L'Empereur se trouve mieux
21. — L'Empereur est mieux et se promène, L'exercice lui rend des forces, de lu gaieté. J'étais debout, il vient à moi, m'adosse au mur, la main levée « Grand coquin de dolinracrio ! vous me droguez. Que di- « les-vousde ma poitrine? Allons, que pensez-vous de mes poumons? « Vous qui connaissez le cœur humain, dites, monrrai-je pulmonique? « Que décide Gnllien ? — Qu'avec une voix comme In votre on n'a rien « à craindre de la pulmonie. — Oui, mais ce foie? « Son ton, son attitude, étaient changés; il ten.iil la main sur rhy|K>condre droit. « C'est « là qu'est le mal ; c'est le défaut de lu cuirasse, le climat l'a saisi. N'y
pensons plus. »
22. — Douleur au foie plus vive. Elle s'étend sur le côté droit et se prolonge j usqu'à l'épaule.
l/Kmpereur se sentait un peu soulagé; il reprit sa correspondance.
« Lorsque, j'entrai au Caire, les Turcs, qui mesuraient ma taille au « bruit de nos victoires, se figuraient que j'avais nu moins six pieds. Je « fus bien déchu lorsqu'ils me virent. J'étais inoins haut, moins cor- « poré qu'un de leurs mameluks, je ne pouvais commander une ar-
• niée. Les imnns poussaient le peuple à la révolté. II fallut opposer
• les manœuvres aux manœuvres, je jouai Je rôle d'inspiré.
« L'artillerie du Moka tan, le tonnerre qui se lit inopinément entendre, «les pierreries de Malle que je distribuai aux plus influents, mon as- » sumnec, mon langage, déconcertèrent l'insurrection. Je fus un ami » du prophète, un envoyé de Dieu, tous les cheiks étaient à moi. Ils -< m'embarrassèrent néanmoins ; ils me proposaient de proclamer l'is- « lamisme et de prendre le turban. « Nous verrons. — Vous auriez « cent mille hommes ! — J'y penserai. — Toute l'Arabie se rangerait
• sous vos drapeaux. — Mais l'abstinence? Nous sommes de l'Ocei- « dent; nous péririons si nous ne buvions pas de vin. — L'usage peut « s'en tolérer. — Et la circoncision ? — N'est pas nou plus indispen- « sable! » J'étais forcé dans tous mes retranchements. Je ne savais ■ plus que dire, à quel obstacle me rattacher, je m'avisai d'une défaite.
• Puisqu'il en est ainsi, nous sommes tous musulmans, leur dis-je.
« Mais la cérémonie doit être grande, solennelle, marquée par des aetes „ je piété. Je donne ordre qu'on élève une mosquée plus belle que
«Sainte-Sophie; elle sera inaugurée pour notre conversion. » Les « imans satisfaits consentirent à ce qu'ils avaient jusque-là refusé avec
• obstination. Ils adressèrent pour moi des vœux au prophète; je fus <» respecté, obéi du peuple ; je fis tout ce que je voulus. Sans lescir-
• constances impérieuses qui m'appelèrent en France, les affaires d'É-
• gypte eussent pris une autre tournure. Elles n'eussent pas eu l'issue «déplorable qu'elles ont eue, si Kléber ne fut pas tombé sous le poi- «gnardd'un assassin. Il ne fallait qu'une intelligence médiocre pour « jeter à la mer les Anglais d'Aboukir, battre 1rs Turcs s'ils sortaient - du désert, et aller recevoir à composition les Cipayes qui descen- « daient la haute Égypte. Mais Menou était d'une nullité qui ne pouvait « se prévoir ; il perdit tout. «