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et renverse la tète de la colonne. Il n'en faut pas davantage pour arrêter cet ennemi irrésolu. I)<s lors le sort de la journée est fixé, et Napoléon pourra attendre la nuit pour exécuter sa retraite; il se rapproche du petit |M>nt pour veiller à ses préparatifs et ordonner les dispositions devenues nécessaires.
« La journée s'avançait, et il en était temps, car nos munitions étaient épuisées. L'artillerie et l'infanterie allaient se trouver sans cartouches , la communication était interrompue avec les parcs de réserve; la plus grande partie de nos pièces étaient endommagées, les attelages tués depuis longtemps. On avait été obligé de ralentir le feu ; l'ennemi, au contraire, continuait le sien avec sa terrible artillerie qui nous écrasait. 11 renouvelait constamment ses attaques contre les deux villages. Dans l'une de ces attaques, vers le soir, Lannes, qui jusque-là était demeuré constamment au plus fort du danger, descendant de cheval pour prendre quelque repos, est frappé d'un boulet qui lui emporte les deux jambes. L'armée va perdre un de ses premiers chefs, dont les talents s'étaient si prodigieusement développés ; la France, un de ses appuis les plus solides; l'Empereur, un ami zélé. I.;mn< s fut transporté dons l'île
DE SA1NTK-IIÉI.ÈINE.
Nn|K)léon pleurait à chaudes larmes, à genoux devant le héros mourant. C'eut été, en toute circonstance, un grand spectacle; il l'était bien davantagele soird'une bataille si douteusequi nous coûtait tant debraves.
« Nos troupes avaient comme oublié la faim et l'extrême fatigue dans ces deux longues journées, où la chaleur fut excessive, où elles soutinrent quarante heures de combat. Belle époque de gloire!!! Dans une situation aussi critique, notre ardeur et notre confiance ne se refroidirent pas un instant! L'ameduchef était passée dans celle de tous les soldats... Pendant ces journées mémorables, huit divisions françaises, qui ne formaient pas la moitié de notre armée, repoussèrent constamment les attaques de toute l'armée autrichienne, qui ne put conquérir quelques toises de terrain, et fut même souvent sur le point d'être culbutée.
« Dès le commencement «le la nuit, on fil filer sur le petit pont les nombreux blessés entassés sur la rive gauche. Tous ceux qui donnaient
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signe de vie furent emportés dans l'ile de Lobau. On lit ensuite passer l'artillerie, les caissons; on enleva même tous leurs débris. Les pièces prises à l'ennemi avaient été emmenées, rien ne fut laissé sur le champ de bataille, pas même les fusils et les cuirasses de nos morts.
■ L'ennemi fit la faute inconcevable de ne pas poursuivre immédiatement ses avantages, et de nous laisser surtout cette île de Lobau, qui, saillante nu milieu de sou terrain, fut notre sûreté dans le revers, et nous devint bientôt le moyen du triomphe. »
Dans cette campagne tout est classique chez Napoléon pour quiconque1 peut en suivre et en juger les détails. On l'a vu jusque-là préparer et suivre rapidement In victoire; le voici à présent dans une circonstance imprévue, terrible. Qu'on le considère remédiant, en un clin d'œil, à de grands désastres, et déterminant à l'instant môme les dispositions qui doivent lui assurer de nouveau la victoire ! Réduit à une défensive momentanée, il va créer dans l'île de Lobau, oux portes de Vienne même, unç véritable forteresse française, qui maîtrisera le fleuve et le terrain. Trahi par les vagues du Danube, il va l'enchainer; et le tout se fera en vue d'un ennemi qui se proclame triomphant, et ne songe point (i troubler des prodiges qu'il ne sait pas deviner ; et peut-être est-il en quelque sorte excusable, car l'auteur s'écrie à ce sujet : « Heureux ceux « qui ont pu deviner ces miracles du génie !!!... Ce ne furent pas toujours ceux qui l'approchaient le plus. »
l.i s premiers ordres, dit-il, sont donnés à l'instant même du désastre, et les préparatifs sont si rapides, que, deux ou trois jours après la Iki taille, on voit déjà plusieurs sonuettes battre des pilotis au travers des deux grands bras du Danube; mais les bulletins, pour tromper l'ennemi, annoncèrent qu'il s'agissait d'une sorte d'estacade pour couvrir les ponts et arrêter les brûlots. Le même jour, Napoléon détermine sur
les lieux, et trace, de sa cravache sur le sable, le plan des ouvrages
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qui doivent former In tète des grands ponts et le réduit de Lobnu.
Aeoni|>lerde eet instant, ehaeun travaille sans relâche; le chef se multiplie et les soldats sont infatigables. Leur constance, leur ardeur sont sans égales. Napoléon, dans ses projets, et pour mieux se dérober à l'ennemi, a besoin de s'établir dans une petite île en face d'EssIing, touchant presque à la rive autrichienne. Les généraux du génie et do l'artillerie en déclarent l'attaque à peu près impossible. Mais Napoléon ordonne; et, en plein midi, un aide de camp de Masséna ( Pelet ) traverse le Danube avec cinq cents voltigeurs, sous le feu de toute l'artillerie
autrichienne, atteint l'île, en chasse l 'ennemi, s'y maintient contre toutes ses attaques, et en deux heures un pont de bateaux est construit en dépit de toutes les batteries qui enfilaient le Danube et jetèrent plus de deux cents boulets dans les œuvres du pont. Sous un chef tel que Napoléon, tout avait cessé d'être impossible ; personne ne s'occupait plus de sa propre conservation : la vie, c'était la gloire ! Il est vrai que le général ne s'épargnait guère. Napoléon faisait souvent lui-même la tournée des postes de l'ennemi, et en upprocha, dans l'ile du Moulin, jusqu'à vingt-cinq toises. Un officier autrichien, le reconnaissant un jour sur
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les bords d'un canal large do cinquante toises, lui cria : Retirez-vous, Sire, ce n'est pas là votre place ! Paroles admirables qui, vu le ressenti-
ment d'alors contre Napoléon, la crise du moment et l'importance de sa mort, honorent à jamais les rangs dont elles sortirent, et montrent, dans celui qui les prononça, une loyauté et un culte à l'honneur qui ne sauraient être surpassés ! ! !
Enfin, au bout de quarante-trois jours, durant lesquels on a le droit de se demander: Qu'a fait l'archiduc? que devait-il, que pouvait-il faire? ee que l'auteur, uu surplus, discute rigoureusement; au bout de quarante-trois jours, disons-nous, tous les travaux se trouvent accomplis. Ils étaient immenses et merveilleux. Kn voici un échantillon :
« Il y avait à chacun des deux grands bras du Danube, larges, l'un de deux cent trente et l'autre de cent quarante toises, des ponts sur pilotis, où trois voitures pouvaient marcher de front; au-dessus de ceux-ci, de petits ponts larges de huit pieds pour l'infanterie; au-dessous, dos ponts de bateaux. Ainsi les débouchés étaient préparés pour trois colonnes, et le tout était couvert par des estacadesqui se rejoignaient sur une île, à deux cents toises au-dessus des ponts. Le soin fut poussé à un tel point, qu'on éclaira ces ponts par des lanternes de dix en dix toises, continuées tout au travers de l'île Loban, le long des chaussées qu'on y avait prati-
quées sur une largeur de quarante pieds. Au moyen de ces lanternes, le chemin demeurait aussi praticable de nuit que de jour. De grands écritooux indiquaient, ù chaque embranchement, toutes les directions pour les divers corps do l'armée. Ainsi les plus minutieuses précautions avaient été ajoutées au développement des plus grands moyens, etc.
• Cependant l'Empereur avait employé l'intervalle des travaux à réorganiser son armée, et ù rapprocher de lui tous les corps dont il pouvait disposer. Le prince Eugène lui avait amené l'armée d'Italie, au travers de beaux faits d'armes, couronnés par la victoire de Raab ; Marmonl était arrivé avec son corps du fond de la Dalmatie.
«r Le plan de Napoléon, des plus vastes, des plus décisifs, embrasse l'ensemble de ses armées et les divers pays qu'elles occupent. Toutefois tant de coopérations, et à de si grandes distances, n'ont, à ses yeux et dans sa pensée, que l'unité de but et d'action. Il va jeter sa grande armée au delà du Danube et sur la gauche de l'ennemi, pour le séparer de la Hongrie ; il l'attaquera sur le champ de bataille qu'il aura conquis, le battra et l'acculera sur lu Bohème, où cet ennemi se trouvera prévenu et entouré de toutes parts. Le tout s'accomplira de point en point ainsi qu'il l'aura réglé, jusqu'au moment où l'ennemi, frappé de sa situation désespérée, implorera un armistice.
* Les ordres furent donc donnés ù Masséna de porter ses divisions vers la partie septentrionale de Lobau; à Oudinot de passer, le 1" juillet, dans celte île, et de s'y établir; à Eugène d'être rendu le 4 ù Èbersdorf avec des vivres pour deux jours, et de passer les ponts sans s'arrêter ; à • Davoust de ne partir que dans la nuit du 4 au 5, et de filer sur-le-champ dans l'île de Loi km ; à BeimadoUc et à Bessières d'être rendus le 2 ù Ebersdorf; à Vandamme d'occuper Vienne le 2 au soir ; ù Lefèvre d'envoyer Wrède à Vienne pour se réunir à la garde impériale, et de se tenir lui-même ù Linlz, pour, dès que lu grande armée aurait passé le Danube, entrer en Bohème pur le sud, en même temps que Jérôme y entrerait de Dresde par le nord, et que Junol, de Bareulh, la menacerait par l'ouest ; enlin il n'est pas jusqu'à Poniatowski, auquel Napoléon prescrivait d'emmener ses Polonais sur Olmultz pour contenir l'archiduc Ferdinand, et d'y entraîner les Busses, si ces alliés douteux avaient la loyauté de nous servir de bonne foi.
« C'est pour les gens du métier surtout que sont intéressants et précieux les ordres donnés en celle occasion ; ils sont le programme exact des batailles qui suivirent. Jamais on n'avait vu diriger une aussi grande opération à l'avance avec autant de précision, et jamais tout n'avait été
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prévu avec autant d'exactitude, liesdèTnilsdu passage no sont pas moins admirables.
« l.e 4 juillet, ii uno heure après midi, on reçoit Tordre de traverser le soir même. Tout avait été parfaitement préparé, les passages étaient multipliés, la direction de chaque corps jalonnée à l'avance ; aussi lotit fut exécuté avec la plus grande promptitude et dans le plus grand ordre. Jamais une armée aussi nombreuse n'avait aussi rapidement traversé tant de défilés et formé son ordre de bataille. Kn une nuit, elle se trouva rangée do l'autre côté du Danube, quand son ennemi surpris In croyait encore dans ses cantonnements. Du temps de Tu renne et de Condé, on n'eût |tas CTU la chose possible ; du temps de Villars et de Vendôme, on v eût emploj é plusieurs jours, peut-être, sans y parvenir; enlin du temps de Frédéric, à peine ce grand capitaine aurait-il espéré y réussir avec sa bonne armée. Nos adversaires, dans la plus belle plaine du inonde, passaient des demi-journées ù se mettre en ordre de bataille, etc.
« Napoléon ayant deux ponts à son extrême gauche, dont le premier sur pilotis, à l'abri do tout accident, devant servir de ligne de communication pour l'armée, voulut avoir un autre pont eomme de réserve à son extrême droite ; il se ménageait ainsi, pour tous les cas, la |M>ssibilité de manœuvrer, par les deux extrémités du saillant de Lobau, le plus près possible des grands bras du Danube. C'est par ce dernier |M>nt que commença la grande opération.
«■ A neuf heures du soir, vers l'embouchure du bras de Lobau, dans le grand T)anul»e. Oudinot fait embarquer quinze cents voltigeurs dans
Di: SAINTF.-HËI, ÈNR.
des bacs et des bateaux préparés par la marine ; ils (Kissent à la rivcgouelie et s'y établissent. Dès le premier coup (le canon d'Oudinot, toutes les batteries de Lobau font un feu terrible, les unes sur les ouvrages ennemis, les autres sur le terrain qu'il occupe, le plus grand nombre sur Knzersdorf et ses alentours. On voit perpétuellement en l'air une quantité de bombes et d'obus enflammés. Masséna jette de son côté dix-huit cents hommes sur l'autre rive ; ils passent dans cinq bacs. Le premier a de la peine à oltorder, les hommes se jettent ù la nage et le tirent à terre ; alors le passage continue sans interruption. Les postes de l'ennemi sont enlevés ou surpris, et on établit les ponts préparés à l'avance. Celui d'une seule pièce se trouve placé en huit ou dix minutes, malgré la baisse des eaux. Le quatrième corps commence immédiatement ù défiler, le transport continue sur les bacs. On commence des ponts de radeaux et de bateaux sur l'île Alexandre. Le premier est fini ù trois heures, le second ù deux, un quatrième est jeté plus haut, le cinquième avance rapidement. Cependant la canonnade continuait d'une manière épouvantable ; Knzersdorf est bientôt la proie des flammes. L'ennemi ne répondait que faiblement en face des ponts, mais il tonnait de tousses ouvrages sur le terrain de l'ancien passage, où il croyait que notre armée débouchait. A tout ce fracas vint se joindre un orage terrible et une pluie par torrents, qui produisit un froid extraordinaire. Les travaux n'en sont nullement dérangés. Napoléon est partout , courant ù pied d'un pont à l'autre, au milieu des boues et de ces rives glissantes où on culbute à chaque instant. Infanterie, artillerie, cavalerie, tout détile sans relâche,. A mesure qu'on gagne du terrain sur la rive gauche, Napoléon fait assurer ses premiers progrès. Il a donné ù l'avance aux officiers du génie l'ordre de tracer quatre immenses redans pour couvrir les ponts. Ainsi chaque pas que font les troupes, préparé par le feu terrible qui écrase l'ennemi, est protégé par des ouvrages contre tout accident. L'avantgarde ennemie, qui se trouvait dans cette partie, cède le terrain presque sans combattre, et se retire au delà d'Enrersdorf, selon l'ordre qu'elle en a reçu !
« Malgré la multiplicité des ponts, il fallait encore plusieurs heures pour faire défiler une armée aussi nombreuse que la nôtre. Les corps de la deuxième et troisième lignes non encore formées arrivaient successivement. Ce n'est que vers midi que la première ligne se trouve établie perpendiculairement au Danube, selon l'ordre donné : Masséna ù gauche, Otidinot et Rernadolte au centre, Davoust à droite. Ces corps sont par régiments serrés en masse. Ils occupent ainsi un bien petit espace.
l/arméc d'Italie, la garde, avec le onzième corps, viennent former la deuxième ligne, et les réserves de cavalerie In troisième. Le reste de l'armée étant arrivé, ou près de l'être, Napoléon porte en avant sa première ligne et s'étend en éventail, etc. »
Ici se trouvent les développements de cette célèbre bataille de Wagram, tellement remarquable par les mouvements préparatoires et les grandes manœuvres instantanées qui la rendent une des plus longues qui aient été livrées : ils remplissent toute une semuine. Cette bataille est encore une des plus mémorables «les temps modernes, par les forces qni combattirent de part et d'autre, la réputation des deux généraux opposés, les pertes des deux armées, et son grand résultat, la paix de Vienne. Cet événement fournil à l'auteur les détails les plus lucides, les réflexions les plus judicieuses. Mais je passerai tout de suite aux premiers résultats de la bataille proprement dite. Kilo coûta aux Autrichiens vingt-quatre mille morts ou blessés, et nous laissa vingt mille prisonniers. Toutefois elle fut loin encore de remplir les espérances de Napoléon ; l'armée reprocha à un de ses lieutenants ( maréchal Bernadnite ) , dont elle s'était déjà plainte à Auslerlitz, à léna, à Than, etc., d'avoir, le o, attaqué trop tard Wagram ; évacué, le(j, sans combattre, Aderclo , tète de notre position, appui des manœuvres de Napoléon, et qui, entre les mains de l'archiduc, devint celui de sa résistance et de ses attaques. Peut-être ce lieutenant de l'Empereur eut-il pu se rejeter sur la mauvaise conduite des troupes étrangères qui lui étaient conGées ; mais loin delà, il se permit même, contre l'usage reçu, une proclamation individuelle dans laquelle il les qualiliait de colonne de granù; ce qui remplit d'étonnemeiit les autres corps, et |>oiia l'Empereur à le renvoyer en France.
« Napoléon, compagnon et juge des liuuls faits de ses braves, leur distribua de nombreuses récom|>enses. Passant en revue l'armée d'Italie, le lendemain de la bataille, il dit aux soldats : «Vous « êtes de braves gens, vous vous êtes tous couverts de gloire ! » Une proclamation témoigna a l'armée la satisfaction de son Empereur, et s'adressa plus particulièrement au génie, à l'artillerie et aux pontonniers, qui , par leurs immenses travaux, avaient préparé tous ces miracles.
» Napoléon lit trois maréchaux sur le champ de bataille : Oudinot, Marmontct Mocdonold. Il embrassa ce dernier, délaissé longtemps à cause des dissentiments antérieurs. \jc nouveau maréchal, attendri jusqu'aux larmes, s'écria, dans l'effusion de son cœur, qu'il lui vouait
désormais une fidélité sincère, engagement que Napoléon, du resle, u ou l'occasion de témoigner avoir été rempli
L'auteur, Après avoir analysé la conduite cl les fautes de l'archiduc en cette circonstance, dit . • Pour Napoléon, il s'est conduit dans celte bataille d'après les mêmes principes que dans l'ensemble delà en m [vigne. Il a tenu ses trouj>es sous sa main, et a manœuvré excenlriquemenl. Attaqué et prévenu, il a laissé l'ennemi démasquer son mouvement, l'a attaqué lui-même ù son tour au moment et au point favorable*. Rien ne lui a échappé, ni les dangers de la gauche et de l'île de Lohau, où il envoie Boudet, ni les dangers de la droite, où il renforce Davoust, au cas que le prince Jean arrivât. Cependant il a éprouvé de grands contretemps : si l'attaque du .*> au soir eût été convenablement faite, elle eut réussi, et dès lors l'armée de l'archiduc, percée par le centre, était séparée en deux parties qui pouvaient être fortement entamées, et qui, rejetées, l'une sur la Bohème, l'autre sur la Hongrie, ne se seraient plus rejointes. On eût évité dès lors la grande bataille et toutes les chnilecs du lendemain. Si Adereln n'eût pas été abandonné sans coup férir, le (» au jour, l'armée française, qui se trouvait concentrée, aurait culbuté du premier effort le centre dégarni de l'ennemi, et serait retombée sur sa droite, qui eût été écrasée ou novéodons le Danube, etc., etc.
« Cependant l'archiduc se relirait en toute bâte sur la Bohème, et sa retraite, quoique faite avec une grande habileté, allait développer les conséquences de la bataille , bien plus désastreuses encore que la perte de la bataille elle-même. Chaque jour, chaque instant voyait entamer l'armée ennemie : elle était menacée de périr en détail. La cour de Vienne sentit toule l'imminence du danger, et se balade le prévenir. Le 10, vers le soir, Masséna, poursuivant ses avantages et maître des faubourgs de Znaim, allait enlever lu ville quand un cri uuivcrsel se fit entendre tout le long de la ligne, celui de : Cessez le feu! cessez h feu'. Une députation autrichienne avait atteint Napoléon, pour traiter de lu paixet solliciter un armistice. Ce dernier point devint un grand sujet de dissertation dans toute l'armée et sous la tente même de l'Empereur. La situation vraiment critique des forées autrichiennes était visible ù tous les yeux , et grand nombre pensaient que c'était un devoir que de recueillir inflexiblement le prix de tant d'efforts, que le temps était venu d'en finir une fois pour toutes avec une cour sans bonne foi, dont les protestations et les serments n'avaient jamais pour but que de gagner du temps et de machiner de nouvelles attaques. Napoléon ne pensa pas ainsi, et, prenant
une plume, signa l'armistice, disant . «// y a eu assez de sang de versé.» » Cet armistice nous livra les deux rives du Danube jusqu'à Haab, et
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! toutes les provinces allemandes, c'est-à-dire que nos troupes curent ù occuper un tiers de la monarchie autrichienne avec plus de huit millions de population. L'armée ennemie se retira par le nord de la Moravie, au delà de Presbourg, dans le reste de la Hongrie, ahundonnant désormais la défense de la Bohème à ses seules et propres forces. Le commandement en fut retiré à l'archiduc Charles, qui emporta, qu'elles qu'eussent été d'ailleurs ses combinaisons militaires, l'intérêt le plus vif des militaires français, leur admiration même pour la valeur personnelle dont il avait prodigué les preuves. Son malheur, disait-on, avait été d'avoir eu Napoléon ù combattre, et chacun pensait qu'aucun général en Europe n'eut pu même faire aussi bien.
« Là se termine une campagne de moins de trois mois, qui pourrait même compter une autre espèce de suspension d'armes tacite de quarante-trois jours ; et, durant ce court intervalle, que de choses ! ot quels résultats! ! !..
« La victoire de Wngrain eut sur les esprits et la politique l'influence devenue habituelle. Napoléon avait ouvert la campagne au moment d'une crise vraiment effrayante : la ligue était générale contre lui , les machinations universelles. La victoire d'Eckmiilh frappa de terreur toutes les malveillances, et contint tous les mouvements; le revers d'Essling ranima tous les plans et réveilla toutes les espérances. Wagram les confondit de nouveau ; chucun s'empressa de repreudreson attitude soumise, et «le multiplier ses protestations de dévouement et de bonne amitié.
« Le cabinet anglais, qui n'avait pas su ou voulu aider l'Autriche quand elle luttait encore, se hâta, aussitôt qu'il la vit abattue, d'effectuer, avant le retour des troupes françaises, son expédition contre le port d'Anvers, dont la destruction lui tenait si fort ù cœur : il la manqua par impérilie. Toutefois celte diversion suffit encore pour ranimer les secrètes espérances de l'Autriche, et lui faire traîner les négociations en longueur. C'est dans cet intervalle qu'un événement imprévu fut sur le point de déjouer toutes les combinaisons, et de donner un toiituulre cours aux événements de l'Europe : Napoléon fut ù l'instant de tomber à Schœnbrunn sous le couteau d'un fanatique. Si l'acte eût été consommé, qui peut dire ce qui se serait possé en Europe * ! ! !
' J'ai entendu l'Empereur se faire précisément la racine question, et y répondre en |un-ourant en peu d'imitants huit ou dix hypoUiescs diverse» avec celle fécondité d'idées rt celle rapidité deiprrs sion (|iii lui étaient »i particulières. Si je ne l'ai pas mcnlionné en son Heu , c'est que , ne voyant pa« qu'il en put ressortir aucun bien, et y jugeant de nombreux Inconvénients, j'ai cru devoir omettre le tout; seulement il termina, disant: • Je n 'hésite pas a prononcer «nie mon assassinat a Sclui idirunu • ent été moins funeste pour la France que ne l'a été mon union avec l'Autriche. »
« Knlin l'expédition d'Anvers avortée, et Napoléon prenant le ton menaçant, l'Autriche signa , le 14 octobre, la paix de Vienne, dont les conditions, vu le véritable état des choses, purent être regardées comme de nouveaux actes de la clémence du vainqueur.
« Napoléon épargna donc encore une fois l'Autriche : c'est qu'il était loin de vouloir la détruire, qu'il la jugeait nécessaire à sa politique, et qu'il espérait se l'attacher enlin à force de bienfaits. 11 s'est cruellement trompé! ! !... Kt toutefois on a pu lire plus haut, quelque part dans ce recueil, qu'il s'accusait comme d'une véritable faute de l'avoir laissée trop forte après Wagram. « l^c lendemain do la bataille, j'eusse dû, « disait-il, faire connaître par l'ordre du jour que je ne traiterais avec
l'Autriche qu'après la séparation préalable des couronnes d'Autriche, <• de Hongrie, de Bohème, placées sur des tètes différentes. »
Ici l'auteur, après des réflexions générales sur cette magnifique campagne , récapitule ce que la patrie , en cette dernière occasion, doit en aussi peu de temps a l'activité, à la force d'à me et à l'immensité du génie d'un seul homme; il démontre que la gloire, l'indé|>endanee, la splendeur, la félicité de cette patrie, étaient le premier, l'unique sentiment de eet homme vraiment grand; et il termine en expliquant ainsi son extrême modération dans son-dernier triomphe: « C'est que Na- « |K)léon, dit-il, bien au-dessus de ses victoires et des ambitions ordi- •• naires, s'était imposé la plus belle, la plus grande des missions. « Poussé à une haute dictature, d'abord en France, par les factions qui •> la divisaient et mettaient son existence en péril ; ensuite sur toute « l'Europe, par la constante coalition de ses ennemis, leurs attaques » perpétuelles, le refus obstiné de la paix générale, il avait su juger •> inévitable la régénération moderne, et prétendait à la diriger..... « Placé au plus haut point des lumières, nu-dessus des intérêts comme
« des passions, il avait pu peser les nécessités du temps Chef de In
« cause des peuples triomphants, il voulait en traitera l'amiable avec « les rois vaincus, etc. »
Dans mon recueil, l'auteur trouvera plus d'une fois dans les paroles de Napoléon même l'occasion d'être fier de l'avoir si bien deviné, et il goûtera surtout la douce satisfaction de cœur de l'avoir admiré, aimé, en pleine connaissance de cause.
Sur la goi-fTC «ir ItiMc. — Fatallli1». rte. - M. ilr Talli*vraml, rte. — Cnrinnr ilo niaiUmc île
Staël.- M .Xeck.T. olr.
L'Empereur ma emmené de lion matin fort loin dans le bois ; il a
cause plus d'une heure sur la situation de la France; de là, il est revenu sur les gens qui l'avaient trahi, sur les fatalités nombreuses qui l'avaient entraîné ; la sécurité perfide causée par son mariage avec l'An- | triche; l'aveuglement des Turcs, qui font la paix précisément quand ils devaient faire la guerre ; celui de Bernadolte, qui obéit à son amour- j propre et à ses ressentiments, plutôt qu'à sa véritable grandeur et à sa stabilité; une saison rigoureuse outre mesure ; jusqu'à la supériorité I d'esprit de M. de Narbonne à Vienne, qui, découvrant l'Autriche à nu, j la força de se hâter ; enlin les succès mômes de Lutzen et Bautzen, qui, . ramenant le roi de Saxe à Dresde, le mirent, lui Napoléon, en possession des signatures hostiles de l'Autriche, et ne lui laissèrent plus aucun faux-fuyant. « Quel malheureux concours pourtant! disait-il d'un
• accent tout à fait expressif; et toutefois, continuait-il, le lendemain ■ de la bataille de Dresde, François avait envoyé déjà quelqu'un pour « traiter. H fallait que l'échec de Vandamme arrivât à point nommé « comme pour aider à l'arrêt du destin. »
M. de Talleyrand, sur la conduite duquel l'Empereur revenait beaucoup, pour savoir, disait-il, quand il avait commencé véritablement à le trahir, l'avait poussé fortement à la paix au retour de Leipsick. « Je « lui dois, observait-il, cette justice ; il blâma mon discours au Sénat, « mais approuva fort celui au Corps législatif. Il ne cessait de me répé-
• ter que je me méprenais sur l'éDergie de la nation ; qu'elle ne secou- « derait pas la mienne, que je m'en verrais abandonné, qu'il me fallait
• m'accommoder à tout prix. U parait qu'il était alors de bonne foi,
• qu'il ne trahissait point encore. Talleyrand n'a jamais été pour moi
• éloquent ni persuasif; il roulait beaucoup et longtemps autour de
« la même idée. Peut-être aussi, me connaissant de vieille date, s'était- j « il fait une manière pour moi; du reste, il était si adroitement évasif j
• et divagant, qu'après des conversations de plusieurs heures, il s'en al- « lait, ayant échappé souvent aux éclaircissements ou aux objets que je « m'étais promis d'en obtenir lorsque je l'avais vu arriver, etc., etc. «
Quant aux affaires du moment et au sujet des derniers journaux qui peignaient la France en agitation toujours croissante, le résultat a été que, pour toute l'Europe, les chances de l'avenir semblaient indéfinies, multipliées, inépuisables, qu'il existait un fait constant qui nous parvenait de tous côtés, c'est que personne' en Europe ne se croyait dans une attitude stable. Chacun semblait redouter ou pressentir des événements nouveaux, etc.
L'Empereur m'a retenu à déjeuner avec lui sous la tente : il a fait