharnement. Masséna se multiplie, tous ses offi- I ciers sont frnp|>és à deux pas de lui ; il est le seul que le feu de l'ennemi n'atteint pas, semblant connaître et respecter le fils chéri de la victoire. Il fallait toute l'opiniâtreté de Masséna pour conserver ce poste si péril- ; leux, mais si important, pris et repris quatorze fois dans ces deux jours, j Après la rupture des ponts, le combat n'était plus qu'une horrible bou- j chérie sans résultat, mais absolument nécessaire pour sauver l'honneur français, et même celte partie de l'armée sur la rive gauche du fleuve, car il ne fallait pas songer à repasser au milieu du combat, de jour et en présence d'un ennemi si nombreux, un défilé tel que le faible pont de pontons; il fallait absolument gagner la nuit, et jusque-là en imposer à l'archiduc. Vers midi, l'ennemi s'avisa enfin d'attaquer l'Slotqui est en arrière d'Asparn, et qui n'opposait qu'un bras étroit, presque dépourvu d'eau. Quelques postes des nôtres, en très-faible quantité, garnissaient cel îlot extrêmement boisé; ils sont repoussés et ramenés de l'autre côté. I es balles de l'ennemi arrivent assez épaisses sur la communication d'Asparn avec le pont ; le danger était des plus grands. Si l'ennemi s'avançait en force de ce côté, si seulement il se maintenait sur les bords de l'îlot, les troupes qui étaient à Asparn se trouvaient prises à dos et ramenées près du pont ; on perdait une demi-lieue de terrain et l'appui princii pal de la position. Deux pièces à mitraille furent aussitôt tournées de ce côté. Heureusement l'ennemi laissa le temps à la brigade Vivier d'accourir; mais il fallut y envoyeraussi toute la division Molitor, réduite à quelques centaines d'hommes; elle réussit à contenir l'ennemi, et ce ne fui pas lemoindredes services que Molitor rendit dans cette terrible journée.
« L'archiduc avait reformé sa ligne, rétabli ses batteries, et recommencé ses attaques sur Asparn et Essling. Il fait marchercontreccdernier quatre bataillons de grenadiers de la réserve, qu'il avait enfin rapprochée de la ligne. Ceux-ci n'éprouvent pas moinsde résistance. La division Doudet, enfermée en partie dans un grand clos, repousse cinq assauts avec la plus grande valeur. Les grenadiers hongrois sont si mal menés, que l'archiduc est obligé d'accourir encore pour les retenir sur la ligne.
« Cependant, à force d'essayer de tous les points de la position, le prince Charles finit par disposer sur le centre une attaque effrayante pour l'armée française. Ceux qui voyaient clair aux affaires de guerre conçurent dans cet instant les plus vives inquiétudes. On apercevait, en face de l'intervalle trop dégarni qui sépare Asparn d'F.ssling, la créle
du rideau se couronner d'artillerie, de masses de cavalerie, de colonnes profondes d'infanterie. Ces préparatifs formidables menaçaient le terrain vide qui séparait les corps de Lan nés et de Masséna, et la direction la plus courte sur nos ponts. Une attaque vive et franche de l'archiduc, avec ses réserves et les troupes inutiles sur la ligne, pouvait, en peu de minutes, accomplir la perte de l'armée. Déjà ces masses étaient à petite portée de notre ligne ; heureusement l'ennemi perd, en examens et en mouvements préparatoires, le temps qu'il fallait employer à agir avec vigueur. Napoléon, qui voit ce danger terrible, dirige au centre tout ce qu'il peut trouver de disponible dans notre artillerie, en trèsgninde partie démontée ; il fait marcher vers les lianes des masses autrichiennes quelques troupes déjà excédées de fatigue, et envoie liessières charger avec la cavalerie, non plus pour la victoire, mais pour le salut de l'armée. Il faut donner tète baissée dans cette colonne pour l'arrêter c'était un acte d'absolu dévouement. Nous n'avions plus en arrière de notre centre qu'une seule réserve d'infanterie ; il est vrai que c'était la vieille garde, cette héroïque élite que pendant si longtemps il a sufû de montrer à nos ennemis pour arrêter ou contenir leurs plus grands efforts.
« Dernières, malgré les pertes de sa cavalerie, charge audacieiisement