‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 49 sur 89 · L'Empereur était rétabli. Il était gai, dispos · texte numérisé non relu

L'Empereur était rétabli. Il était gai, dispos

J'écoutais, j'attendais qu'il me parlât de sa santé. H était à bout, et s'étonnait de sa lassitude ; elle était la conséquence du genre de vie qu'il avait adopté. « Que faire?— Du mouvement. —Où?— Au «jardin, dans la campagne, en plein air. — Au milieu des habits rou- « ges? Jamais. — Bêchez, remuez la terre, échappez à l'insulte et ù

- l'inaction. — Bêcher la terre ! Oui, docteur, vous avez raison, je bé- -cherai. * Nous rentrâmes. Il fil ses dispositions; et dès le lendemain

j il était à l'œuvre. Noverraz avait l'habitude des travaux rustiques, il le fit jardinier en chef, et s'exerça sous sa direction. I.es premiers coups furent heureux ; il voulut me rendre témoin de son adresse, et m'envoya chercher. « Eh bien, docteur, ètes-vous content? Est-ce assez de docilité? - Il tenait sa bêche en l'air, riait, montrant de l'œil re qu'il avait fait. Il reprit, et cessant au bout de quelques instants: i

DE NAPOLEON. 771 « Le métier est trop rade; Je n'en puis plus. Mes mains me font mal. « A In prochaine fois. . Kl il jeta la bêche. « Vous riez, btc dit-il, je - vois ce qui vous égayé, nies belles mains, u'est-ce pas? Laissez : j«i

« toujours fail de mon corps ce que j'ai voulu , je le plierai ù eel exer- - eiee. » En effet, il s'y habitua. Il eliarrinit, faisait transporter la terre, mettait tout Longwoodo contribution. Il n'y eut que les dames qui échappèrent à la corvée ; encore avait-il peine à s'empêcher de les mettre ù l'œuvre. Il les plaisantait, les pressait, les sollicitait; il n'y avait sorte de séductions qu'il n'employât, auprès de madame Bertrand surtout. Il l'assuroit que cet exercice valait mieux pour la santé que les remèdes.

Tout eut bientôt changé de face. Là était une excavation ; ici un bassin, une chaussée. Nous finies des ullées, des grottes, des cascades, le terrain prit de la vie, du mouvement. Ce ne fut que soûles, chênes, pêchers ; nous ménageâmes de l'ombre autour de l'habitation. Nous avions achevé l'agréable; nous travaillâmes a l'utile. Nous divisâmes lu terre, l'ensemençâmes de haricots, de pois, déplantes potagères.

Le gouverneur entendit parler de nos plantations. Elles lui parurent suspectes. Ce mouvement devait cacher une conspiration, il accourut. Je faisais ma promenade accoutumée ; il m'aperçut, pressa le pas et me joignit. « C'est vous qui avez, conseillé ce violent exercice au géné- « ral Bonaparte. » J'en convins. Il leva les épaules. « S'exterminer,

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« transplanter des arbres dans une terre sans humidité, sous un ciel

• brûlant; c'est peine perdue, vous n'en élèverez pas un. ■ Je l'assurai qu'il présumait trop mal du pays où il commandait; que nos élèves ve noient à merveille, que plusieurs bourgeonnaient déjà. Il secoua la tète, et s'éloigna. Lorsque l'Empereur connut cette rencontre, il dit : « Ce

misérable m'envie les instants qu'il n'empoisonne pas. Il appelle m» « mort. Qu'il se rassure; ce ciel horrible est chargé du forfait : il le consommera plus tôt qu'il ne pense. »

Au train dont nous allions, nous eussions bientôt exploité. l'Ile entière. Napoléon s'en aperçut, ralentit les travaux, nous restâmes seuls j pour achever les semis. J'ouvrais le sillon, il répandait la semence, la | couvrait, raisonnait, contait une anecdote et n'arrêtait que pour me faire une plaisanterie. Un jour qu'il disposait une touffe de haricots, il aperçut des radicules et se mit à discourir sur les phénomènes de la végétation. Il les analysait, les discutait avec sa sagacité ordinaire, et en concluait l'existence d'un être supérieur qui présidait aux merveilles de la nature. « Vous n'en croyez rien, docteur ; vous autres médecins,

• vous êtes au-dessus de ces faiblesses. Dites-moi, vous qui connaissez

• le corps humain, qui en avez fouillé tous les détours, avez-vous jamais <• rencontré l'àmc sous votre scalpel? Où réside-t-elle ? dans quel or- « gane? » Je tardais à répondre. • Allons, franchement, il n'y a pas un « médecin qui croie en Dieu, n'est-ce pas? — Non, Sire, l'exemple les « séduit, ils prennent le mot des mathématiciens. — Eh I mais ceux-ci •• sont ordinairement religieux... Votre récrimination cependant me «rappelle un mot curieux. Je m'entretenais avec L'", je le félicitais •> d'un ouvrage qu'il venait de publier, et lui demandais commentle nom » de Dieu, qui se reproduisait sans cesse sous la plume de Lagrange, ne « s'était pas présenté une seule fois sous la sienne. « C'est, me répond il-

• il, que je n'ai pas eu besoin de celle hypothèse. » Nous n'étions la plupart que des athées. Du reste, aussi poltrons que peu crédules, nous n'y étions plus dès que le canon tonnait; les plus habiles se déconcertaient à la vue du champ de bataille, ce n'était qu'à force de temps, d'habitude qu'ils acquéraient l'assurance nécessaire aux opérations. Il avait souvent réfléchi à ce trouble funeste. Il eût voulu qu'il ne fût permis de courir la clientèle qu'après avoir fait une campagne ou deux. Il rendit hommage aux services de la chirurgie militaire, loua son zèle et vanta beaucoup la constance qu'elle avait déployée dans plusieurs circonstances difficiles. Il l'avait, au reste, constamment surveillée, encouragée.

Nous jardinions, nous causions, nous nous entretenions d'histoire

nnturelle, do médecine, de guerre, de politique, de tout ce qui s'offrait aux observations ou aux souvenirs de l'Empereur. Mais la conversation amenait-elle quelque trait, quelque circonstance qui lui rappelai l'impératrice ou son fils, il s'interrompait aussitôt et ne s'occupait plus que des qualités de l'une et de la destinée de l'autre. « Quel abandon ! quels - malheurs ! » Mais il avait son nom, il aurait son courage, il ne s'en laisserait pas déshériter. Et passant brusquement à Marie-Louise, comme s'il eûtcraintdc mesurer l'avenir de cet enfant, il serépandait en éloges sur sa bonté, sa douceur, l'inaltérable tendresse quelle avait pour lui ; il la payait de retour, et cette affection peut-être avait causé sa perte. S'il l'avait moins aimée, il n'aurait pas écrit la lettre fatale qui tomba dans les mains des alliés. 1) eût probablement été suivi, vainqueur, et la France eût été sauvée. Le sort en décida autrement, il abdiqua, l'im- (>éra triée dut se retirer à Vienne. La santé de cette princesse se dérangea ; les médecins lui conseillèrent les eaux. Marie-Louise était accompagnée de madame de Brignolles, de Corvisart, d'Isabey; Talma avait apparu, la conspiration était patente, le trône en danger ; il fallait tout mettre en œuvre pour déjouer la trame. Il écrivait, priait, dénonçait; autorité civile et militaire, il stimulait tout. Il demandait à l'un ses espions, à l'autre ses gendarmes ; l'impératrice ne faisait pas uu pas qui ne Tût pour lui un sujet d'angoisses. Elle vivait cependant de la manière la plus simple ; elle se promenait, courait, se mêlait à la foule, et ne s'occupait que de sites, de points de vue qu'elle gravissait avec la légèreté qui lui est naturelle ; mais elle écoulait des vers qui rappelaient ce que nous avions fait ; elle chérissait le nom de son époux, elle adorait son fils. Fouclié, le duc de Castiglione n'en dormaient pas. Une circonstance ajoutait ù leurs alarmes : elle avait accueilli quelques-uns de nos soldats, rassemblé douze à quinze cents hommes; elle allait conquérir la France. Lacronier accourut au-devant de cet affreux malheur. 11 avait des troupes, une ordonnonec ; il voulait fermer Soint-Jeoire aux courriers autrichiens. Mais Neiperg se fâcha, menaça; le gendarme n'osa passer outre, et Fouché resta en proie à ses anxiétés. Les hommes, les choses, tout lui portait ombrage ; il se désolait de voir que Marie- Louise continuait à se lier de cœur aux intérêts de Napoléon. Pour surcroit d'angoisses, le départ de l'impératrice, qui était fixé au 1er septembre, n'eut pas lieu. Ce retard inattendu faillit brouiller sa cervelle; il ne rêva plus que désastres, que fuites, qu'insurrections. \jc délai partait de l'Ile d'Elbe; la chose était claire, on n'en pouvait douter. Le pauvre Augereau, travaillé de tous côtés par la peur, finit par céder à

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un sentiment qu'il n u voit jamais cun nu. Il est vrai qu'il était vieilli ; mais la circonstance lui aurait dù rendre l'activité de sa jeunesse : espions, dépêches, il avait temps pour tout.

17. — La santé de l'Empereur se soutenait depuis plus d'un mois. Les forces étaient revenues ; les fonctions digeslives avaient repris ; tout semblait au mieux lorsque le mal se réveilla avec plus d'intensité. De violentes coliques se font sentir, la douleur au foie devient insupportable.

IK.— Les tranchées perdent un peu de leur violence, sans cesser pourtant ni laisser un instant de repos au malade. Une toux sèche se manifeste.

21 . — L'Empereur se trouve beaucoup mieux ; il fait quelques tours de promenade, rentre et prend un bain.

J'avais été faire une course dans le parc, et rentrais comme l'Empereur sortait du bain. « Je croyais, me dit ce prince, que vous traitiez " les médecins anglais. Est-ce qu'ils n'ont pas été exacts au rendez- * vous? — Non, Sire, ils ont paru isolément sensibles à l'invitation ;

ils l'ont acceptée avec reconnaissance, mais ils se sont ravisés tout à « coup et se sont dégagés. J'ignore si la main qui les a retenus n'est pas « celle qui vient de me faire arrêter. — Arrêter! — Oui, Sire. Je ga- « gmiis paisiblement ma hutte, le factionnaire m'a refusé le passage, « j'ai été conduit au corps de garde: c'est ce qui m'a mis en relard.» L'Empereur laissa tomber la conversation ; je n'insistai pas et me retirai. — Je fus encore arrêté, insulté les jours suivants; Napoléon ne voulut pas que, je l'endurasse.* Écrivez à ce Calabrais : dites-lui tout le « mépris que sa basse méchanceté vous inspire, que vous vous retirerez <• s'il persiste. Je ne veux pas qu'on vous refuse de l'air, qu'on vous » fasse périr sous mes yeux. » — J'étais indigné, ma lettre fut bientôt faite.

« Adressez-vous aussi à Hamilton, me dit l'Empereur; ce ministre <• a donné des éloges a vos travaux ; il vous porte de l'intérêt, il n'est « pas possible qu'il souffre que le bourreau vous refusela faculté d'al- » 1er respirer un peu d'air sous un arbre sans feuillage. -

Je suivis le conseil et j'écrivis : je me plaignis ; je n'avais rien de mieux à faire. Lowe s'en souciait peu ; mais le ministre m'avait témoigné de l'intérêt, je recourais à lui, le cas devenait plus grave; les limites furent éloignées, et je pus respirer, circuler à l'aise. Toutefois Iludson m'adressa son homélie; j'avais sans cesse à la bouche le nom d'une « qualité proscrite ; je ne parlais que de l'Empereur; » je voulais l'obliger à refuser mes lettres, le priver du plaisir de correspondre avec moi. Sa sollicitude était vraiment touchante.

DK NAPOLÉON.

Nos dispositions étaient faites pour creuser un bassin; l'Empereur était en large pantalon, en veste, avec un énorme chapeau de paille de Bengale sur la tète, et des espèces de sandales aux pieds. Je le suivis vers une troupe de Chinois, appelé! pour donner un dernier coup de main. Ils nous examinaient, riaient, mais devenaient moins bruyants à mesure que nous nous avancions. <• Qif ont-ils donc ? qu'est-ce qui les » égayé ? serait-ce mon costume ? — C'est probable, dis-je ; ils s'éton- « nenl de vous voir velu en ouvrier comme eux. •• Misa l'ouvrage, ils se continrent quelques instants; mais la gaieté l'emporta bientôt, et devint si générale, qu'elle gagna Napoléon lui-même. » Qu'on t-ils « donc? que disent-ils? » Aucun de nous ne comprenant le chinois, nous ne pûmes lui répondre. «C'est mon costume! il est en effet assez " plaisant. Mais il ne faut |»as qu'en riant ils soient brûlés parla eha- « leur ; je veux que chacun d'eux ait aussi son chapeau de paille, c'est « un petit cadeau que je leur fais. » Il s'éloigna, se dirigea vers une touffe d'arhres. Nous croyions qu'il était allé chercher le frais lorsque nous l'aperçûmes qui était à cheval, suivi de son piqueur. Il fit quelques tours, partit au galop, et gagna Detd-Wood. Il s'arrêta ou sommet de

la position, déploya sa lunette, la promena tout autour de lui, et revint

ovec la même vitesse. Cette excursion si simple deviot une affaire d'État. On avait aperçu un cavalier équipé à la chinoise. Comment était-il apparu? d'où venait-il? que voulait-il? le gouverneur ne le pouvait comprendre. L'Empereur, qui s'amusait de 6es terreurs, imagina de les accroître encore. Il costuma Vignali comme il l'était luimême ; lui donna son cheval, son piqueur, sa lunette d'approche, lui ordonna de marcher vite, et de faire mine d'observer. Le missionnaire alla, fut aperçu, signalé, mit en rumeur l'île entière, lbidson, Gorrequer, Reade, tout fut bientôt sur pied, accourut à Longwood. C'était une conspiration, un enlèvement ; c'était.... Yignali déguisé. Le gouverneur se retira confus. Je me trouvais sur son passage ; il vint à moi, exhala sa colère, et flnit par déclarer qu'après tout celui qui le mystifiait n'était qu'un usurpateur. « Sans doute. » Mon ton de bonhomie le trompa. Il me flattait de l'œil, s'emportait, jurait; et, terminant par le coup de massue, il répéta que c'était un usurpateur, que je ne pouvais le nier. Son Excellence, déridée par mon impassibilité, m'invita à la confiance. J'y répondis : ■ L'Empereur, car en l'appe- j <• lant général, vous lui faites grâce d'une usurpation, et je veux les « compter toutes, est tout noir du crime que vous lui reprochez. A Toulon, il usurpa la victoire; il l'usurpa à Montenolte, à Castiglione, •> à Lodi, sur le Tagliamento ; il usurpa notre admiration par la rapidité « de ses triomphes; il l'usurpa par la vengeauce qu'il tira, sous les . murs de Pavic, de l'affront fait à François 1"; il l'usurpa par celte « retraite fameuse où, sacrifiant ses espérances et ses parcs, il leva le « siège de Mantoue, courut vaincre, et apprit à l'ennemi qu'une sur- •< prise, un succès, ne sont souvent que le prélude d'une grande défaite. » Il l'usurpa encore lorsque, abandonné à lui-même, privé de flottes, j

- de transports, il faisait la guerre au milieu des déserts, ouvrait ■ des canaux, fouillait des sables, et cultivait, en combattant, tous les « arts de la paix. «

J'allais continuer l'histoire des usurpations : mais Son Excellence n'en voulut plus.

Je rejoignis nosChinoisque l'Empereur excitait au travail. - Kh bien, que vous a dit Hudson ? ne craint-il pas qu'il me vienne quelque jour des ailes et que je n'échappe au cercueil? — Je l'ignore; je luira-

- contais comment vous aviez usurpé la victoire, l'admiration publi- , •• que l'esquisse lui a déplu, il s'est éloigné. » Napoléon continua de

rire de la mésaventure du gouverneur. Il passa aux événements que

j'avais rappelés à I/>we, raconta quelques anecdotes, donna des éloges

ii l'un, cita un trait honorable de l'autre. • Augcreau trait de l'habileté, An courage; il était, aime dos soldats et heureux flaira ses opérations; « Joubert avait le génie de la guerre; Masséna une audace, un coup d'nHI

<|ueje n'ai vu qu'à lui; il était avide de gloire, et ne souffrait pnn qu'on le frustrât des éloges qu'il croyait avoir mérités. Les rapports étaient rédigés à la hâte, destinés à satisfaire la curiosité des oisifs et ne faisaient pas toujours à chacun sa véritable part. Il ne trouva pas que les services qu'il avait rendus devant Mantoue fussent suffisamment appréciés ; il réclama

Laharpe était dans le même genre ; sévère, indépendant, prodigue de sa vie sur le champ de bataille, mais jaloux de la part qu'il avait prise à la victoire. Il périt par un de ces accidents si communs à la guerre. Il revenait d'une reconnaissance, la nuit était obscure, orageuse; il ne répondit pas au qui vive du factionnaire et fut victime de sa sollicitude. Il était du canton de Herne ; chaud partisan des idées nouvelles, il avait été obligé de fuir et avait eu ses biens confisqués. J'eus la satisfaction «le les faire rendre à son fils. Les Suisses manquaient de grains, demandaient à en acheter en Italie; je le permis.

us

« mais ù condition que I» saisie serait révoquée ; el je chargeai Barthé- « lemy. qui était ambassadeur à Baie, d'y tenir la main. J'eus plus de « peine au sujet d'un de mes aides de camp, tué à Aréole, le brave coït lonel Muiron. Il avait servi, depuis les premiers jours de la révolu-

* lion, dans le corps de l'artillerie. Il s'était spécialement distingué au « siège de Toulon, où il avait été blessé en entrant par une embrasure « dans la célèbre redoute anglaise.

« Son père était arrêté comme fermier général : il vint se présenter

• a la Convention nationale, au comité révolutionnaire de sa section,

■ couvert du sang qu'il venait de répandre pour la patrie ; il réussit « son père fut mis en liberté.

■ Au 13 vendémiaire il commaudait une des divisions d'artillerie

■ qui défendaient la Convention ; il fut sourd aux séductionsd'un grand • nombre de ses connaissances. Je lui demandai si le gouvernement - pouvait compter sur lui. — <L)ui, me dit-il, j'ai fait serment de soutenir

h la république, j'obéirai a mes chefs; je suis d'ailleurs ennemi de tous j « les révolutionnaires. Il se comporta effectivement en brave homme, » et fut li-cs-ulilt- dans cette action qui MUV8 la liberté.

« Je l'avais pris pour aide de camp au commencement de la campu- « gne d'Italie : il rendit dans toutes les affaires des services essentiels ; - enfin il mourut glorieusement sur le champ de bataille, à Arcole, | « laissant une jeune veuve enceinte de huit mois.

• Je demandai, en considération des services qu'il avait rendus, que ; « sa belle-mère fût rayée de la liste des émigrés sur laquelle elle avait , •• été inscrite, quoiqu'elle ne fût jamais sortie de France. Je réclamai « la même justice pour son beau-frère, jeune homme qui avait quatorze » ans lorsqu'il fut inscrit sur la liste fatale : il était en pays étranger « pour son éducation. » •

Des hommes qui avaient concouru à ses victoires, l'Empereur passa aux combinaisons qui les avaient décidées. C'était une suite de conceptions, de manœuvres décisives, telles que n'en présente pas l'histoire.— Il avait conquis en trois ans toute la partie septentrionale de l'Italie, soutenu avec trente à quarante mille hommes les plus grands efforts de l'Autriche, et fait dans ces trois années six campagnes.

I^s travaux de Longwood avançaient ; nous avions creusé, revêtu le bassin, et disposé une partie de nos tuyaux : il nous en restait encore beaucoup à placer : nous prenions l'eau à trois mille pieds de distance. Mais le temps était à la pluie, Napoléon, content de ses Chinois, ne voulait pas qu'ils l'essuyassent. « Il est inutile que ces gens se mouillent : • rien ne presse, qu'ils se reposent, nous y reviendrons plus tard.

« J'ai d'ailleurs quelques observations à faire ; venez, suivez-moi. •« vous les trouverez curieuses. » J'allai . c'étaient des fourmis dont il étudiait les mœurs. Ces insectes, qui se répandaient dans sa' chambre à coucher, avaient escaladé sa table où se trouvait habituellement du sucre; la chaîne avait aussitôt été établie et le sucrier envahi. Napoléon n'avait garde de les troubler. Il déplaçait le sucrier, suivant leurs manœuvres, admirait l'activité qu'elles déployaient jusqu'à ce qu'elles en eussent retrouvé la trace. « Ce n'est pas là de l'instinct ; c'est bien « plus, c'est de l'intelligence, l'idéal de l'association civile. Mais ces « petits animaux n'ont pas nos passions, notre convoitise ; ils s'aident, « et ne se déchirent pas. Croyez-vous que j'ai essayé vainement de les « mettre en défaut. J'ai déplacé le vase, je l'ai transporté à toutes les « extrémités de la pièce : ils ont employé un, deux, quelquefois trois <• jours en recherches, mais ils ont toujours flni par le trouver. Si je le « fixais au milieu d'une couche d'eau ! Faites-en apporter, docteur, « peut-être elle les arrêtera. » Elle ne les arrêta pas : le sucre fut encore pillé ; il remplaça l'eau par du vinaigre : les fourmis ne s'y ha-

gardèrent plus. « Vous le voyez, ee n'est pus le seul instinct qui les fait ■ agir; elles offrent à l'homme un exemple digne d'être médité. Ce n'est

qu'à forée de constance qu'on arrive, de ténacité qu'on touche au « but. Si nous avions eu eette iinuuimité de vues!... Mais les nations

ont aussi leurs moments d'oubli, de lassitude ; il faut faire lu part de • l'humanité; et puis tout n'avait pas plié sous l'orage. Si le héros de < Custiglione éluit éteint, Gérard, Clause!, Belliord. l-amarque, Koy,

l I», II. 1,1 j t., -. CtMtd ' '•"•■> ' !-•»•••*•'

« une foule d autres conservaient l'énergie du début. L'hurope était battue, et les souverains, si liers aujourd'hui «le n'avoir plus pour égal « un homme populaire, s'éclipsaient devant moi. « Il se mit alors ù discourir sur les dogmes nouveaux qu'ils cherchent ù défendre, et les droits mystiques dont ils s'appuient. « Quelles prétentions bizarres! •< quelles contradictions! Cette légitimité est-elle en harmonie avec les i Écritures, les lois, les maximes de lu religion? J.cs peuples sont-ils

* assez simples pour se croire la propriété d'une famille ? David, qui

• détrôna Saiil, était-il légitime? Avait-il d'autres titres que l'aveu de •' su nation? Kn France, diverses familles se sont succède au troue, et <• ont formé plusieurs dynasties, soit parla volonté ou le consentement

« du peuple, représenté par les assemblées <1u eliamp de uiars ou du « eliump de mai, soit par les suffrages des parlements, qui, h celle époque, représentaient la nation. Combien de maisons se sont sue- ■ ressivement remplacées en Angleterre! Celle' d'Hanovre, qui succéda

< au prince qu'elle avait détrôné, règne aujourd'hui, parce que les « aïeux de ces hommes si susceptibles le voulurent ainsi, et parce qu'il •• était indispensable qu'elle gouvernât |>our sauver leurs intérêts, leurs « opinions politiques et religieuses. Nos vieillards ont vu les efforts • tentés par la dernière branche de la famille des Sluarts pour effectuer « une descente en Ecosse, où elle fut secondée pur ceux dont les idées

< et les sentiments étaient couronnes aux siens. Kl le fut rejetée, chassée - pur l'immense majorité du peuple, dont les nouveaux intérêts et les » opinions nouvelles étaient eu opposition avec ceux de cette famille » dégénérée. »

Il récapitula toutes les circonstances de son élévation, insista sur les suffrages, l'assentiment du peuple, et ajouta en riant: « Le conseil « aulique s'obslina aussi à regarder comme non avenue la république, ••qui pourtant l'uvait ussez rudement frappé. Ses plénipotentiaires

ir

« m'offraient plus tard, lors des négociations de Campo-Formio, de

' «la reconnaître. « Non, leur dis-je, effacez; cela est clair comme « l'existence du soleil • il n'y a que les aveugles qui ne voient pas. Les « temps sont changés, je ne dois pas donner les mains à une sottise. » «Mais sortons, faisons* un tour. » Nous sortîmes. Les Chinois achevaient leurs dispositions; nous assistâmes à la prise d'eau. • C'est « bien. Mais la volière, où la placer? — Ici. — Non, plus loin, der- « rière vous; elle sera mieux, la vue est plus ouverte. Vous réglerez <■ cela, docteur, si toutefois il ne vous arrive pas d'occupations plus « sérieuses. » Il m'en arriva en effet. L'Empereur, dont je croyais l'affection, sinon dissipée, du moins fort affaiblie, retomba tout à coup dans la situation où il était d'abord. Je recourus aui bains, aux adoucissants ; mais le coup était porté. Je ne suspendais un instant le mal que pour le voir se reproduire avec plus de force. Cette cruelle alternative m'effrayait ; je crus devoir en donner avis à sa famille, je lui demandai la permission d'écrire à Rome. Il y consentit. J'adresfni ma lettre au chevalier Colonna.

19. — L'Empereur éprouve des frissons; fièvre, toux sèche et fréquente, douleurs de tète, nausées; la douleur au foie se fait sentir avec violence et s'étend jusqu'à l'épaule; la respiration est difficile, douloureuse. Ces symptômes, qui se sont manifestés depuis le 7, sont au dernier point d'intensité.

26. — L'Empereur était mieux ; je lui avais parlé de Home, tous ses souvenirs s'étaient reportés vers sa mère. Il rappelait son affection, sa tendresse, les soins qu'elle lui avait prodigués, ets'arrètant tout à coup : « Vous m'êtes bien attaché, docteur ; les contrariétés, les peines, la fa- « tigue, rien ne vous coûte dès qu'il s'agit de me soulager : tout cela ce- <• pendant n'est pas la sollicitude maternelle. Ah ! maman Lelizia ! » Et il se couvrit la tète. J'essayai de lui présenter des images moins tristes ; je lui parlai de l'Italie, de la Corse, de ceux qu'il avait aimés. II m'écouta d'abord avec indifférence; mais la conversation ayant amené le nom de sa nourrice, il s'étendit sur les soins qu'elle avait eus de son enfonce, et l'espèce de culte qu'elle lui portait. « Elle voulut assis- • ter au couronnement, vint à Paris. Elle m'amusa beaucoup par « ses histoires, la manière vive, animée, et les gesticulations à la gé- « noise avec lesquelles elle les contait. Elle plutà Joséphine, à la famille, i « au pape qui en fut enchanté ; il lui donna force bénédictions, et ne me ; «cacha pas la surprise que le bon sens, les saillies de la dévote lui \ » avaient causée.. »

31 . — L'Empereur va mieux, il a repris des forces. On avait apporté

des poissons pour garnir les viviers que nous avions ouverts, il voulut les mettre à l'eau et descendit au jardin. Les enfants du grand maréchal l'aperçoivent et sont bientôt autour de fui. Il ne les avait pas vus depuis quelques jours ; il se proposait de les faire appeler, et ne fut pas fâché d'être prévenu. « Cherchez le docteur, dit-il au général Monlho- « Ion, j'ai besoin de son ministère, je veux qu'il me perce ces jolies •< oreilles. » Il montrait celles de la petite Hortense, et dépliait des boucles de corail enveloppées dans un papier qu'il tenailà la main. Je me disposai h faire cette petite opération , mais la vue de l'instrument produisit son effet. L'enfant pleurait, la mère pouvait n'être pas contente, l'Empereur hésitait. Sa présence, le bijou eurent bientôt tari les larmes. Nous nous retirâmes à l'ombre d'un chêne, le général Montholon soutenait la patiente, Napoléon regardait, le petit Arthur tapageait, criait, ne voulait pas qu'on fît du mal à sa sœur. Sa colère, ses menaces, ses phrases anglaises amusaient Napoléon;et le petit bonhomme de grommeler d'autant plus, m Que dis-tu ? lui demanda l'Empereur. Coquin ! si « tu ne cesses pas, je te fais percer les oreilles. Voyons ! seras-tu sage? » Les boucles étaient attachées, l'opération finie, Napoléon embrassa l'aimable enfant qui l'avait soufferte, la félicita sur son courage et la renvoya. « Va montrer tes oreilles à ta maman. Si elle n'est pas con- « tente, qu'elle les trouve mal, dis-lui que ce n'est pas moi, que c'est « le dottoraccio qui les a percées. — Oui, Sire • Elle ne lit qu'un saut et disparut.

Je restai seul avec Napoléon. La ténacité du petit Arthur l'avait frappé ; il se promenait, me faisait remarquer la fermeté de cet enfant. « Le « drôle ! j'étais entêté comme lui quand j'avais son âge ; rien nem'im- « posait, rien ne me déconcertait. J'étais querelleur, lutin : je ne crai- « gnaîs personne. Je battais l'un, j'égra lignais l'autre, je me rendais redoutable à tous. Mon frère Joseph était celui à qui j'avais le plus «souvent affaire. Il était battu, mordu, grondé; j'avais déjà porté « plainte qu'il ne s'était pas encore remis. Rien m'en prenait d'être « alerte : maman Letizia eût réprimé mon humeur belliqueuse ; elle « n'eût pas souffert mes algarades. Sa tendresse était sévère ; elle punissait, récompensait indistinctement; le bien, le mal, elle nous •• comptait tout. Mon père, homme éclairé, mais trop ami des plaisirs •• pour s'occuper de notre enfance, cherchait quelquefois à excuser nos « fautes. « Laissez, lui disait-elle, ce n'est pas votre affaire, c'est moi « qui doit veiller sur eux. » Elle y veillait, en effet, avec une sollicitude » qui n"a pas d'exemple. Les sentiments bas, les affections peu géné-

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- rousos étaient écartés, flétris : elle ne laissait arriver à non jeunes | -Ames que ce qui était grand, élevé. Elle abhorrait le mensonge, sé- j « vissait contre la désobéissance; elle ne nous passait rien. Je me rap-

« pelle une mésaventure qui m'arriva à eet égard, et la peine qui me « fut infligée. Nous avions des figuiers dans une vigne. Nous les eseala- » dions; nous pouvions faire une chute, éprouver des accidents, elle - <• nous défendit d'en approcher. Cette défense me contrariait beaucoup, « mais elle était faite, je la respectais, lin jour cependant que j'étais . désœuvré, je m'avisai de convoiter des figues. Elles étaient mûres.

- |»ersonne ne m'observait, je courus à l'arbre, je récoltai tout. Mon « appétit satisfait, je pourvus à la roule, et remplissais mes poches lors- <• qu'un malheureux garde parut. J'étais mort, je restai collé sur la « branche où il m'avait surpris. Il voulait me conduire à ma mère, la • crainte me rendit éloquent. Je lui dépeignis mes ennuis, je m'enga-

- geai à respecter les figues, je lui prodiguai les promesses, je l'apaisai. » Je me félicitai de l'avoir échappési belle. Le lendemain la sighora Le- » tizia voulut cueillir les ligues, on n'en trouva plus, le garde survint : « grand reproche, révélation ; le coupable expia sa faute. ■

L'Empereur avait repris ses habitudes matinales, et allait souvent respirer le frais avant le lever du soleil. Cependant la maladie n'arrêtait pas : sa marche était lente, mais continuelle, et ses progrès sensibles. C'était au moral que l'effet en était marqué surtout ; Napoléon ne parlait plus que des objets qui av lient frappé son enfance, de ses amis et de ses proches. Les nouvelles qu'on avait débitées au sujet de son lils l'avaient accablé; il se plaignait, déplorait le sort decetenfanl, dont le berceau avait été entouré de tant d'espérances; il apprit enfin qu'il était nommé caporal. • Ah ! je respire ! «Et, comme s'il eût craint de laisser voir son émotion, il se mit h discourir sur la Corse, et les j souvenirs qu'il en avait gardés. A mon avènement à la couronne <• d'Ilalic, lorsque je visitai Gènes, je me crus tout à coup transporté « sur nos montagnes. C'étaient les formes, les mœurs, les costumes de notre pays; il n'y avait pas jusqu'à la monture des boutiques qui ne fût In même. Celte identité me frappa. Joséphine jouissait de ma surprise, et cherchait à la prolonger. « Comment, ce sont mêmes » traits, mêmes habitudes! — C'est qu'apparemment les Corses sont » les bâtards des Génois. » Cette idée la lit rire : elle s'en amusa bcau- ■ coup. Je montai à cheval, je parcourus les hauteurs, je visitai les po- j » si lions qui défendent Gènes, et arrêtai les travaux qui devaient la 1

- protéger. Je pris plaisir à contempler celte bizarrerie de la nature,

; « qui semble avoir taillé ces deux pays sur le même modèle. Je courais . ; « depuis trois heures dans ces lieux escarpés ; il en était onze, j etais « accablé ; je ivnlrai, je me mis au travail avec le bon Gaudin, qui me " présentait l'organisation financière de laLignric : je succombais à la « la fatigue; il n'avait pas commencé à lire <|ue j'étais endormi. Je le i « priai de surseoir, je voulais sommeiller un instant ; mais je trouvai - sur mon passage des généraux qui attendaient mes ordres ; je les ei- ! « pédiai. Je passai encore trente-six heures au travail, et ce ne fut qu'au ' « moment de mon départ que je pus signer celui du ministre. C'est un I « homme bien dévoilé, bien intègre, que le duc de Gaètel Que de scr- ■ vices il a rendus! - Il récapitula rapidement la part qu'il avait eue à nos succès par ses opérations financières, et ajouta : « Quelque temps «après la bataille d'Austerlitz, il vint me demander des canons de ; « bronze. Comment! lui dis-je, vous voulez me faire la guerre? — Non, « Sire ; je ne veux que faire des balanciers. — Mes canons pour un tel « objet! servez-vous d'autre chose. — Mais je voudrais qu'ils portas- « sent tous écrit au collet: balanciers d'Austerlitz, et fussent coulés « avec des pièces russes ou autrichiennes. — Vous me prenez par la ! « vanité, ministre. Eh bien ! soit, je vous les donne. «

Nous arrivâmes ainsi à la lin de la première quinzaine de septembre. La douleur au foie se réveilla et devint plus vive; l'Empereur éiait . affaissé, obligé de chercher du repos.

18 septembre. — Nnpoléon éprouve un sentiment de pesanteur dans l'abdomen presque invincible et une somnolence. Je cherchai à le tirer de cette léthargie. « Ah ! docteur, laissez, on est heureux quand on j | « dort; les besoins disparaissent avec les veilles, on n'éprouve plus de « privations, plus de sollicitude. • Et il se rejetait sur son traversin; mais il sentait un violent mal de tète.

19.— L'Empereur a mieux passé In nuit. Cependant les symptôme* morbifiques n'ont presque rien perdu de. leur intensité. Iji douleur de lèteest h la vérité diminuée; mais le malade éprouve au foie des douleurs beaucoup plus vives.

23 — L'Empereur persiste dans le dessein de prendre l'air. IJ monte j à cheval, en calèche, et se voit au bout de quelques pas obligé de rebrousser. Il se met au lit. Il continue encore quelques jours cet exercice; il se persuade que le mouvement est le premier des remèdes; i mais le soleil, la tonx, le froid, qui court par tous ses membres, l'oblil gent de suspendre ses courses. Il les reprend dès le surlendemain, et I arrive, avec des alternatives de bien et de mal, jusqu'au 3 octobre.

qu'il est saisi d'un engourdissement général qui ne se dissipe que par l'approche du feu.

4 octobre. — L'Empereur rentre extrêmement fatigué ; il se met au lit, et demande qu'on le laisse en repos. Il a fait, partie à cheval, par- I tie en calèche, une course de deux lieues et demie ; s'est reposé à Sandy- Bay-Raidge; il est descendu chez M. Deveton, où il a déjeuné, et bu, m'a-t-il dit, trois verres de Champagne. Il éprouve un violent mal de tête.

5. — L'Empereur continue à se plaindre du mal de tétc ; la douleur au foie est beaucoup augmentée et s'étend jusqu'à l'épaule droite.

6, 7,8, 9. — Le mauvais temps empêche l'Empereur de sortir en calèche. Il se promène au jardin, persiste à rester deux heures dans un bain chauffé à une température élevée. Sur mes objections, il répond que cet usage est suivi en Egypte, qu'il en a retiré les meilleurs effets. ■ Vos confrères ne m'épargnaient pas les remontrances. J'allais

« gagner la Que sais-je! les maladies que je devais avoir. Eh bien !

« je n'en eus point, je me portai à merveille. Mon instinct me servit « mieux que la science d'Hippocrate. Ma brosse et ma flanelle se trou- « vèrent plus entendues que tous ses suppôts. Ceci n'est pas pour vous, « docteur; je suis plein de confiance en vos lumières ; mais j'ai mon ■ expérience par devers moi. »

10. — L'Empereur est resté une heure dans le bain. Il a été obligé d'en sortir pour se mettre au lit; il était si faible qu'il a éprouvé une espèce d'évanouissement.

11, 12, 13. — La santé de l'Empereur ne s'améliore pas; les forces, au contraire, semblent aller en décroissant. Il s'est éveillé vers le milieu de la nuit avec une violente douleur de tète, et un froid glacial aux extrémités.

H. — L'Empereur s'est réveillé avec une douleu r profonde dans le côté gauche de la tête. Je conseille quelques émollienls,et j'insiste sur l'application des vésicatoires. « Docteur ! pas de drogues; je vous l'ai

dit bien des fois, nous sommes une machine à vivre, nous sommes « organisés pour cela ; c'est notre nature. N'entravez pas la vie, laissez-la « à son aise, qu'elle puisse se défendre. Notre corps est une montre « qui doit aller un certain temps, l'horloger n'a pas la faculté de « l'ouvrir; il ne peut la manier qu'à tâtons et les yeux bandés. Pour « une fois qu'il l'aide et la soulage, il l'endommage dix, et finit parla «■ détruire. Vous le savez, docteur, l'art de guérir n'est autre que celui

■ d'endormir, de calmer l'imagination. Voilà pourquoi les anciens « s'étaient affublés de robes, de vêtements qui frappent et qui imposent. « Vous avez abandonné le costume, c'est à tort : vous avez mis à dé- • couvert l'imposture de Gallien , vous n'agissez plus avec la même «force sur les malades. Qui sait? si vous-même ni'apparaissiez « tout à coup avec une perruque énorme, une toque, une queue

■ (rainante, peut-être vous prendrais-je pour le dieu de la santé, et « pourtant vous n'êtes que celui de* remèdes. » L'Empereur craignait que je ne revinsse à la charge; il éludait, il plaisantait : mais la gaieté soulage aussi les maux, je l'entretins le plus qu'il me fut possible.

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