‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 40 sur 89 · II. Si · texte numérisé non relu

II. Si

Après In naissance du jeune prince Napoléon, l'Empereur ordonna I érection d'un palais qui devoil lui cire bàli en face du pont d'iéna. Il devait être appelé le palais du roi de Rome. Le gouvernement acheta les maisons siluees sur ce lieu, excepté une* seule estimée environ 1 ,000 francs, et qui appartenait à un pauvre tonnelier. Celui-ci en demanda 10.000. iSapoléun ordonna qu'ils lui fussent payés. Quand on voulut conclure, cet homme se ravisa et déclara que, ses réflexions faites, il \ ne pouvait céder sa propriété que pour 50,000 francs. Quand on revint pour terminer, le tonnelier porta sa demande à 40,000 francs. L'architecte fut très-embarrassé; il ne savait plus que faire; il n'osait plus ennuyer Napoléon à ce sujet; cependant, comme il ne pouvait lui ca- ! chertés nouvelles difficultés, il retourna à lui. « Ce drôle-là abuse! «Comme il n'y u pas moyen de le rendre raisonnable , payez -le. » i L'architecte retourna chez le tonnelier qui osa celte fois élever le j prix de sa baraque à .*>0,000 francs. Quand l'Empereur sut cela, il s'écria : •> C'est un misérable; eh bien, je n'achèterai pas sa maison; « elle restera où elle est comme un monument de mon respect pour « les lois. »

Oepuis, les fondements de l'édifice ont été rasés. La baraque du tonnelier est tombée en ruines, et son propriétaire IL... demeure maintenant à Passy, où il est très-pauvre et vit du travail de ses mains.

* Lorsqu'on sut en Europe, me dit-il, que mes intérêts me faisaient | * rompre mon premier mariage, les premiers souverains de l'Europe j <• me tirent faire des confidences. L'empereur d'Autriche appela dans » son cabinet mon ambassadeur Narbonne, et lui dit qu'il serait charmé « que je songeasse à sa famille. Je pensais alors à me rapprocher d'A- « lexandre. On écrivit de Vienne au prince de SchwarUemberg, qui «était emhassadeur à Paris: mais j'avais déjà reçu des dépèches de •• Russie. Alexandre offrait la main de sa sow, la grande-duchesse | <• Anne. Quelques difficultés de religion s'élevèrent à cause de la coin- 1 « munion à laquelle appartient la princesse. Nous les aurions aplanies. « .Mais la majorité de mon conseil se prononça pour une princesse au- « trichienne. J'autorisai alors Eugène à faire des ouvertures au prince 1 « dcSchwartzemberg; les articles du mariage furent arrêtés, signés. - Alexandre fut mécontent cl se crut joué. Il s'est trompé. »

Voici une autre anecdote très-authentique : la reine de Wurtemberg écrivit à la reine Charlotte, sa mère, le détail de son entrevue avec Napoléon. Ce rapport élait très-flatteur pour l'Empereur; en parlant

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de lui, elle disait, entre autres choses . « Il a un sourire si prévenant, si enchanteur! !... -

L'Empereur était presque toujours maître de laisser telle ou telle impression.

.Napoléon a reparlé avec intérêt de ce qu'il eût fait s'il eût pu opérer sa descente en Angleterre. Voici quelques développements nouveaux.

« Ma pensée était de laisser l'Angleterre se constituer avec liberté en

• république. Alors je ne redoutais plus les merveilles de votre esprit « national. Je n'aurais créé cette république que d'après vos vœux, « je n'aurais levé qu'une contribution très- modérée, seulement pour «couvrir mes dépenses; votre peuple eût été pour moi, parce que je

• l'eusse repecté.

« Il aurait vu que, plébéien moi-même, j'étais l'homme du peuple,

• tout au peuple. J'aimais à élever un homme de mérite à la première « place; je n'ai jamais recherché les titres de noblesse, mais la pro- « bilé, le talent. Je ne connais pas de |>euple, même les Prussiens, pins «indignement traité que le vôtre. Vous regardez ces gens comme un

• ramas d'ilotes, et il y a là la meilleure veine du sang anglais, celui « qui gagne les batailles et soutient l'industrie. Vous n'aimez, vous ne

« respectez que l'aristocratie. Tout Anglais des classes inférieures , j » quand il ne peut pas prouver dans une presse qu'il est gentleman, est « enlevé, embarqué comme matelot. Vos ministres ont eu l'impudeur « de déclamer contre le système de ma conscription. Ce système ne « fait pas de distinction de rang : il humilierait votre orgueil. Comment! « un fils de gentlemen pourrait être contraiut de se battre pour son « pays comme un Gis de marchand, de laboureur! Mais qui forme donc « votre nation? Ce ne sont point les lords, ni les gros prélats, ni les « hommes d'Église, ni les gentlemen, ni l'oligarchie. Oh! un jour • l'Angleterre verra de terribles orages.

* La conscription n'écrase pas une classe, comme votre pressgang; «c'est un moyen équitable, rationnel, de lever les armées: il partage « les obligations de la nation. Mes armées étaient admirablement « composées. La conscription est devenue une institution nationale. »

Sur celte objection que Londres se serait incendiée plutôt que de se soumettre à ses armes, il a dit : «Chaque Auglais fût resté chez lui. Qui « eût voulu provoquer le courroux de mes soldats sans intérêt, sans mo- « tifs? Qui donc eût brûlé sa maison, livré ses propriétés au pHIage, sa « femme et ses filles au viol, et ses fils à la mort, pour conserver dans

TftS NAPOLÉON

«de grandes places lord Bathurst, l'archevêque de Cantorbéry? La « constitution, vos vœux accomplis, qui eût résisté à cela ? qui eût voulu « jouer et perdre l'immense fortune de vos iles?

« Pitt jugeait les choses comme moi. Il disait sans cesse aux cabinets " que je pouvais descendre en Angleterre, que Ixmdres conquise, j'étais « le maître du continent. Avec celte crainte, il réarmait leurs mains : je <> les battais de nouveau et je m'élevais encore. Je tiens ce que je dis là « du roi de Prusse. »

J'ai présenté dans cette entretien quelques réflexions sur la nature

j du gouvernement qu'il avait établi en France. « Cette nation avait be- <• soin d'un gouvernement fort. Tant que je suis resté à la tète des « affaires, la France a été dans l'état où était Rome quand il fallait un

| •< dictateur poursauver la république. Les nations de l'Rurope, séduites « par votre or et vos haines, ont renouvelé sans cesse les coalitions

• contre mon pouvoir. Il était donc urgent que le chef de l'Etat toujours •< menacé, attaqué, recueillit la force et toutes les ressources du pays

i » pour résister ou vaincre. Je n'ai jamais fait de conquêtes qu'en me « défendant. L'Europe n'a jamais cessé de combattre la France à cause

, « de ses principes. J'étais forcé d'abattre sous peine d'être abattu. Je

] • me suis trouvé, durant plusieurs années, placé entre les partis qui « tourmentaient ma patrie, comme un cavalier monté sur un cheval « fougueux qui cherche toujours à se cabrer et à se jeter d'un coté ou « de l'autre, et que pour faire marcher droit, il est obligé de tenir fer- < mement en bride. Il faut absolument qu'un gouvernement qui cède à « des révolutions, qui est assailli sans cesse par les ennemis du dehors et agité intérieurement par des intrigues, soit un peu dur. A la paix, ■• j'aurais déposé cette dictature, mon règne constitutionnel aurait commencé. Malgré des restrictions, par le résultat, mon système élail - encore le plus libéral de l'Europe.

« J'ai constamment servi la diffusion de l'instruction parmi lès clas-

| ' ses pauvres; pins haut, j'en élargissais le cercle. Des établissements « publics excellents offraient gratuitement l'instruction au peuple : les

• frai» de l'instruction classique furent abaissés; alors le cultivateur, « l'ouvrier purent faire bien élever leurs enfants. Les musées furent «ouverts a tout le monde. Le peuple français serait devenu le plus

« instruit, le plus cultivé, le plus moral de l'Europe. » j .

J'ai fait part à Napoléon des'traitements indignes dont le gouverneur j me rendait victime à Plantation-House. • Cet officier général est le " dernier des bandits. Où voit-on ce qu'il fait ? lTn officier supérieur se

- complaire à outrager sans raison son inférieur et s'abriter dans les « prérogatives du grade ! Son intention était d'exciter de notre part l'é- » Hat d'une juste indignation, pour pouvoir ensuite, la loi, la lettre do « la loi h la main, vous écraser, vous faire fusiller. Il est comme un * « homme dévoré par uncjèprc invétérée; il faut qu'il se frotte violem- « ment à tout. Soyez prudent, car votre situation est périlleuse ; je ne- << vois d'autre parti à suivre que le silence ahsolu. Allez, quand il vous » demande, écouter ce qu'il a à vous dire; répondez si ses questions

n'ont pas uniquement votre profession pour objet : je ne sais pas; ce ; « n'est pas là mon affaire. «

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