S02 DERNIERS MOMENTS DE NAPOLÉON
« vous semiez les monuments, les routes, les constructions, tous les
• établissements utiles. Puis, votre administration était si ferme, si
- rapide! — Vous avez raison : c'était une machine immense dont tous
• les rouages étaient parfaitement adaptés. J'en exposai le jeu et la rai- « son au corps législatif. Je fis effet : l'Italie goûta les principes que je « développai. »
19. — Depuis le 15, l'Empereur a successivement perdu et repris ses forces à divers degrés.
20. — Napoléon est exténué. «C'est donc bientôt? — Non, Sire,
• l'irritation se calme. — Toujours, docteur ! quand vous lasserez-vous •< de promettre la santé? — Quand elle sera venue. — En ce cas, vous
• promettrez longtemps. — Moins que Votre Majesté ne pense; et,
« pour peu qu'elle puisse faire usage d'eaux thermales — Vous
« croyez qu'ils l'accordent? — Refuser, les mettrait trop à découvert; «ce serait avouer l'assassinat. — Pauvre capocorsino! vous ne les « connaissez pas. »
Il suivait des yeux un nuage qui se dessinait au loin. « Quel effet les
• nuages font-ils sur nous? quelle influence exercent- ils sur celui «qui les respire? Ils doivent amènera chaque instant une rupture
- d'équilibre, déterminer une contraction musculaire, une tension -< qui ne peut qu'être funeste, et conduire à la mort; car enfin nous .< sommes soumis aux lois qui régissent les autres corps; nous en-
- fermons du fluide; nous le sentons, nous l'éprouvons à ces irrita-
• tions nerveuses qui marquent les temps d'orage. Placer un homme « dans les nues, le faire vivre dans la sphère d'activité de ces masses « qui changent, passent, reviennent à chaque instant, c'est le condam- « ner à une série de chocs, de décompositions, qui doivent prompte-
- ment épuiser la vie; c'est le soumettre à l'énergie dévorante de l'ar- •• mure de Galvani : dis-je vrai? » J'en convins. « C'est que je suis à •• moitié de votre robe. Je sais presque, à ne m'y pas méprendre, ce « qui doit résulter de telle ou telle situation. Un homme, par exemple, « que l'on placerait dans un bain de vapeur, auquel succéderait tout à « coup une chaleur excessive, éprouverait une désorganisation analogue
- ù celle d'un corps humide qu'on expose subitement à l'action du feu. « Il se déjellerait, se tourmenterait, épuiserait bientôt sa puissance et « sa force : ne le pensez-vous pas ? »
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Kmi'krf.lr, qui était assez bien depuis le 2f , retombe tout à coup.
L'Empereur se trouve mieux ; ses souvenirs se réveillent, il parle avec complaisance des braves qui coururent sa fortune.
Steingel était bouillant, infatigable, cherchait les Autrichiens comme les médailles, et ne laissait pas un taillis, un décorabre qu'il ne l'eût fouillé, visité.
X0\ DERMKRS MOMENTS
Mirour! c'était l'homme dos dangers, des avant-postes; son sommeil était inquiet si l'ennemi ne se trouvait en face.
Caffarelli, tout aussi brave, ne se battait cependant que par nécessité; il aimait la gloire, plus encore les hommes: la gloire n'était pour lui qu'un moyen d'arriver à la paix.
Passant ensuite ù des officiers d'un grade moins élevé, Napoléon s'arrêta longtemps sur deux braves dont il déplora vivement la perte, Sulkowski et (iuil>ert. Le premier était un Polonais plein d'audace, de savoir, de capacité. Il avait été réveiller Kosciusko, lui avait porté les instructions du comité de salut public; il connaissait le génie, parlait toutes les langues de l'Europe, aucun obstacle ne l'arrêtait. Le second, plus souple, plus mesuré, plus adroit, mettait dans ses négociations la subtilité d'un diplomate.
28. — L'Empereur a passé une assez bonne nuit. Il s'est levé au point du jour, et, quoique extrêmement faible, il a fait une promenade en calèche.
I'1 mare. — La nuit a été tranquille, néanmoins la prostration des forces continue, et la digestion est extrêmement pénible. Napoléon sort en calèche; mais rien ne peut dissiper la profonde tristesse où il est plongé.
DK NAPOLEON.